‹ De la Protection des Appellations d'Origine en Matière VinicoleChapitre 10 sur 72 · DOFAIDÉANER A AT NNOnRNIUS GONE Ar ee · texte numérisé non relu

DOFAIDÉANER A AT NNOnRNIUS GONE Ar ee

Si la Gironde est distancée par certains départements quant à la production en hectolitres, elle l'emporte de beaucoup sur tous par la valeur totale de ses vins, ordinaires et supérieurs. La Dordogne, qui pourrait justement revendiquer un quotient égal à celui de la Gironde, a une production très inférieure surtout en vins fins (200 fois moins dans l’exemple choisi).

Sous quelle dénomination se vendent les vins de la Gironde? La réponse varie selon les régions envisagées et selon les années.

Un petit nombre de propriétaires possèdent les grands crus à réputation mondiale; citons les plus connus tels que le Château Yquem, le Château Lafite, le Château Margaux, le Château Haut- Brion, le Château Ausone...

D'autres propriétaires vendent leurs produits sous le nom de

la commune sur laquelle ils sont récoltés : Saint- -Julien, Saint- - Estèphe, Barsac, Léognan, etc.; souvent aussi sous des dénominations plus générales, indiquant les sous- régions du Bordelais : Médoc, Graves, Côtes... Enfin les vins de consommation courante sont plus ordinairement vendus sous l’appellation «Bordeaux » qui, comme nous f'avons dit plus haut, est aujourd’hui synonyme de « Gironde; » ils comprendraient environ les huit dixièmes de. la récolte totale 1

Le nom sous lequel le viticulteur présentera son vin au commerce varie suivant les années. Il arrive malheureusement que la récolte ne répond pas toujours aux légitimes espérances du producteur, certaines années, par suite de conditions climatériques défavorsbles ou de maladies du vignoble, le vin est d’une qualité très inférieure à la moyenne. Le propriétaire d’un cru réputé renoncera alors à vendre sa récolte sous son nom habituel pour éviter une dépréciation fâcheuse de sa marque. Ainsi le Château Yquem sera offert au public sous le nom de Sauternes, ou même sans aucune indication d'origine.

En 1910, le Château Lafite fut vendu sous le seul nom de Médoc. La plupart du temps, le viticulteur devra, en pareil cas, payer à titre de dommages-intérêts une somme importante au commerçant qui lui avait à l’avance acheté sa récolte; ce dernier vendra évidemment bien moins cher un vin désigné sous une appellation de région ou de commune que sous le nom d’un cru réputé. En 1884, M. le baron de Rothschild ayant demandé à l'acheteur de sa récolte (Château Lafte) de ne pas la vendre sous le nom da

château, lui versa de ce fait une forte indemnité.

Il faut enfin observer que des noms de communes n’indiquent pas toujours une provenance rigoureusement exacte au sens géographique du terme; par exemple, un vin de Sauternes provient de vignobles situés non pas seulement sur la commune de Sauternes, mais aussi sur le territoire des communes voisines qui sont considérées à juste titre comme produisant des vins d’une qualité égale (Bommes, Fargues, Saint-Pierre-de-Mons, etc., etc.).

1. Bulletin de l'Association syndicale des viticulteurs -bropriéiaives de la Gironde, novembre 1011,

M. Cazeaux-Cazalet, ancien député de la Gironde, a donné à

. l’occasion de l'Exposition universelle de 1900, une rapide descrip-

tion du vignoble girondin qu'il nous paraît utile de reproduire ici dans ses grandes lignes ! :

« Quand on pénètre dans l'estuaire de la Gironde, on trouve sur

la rive gauche les coteaux du Médoc (le Bas-Médoc), et sur la rive

droite les vignobles plus vigoureux, à rangs plus espacés, du BElayais et du Bourgeais.

» À partir du Bec d’Ambès, confluent de la Garonne et de la Dordogne, sur la rive gauche de la Garonne, on retrouve le Médoc avec des palus qui séparent les coteaux du fleuve (c’est le Haut-Médoc).

