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On serait tenté de conclure, d’après ce tableau, que les fdles qui viennent volontairement payer la visite, et qui sont d’une classe plus relevée, sont plus souvent malades que les fdles misérables qui viennent les jours de visite gratuite. Mais d’après l’organisation du service, toutes les filles sont libres, ainsi que je l’ai déjà expliqué, de venir passer gratuitement le mardi ou le mercredi; elles sont encore reçues les jours suivants moyennant une rétribution qui est de 75 cent, le jeudi ou le vendredi, et qui s’élève à 2 fr. le samedi. On conçoit que celles qui se savent malades redoutent la visite et ne viennent la passer que le plus tard possible. C’est évidemment ce qui élève la proportion des malades pour les visites payées.
Les visites faites au Bureau des mœurs comprennent les filles arrivantes ou partantes, les filles arrêtées en contravention et les délinquantes, c’est à dire celles qui ont été mises en prison pour avoir manqué à la visite hebdomadaire. Les filles arrivantes ou partantes n’ont point offert de cas de maladie; ce sont les filles arrêtées en contravention et surtout les délinquantes qui élèvent la proportion des malades pour les visites faites au Bureau des mœurs. 11 est évident que les filles qui se savent malades essaient d’échapper à l’hôpital en évitant la visite.
La proportion considérable des malades trouvées parmi les filles sortant de fllôpital des Vénériens provient d’un désaccord qui existait entre le service médical du Dispensaire et celui de l’hôpital, relativement à des questions théoriques et pratiques. Le médecin en chef de l’hôpital n’admettait pas le danger de la contagion pour certaines ulcérations chroniques des organes génitaux, tandis que les médecins du Dispensaire ne voulaient laisser sortir de
V hôpital que des femmes absolument saines (1). Ce désaccord n’existe plus aujourd’hui. Le médecin en chef de l’hôpital et celui du Dispensaire se réunissent et se consultent pour décider les sorties.
Le médecin en chef du Dispensaire doit évidemment intervenir pour décider l’admission en libre pratique des filles sortant de l’hôpital; puisque les médecins ont le droit et le devoir de visiter et de contre-visiter les prostituées toutes les fois qu’ils jugent convenable de s’assurer de leur état sanitaire, on conçoit que si l’accord n’existait pas entre le médecin en chef de l’hôpital et celui du Dispensaire, ce dernier pourrait renvoyer une fdle à l’hôpital au moment même où elle arriverait au Bureau des mœurs pour reprendre sa carte.
§ IV. — Nature des maladies qui ont déterminé l’envoi
DES PROSTITUÉES A l’iIÔFITAL DES VÉNÉRIENS.
Les médecins du Dispensaire ne peuvent pas toujours porter un diagnostic précis touchant la nature contagieuse ou non contagieuse des lésions très variées des organes génitaux qu’ils observent chez les prostituées. Doivent-ils laisser en liberté les femmes chez lesquelles la nature syphilitique des lésions constatées leur semble douteuse? Évidemment non. D’ailleurs, considérant que les précautions hygiéniques ne sauraient être excessives en pareille (*)
(*) V. au sujet de ce conflit : De la Pseudo- Syphilis chez les prostituées envisagée au point de vue de l’hygiène publique, étude à l'usage des Dispensaires de salubrité, par le Dr J. -B. Venot, chirurgien en chef de l’hôpital des Vénériens de Bordeaux, in -8°. Bordeaux, 1859.
matière, et qu’il serait toujours répugnant pour l’Administration, comme pour les médecins qu’elle revêt de son mandat, de laisser libres d’exercer leur métier, des prostituées chez lesquelles il existerait des affections suppurantes des organes génitaux dont la nature pourrait être un sujet de controverse, M. le Préfet de la Gironde a bien voulu consacrer notre opinion par une lettre officielle au médecin en chef du Dispensaire, en date du 29 avril
1859, et décidant «que désormais les médecins chargés » de la visite sanitaire, sans se préoccuper des questions » essentiellement sujettes à controverse de la contagion et » de la curabilité, se borneront à déclarer malades toutes » les femmes qu’ils trouveront atteintes d’affections suppu- » rantes des organes génitaux, de quelque nature que ces » affections puissent être. »
Tels sont les principes qui nous ont servi de guide, et que nous avons maintenus avec persévérance malgré de sérieuses difficultés, nous proposant de ne laisser en liberté que des femmes absolument saines.
Les visites sanitaires du Dispensaire de salubrité sont exécutées trop rapidement pour permettre d’asseoir des diagnostics réellement scientifiques, 'et quatre médecins différents ne peuvent pas s’accorder absolument quant aux questions de doctrine. D’ailleurs, dans les relevés des maladies qui ont déterminé l’envoi des filles à l’hôpital en 1859 et en
1860, je remarque une proposition de diagnostics indéterminés, qui s’élèvent au tiers du nombre total des envois à l’hôpital. Ces considérations me prouvent que les diagnostics pourvus de valeur scientifique ne peuvent pas être portés par les médecins des Dispensaires , et m’engagent à renoncer aux tableaux que j’avais dressés à ce sujet
d'après les rapports journaliers. C’est le médecin de l’hôpital des Vénériens qui peut asseoir le diagnostic positif, puisqu’il possède le moyen de le contrôler par la marche de la maladie. Les médecins du Dispensaire doivent envoyer à l’hôpital les femmes atteintes de simples érosions qui sont peut être le début d’affections graves. Ils retournent le proverbe : dans le doute , abstiens-toi; leur devoir est de ne s’abstenir point, et d’ordonner la séquestration des femmes suspectes.
Seulement, il me paraît utile de noter que les maladies vénériennes, chez les prostituées clandestines, ont presque toujours un plus haut degré de gravité, parce que l’invasion en est plus ancienne.