‹ De la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de la prostitution contemporaine, suivis d'une étude sur le dispensaire de salubrité de Bordeaux, d'une statistique des vénériens dans la garnison de Bordeaux, et d'un essai de statistique de l'infection vénérienne dans les garnisons de l'Empire françaisChapitre 101 sur 122 · LEURS MALADIES · texte numérisé non relu

LEURS MALADIES

Je m’étonne de l’importance attachée à ces indications par le règlement sanitaire de Bruxelles. Les avantages qu’elles promettent pour la découverte des prostituées

infectées sont très séduisants en théorie, mais dans la pratique ils ne se réalisent guère. Pareil t-Duchatelct fait remarquer (ouv. cil., t. I, p. 598) que les soldats fournissent presque toujours des indications fausses; c’est précisément ce que j’ai eu l’occasion de vérifier à Bordeaux. Il en donne des raisons très justes, tirées du caractère et des habitudes des soldats. J’ajouterai que, d’après les résultats constatés à Bordeaux (Y. IVe Part., Chap. Ier), les visites hebdomadaires faites avec soin suffisent pour purger les prostituées des affections vénériennes ; et que si la prostitution clandestine est en même temps poursuivie et efficacement réprimée, il ne restera plus grand’chose à attendre des dénonciations, car la proportion des malades diminuera très rapidement; mais si les visites sanitaires sont insuffisantes, si la police de la prostitution clandestine est mal faite, la proportion des malades sera stationnaire, malgré les dénonciations impérieusement exigées de la part des militaires contaminés.

Est- ce à dire qu’il faille négliger complètement les indications recueillies auprès des militaires malades? Assurément, non. Quand même ces indications ne feraient découvrir une femme infectée qu’une fois sur vingt, elles auraient encore une utilité positive; mais ce qui est incontestable, c’est qu’elles ne sont qu’un accessoire très peu efficace des mesures sanitaires réalisées par le Dispensaire et le Bureau des mœurs.

§111. — Propositions diverses.

Je vais rapporter ici et discuter, les unes après les autres, les conclusions formulées par M. Bichclot, à la

suite du savant chapitre relatif à la prophylaxie des maladies vénériennes qu’il a joint à sa traduction des Maladies vénériennes de Hunier. (In-8°. Paris, 1859, p. 7G8.)

« 1° Prendre les mesures nécessaires pour que, dans » tous les lieux de débauche soumis à la police, les praii - » ques préservatrices conseillées par l’hygiène privée » puissent être accomplies. »

Gela est possible, mais la surveillance des agents doit être sévère et continuelle, et les recommandations des médecins doivent être journalières. (Y. ci-dessus, p. 231.)

c( 2° Soumettre toutes les prostituées à deux visites » régulières par semaine avec l’aide obligatoire du spé- » culum, et en entourant celte formalité des précautions » propres à déjouer toute tentative de fraude. »

Les résultats obtenus à Paris et à Bordeaux (Y. lYe Part. , Chap. II) semblent prouver qu’une seule visite hebdomadaire suffit. Il faut aussi craindre de fatiguer l’attention et le zèle des médecins.

Il est impossible d’empêcher les tilles de s’essuyer très exactement à l’instant même de la visite. Les faire attendre, afin de laisser aux sécrétions anormales le temps de se reproduire si elles ont été enlevées par des lotions récentes, est donc une précaution trompeuse.

3° « Imposer aux maîtresses de maison, ainsi qu’aux » /illcs en chambre , l’obligation de soumettre leurs clients

» à une visite préalable , et leur donner à ce sujet des » renseignements’ indispensables. »

Rien ne peut cire impose à ce sujet, mais des recommandations incessantes sont très utiles. D’ailleurs, plus les visites sanitaires sont faites avec soin, plus les prostituées comprennent la nécessité de s’assurer elles- memes de l’état de santé de leurs clients.

