IMPUDICITÉ DES MOEURS PUBLIQUES
Morale de Cicéron et de Sénèque; prostest allons de Juvènal.
Les mœurs publiques n’étaient pas moins obscènes que les habitudes privées. Les fêtes que les Romains célébraient en l’honneur des dieux, dévoilaient solennellement leur dépravation et leur lubricité. Voici les détails caractéristiques des Bacchanales :
« Ex quo in promiscuo sacra sint, et permixli vi ri feminis et noclis
(') Un geste analogue était employé par les Grecs pour montrer les Cyntvdes, pour les appeler ou pour les railler. La main prenait alors la forme du sigma a. C’est pour cela sans doute qu’on considère encore comme une insulte d’ètre montré du doigt. (V.Tiiéod.Echtermeïer; Vroyramm., cité par J. Rosamiîaum, Uist.de la Syph., p. 101.)
ccntia accesserit nihil ibi facinoris, nihil flagitii prœtei missum. Pluia virorum inter sese, quam feminarum essestupra. »(Tit. Liv., XXXIX, 13).
« Depuis l’admission des hommes et le mélange des sexes, depuis qu’on a fait choix de la nuit si favorable à la licence, il n’est sorte de forfaits et d’infamies qui ne se commettent, et les hommes se livrent encore plus à la débauche entre eux qu’avec les femmes. »
Les fureurs érotiques des femmes, lorsqu’elles célébraient les mystères de la bonne déesse, seraient considérées chez nous comme des accès de nymphomanie :
f Lenonum ancillas, posita Laufélla, corona * Provocat, et tollit pendcntis præmia coxæ.
» Ipsa Meduîlinœ frictum crissantis adorai;
» Nec ibi per ludum simulatur; omnia fient
» A d verum
» Tune prurigo morœ impatiens , tune femina simplex » Et pariter toto repetitus clamor ab antro :
» Jam /as est, admitte virosl » (Juv., VI, 321.)
« Laufélla dépose sa couronne, défie les prostituées elles-mêmes, et remporte le prix dans l’art de distiller la volupté. Puis, à son tour, elle adore
les ondulations de Médullina On ne s’en tient pas à un vain simulacre;
tout s’exécute en réalité Alors s’allument ces ardeurs qui ne souffrent
point de retard, alors la femme se montre telle qu’elle est, et un seul et même cri retentit sous la voûte : les hommes ! il est temps ! les hommes! »
Encore les Bacchanales et les mystères d’Isis étaient-ils célébrés la nuit par un nombre restreint d’initiés; mais les jeux Floraux! mais les prostituées nues dansant en plein théâtre, outrageant la pudeur par les plus révoltantes obscénités, se livrant à la salacité du peuple, en présence des matrones, des édiles, des sénateurs!
« Flora cum magnas opes ex arte meretricia quæsivisset populum scripsit hæredcm, certamque pecuniam reliquit, cujus ex annuo fænere, suus natalis dies celebraretur editione ludorum quos apellant Floralia. Celebranlur omni lascivia. Nam præter verborum licentiam, quibus obscænilas omnis eflfunditur, exmntur eliarn veslibus populo flagitante meretrices, quæ tune mimarum funguntur ofîicio, et in conspectu populi, usque ad satietatem impudicorum hominum cum pudendis motibus detinenlur . » (Lactant., Inst, div., I, 20.)
« Flora ayant acquis de grandes richesses dans l’exercice de la prosti-
tution, fit le peuple son héritier, et laissa une somme d’argent dont le revenu annuel devait servir à célébrer des jeux nommés Floraux. Ces jeux sont célébrés avec toute espèce de licence; car, outre l’obscénité qui se répand dans l’elTronterie du langage, tout vêtement est rejeté lorsque le peuple demande les prostituées ; celles-ci remplissent alors le rôle de mimes, et sous les regards de la foule exécutent des mouvements lascifs jusqu’à dégoûter le$ hommes les plus lubriques (1) . »
(V. aussi Lactant., de Fais, relig., I, 20; Ovin., Fast., V, 326.)
(V. aussi pour les jeux publics in Mart. Panckouck., Not. de Dubois, t. II, p. 394.)
Gomment comprendre qu’une grande nation, celle-là même qui a tracé dans l’humanité le plus vaste sillon, se soit livrée à de pareilles aberrations, à d’aussi incroyables turpitudes 1 Pourtant la pudeur était toujours honorée, les chastes Vestales continuaient d’entretenir le feu sacré, le peuple tout entier, en présence de Caton, suspendait la célébration des jeux floraux :
« ... Quo sedente populus negalur permisisse sibi poslulare florales jocos nudandarum merelricum. » (Senec., Epist., 97.)
t ... En sa présence, le peuple n’a pas voulu demander les folies florales 1 des prostituées nues. »
(V. aussi Val. Max., II, 10, 8.)
Cicéron, annonçant les conséquences de la dissolution des moeurs et proclamant la nécessité de résister aux séductions de la volupté, semble devancer la morale chrétienne :
« Graves enim dominæ cogitationum libidines ad omne facinus
impellunt eos quos illecebris suis incenderunt. » (Cic., de Iiep., VI, t.)
« Les passions, dominatrices impures de nos âmes, entraînent à tous les forfaits ceux qu’elles ont enflammés par leurs enchantements. »
(') « Il n’est pas qu’en quelques villes de France, et nommément en celle de Lagny, on n’ait voulu représenter les jeux floraux le jour de la Pcntccoste. Car lors, dès le matin, le commun peuple, au lieu d’aller à l’église, va au bois cueillir des rameaux, et l’après-dinéc fait une infinité d’exercices de corps plaisants, voire y a certains paysans en chemise qui courent un jeu de prix : coustume qui fut défendue par arrest de la Cour de Parlement de Paris, moy playdant pour les religieux abbé et couvent de Lagny. » (Pasquier, Recherches de la France, VIII, 7.)
« Nam eorum animi qui se corporis voluptatibus dediderunt, earumque sc quasi ministros præbuerunt, impulsuque libidinum voluptatibus obedientium, deorum et hominum jura violaverunt. » (Cic., Somn. Scip., 26.)
<c Mais ceux qui se sont asservis aux plaisirs des sens, dont ils sc sont faits comme les ministres, ceux qui ont obéi aux incitations de la volupté, ont violé toutes les lois divines et humaines.
Je pourrais ajouter un grand nombre de proverbes extraits des ouvrages de Sénèque qui semblent des versets de l’Écriture sainte-.
C’est que les notions du juste, du vrai et du bien, comme celles du beau, sont impérissables. Et lorsque les orgies impériales eurent dépassé les infamies de Rome républicaine par des prodiges de luxure et de dépravation, la conscience indignée faisait entendre des protestations sublimes.
« Sævior armis
s Luxuria incubuit, victumque ulciscitur orbem. »
(Juv., VI, 292.)
« Plus terrible que le glaive, la luxure s’est abattue sur nous, et venge les nations vaincues. *