LE FARD, L’ÉPILATION, LES MOUCHES
La civilisation moderne n’a pas plus inventé le fard que les parfums, les mouches, les cheveux postiches, les fausses dents et l’épilation :
« Et circumlinisti slibio oculos luos... » (Ezech., XXIII, 40.)
« Et tu as noirci le bord de tes paupières avec du stibium. »
(V. aussi Beg., IV, 9, 30; Jerem., IV, 30.)
« Quia adeo foreis nostras unguentis uncla es ausa abcederc « Quiaque istas buccas tam belle purpurissatas babes. »
(Plaut., Trucul., 260.)
« Pour avoir osé approcher de notre porte ta personne parfumée et ton museau si bien empourpré. »
« Sanguine quæ vero non rubet, arte rubet. »
(Ovid., Ars Am., III, 200.)
* Elle remplace la vraie rougeur du sang par un rouge artificiel. »
(V. aussi Plaut., Mostell., 258, 261, 275.)
« Neque illi
» Jam manet hurnida crcla, colorque » Stercore fucalus crocodili. » (Hor., Epod., XII, 9.)
« De son visage dégoutte la craie détrempée et ce fard composé des excréments de crocodile. »
« Crelata limel Fabella nimbum Cerussata timet Sabella solem. » (Mart., II, 41.)
* craie c^c Fabella craint la pluie, la cérusc de Sabella craint le soleil »
« Et inter rugns malarum tantum erat cretœ, ut putares detectum parietem nimbo laborare. » (Petron., Satyric., 23.)
« Et dans les rides de ses joues il y avait tant de craie, qu’on eût dit un mur décrépi sillonné par la pluie. »
« Ille supercilium, rnadida fuligine tacturn
» Obliqua producit acu , pingitque trementes
» Attolens oculos. » (Juv., II, 93.)
« Celui-là prolonge son sourcil au moyen d’une aiguille enduite de noir de fumée, et, levant les yeux, peint ses paupières clignotantes. »
« Imo supercilia etiam profert depyxide. »
(Petron., Satyric., 110.)
En outre, elle tire d’une boîte une paire de sourcils. »
(V. aussi Juv., YI, 464; Ovid., Ars Am., III, 201.)
Les Belges passaient pour avoir, aussi bien que les Bretons, devancé les Bomains dans l’art de farder le visage.
« Turpis Romano, belgicus ore color. » (Prop., II, 18, 26.)
« Le fard du Belge déshonore un visage romain (l). »
Les raffinements de la coquetterie étaient portés plus loin que chez nous. L’épilation, dont la pratique est fort restreinte de nos jours, était d’un usage général à Rome chez les prostituées et chez les débauchés de toutes conditions.
'c plena turpi olla résina
» Summœnianœ qua pilantur uxores. » (Marx., XII, 32.)
« l'n vieux pot rempli d’une sale résine servant à épiler les épouses du Summænium (les prostituées). »
Ainsi, on arrachait les poils au moyen d’une composition résineuse; de plus, on les usait à la pierre-ponce :
« Nam res mortifera est inimicus pumice lœvis. »
(Juv., IX, 94.)
« Car ce sont de venimeux ennemis ces hommes polis à la pierre-ponce. »
(«) Les Bretons, les Belges et les Gaulois étaient alors des sauvages qui se tatouaient; c'est a ce tatouage que Properce fait allusion ici et dans le passage cité p. 40.
t Sit nobis ætate puer, non pumice lœvis » Propter quem placent nulla puella mihi. » (Mart., XIV, 205.)
(V. aussi Ovid., Ars Am., 1, 505.)
« Hispida membra quidem et duræ per brachia setæ » Proraittunt atrocem animum, sed podice lævi » Cæduntur tumidæ medico ridente mariscæ. » (Jov., II, 11.)
« Ces membres velus, ces bras hérissés de poils durs promettent une énergique vertu, mais le chirurgien sourit en réparant ton anus soigneusement épilé. »
(V. aussi Juv., VIII, 16.)
« Quod pectus, quod aura tibi, quod brachia vellis,
» Quod cincta est brevibus mentula tonsa pilis » Hoc præstas, Labiene, tuæ, quis nescit, amicæ?
» Cui præstas culum , quem, Labiene, pilas' ? » (Mart., II, 62.)
« Psilothro faciem lœvas et dropace calvam. » (Mart., III, 75.) » Le Psilothrum te sert à épiler ton visage, et le dropax ton crâne. »
(V. aussi Mart., IX, 28; X, 90; Plin., XXX, 36; XXXII, 47; Ovid., Ars Am., III, 194.)
Il y avait des épileurs dans les bains publics : Alipili. (Senec., Ep., 56.)
Les vieilles femmes faisaient arracher leurs cheveux blancs :
« Vellere tum cupies albos a stirpc capiltos. »
(Prop., III, 25, 13.)
« Tu voudras alors arracher jusqu’à la racine tes cheveux blancs. »
Voici les preuves de l’usage des mouches chez les Romains :
« Et mmerosa linunt stellantem splénia frontem; i Ignoras quis sit ? Splénia toile, leges. » (Mart., II, 29.)
« Et un grand nombre de mouches (mot à mot : emplâtres) couvrent sou front radieux. Ignores-tu ce qu’il est? Enlève scs mouches, et tu le sauras. »
Il s’agit d’un affranchi qui cachait avec des mouches la lettre F
dont on marquait au moyen d’un fer chaud les esclaves fugitifs. Les brûlures sur le front étaient une punition fréquemment infligée aux esclaves, même pour les fautes les plus légères, par l’ordre de leurs maîtres. (V.Juv., XIV, 21; V. aussi Dézob., ouv.cit., IV, 1.)
(V. aussi, pour les mouches, Ovid., Ars Am., III, 202.)
On trouve une foule de détails sur la toilette d’un jeune homme et d’une jeune femme dans l 'Art d’aimer d’Ovide. (V. surtout I, 504 à 525, et III, 103 à 295; V. aussi Dezob., ouv. cit., IV, 1.)