‹ De la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de la prostitution contemporaine, suivis d'une étude sur le dispensaire de salubrité de Bordeaux, d'une statistique des vénériens dans la garnison de Bordeaux, et d'un essai de statistique de l'infection vénérienne dans les garnisons de l'Empire françaisChapitre 104 sur 122 · SERVICE DES MOEURS. « MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

SERVICE DES MOEURS. « MADEMOISELLE

» Vous êtes invitée à vouloir bien vous présenter le

à heures au Bureau des mœurs, rue des

Trois -Conils (Caserne municipale), pour une affaire qui vous concerne. »

refusât de signer le registre (Y. IIe Part., Ghap. Y), çlle serait mise en prison jusqu’à ce quelle consentît à accomplir cette formalité.

Le plus souvent, la prostituée clandestine, incessamment poursuivie et traquée par les agents, vient elle-même réclamer l’inscription qui lui confère le droit de s’enrôler dans une maison de prostitution, ou de fréquenter les maisons de passe, ou de faire le commerce de sa personne em ville sans être inquiétée, à la condition d’obéir aux règlements qui régissent la prostitution publique, et notamment de subir les visites sanitaires. (Y. IIIe Part., Ghap. 1er.)

Le chef du Bureau des mœurs ne contraint jamais matériellement la prostituée clandestine à subir la visite sanitaire, mais il l’engage à s’y soumettre par la persuasion, par des admonestations sévères, ou bien il l’accuse d’être atteinte de mal vénérien et la menace de la mettre en prison; il use avec adresse ou avec énergie de la contrainte morale. Si le flagrant délit de prostitution a motivé l’arrestation de la fille et qu’elle refuse cependant la visite, il l’incarcère jusqu’à ce quelle se décide à la subir; mais en général elle accepte la visite, surtout si elle est en récidive, car elle comprend fort bien que sa conduite est blâmable et l’expose aux rigueurs de l’Administration.

Une fois que la fille a consenti à passer dans le cabinet du médecin, celui-ci s’applique à dissiper, s’il en est besoin, les dernières répugnances par des paroles bienveillantes. Lorsqu’il a constaté la maladie, il rédige et signe un certificat portant le nom de la fille et le diagnostic qu’il a porté; il remet, séance tenante, ce certificat au chef du Bureau des mœurs. La fille malade est envoyée à l’hôpital des vénériens, ou elle est séquestrée jusqu’à guérison; si

elle refrise, elle est écrouée jusqu’à ce que sa résistance ait cédé. Mais il est très rare qu’une fille trouvée malade proteste contre la séquestration à laquelle elle est condamnée.

Lorsque les renseignements consignés par les agents dans leur rapport, ou lorsque les réponses de la fille permettent de penser qu’elle n’a pas l’habitude de la prostitution ni l’intention de s’y livrer à l’avenir, le chef du Bureau se borne à lui donner des conseils ou des avertissements; il fait appel aux sentiments religieux et honnêtes qu’elle a pu conserver, et il la renvoie sans même lui proposer la visite sanitaire.

L’attitude des filles, leur assurance, l’indignation, le désespoir avec lesquels elles nient quelquefois les faits rapportés contre elles, démontrent au premier coup d’œil que les agents se sont trompés dans l’exécution de leur mandat; alors, le chef du Bureau des mœurs se borne à donner quelques conseils paternels, et il s’empresse de renvoyer la fille, coupable seulement d’imprudence ou de quelques fréquentations suspectes.

On voit, d’après ces détails, qu’une police bien dirigée doit avoir pour résultat de réprimer la prostitution clandestine, de telle sorte qu’une fille ne puisse pas réussir à en vivre habituellement. Le relâchement des mœurs publiques et les formes variées du concubinage n’empêchent pas la constatation des actes que j’ai énumérés et qui caractérisent la prostitution clandestine; seulement, il faut que la surveillance soit incessante; car, de même que les prostituées inscrites se recrutent parmi les clandestines, de même celles-ci se recrutent journellement parmi les jeunes servantes ou les ouvrières qui se laissent entraîner

à préférer les gains faciles et honteux de la prostitution, les séductions de la coquetterie et de la gourmandise, la danse, les spectacles, les divertissements d’une vie oisive et dissipée, aux salaires avares, aux interminables privations d’une vie laborieuse et honnête.

