‹ De la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de la prostitution contemporaine, suivis d'une étude sur le dispensaire de salubrité de Bordeaux, d'une statistique des vénériens dans la garnison de Bordeaux, et d'un essai de statistique de l'infection vénérienne dans les garnisons de l'Empire françaisChapitre 100 sur 122 · MANIÈRE DE L’EMPLOYER · texte numérisé non relu

MANIÈRE DE L’EMPLOYER

Lavage et injection aussitôt après qu’on s’est exposé à contracter

les maladies.

Gettc instruction et ce liquide ont été prescrits par M. le Préfet de la Gironde, sur ma proposition, faite à F imitation de ce qui se pratique à Bruxelles, en raison du Mémoire de M. Piatier (Y. Ann. d’Hyg., t. XYI, ann. 1836), et conformément aux conseils donnés, soit par M. Lagneau, dans un savant Mémoire sur les mesures hygiéniques propres à prévenir les maladies vénériennes (Y. Ann. d’IIyg., 2 ! série, t. IY et Y, 1855 et 1856), soit par M. Pdcord et M. Richelot. (jY. Maladies vénériennes de Ilunter, édit. Richelot, p. 746 et 752.)

Yoici la formule à laquelle je me suis arrêté après de nombreuses expériences et des observations suivies sur

les prostituées :

R. — Alun cristallisé lk 50 0

Sulfate de protox. de fer » 100

Sulfate de cuivre » 100

Alcoolé aromatique composé » 60

Eau commune 100Ut.

La préparation s’exécute en grand au Dispensaire, dans des tonneaux de 100 litres, munis de couvercles en bois et de robinets en cuivre.

Les sels mélangés sont livrés par le droguiste en paquets préparés pour 100 litres de dissolution; on les introduit dans un sac de toile quon suspend à la surface de l’eau au moyen d’une ficelle. Au bout de deux heures, la dissolution étant achevée, on ajoute l’alcoolé aromatique composé dont on mesure la quantité, puis on agite avec un bâton.

Yoici la composition de l’alcoolé aromatique dont nous nous servons :

R. — Alcool à 85° 8000r.

Essence de citron 30

Essence de menthe 2501'.

— de lavande 25

— de neroli 20

— d’amande amère 10

— de cannelle 10

[Mêlez).

Le prix de revient de l’eau hygiénique ainsi préparée est de 0‘032 le litre; on la livre au prix de 10 centimes.

Du 1er avril au 31 décembre 1860, il en a été distribué 6,166 litres, soit en moyenne 685 litres par mois. En 1861, la consommation est tombée à 4,707 litres, soit en moyenne à 392 litres par mois. En 1862, elle a été de 5,072 litres, soit en moyenne 422 par mois.

Il est impossible d’obtenir une large consommation d’une préparation que les filles devraient se procurer chez les pharmaciens; le prix en serait trop élevé.

La différence entre le prix de revient et le prix de vente forme la rémunération de l’infirmière qui est chargée de la préparation et de la distribution, et qui doit se tenir prête à remplir les bouteilles vides que les filles apportent à toutes les heures de la journée. Ce bénéfice s’est élevé à 424 fr. en 9 mois, du 1er avril au 31 décembre 1860, à 320 fr. dans le cours de l’année 1861 , et à 345 fr. dans le cours de l’année 1862.

Yoici le résultat de mes observations, relativement à la composition de ce liquide :

1° La solution de soude employée à Bruxelles (lessive des savonniers, 1 partie; eau, 20 parties) m’a paru offrir plusieurs inconvénients : d’abord, elle s’altère par le contact de l’air, elle absorbe l’acide carbonique et change de nature; mais de plus, etsurlout, en nettoyant les surfaces, elle use l’épithélium qui protège les muqueuses, elle

favorise les érosions et elle est essentiellement débilitante, tandis que l’indication à remplir n’est pas seulement d’enlever et de dénaturer les liquides virulents, mais encore de tonifier les organes et de guérir les leucorrhées.

