PROSTITUÉS ISOLÉS
Il existait chez les Romains des mâles exerçant la prostitution isolément :
« Stupro liber , stupro ingenuus. » (Petron., Satyric., 81.)
« Affranchi par la prostitution, citoyen par elle. »
« Aut, sodés, mihi redde decem sestertia, Silo,
» Dein esto quamvis sævus et indomitus;
» Aut si te nummi délectant, desine, quæso,
» Leno esse, atque idem sævus et indomitus. » (Catull., 102.)
« Ou rends-moi mes dix sesterces (environ 2 fr. 10 c.), mon cher Silon, et puis tu seras à ton gré cruel et inexorable; ou si tu tiens à mon argent, je t’en prie, cesse d’ètre cruel et inexorable en même temps que tu es entremetteur. »
(Voy. p. 22.)
Mais la prostitution masculine recevait-elle le caractère d’une tolérance légale par l’inscription chez les édiles comme la prostitution féminine? (Voy. — 4 — ) Il est permis de penser que non; du moins, mes recherches à ce sujet sont restées infructueuses.
D’ailleurs, la loi Scatinia punissait les débauches contre nature :
« Semivir ipse
» Scatiniam metuens. » (Auson., Epig., 89.)
« Il n’est homme qu’à demi et craint la loi scatinia. »
« Lcx Scatinia vcl Scantinia lata a Scatinio tribuno plebis anno urbis dubium quo, in molles et effæminatos ; qui nefanda Venere uterentur, hoc est, aut ipsi muliebria paterentur, aut pueris vim facerent, quibus pæna decem millium numorum statuebat. » (V. Aug. Ernest., Claris Cicéron., 1777, p. 37.)
« Loi Scatinia ou Scantinia, proposée par Scatinius, tribun du peuple, à
une époque incertaine, contre les hommes débauchés et efféminés, qui se livraient aux plaisirs infâmes, soit qu’ils subissent le rôle passif, soit qu’ils fissent violence aux enfants; cette loi prononçait contre eux la peine de 10,000 sesterces d’amende (environ 2,100 fr.). »
— 36 — DESCRIPTION’DE la prostituée isolée.
« Quœ clum foris sunt nil videtur mundius » Necmagis compositum quidquam, nec magis élegans,
» Quæ cum amatore suo quum cænant, ligurriunt.
» Harum videre ingluviem, sordes, inopiam ;
» Quam inhonestæ solæ sint domi atque avidæ cibi,
» Quo pacto ex jure hesterno panem atrum vorent;
» Nosse omnia hæc salus est adolescentulis. »
(Ter., Eun., 933.)
« Quand elles sont hors de chez elles, rien de plus propre, de plus élégant, de plus coquet en apparence. Quand elles sonpent avec un amant, elles font les délicates. Mais il faut voir la goinfrerie, la saleté, la misère de ces créatures quand elles sont seules chez elles; comme elles sont éhontées, affamées, comme elles dévorent un pain noir trempé dans du bouillon de la veille. Il est bon que les jeunes gens sachent tout cela; c’est leur sauvegarde. »
« Utilis est vobis, formosœ, cura, puellæ » Sæpe vagos ultra limina ferre pedes
» Se quoque det populo mulier formosa videndam.
» Casus ubique valet; semper tibi pendeat hamus;
» Quo minime credis gurgite, piscis erit. »
(Ovid., Ars Am., III, 317.)
« Jeunes beautés, ayez soin d'égarer souvent vos pas hors de vos foyers... une jolie femme doit se faire voir en public... le hasard est partout; laissez pendre toujours derrière vous l’hameçon; le poisson, caché dans la profondeur des eaux, va mordre à l’improviste. »
« Quam digne ornata incedit, liaud meretricie! »
(Plaut., Mil., 968.)
« Quelle mise décente! Quelle démarche honnête! On ne dirait pas une prostituée. »