‹ De la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de la prostitution contemporaine, suivis d'une étude sur le dispensaire de salubrité de Bordeaux, d'une statistique des vénériens dans la garnison de Bordeaux, et d'un essai de statistique de l'infection vénérienne dans les garnisons de l'Empire françaisChapitre 24 sur 122 · BAINS PUBLICS; ABLUTIONS · texte numérisé non relu

BAINS PUBLICS; ABLUTIONS

« Vir de quo egreditur semen coïtus lavabit aqua omne corpus suum...

» Vestem et pcllem quam habuerit lavabit aqua...

» Mulier cum qua coïerit, lavabitur aqua... » (Levit., XV, 16.)

« L’homme, après la sortie de la semence du coït, lavera tout son

corps avec l’eau...

» Il lavera avec l’eau le vêtement et la fourrure qu’il portait...

» La femme avec qui il aura cohabité sera lavée avec l’eau. «

Les Romains se baignaient très fréquemment. L’usage du bain, après les rapports sexuels, était prescrit par la religion (*) ;

« Hæc sancte ut poscas, Tiberino in gurgite mergis » Mane caput bis terque, et noctem fluminc purgas. »

(Pers., II, 15.)

« Pour sanctifier ces vœux, tu vas, le matin, plonger la tôle deux ou trois fois dans les gouffres du Tibre, et tu purifies dans ses Ilots les souillures de la nuit. »

« Vos quoque abesse procul jubco, cliscedite ab aris » Queis tulit heslerna gaudia nocte Venus. » (Tm., II, 1, 11.)

« Retirez-vous, je vous l’ordonne; éloignez-vous des autels, vous qui avez, la nuit dernière, goûté des plaisirs de Vénus. »

(') II l’est par le Coran; aussi, h Constantinople, les bains publics sont encombrés le matin cl particulièrement le samedi; l’accomplissement des devoirs conjugaux étant ordonné pour la nuit du vendredi au samedi.

Comme l’usage fréquent des bains signala parmi les Romains l’invasion du luxe et des mœurs efféminées, le mot lautus , lavé, est devenu synonyme de brillant, élégant, délicat, magnifique, somptueux. (Forcel. lexic. Lautus.)

Les bains, les ablutions, les soins de la toilette corporelle étaient la continuelle opération des prostituées :

« Ex industria ambæ nunquam concessavimus » Lavari aut fricari , aut tergeri, aut ornari,

» Poliri, expoliri , pingi, fïngi. » (Plaut., Pœnul., 219.)

« Nous n’avons eu toutes deux qu’une seule occupation; nous laver sans relâche, nous frotter, nous essuyer, nous parer, nous polir, nous repolir, nous farder, nous pomponner. »

« Quasi salsa muriatica

« Nisi multa aqua usque et diû macerentur » Oient, salsa sunt, tangere non velis : item sumus. »

(Plaut., Pœnul. , 2i .)

« Comme du poisson salé si on ne le fait tremper longtemps à

grande eau, il sent, il est acre, on n’y peut pas toucher : telles nous sommes. »

« Pisceis ego credo, qui usque dum vivont, lavant » Minus diù lavare, quam hæc lavat Phronesim. »

(Plaut., Tiucuh, 293.)

« Les poissons qui passent leur vie entière à se laver se lavent, ma foi ! moins longuement que cette Phronésie. »

« On imputa la lèpre aux Croisades, à l’Asie. L’Europe l’avait en elle-même. La guerre que le moyen âge déclara et à la chair et à la pauvreté devait porter son fruit. Plus d’une sainte est vantée pour ne s’être jamais lavé, même les mains. Et combien moins le reste. La nudité d’un moment eût été grand péché. Les mondains suivent fidèlement ces leçons du monachisme. Cette société subtile

et raffinée, qui immole le mariage et ne semble animée que de la poésie de l’adultère, elle garde sur ce point si innocent un singulier scrupule. Elle craint toute purification comme une souillure. Nul bain pendant mille ans ! Soyez sûr que pas un de ces chevaliers, de ces belles si éthêrées, les Parceval, les Tristan, les Iseult, ne se

lavaient jamais. De là , un cruel accident, si peu poétique en plein roman, les furieuses démangeaisons du treizième siècle. » (Michelet, la Sorcière , p. 110). j1)

De nos jours, dans certaines maisons religieuses, les ablutions secrètes et les bains sont interdits! Est-ce par suite d'une réaction traditionnelle contre les usages des Romains dissolus? Pourtant, la fréquence des bains et des ablutions a les conséquences hygiéniques les plus favorables; elle empêche le développement des maladies cutanées et la propagation des maladies contagieuses; elle favorise les fonctions physiologiques de la peau, et par suite l’intégrité des digestions; elle prévient les prurits dangereux et les rêves lascifs; elle rend le sommeil calme et innocent. La saleté et la lubricité sont sœurs, comme la propreté et la pureté.