2° Un liquide hygiénique destiné à être distribué aux prostituées pour l’usage extérieur ne doit pas être vénéneux à l’intérieur, même à fortes doses, car il deviendrait un moyen de suicide, ou quelque ivrogne pourrait s’empoisonner en le buvant par inadvertance. La formule adoptée donne un liquide un peu trouble, d’une nuance verdâtre, d’une saveur très désagréable et d’une forte odeur d’eau de Cologne; les erreurs sont donc presque impossibles; mais, en outre, pris à l’intérieur à grandes doses, dans une intention de suicide, il n’a déterminé que quelques vomissements, sans aucun accident consécutif. On conçoit, en effet, que 100 grammes de liquide ne contenant qu’un décigramme de sulfate de cuivre, une pareille dilution ne saurait être sérieusement considérée comme vénéneuse. Quant à l’alun et au sulfate de fer, ils ne sauraient produire aucun accident fâcheux dans les proportions où ils se trouvent dans la dissolution.

3° L’eau hygiénique ne doit pas être trop chargée de sels ferrugineux; si elle en contient seulement 2/1000, elle commence à tacher le linge en jaune, et les filles refusent de s’en servir. C’est cette considération qui m’a obligé à renoncer au per-chlorure ou au per-sulfate de fer, que j’avais mis à l’essai pendant quelques jours.

4° Il est de la plus grande utilité que l’eau hygiénique soit d’une odeur agréable ; cela seul suffirait pour engager les filles et les hommes qui les fréquentent à la prodiguer comme cosmétique.

5° Je considère le sulfate de cuivre comme neutralisant les virus animaux aussi énergiquement que le bi-chlorurc de mercure, l’azotate d’argent ou le per-chlorure de fer. C’est peut-être, d’ailleurs, le meilleur des substitutifs à employer contre les affections chroniques des muqueuses génitales, comme il l’est contre celles des conjonctives.

6° L’alun et le sulfate de protoxide de fer ont été recommandés par la plupart des auteurs qui se sont occupés de la prophylaxie des maladies vénériennes. Je les ai ajoutés comme adjuvants du sulfate de cuivre, dont il ne m’a pas paru possible d’élever la dose à plus de 1 / 1000 sans danger d’empoisonnement.

Voici mes observations quant à l’emploi de ce liquide et quant à l’instruction hygiénique et médicale affichée dans les maisons de prostitution :

1° Il faut que M. le Chef du Bureau des mœurs reste convaincu de l’utilité de cette affiche, et qu’il en exige impérieusement l'apposition; autrement, ce qui aura été établi ne tardera pas à tomber en désuétude.

2l> La consommation d’un liquide de cette nature ne peut se maintenir que moyennant des recommandations continuelles et une surveillance non interrompue; car les prostituées sont incapables de prévoyance et de persévérance; en outre, elles changent fréquemment de résidence, et les recrues de chaque jour doivent être prévenues de ce qui est conseillé ou prescrit.

3° La plupart des filles ont accepté cette innovation avec gratitude. De nombreux rapports affirment que les hommes, après avoir pris connaissance de l’instruction, réclament impérieusement l’eau hygiénique. Les filles la vendent quelquefois. H n’est pas rare qu’elles viennent

renouveler leur provision à une heure avancée de la soirée, certains individus refusant d’avoir des rapports avec elles si elles n’ont pas l’eau hygiénique qu’ils voient recommandée par l’instruction.

4° L’usage habituel de ce liquide tarit les leucorrhées; les injections, faites avec soin trois fois par jour, la femme étant couchée sur le dos, font disparaître en peu de temps les érosions du col utérin. Cependant, quelques femmes se plaignent d’un excès d’astriction produit par le liquide pur, et elles doivent l’employer étendu d’eau.

5° 11 me paraît difficile d’admettre qu’une pareille dissolution en lotions ou en injections après le coït n’ait aucune influence particulière sur la contagion vénérienne; mais ce qui ne saurait être douteux, c’est que la distribution d’un liquide, fût-il même simplement aromatique, généralisant l’usage des lotions et des injections après les rapports sexuels, est éminemment utile et entre dans les vues de tous les hygiénistes qui se sont occupés de la prophylaxie des maladies vénériennes.

0° Les médecins du Dispensaire n’ont pas observé que l’usage de ce liquide eût une influence quelconque sur la régularité des menstrues; pourtant, ils recommandent aux prostituées de s’en abstenir à l’époque menstruelle.

§ II. — Indications demandées aux militaires, au sujet

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