» Sur la rive droite, ce sont les fertiles palus d'Ambès, Saint- Vincent et Montferrand, puis le commiencement d’une chaîne ininterrompue jusqu'à l'extrémité sud du département et qui donne, sous le nom de «uns de côtes », de remarquables vins rouges en face de Bordeaux et à Quinsac, Tabanac, Langoiran... jusqu’à

Cadillac, puis des vins blancs excellents dans le canton de Cadillac,

et enfin, de Saint-Macaire à La Réole, des vins rouges de consommation courante vendus comme vins de l’Æntre-deux-Mers. »

Sur la rive gauche de la Garonne, en amont de Bordeaux, voici la région des Graves; d’abord les Grandes Graves, dont les vins rouges sont universellement recherchés, puis les Pefiles Graves, qui s'étendent jusqu'à Barsac (bons vins rouges et vins blancs ordinaires et supérieurs); plus loin, le Sauternais (de Barsac à Langon), et enfin les côtes de Saint-Pierre-de-Mons et de quelques communes voisines qui produisent des vins blancs de grande valeur 2.

Dans toute cette contrée, on trouve des vins rouges ordinaires de graves et de palus de consommation courante.

Sur la rive gauche de la Dordogne, les vignobles de palus se succèdent d’une façon presque ininterrompue; les premiers coteaux produisent un bon vin rouge très corsé.

1. Rapports du jury international de l'Exposition universelle de 1900. Vins et eaux-de-vie de vin. 11° région : Bordelais.

2. En 1908, dans le rapport de la Sous-Commission de délimitation des vins de Bordeaux, M. Cazeaux-Cazalet a renoncé à cette distinction et englobé dans le Sauternais Saint-Pierre-de-Mons et plusieurs autres communes voisines,

Sur la rive droite, après les vignobles de palus, viennent les remarquables vignobles de Fronsac, Pomerol et Saint-Émilion.

Enfin, à l'extrémité, il faut signaler les vignobles de Castillon et de Sainte-Foy-la-Grande qui produisent des vins rouges et blancs très appréciés.

M. Cazeaux-Cazalet observe qu’« à l'exception des vignes du Saint Émilionnais, qui ont, selon leur âge, l’aspect du Médoc ou celui des vignobles anciens du Sauternais, toutes les vignes de$ rives de la Dordogne ressemblent à celles des côtes de la Garonne »1

Pour posséder un examen plus complet du vignoble girondin, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à l'ouvrage de MM. Ch. Cocks et Ed. Féret sur Bordeaux et ses vins : C’est un dictionnaire très complet et très précis des vins de la Gironde.

Il serait inexact de croire qu'il y a un «vin du Médoc », un «vin de Graves », un « vin de Sauternes »; il y a, en réalité, de nombreuses variétés de chacun de ces vins, des vins du Médoc en particulier. La grande diversité des qualités de nos vins girondins a fait établir entre eux une classification, consacrée par le temps et aussi par des documents officiels. Aïnsi, en 1855, la Chambre syndicale des courtiers a établi une nomenclature complète de tous les crus du Bordelais. Pour le Médoc, on comprend, par ordre de mérite croissant :

r. M. Ardouin-Dumazet, dans son Voyage en France: Bordelais et Pévigord, donne du vignoble girondin la classification suivante :

Vins rouges.

19 Vins du Médoc Haut-Médoc (de Blanquefort à Saint-Seurin-de-Cadourne). Bas-Médoc (de Saint-Seurin-de-Cadourne à Soulac).

20 Vins des Graves de Bordeaux (rive gauche de la Garonne, Haut-Brion, 20 kilomètres depuis Bordeaux).

3° Vins de Saint-Emilion et de Pomerol.

49 Vins de Côtes du Fronsadais, du Cubzadais, du Bourgeais, du Blayais et de l’Entre-deux-Mers.

5° Vins de Palus des bords de la Gironde, de la Garonne, de la Dordogne et de l'Isle.

Vins blancs.

Petits vins de l’Entre- deux- Mers.

Vins du Blayais.

Vins du Médoc et des Graves de Bordeaux.

Vins de Créon et de Cadillac, et surtout ceux de Loupiac et de Sainte-Croix: du-Mont.

Vins de Sauternes.

les crus paysans, les crus artisans, les crus bourgeois ordinaires, les bons bourgeois, les bourgeois supérieurs et les grands crus. Ces derniers, auxquels est réservée la dénomination de vins classés ou crus classés, ont été répartis en cinq catégories (127, 2e, 32, 4€ et 5e crus); citons les trois premiers grands crus dont la réputation est universelle: Château Lafite (Pauillac), Château Margaux (Margaux), Château La Tour (Pauillac).

