‹ De la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de la prostitution contemporaine, suivis d'une étude sur le dispensaire de salubrité de Bordeaux, d'une statistique des vénériens dans la garnison de Bordeaux, et d'un essai de statistique de l'infection vénérienne dans les garnisons de l'Empire françaisChapitre 30 sur 122 · CAUSES DE LA LUBRICITÉ DES ROMAINS · texte numérisé non relu

CAUSES DE LA LUBRICITÉ DES ROMAINS

Im toge , vêlement insuffisant; les lits pour les repas ; les danses lascives des esclaves

des deux sexes.

Chez les Romains, la prostituée ôtait une marchandise dont l’acheteur positif voulait apprécier la valeur avant de conclure le marché qui la devait livrer à ses appétits brutaux:

<r Altéra nil obstat : Cois libi pene videre est » Ut nudam; ne crure malo, ne sitpede lurpi,

» Meliri possis oculo latus. An tibi mavis » Insidias fieri, pretiumque aveliier, ante » Quam mercem ostendi? » (Hor., Sat., I, 2, 100.)

« Avec l’autre, point d’obstacles; la gaze vous la laisse voir à peu près nue. A-t-elle la jambe mal tournée ou le pied mal fait? Vous la mesurez d’un coup d’œil. Aimeriez-vous mieux être dupé, et payer la marchandise avant de l’avoir vue? »>

« Palam prostare nudam in nebüla linea. »

(Petron., Satyric., 55.)

« Se prostituer publiquement nue dans un nuage de lin. »

« Nudum, olido stans

» Fornice mancipium. » (Juv., II, 170.)

« I/esclavc qui attend nue dans son bouge infect. »

Cependant les prostituées n’étaient pas toujours nues pour

attendre le public ; on leur faisait quelquefois porter des habits de garçon :

« Inter ebriorum convivarum jocos jactatur, modo in puerilem, modo in muliebrem habitum composita. » (M. Ann. Senec., Conlrov., I, 2.)

« Elle est en but aux grossiers lazzis des ivrognes, tantôt sous des habits de garçon, tantôt sous le costume féminin. »

Les prostituées vêtues étaient sans doute d'une classe plus relevée que celles qui attendaient leurs pratiques dans un état complet de nudité :

« At tu

» Quum tibi vestiti faciès scorti placet, hæres » Et dubitas alta Chioném deducere sella. » (Juv., III, 135.)

« Mais toi, si la figure d’une prostituée vêtue te séduit, tu balances, tu hésites à faire descendre Cliione de sa haute chaise. »

11 faut remarquer à ce sujet que les Romains n’étaient pas choqués autant que nous de la nudité. (Voy. Bains. — 13 — ) La toge découvrait aisément les organes sexuels; les mouvements brusques du corps ou des membres relevaient les plis de cette espèce de manteau flottant et exposaient aux regards les organes virils. On conçoit qu’un pareil vêtement n’imposait aucun délai à la satisfaction des désirs impudiques.

On n’a peut-être pas assez remarqué le rapport qui s’établit entre la pureté des mœurs et le vêtement des peuples. Chez nous, le vêtement des hommes est une entrave aux entreprises, celui des femmes est un rempart; c’est un commencement de séparation matérielle. La vie sociale dont nous jouissons ne serait pas compatible avec la mode des robes ouvertes.

Nos missionnaires apportent aux peuplades sauvages, avec la parole évangélique, des ballots d’étoffe. Car la pudeur est le commencement de la civilisation et le premier signe de la dignité humaine.

Les esclaves nègres sont nus.

Si le vêtement n’impose pas aux rapprochements corporels un obstacle suffisant, les nations vivent dans une irrémédiable promiscuité. Dès que les mœurs s’épurent, la réclusion des femmes

devient une nécessité, à moins que le vêtement, mieux attaché et plus exactement appliqué, ne fournisse à la pudeur un secours permanent. Les agraffes et les boutons, les corsets et les pantalons remplacent les gardiens et les harems.

