Granat, op. cit., p
comprenait la Haute-Garonne. Il n'avait d’ailleurs envoyé que deux échantillons au jury international!
Quant à la Dordogne, nous l'avons cherchée vainement dans le rapport de 1000 et nous en concluons qu'exclue du pays bordelais, elle n’a pas voulu accepter une place qu’elle jugeait souverainement injuste.
Nous aurons l’occasion par la suite de revenir sur les mérites respectifs des vins de la Gironde et des départements limitrophes, Dordogne et Lot-et-Garonne, à propos notamment des décrets de délimitation, mais il nous a paru indispensable de donner à cette place un aperçu d'ensemble sur la viticulture dans la «région bordelaise » en attribuant'à cette expression son sens le plus général.
La viñiculture bordelaise n’a-t-elle pas été atteinte d’une façon irréparable par la crise phylloxérique? En d’autres termes, les vins produits depuis la reconstitution de nos vignobles valent-ils ceux d'avant la crise? La question est capitale et hous permettra de répondre à une lamentable campagne de dénigrement entreprise contre le Bordelais par des étrangers et même — chose plus regrettable — par des Français.
Après la crise provoquée par l’oïdium survint, nous l’avons dit, une période encore plus grave pour la viticulture : le phylloxéra, importé en Europe par l'introduction de plants de vignes américaines, menaça d’une destruction presque complète le vignoble français et en particulier le vignoble girondin. Déjà, en 1875, de nombreuses tâches phylloxériques se manifestaient un peu partout, dans le Libournais, dans le Blayais et le Médoc; seuls, les terrains sablonneux semblaient s'opposer à la propagation du fléau. Dès ce moment, la lutte s’organisa, et les viticulteurs, qui avaient trouvé dans le soufre un remède contre l’oïdium, cherchèrent, ne désespé. rant pas de triompher encore du mal redoutable. La première idée qui se présenta naturellement à l'esprit des chimistes et des producteurs intéressés à la solution du problème, consistait à employer un insecticide qui détruisît le terrible parasite. Il fallait d’abord suivre l’évolution de l’insecte pour mieux arriver à le détruire : nombreuses furent les études qui permirent de saisir toutes les transformations du phylloxera.
L'emploi du sulfure de carbone et des sulfocarbonates fut préconisé et donna souvent de bons résultats. Mais, outre des difficultés particulières d'application, des accidents se produisirent et la vigne souffrit parfois autant du remède que de la maladie.
La submersion des vignes pendant l'hiver fut aussi recommandée, mais ce mode de défense ne pouvait être partout appliqué. Il ne fallait y songer que pour les palus, le long de la Garonne et de la Dordogne. Ce traitement, inutilisable aans la plupart des cas, avait pour les régions favorisées cet autre avantage de porter un engrais dû aux alluvions que déposaient les eaux du fleuve. |
C'étaient là des remèdes ne répondant que d’une façon très incomplète aux desiderata de la viticulture girondine. Aussi, des viticulteurs et des savants proposèrent-ils un nouveau moyen pour lutter efficacement contre l’insecte : ils le demandèrent à la cause du mal elle-même. Puisque, observèrent-ils, la vigne américaine vit parfaitement avec le parasite, pourquoi ne remplacerait-on pas les cépages français par des cépages américains?
Une première objection se posait: les vins girondins, si justément réputés, n'auraient-ils pas à souffrir dans leur qualité de cette substitution? Il était bien évident que, malgré les conditions géologiques et climatériques inchangées, les vignes américaines, «franches de pied », ne pouvaient donner les mêmes vins que nos cépages français. Fallait-1l donc, comme l’avait proposé la Commission chargée tout à fait au début de la crise d'étudier les moyens de combattre le fléau, détruire toutes les vignes américaines «par le fer et par le feu»? Cette proposition par trop radicale n'aurait peut-être pas donné les résultats cherchés, car ïil eût été bien difficile de détruire tous les insectes ravageant alors le vignoble européen dans son intégralité. Aussi, beaucoup de nos viticulteurs préférèrent-ils greffer leurs vignes sur vignes américaines résistantes et bientôt s’opéra la reconstitution du vignoble bar le greffage de cépages français sur cépages américains. « L'Amérique, qui nous avait envoyé l’insecte destructeur, nous fournit l’arbuste réparateur !. » La transformation ne s’effectua