INFIBULATION; COMMENT EXÉCUTÉE; DANS QUEL BUT
Une pratique singulière qui n’a pas laissé de traces parmi nous, était l’infibulation :
« Cutis (quæ super glandem est) acu filum ducentc transuitur,
ejusque fili capita inter se deligantur, quotidieque id movetur, donec circa foramina cicatriculæ fiant. Ubi eæ confirmatæ sunt, exempto filo fibula udditur, quæ, quo levior, eo melior est. » (Gels., VII, 25, 3.)
< On perce le prépuce avec une aiguille chargée d’un fil; on
noue ensuite les deux bouts de ce fil qu’on a soin de mouvoir tous les jours, jusqu’à ce que les bords des trous qu’on a faits soient cicatrisés. Alors, on ôte le fil qu’on remplace par une boucle qui sera d’autant meilleure qu’elle sera plus légère. »
Cette boucleétait d’argent; on l’appliquait dans 1 intention d obliger les jeunes gens à la continence :
« Jam vero pedngogia ad transitum virilitalis custodiantur argento. > (Plik., XXXIII, 54.)
C Que la continence des jeunes gens soit gardée par une boucle d’argent au moment où ils deviennent pubères. »
On pratiquait cette opération pour conserver la santé ou la voix des jeunes gens :
« Infibulare quoquc adolescenMos inter dura vocis, interdum valetudinis causa quidam consuerunt. » (Cels., toc. cit.)
On boucle quelquefois les jeunes gens, soit dans l’intention de leur conserver la voix, soit par la raison de santé, j %
La boucle était ordinairement soudée :
t Circellus sive annulus argenteus a fabro, ne facile solverctur,
ferruminabatur, ad coercendam Venerem. * (Forcell., lexic. Fibuta.)
< Le petit cercle ou l’anneau d’argent destiné à réprimer le libertinage était soudé par un forgeron, afin qu’il ne pût pas être enlevé facilement. >
* Jam pedagogo liberatus, et cujus
» Refibulavit turgidum faber penem. » (Mart., IX, 28, 11.)
• Déjà pubère, et dont le pénis turgescent a été débouclé par le forgeron . »
On croyait que l’infibulation conservait la santé aux jeunes gens, la force aux gladiateurs, la voix aux chanteurs, en les empêchant d’avoir commerce avec les femmes. L’infibulation n’inspirait pas grande confiance aux hommes instruits :
« Sed hoc quidem sæpius inter supervacua, quam inter necessaria est. » (Cels., toc. cit.)
« Mais celte opération est plus souvent inutile que nécessaire. »
Martial en raillait l’inutilité :
< I)ic mihi simpliciter, comœdis et citharædis « Fibuta quid prœslat? Carius ut futuant. » (Mart., XIV, 215.)
« Dis-moi, franchement; cette boucle des comédiens et des joueurs de cithare, à quoi sert-elle? A mettre leurs faveurs à plus haut prix. »
On voit par cette épigramme que les comédiens étaient fort recherchés, et qu’ils faisaient payer leurs faveurs; on voit, en outre, que la boucle n’était pas toujours soudée. (V. sur ce sujet : Juv., VI, 73, 110, 380, 396, et Prostitution virile ci-dessus, p. 61.)
L’infibulation était une précaution employée par jalousie lorsqu’une femme voulait se réserver un esclave préféré :
« Ergo ne videaris invidere
» Servo, Cœlia , fibulam remitte. » (Mart., XI, 76.)
« Donc, si tu ne veux pas qu’on te croie jalouse de ton esclave, Cœlia, déboucle-le. x>
Je n’ai trouvé aucune trace, dans les auteurs latins, de ces appareils absurdes dont on s’est servi au moyen âge pour cadenasser les organes sexuels des femmes, et dont on voit des échantillons au Musée de Cluny.