Cicéron recommande à son fils l’usage du caleçon que la bienséance imposait aux orateurs et aux comédiens :

« Nec vero histrionibus oratoribusque concedendum est, ut iis hæc apta sint nobis dissoluta. Scenicorum quidem mos tantam liabet veteri disciplina verecundiam, ut in seenam sine subligaculo prudeat nemo : verentur enim, ne, si quo casu evenerit, ut corporis partes quædam aperiantur, adspieiantur non décoré. » (Cic., de Off., I, 35, 129.)

« Il ne faut pas donner sur nous l’avantage de la décence aux comédiens et aux orateurs. Les anciennes traditions du théâtre exigent tant de modestie, qu’un acteur n’oserait paraître en scène sans porter un caleçon, car il serait à craindre que la décence n’eût à souffrir, si certaines parties de son corps venaient par hasard à se découvrir. »

Juvénal s’indigne contre les juges et les avocats qui avaient l’effronterie de siéger en toge diaphane :

« sed quid

» Non facicnt alii, cum tu mullida sumas » Cretice, et banc vestem populo mirante, perores?

» nudus agas

7> Minus est insamia turpis. » (Juv., Il, 65.)

« Mais que ne feront pas les autres, lorsque toi, Creticus, tu te revêts de tissus diaphanes? Et tu viens pérorer sous un pareil vêtement en présence du peuple ébahi ! siège tout à fait nu; on te croira fou, ce

sera moins honteux. »

(V. aussi Juv., II, 76, 96.)

Quelques débauchés relevaient leur toge en public au point de découvrir les organes génitaux. Le caprice avait à cet. égard une pleine liberté :

« Malthinus tunicis demissis, ambulat; est qui » Inguen ad obscœnum subductis usque facetus. «

(IIor., Sat., I, 2, 24.)

« Malthinus laisse traîner le bord de sa robe; tel effronté la relève jusqu’à la ceinture avec la dernière indécence. >

L’usage de s’étendre à demi devant la table sur des lits pour les repas devait favoriser la lascivité des convives, qui se faisaient servir par des esclaves des deux sexes à peine vêtus, et qui abusaient des mets stimulants et des vins épicés. (V. Dezob., ouv. cit., t. I, p. 332.)

Les danses lascives des jeunes esclaves espagnoles ou des jeunes garçons terminaient les festins :

i Forsitan exspectes ut Gaditana canoro » Incipiat prurire choro, plausuque probatæ » Ad terram Iremulo descendant chine puellæ (1).

» Irritamentum Veneris languentis, et acres » Divitis urticæ. Major tamen isla voluptas » Alterius sexus; magis ille extenditur; et mox * Auribus alque oculis concepla urina movetur . »

(Juv., XI, 161.)

« Nec Gadibus improbis puellæ

» Vibrabunt sine fine prurientes

» Lascivos docili tremore Jumbos. » (Mart., V, 79.)

« Les danseuses de la licencieuse Cadix n’irriteront pas tes désirs par les trémoussements de leurs croupes lascives. »

« Tam tremulum crissât, tam blandum prurit, ut ipsum » Masturbatorem faceret Hippolytum. » (Mart., XIV, 203.)

(V. aussi Ovin., Am., III, 31.)

« Transeo puerorum infelicium gregcs, quos, post transacta convivia aliœ oubiculi contumeliœ exspectant. » (Senec., Episl., 95.)

« Je ne parle pas de ces troupes de malheureux enfants voués après les festins à tous les outrages de la lubricité. »

« Non potest effugore pueritiam, retrahitur, jamque militari habitu glaber districtis pilis aut penitus avulsis, tota noctc pervigilat, quam inter ebrietatem domini ac libidinem dividit, et in cubiculo vir et in convivio puer est. » (Senec., Epist., 47,)

« L’infortuné ne peut sortir de l’enfance, on l’y ramène de force; il a déjà la statuie d un soldat, et sa peau est rendue lisse par l’usure ou

(') Ce vers et les deux épigrammes de Martial citées ci-dessous constatent l’antiquité de la Cachucha.

l’avulsion des poils. Il veille toute la nuit, et la partage entre l’ivresse et la lubricité de son maître. A table il est enfant, et dans le lit il est homme. »

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