D’ailleurs, l’Ancien Testament recommande par des textes nombreux des purifications par l’eau. (V. Levit., XV; Num. , XIX; Deut., XXIII, 11, etc.)

A Rome, les deux sexes se mêlaient dans les bains publics. Cet usage fut blâmé dès son origine :

« Flag'itii priucipium est nudare inter cives corpora. »

( Epitaphium, Ennii.)

« La débauche commence où finit la pudeur, a

mais il se répandit. Les débauchés choisissaient les femmes de mauvaise vie dans les bains publics.

« Vis futui, nec vis mecum Laufeia lavari

» Nescio quod magnum suspicor esse nefas

» Aut tibi pannosæ pendenta pectore mammæ... » (Maut., 111, 72.

« Dicere Calla soles : nuda placebo magis,

» Et semper vitas communia balnea nobis. » (Maut., III, 51.)

« Calla, tu ne cesses de dire : nue je te plairais davantage, et tu évites toujours de te baigner avec moi. » (*)

(*) En citant ce passage de la Sorcière, je ne m’associe point aux exagérations, ni aux absurdes violences d’un auteur, il mon avis beaucoup trop célébré, que je crois propre a compromettre les meilleures causes et a égarer le bon goût et le bon sens du public.

* Nudi tecum juvenesque senesque lavanlur. » (Mart., Vil, 35.)

< .Icunes gens et vieillards se baignent avec toi tout nus. »

Le passage suivant prouve et le luxe incroyable des thermes romains et l’usage des bains en commun :

« Yideret hæc Fabricius, et si, ratas aigento mulierum baUneas, ita ut vesligio locus non sit, cum viris lavantium. » (Plin., XXXIII, 12.)

« Oh! si Fabricius voyait ces thermes luxueux des femmes, où elles se baignent avec les hommes, et qui sont tellement pavés d’argent, qu’on ne saurait poser le pied sur autre chose que sur ce métal. »

On applaudissait à la vue des nudités grotesques.

< Audieris in quo, Flacce, balneo plausum ,

» Morionis illic esse mentulam scilo. » (Mart., IX, 34.

« Entends-tu le bain retentir d’applaudissements? On a vu paraître un organe grotesque. »

(V. aussi Mart., Vil, 81 ; XI, 75.)

L’office de baigneur était rempli par des hommes auprès des femmes :

« Inguina succinctus nigra tibi servus aluta r> Stat, quoties calidis tota foveris aquis. » (Mart., VII, 3t.)

« Un esclave, ceint d’un tablier noir, est toujours sur pied pour le servir, chaque fois que tu te baignes à l’eau chaude. »

Il en résultait d’étranges abus :

« Callidus et crislœ digitos impressit aliptes,

» Ad summum domime fémur exclamare coegit. » (Juv., VI, 422.)

Les matrones, les femmes qui se respectaient, ne participaient jamais à la communauté des bains :

<c Ecquid femineos sequeris, matrona, rccessus,

» Secretusque tua, canne, lavaris aqua. » (Mart., VII, 34.)

«Pourquoi, comme les matrones, fréquentes-tu les endroits écartés affectés aux femmes, et fais-tu tes ablutions secrètes dans un bain particulier? >

Quant aux femmes de mauvaise vie, l’unique précaution de leur pudeur était de porter une espèce de caleçon :

<c Si pudor est transfer subligar in faciem. » (Mart., III, 87.)

< Si tu as de la pudeur, tu devrais transporter ton caleçon sur ton visage. »

D’après Valère-Maxime (II, 1), le père ne devait pas se baigner avec son fils pubère, ni le beau-père avec le gendre. Voir leurs parents nus était pour les enfants une chose infâme : Nefas.

L’impudique usage des bains en commun fut vainement prohibé parles édits de Trajan, successivement renouvelés par Adrien et par Marc-Aurèle; rétabli par Héliogabale, il fut définitivement aboli par Alexandre Sévère. ( Plaut Note de Naudet; miles, 385.)

Dézobry méconnaît l’usage des bains en commun; il donne néanmoins, sur les thermes romains, des détails très circonstanciés. (V. ouv. cit., t. I, p. 322.)

L’entrée au bain coûtait un quadrant (environ 2 cent.). L’empereur Antonius, afin de plaire au peuple, rendit les bains gratuits. (Lampiud.)

Dans les lupanars romains, des esclaves spéciaux remplissaient l’abjecte fonction de présenter l’eau aux prostituées après qu’elles avaient accompli leur office; on les nommait aquarioli. Plus tard, la dénomination de aquarioli fut étendue aux esclaves qui allaient chercher sur la voie publique et qui amenaient des pratiques aux prostituées et aussi aux hommes débauchés qui les fréquentaient. [Y. Forceee. lexic. Aquariolus.)

De nos jours, dans les villes d’Orient, et même dans plusieurs grandes villes d’Italie, ce sont de jeunes garçons qui racolent les étrangers dans les rues pour les conduire dans les maisons de débauche (!).

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