‹ De la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de la prostitution contemporaine, suivis d'une étude sur le dispensaire de salubrité de Bordeaux, d'une statistique des vénériens dans la garnison de Bordeaux, et d'un essai de statistique de l'infection vénérienne dans les garnisons de l'Empire françaisChapitre 48 sur 122 · SALAIRE DES PROSTITUÉES · texte numérisé non relu

SALAIRE DES PROSTITUÉES

La valeur du salaire inscrite sur un écriteau; la vierge a/jichée; salaires

en marchandises.

Il paraît que le salaire était exigé d’avance chez les Romains :

« Excepit Manda intrantes atque œrapoposcit. » (Juv., VI, 125.)

« Elle accueille les arrivants avec un sourire caressant et réclame un salaire. »

Outre le terme général œs, le salaire des prostituées était exprimé par différents mots :

Captura :

u Vectigalia nova atque inaudita exercuit ex capturis prostitutarum, quantum quæque uno concubitu mereret. » (Suet., Calig., 40.)

« Il institua un impôt nouveau et extraordinaire sur les salaires des prostituées, s’élevant à la valeur de ce que chacune d’elles recevait pour une passe. »

Quœstus meretricius. (Voy. — 8 — Quœstuariœ.)

Merces ou pretium stupri :

« Ergo muneribus quivis mercatur amorem ; s Juppiter, indignum! mer ce puella périt. » (Prop., II, 16, 16.)

>c Ainsi l’amour se vend; ô Jupiter, quelle indignité! la jeune fille s’abandonne pour un vil salaire. »

« On voit au Musée Borbomio (*)une quantité de médailles en terre cuite et en os trouvées dans les lupanars de Pompéia. Une fresque a mis sur la voie de la découverte de leur usage : c’étaient des cachets d’entrée dans les maisons publiques. On pense qu’on prenait des abonnements au lupanar comme aujourd’hui au bain. » (V. F. Jacquot; Gaz. Méd. de Paris; 1850, n° 28.)

La valeur du salaire de chaque prostituée était inscrite au-dessus de la porte de sa cellule avec son nom d’emprunt sur un écriteau :

« Deducta es in lupanar, accepisti locum, pretium constitutum est , titulus inscriptus est. Meretrix vocata es, in communi loco stetisti, superposilus est cellœ tuæ titulus , venientes recepisti. » (M. Ann. Senec., Controv.j 1,2.)

« Tu as été conduite dans un lupanar, on t’a donné une place, le prix a été établi, l’écriteau a été écrit. Tu as été appelée prostituée, tu es restée dans la maison publique, l’écriteau a été placé au-dessus de ta cellule, tu as reçu les arrivants. »

Lorsque le proxénète prostituait une fdle vierge ou prétendue telle, il faisait inscrire sur l’écriteau le prix qu’il en coûterait pour la déflorer :

« Puella ait prosternons se ad pcdes ejus : miserere, domine, virginitatis meæ, ne prostituas hoc corpus sub tam turpi titulo. Leno vocavit villicum puellarum et ait : Ancilla quæ præsens est, et cxornetur diligenter et scribatur ei titulus : quicumque Tarsiam deviolaverit mediam liberam dabit; postea ad singulos solidos populo patebit. » (Vit. Apolon. Thyan., p. 695. — Cité par F. Rosenbaum, ouv. cit., p. 80.)

« La jeune fille se jetant à scs pieds, lui dit : « Mon maître, ayez pitié de ma virginité, ne prostituez pas mon corps sous un écriteau si misérable. » Le proxénète appela le gouverneur des tilles, et lui dit : « Que l’esclave ici présente soit promptement parée, et faites pour elle l’écriteau suivant : Celui qui aura défloré Tarsia donnera une demi-livre (d’argent); ensuite, elle sera à la disposition du peuple pour un sou d’or (de 25 deniers). »

Dans les premiers âges, les pratiques payaient en marchandises.

« Mittam tibi hœdum de g regibus. » ( Gen ., XXXVIII, 17.)

« Je vous enverrai un chevreau de mes troupeaux. »

p) Musée Bourbon avant la dernière révolution, aujourd’hui Musée National.

« Pretium cnini scorti vix est unius partis. » (Prûv., VI, 26.)

« Le prix d’une prostituée est à peine d’un pain. »

Encore aujourd’hui les soldats donnent souvent un pain de munition à la prostituée pour la payer. Les filles publiques de bas étage que les soldats fréquentaient à Constantinople pendant la guerre d’Orient, se contentaient de ce salaire.

Chez les Romains, les marchands de grains apportaient du blé, les bouchers de la viande, etc., etc.

Fac sis, sit délation hue mihi frumentum hune annum quod satis

» Mihi etiam familiæ omni sit mihi. » (Plaut., Pseud., 185.)

« Fais en sorte qu’on m’apporte, aujourd’hui, du blé pour me nourrir cette année, moi et toute ma famille. » (C’est le proxénète qui parle à une prostituée.)

« Nisi carnaria tria grandia , tergerihus oneri uberio hodie » Mihi erunt. » (Plaut., Pseud., 217.)

« Si je n’ai, aujourd’hui, trois grands crocs garnis, chargés de viandes. »

« En excetra tu ! quæ tibi amicos toi habes, tain probe oleo onustos

ï Num quoipiam’st hodie tua tuorum opéra conservorum

» Nitidiusculum caput? Aut num ipse pulmento utor magis

>> Unctiusculo. » (Plaut., Pseud., 236.)

« Comment, vipère ! lorsque tu as des galants si bien fournis d’huile, tu ne procures pas à tes camarades de quoi rendre leurs cheveux plus brillants, et à moi de quoi rendre mes ragoûts plus onctueux? «

« Ferreus es, si stare potest tibi mentula, Flacce,

» Quum te sex cyathos orat arnica gari,

» Vel duo frusta rogat cybii, tenuemve lacertum » Nec dignam tolo se botryone putat. » (Mart., XI, 27.)

« U faut que tu sois de fer, Flaccus, pour ne pas être démonté par une maîtresse qui te demande six demi-roquilles de garum (*), deux tranches de thon ou un anchois, et qui ne s’estime même pas tout un chapelet d’œufs de poisson. »

(') Sauce au poisson très relevée.

« Formosa Phyllis nocte quum mihi tota » Se præstitisset omnibus modis largam

» Et cogitarem mane quod darem munus

» Rogare cæpil Phyllis amphoram vini. » (Mart., XII, 65 )

« La belle Phyllis m’avait pendant toute une nuit prodigué les plus douces faveurs. Comme je songeais, le matin, au présent que je lui ferais elle me demande une amphore de vin (19 litres et demi). *

« Cui satis una

» Farris libra for et , gracili sic tamque pusillo. »

(Hor., Sat., I, 5, 67.)

« Une livre de farine par jour, c’était bien assez pour une chétive

créature de son espèce. »

(Pour la valeur du salaire en argent, Voy. — 38 et 44 — )

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