‹ De la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de la prostitution contemporaine, suivis d'une étude sur le dispensaire de salubrité de Bordeaux, d'une statistique des vénériens dans la garnison de Bordeaux, et d'un essai de statistique de l'infection vénérienne dans les garnisons de l'Empire françaisChapitre 72 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Budget de la Prostitution publique à Bordeaux.

« Prima peregrinos obscæna percunia mores » Intulit, et turpi fregerunt sæcula luxu » Divitiæ molles. » (Jov,, VI, 298.)

« L’argent corrupteur a importé chez nous les mœurs » étrangères; les richesses et le luxe ont amolli honteu- » sèment nos cœurs. »

Il n’est pas sans intérêt de connaître approximativement quelle est la valeur de l’impôt que la population paie pour entretenir la plaie honteuse, l’exutoire inévitable qu’on appelle la prostitution publique. Jusqu’à présent, on n’a pas pensé qu’il fût possible d’aborder cette singulière question d’économie sociale; mais à Bordeaux, nous nous trouvons dans des conditions qui permettent de la résoudre d’une manière à peu près satisfaisante, les détails de la vie matérielle des prostituées étant parfaitement connus, grâce à la perfection du service de surveillance.

Les renseignements que je vais donner m’ont été communiqués par le service administratif; je les ai contrôlés par l’examen des livres de comptes de quelques maisons de la lre catégorie et par des informations multipliées prises auprès des logeurs.

Le personnel moyen des douze maisons fermées ou de la lra catégorie était, en 1860, de 70 filles. La recette moyenne réalisée par ebaque fdle. s’élève à 350 fr. par mois, soit 4,200 fr. par an, soit, pour 70 filles, un total

annuel de

Le nombre des filles isolées est de 102. 11 est impossible de connaître directement le chiffre de leurs recettes, mais on peut l’apprécier indirectement d’après leur dépense moyenne, et obtenir ainsi un chiffre qu’il est facile de convertir en un avoir minimum; or, les dépenses annuelles d’une fille isolée s’élèvent, en moyenne, à la somme de 3,290 fr. (4), soit, pour

102 filles, un total de

Le nombre des prostituées de bas étage est de 382 ; la moyenne annuelle des dépenses de chacune d’elles s’élève à la

A reporter

(’) En voici lo détail : Loyer 42 0f «c

Nourriture, 1,050 »

Vêtements, linge, blanchissage. 1,200 »

Chauffage, éclairage 250 »

Coiffure, parfumeries 120 »

Menues dépenses 150 »

Voyages, voitures 100 »

Total des dépenses annuelles. 3,290f »

Je possède un livre de comptes que tenait jour par jour, avec une rare exactitude, une prostituée isolée, marquée n° 1 aux relevés des apparences physiques. (V. IIe Part., Ch. VII, g II.) Voici la récapitulation des recettes que j’y trouve: 1857, pour sept mois, 2,599 fr. 50 cent.; — 1858, 4,371 fr. 10 cent.; — 1859, 4,092 fr. (Elle avait alors une rente 3 0/0 de 60 fr.); — 1860, 5,469 fr. ; — 1S01, 5,511 fr. 50 cent. Elle était âgée de vingt-cinq ans en 1857 ; la progression de ses recettes résulte probablement de l’expérience qu’elle acquérait dans l’exercice de son métier.

Report

somme de 1,603 fr. 50 cent. (1), soit,

pour 382 filles, un total de 612,537 »

Total général l,242,117f »c

D’après ces supputations, je crois pouvoir affirmer que les prostituées publiques de Bordeaux absorbent un capital annuel qui n’est pas au-dessous de 1,242, 000 fr. (2). Je n’introduis pas dans mes calculs certains articles accessoires qu’on ne saurait apprécier, même approximativement, et qui s’élèvent certainement à une somme assez forte, comme les économies réalisées par quelques-unes, les achats de mobilier, l’argent donné aux amants de cœur, les sommes

p) En voici le détail : Loyer 365f »c

Nourriture 540 »

Chauffage, éclairage 182 50

Vêtements, blanchissage 250 »

Coiffure 72 »

Menues dépenses 144 »

Voyages 50 »

Total des dépenses annuelles. l,603f 50e

(2) Il y a loin de cette somme de 1,242,000 fr. aux recettes que devaient faire les hélaires grecques lorsqu’elles pouvaient construire de leurs deniers un temple à Aphrodite, et lorsque Phryné se chargeait de réédifier à ses frais la ville de Thèbes, à condition que sa libéralité fût perpétuée par cette inscription : « Alexandre l’a détruite , l'hétaïre Phryné l’a reconstruite. » (V. Athenæus, lib. XIII.)

« Nec quæ deletas potuit componere Tlicbas » Phryné tam multis facta beata viris. » (Prop., Il, 6, 3.)

« Et cette Phryné qui aurait pu relever Tlièbes de ses ruines n’eut pas autant d’adorateurs que toi. »

envoyées aux parents ou consacrées à l’éducation des entants. Je désire seulement faire comprendre, par un minimum applicable à la prostitution inscrite , quelle perte matérielle immense est déterminée par la débauche dans le sein de la société; et je ne parle pas d’une somme moyenne de 554 fr. par jour au moins que produiraient 554 prostituées si elles se livraient au travail, soit un total annuel de 202,210 fr.

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