Toutes ces considérations font comprendre combien est grave et délicate la mission du chef de Bureau des mœurs. Non seulement son jugement et sa fermeté doivent gouverner la prostitution inscrite, la maintenir sans l’encourager, et s’efforcer de concilier ce qui est inconciliable : la morale publique et les vices radicalement incorrigibles de la civilisation; non seulement il remplit le difficile office d’intermédiaire entre la police et l’hygiène publique, mais encore, et surtout, c’est lui qui décide du sort des prostituées clandestines par les propositions qu’il soumet à l’autorité supérieure. À Bordeaux, 850 filles comparaissent chaque année devant lui, et ses démarches, ses ordres, ses conseils, peuvent préserver des horreurs de la prostitution publique une foule de malheureuses qui glissent déjà de la misère dans le vice. Est-il, je le demande, est-il une fonction, une magistrature qui exige plus d’intelligence et de droiture, plus d’activité, de patience et de probité? Est- il possible qu’une pareille fonction qui livre à un homme tant de graves intérêts, les entrailles même du peuple, l’avenir de tant de jeunes filles qui, par lui, échapperont peut-être à la honte, à la stérilité, à l’abrutissement, est -il possible qu’une pareille fonction soit convenablement remplie par un employé subalterne que la médiocrité de ses émoluments met aux prises avec les nécessités de la vie?

Il est bien entendu que je parle ici d’une manière géné-

raie; ce qui se passe à Bordeaux prouve surabondamment que l’intelligence et le dévouement du chef du Bureau des mœurs ne se mesurent pas toujours au chiffre des émoluments. Je veux seulement profiter de l’occasion pour déplorer le préjugé fatal qui réduit à un taux misérable les émoluments des fonctionnaires. De là vient que la plupart des administrations françaises se recrutent parmi des jeunes gens à qui la nécessité a servi de vocation, et que les intérêts publics sont trop souvent gérés avec moins d’intelligence et de zèle que les intérêts particuliers.

Le tableau suivant expose le nombre des visites faites à des prostituées clandestines pendant les cinq dernières années, avec le nombre et la proportion des malades trouvées à la suite de ces visites.

TABLEAU donnant la nombre des insites sanitaires faites aux prostituées clandestines , le nombre et la proportion des malades trouvées ci la suite de ces visites en 18G8, IS59 , 1SG0, 1SG1 et 18G2.

NOMBRE

des

visites

sanitaires.

NOMBRE

des

malades

PROPORTION

des malades pour

100 visites

OBSERVATIONS

C’est au mois de juillet 1839

que le nombre des agents attachés au Bureau des mœurs a

été porté de trois il cinq.

Conclusions. — 1° La prostitution clandestine est un mal sans cesse renaissant, mais on ne doit pas la considérer comme une source intarissable de contagion vénérienne.

2° Plus la surveillance est active, plus le nombre des filles s’élève; mais, en même temps, la proportion des malades décroît rapidement.

3° Cette décroissance, coïncidant avec la diminution du nombre des militaires infectés, peut être considérée comme une preuve de l'amélioration survenue dans la santé publique sous l’influence des perfectionnements apportés aux services du Bureau des mœurs et du Dispensaire.

4° La répression administrative de la prostitution clandestine n’est pas arbitraire, car le fait scandaleux d’aller chercher ou d’envoyer chercher des hommes inconnus sur la voie publique ou dans les lieux publics, afin de les provoquer à l’acte génital, peut être assimilé à l’outrage public à la pudeur.

5° Le raccrochage est un délit d’outrage public à la pudeur; par conséquent, il peut et il doit être interdit, soit aux prostituées inscrites, soit aux clandestines, et il doit être sévèrement réprimé.

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