« 4° Faire passer , chaque année, les conscrits à une y> visite spéciale au point de vue des maladies vénérien - » nés. »

Il serait très utile et très facile d’envoyer à l’hôpital militaire, lorsqu’on les trouverait atteints de maladies vénériennes, les conscrits reconnus propres au service; car, à partir de la séance du conseil de révision, ils sont aux ordres du Ministre de la guerre.

Mais les conscrits reconnus impropres au service, ou qui ont des motifs légaux d’exemption, et ceux qui ne sont point appelés en raison de leurs numéros, ne sont aux ordres de personne et ne sauraient ctre contraints à quoi que ce soit au point de vue sanitaire dans l’état actuel de notre législation.

«. 5° Appliquer aux armées françaises de terre et de » mer les mesures sanitaires en vigueur dans Vannée )j belge. »

Les indications demandées aux militaires au sujet des prostituées auprès desquelles ils ont contracté leurs mala-

(lies ne produisent pas tout le bien qu’on serait tenter d’en espérer (Y. ci-dessus, p. 232).

6° Exiger des matelots du commerce , soit nationaux, soit étrangers, avant de leur permettre de descendre à terre, un certificat médical constatant qu’ils sont exempts de toute maladie vénérienne.

Je pense que cette mesure serait extrêmement efficace et qu’elle serait d’une exécution facile. Les matelots nationaux ne sont point soustraits à l’autorité du Ministre de la marine, et les équipages étrangers pourraient fort bien subir un règlement sanitaire exigeant un certificat de santé au point de vue des maladies vénériennes qui sont essentiellement contagieuses.

Il est incontestable que les matelots débarqués chaque jour dans les ports apportent avec eux des maladies vénériennes. C’est une source indéfinie de contagion qu’il serait temps de tarir, c’est cette source qui limite nécessairement le succès des meilleures mesures prophylactiques.

7° Soumettre à des visites sanitaires périodiques les ouvriers des ateliers , des usines, des manufactures .

De pareilles visites seraient attentatoires à la liberté et à la dignité des hommes. Personne ne voudrait s’y soumettre; et qui donc se chargerait de les exécuter? Si l’on prétend soumettre les ouvriers à des visites sanitaires, pourquoi n’y soumettrait-on pas aussi les bourgeois? C’est en proposant des mesures impossibles qu’on compromet l’autorité de l’hygiène publique

8 ’ N’admettre à faire partie des sociétés de secours mutuels que les hommes qui prouvera ient, par un cert ificat medical, qu’ils ne sont atteints d'aucune affection vénérienne.

Même observation que ci-dessus. J’ajoute que si cette proposition était adoptée, il est probable qu’on demanderait » une exception pour les médecins qui ont aussi une société de secours mutuels.

D’ailleurs, si l’on exigeait une patente nette aux hommes qui voudraient entrer dans les Sociétés de secours mutuels, je ne vois pas pourquoi on n’en demanderait pas à ceux qui se présenteraient pour être admis dans les Cercles. La mutualité de l’assistance n’est certainement pas moins respectable que la mutualité des jeux de Lazard ou de la lecture des journaux.

« 9° Soumettre aux visites sanitaires tous les individus » arrêtés pour délit de vagabondage. »

La visite sanitaire pourrait être proposée à tous les individus arrêtés pour vagabondage, mais je ne pense pas quelle puisse leur être imposée.

Lorsqu’ils auraient été reconnus malades, aurait-on le droit de les séquestrer à l’hôpital des vénériens? Je pense que oui, car l’hôpital pourrait alors être considéré comme un lieu de détention préventive, où l’individu accusé du délit de vagabondage attendrait le jugement.

<r 10° Adopter les mesures nécessaires pour que les incli- » valus trouvés vénériens dans les visites sanitaires , suivent » en réalité le traitement que réclame leur maladie.

Pour les jeunes soldats, point de difficultés; pour les marins nationaux, non plus; ils seront consignés jusqu’à guérison dans les hôpitaux militaires. Quant aux marins étrangers, on leur refuserait la libre pratique jusqu’à guérison, ou on leur proposerait de les traiter à leurs frais dans • les hôpitaux civils de vénériens.

ci 1 1° Dans tous les cas où l’ Administration peut com- » mander , remonter à la source du mal. »

Les dénonciations produisent très peu de résultats, et les enquêtes sur ce sujet sont odieuses et impraticables.