Dans le Sauternais, un seul premier grand cru, le Château Vquem (Sauternes) ; plusieurs premiers crus : Château Guiraud (Sauternes), Château de Reyne-Vigneau (Bommes), Château La Tour-Blanche (Bommes), Château Rieussec (Fargues), Château Climens (Barsac); des seconds crus, des bourgeois supérieurs, des crus bourgeois et bons artisans, etc. |

Dans les Graves, nous relevons parmi les premiers crus tels que le Haut-Brion-Larrivet, le Château Carbonnieux (Léognan), un premier grand cru, le Château Haut-Brion (Pessac), porté dans la classification de 1855 au même rang que les trois premiers grands crus du Médoc, et des crus exceptionnels (Château Haut-Bailly, Château Millet, etc.) :

Dans le Saint-Émilionnais, en tête de très nombreux premiers crus, le Château Ausone porte le titre glorieux de «grand premier cru de Saint-Émilion »; on a établi ici une catégorie intermédiaire entre les premiers et les deuxièmes crus: ce sont les deuxièmes premiers crus. Puis viennent les deuxièmes crus, des crus bourgeois et premiers artisans, des crus artisans et des crus paysans.

Nous avons tenu à donner ces quelques exemples pour montrer l'extrême diversité des vins girondins et familiariser le lecteur avec des appellations couramment employées dans le Bordelais.

L'arrondissement de Bergerac, dans la Dordogne, est considéré par les géographes comme le prolongement du Bordelais. « Les environs de Bergerac, surtout en aval, possèdent de superbes vignobles dont les œnologues rattachent les produits au Bordelais : ils le considèrent comme faisant partie de cette province viticole. Le Bergeracois, d’ailleurs, confine au Saint-Émilionnais 1. »

Il est certain que nous trouvons encore dans cette région des vins

1. Ardouin-Dumazet, Voyage en France ; Bordelais et Périgord; chapitre II: Les vins de Bordeaux.

excellents que l’on peut facilement confondre avec certains vins de la Gironde, en particulier les Saint-Émilionnais, par exemple ceux récoltés dans l’« Entre-deux-Mers périgourdin», sur les coteaux des cantons d'Issigeac et de Sigoulès.. Le vin bergeracois qui a acquis la plus légitime réputation est le fameux « Monbazillac » qui rappelle par sa préparation nos vins du Sauternais. La vallée de la Dordogne, en aval de Bergerac, est un vignoble presque ininterrompu.

M. Ardouin-Dumazet rattache les vins de Sainte-Foy au Bergeracois.

Le Lot-et-Garonne produit aussi d'excellents vins qui rappellent parfois ceux de la Gironde; il faut signaler surtout les vins blancs de Clairac et de Buzet. M. Granat, professeur au lycée d’Agen, a fait une étude très complète et très intéressante de la viticulture lot-et-garonnaise 1. Il a examiné en particulier les efforts faits par certains viticulteurs de ce département pour reconstituer le vignoble après la crise phylloxérique et il nous les montre recherchant avant tout la qualité, alors que d’autres, pour augmenter leurs revenus, avaient recours à des plants d’abondance ou directs ou greffés. Il déplore la crise viticole qui sévit dans son pays d'une façon particulièrement intense et qu’il attribue surtout à la fraude. Nulle part dans son travail, nous ne le voyons revendiquer le droit à l’appellation « Bordeaux » pour aucun des vins du département , mais il se: plaint amèrement de certains procédés du commerce bordelais. «Les vins de 11 degrés et plus, les bons vins de coteaux sont eux aussi achetés par tout le monde, mais ils sont vendus de préférence à des intermédiaires, courtiers ou négociants, qui les exportent tout particulièrement à Bordeaux, et comme avant le phylloxera nos bons vins, à des prix dérisoires, prennent la route du Bordelais, d'où ils repartent sous la rubrique de vins de Bordeaux pour le Nord de la France, la Belgique et l'Allemagne, à des prix quatre ou cinq fois supérieurs au prix d'achat 2. »

À l'Exposition universelle de 1900, le Lot-et-Garonne n’a pas trouvé place à côté du Bordelais; on l’a compris dans une région qui

1. Granat, Le Livre d'Or de la vigne dans l'Agenais et le Lot-et-Garonne, - Agen, 1908.

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