(c 12° Multiplier dans toute V étendue de la France les » hôpitaux de vénériens et les Dispensaires spéciaux gra- » tuits, et les instituer dans des conditions telles , que » les sujets atteints de maladies vénériennes puissent » s'y adresser sans répugnance et sans crainte, d

Il serait utile d’améliorer certains hôpitaux de vénériens surtout au point de vue du régime alimentaire; mais je crois aussi qu’il serait nécessaire de ne point exclure absolument les vénériens des hôpitaux ordinaires. La femme d’un ouvrier peut bien avoir été contaminée sans être pour cela une femme perdue, et elle se décide difficilement à entrer dans l’hôpital où l’on traite les prostituées.

Il serait à désirer que les Dispensaires de salubrité fussent établis dans toutes les villes; le présent ouvrage a

principalement pour but de démontrer futilité d’un contrôle efficace de ces établissements et la possibilité de

formuler pour eux un règlement uniforme qui serait le meilleur possible.

« 13° Afficher dans tous les lieux où elles ne peuvent )> blesser la décence publique , des instructions populaires » sur la prophylaxie des maladies vénériennes et sur les » particularités de ces maladies sur lesquelles il importe , » dans V intérêt général , d’éclairer le public; faire distri - » bucr gratuitement , dans les hôpitaux et dans les Dis- » pensaires spéciaux , de petits livres rédigés avec soin » sur le même sujet. »

Des affiches de cette nature ne peuvent être apposées que dans les maisons publiques, et elles disparaissent bientôt si l’Administration n’a pas une volonté formelle et persévérante de les maintenir. (Y. ci-dessus, p. 231.)

Quant aux petits livres distribués gratis, ce moyen de répandre l’instruction hygiénique me paraît impraticable, et il aurait peut-être un côté de fâcheux. Des livres moraux et religieux résumant les dangers de la paresse, de l’ivrognerie et de la débauche, montrant que le vrai bonheur n’est pas dans les satisfactions de l’égoïsme, mais dans le dévouement à la famille et à la patrie etr dans le respect de soi-même, sont les préservatifs les plus efficaces contre les infections corporelles; ce sont les seuls que l’Administration doive distribuer gratuitement dans les établissements publics.

En résumé, après avoir approuvé plus ou moins les treize propositions de M. Richelot, je considère la sixième comme d’une importance capitale, et je crois que les hygié-

nistes devraient unir leurs efforts pour qu’elle fût adoptée et sanctionnée par le gouvernement (Q :

Exiger des matelots de la marine marchande , soit nationaux, soit étrangers, avant de leur 'permettre de descendre à terre, un certificat médical constatant qu'ils sont exempts de toute maladie vénérienne.

Quant aux marins de l’État, il est entendu qu’ils sont soumis à des visites sanitaires périodiques, aussi Lien que les soldats de l’armée de terre, et que surtout ces visites sont renouvelées avec le plus grand soin au départ et à l’arrivée.

(') Le nombre total des marins composant les équipages des 2,762 navires français de divers tonnages (soit du long-cours, soit du cabotage) qui sont entrés dans le port de Bordeaux en 1862, est de 20,125 hommes.

Le nombre total des marins des 925 navires étrangers s’élève à 1 1 ,343 hommes.

11 entre donc dans le port de Bordeaux, chaque année, environ 31,468 marins.

En admettant qu’un vingtième seulement de ces marins soit atteint de maladies vénériennes, c’est 1,573 vénériens admis chaque année en libre pratique, et qui répandent librement les affections vénériennes dans la population. Ne serait-il pas temps de s’enquérir des moyens de tarir cette source indéfinie d’infection? n’est-cc pas là une des plus importantes questions d’hygiène publique?

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