QUATRIÈME PARTIE
De quelques modifications apportées aux obturateurs qui sont destinés à remédier aux divisions du voile du palais simples ou compliquées de fissure osseuse.
Sommaire : Conditions nécessaires pour une prononciation normale après la pose d'appareils prothètiques.
Obturateurs destinés simplement à combler une légère perte de substance .
Obturateurs pour les cas complexes avec voile artificiel et pièces complémentaires pour réduire la cavité.
Substitution à ces pièces de poches remplies de liquide.
Technique de la construction de ces poches.
Mise en moufle.
Bourrage du caoutchouc.
Vulcanisation.
Moj'ens de fixation.
Des moufles. — Des modifications qu'ils doivent subir pour servir à des appareils volumineux.
Nous n'avons pas l'intention de faire ici l'historique des obturateurs. C'est une question qui est longuement étudiée dans les ouvrages spéciaux et nombre de traités de chirurgie. Notre but est simplement de signaler dans quelles circonstances nous avons été amené à modifier
encore les derniers obturateurs en caoutchouc mou, qui constituent déjà une amélioration très notable sur les systèmes anciens. Nous ne ferons pas ici un exposé didactique de la méthode que nous proposons. Nous énumérerons simplement les tentatives diverses que nous avons faites, en donnant les résultats auxquels nous sommes arrivés.
Les appareils que nous employons sont en caoutchouc vulcanisé dur et mou, ce qui nous permet d'obtenir un voile artificiel jouissant de la mobilité et de la souplesse des voiles naturels. En outre, et c'est là, la partie originale de notre méthode, nous remplaçons par des masses creuses de caoutchouc toute la perte de substance, de façon à donner aux cavités buccale et nasale, leur forme naturelle. C'est en effet, le seul moyen qui permette d'obtenir une prononciation correcte. Encore faut-il que les parties artificielles surajoutées jouissent des mêmes propriétés, souplesse, mobilité, etc. que les tissus qu'elles sont appelés à remplacer.
Le malade de son côté devra s'habituer à ses appareils et subir une sorte d'éducation soutenue, indispensable, si l'on veut obtenir les résultats dont nous parlerons plus loin.
L'idée de modifier les obturateurs dans le sens que nous venons d'indiquer, nous est venue dans les circonstances suivantes :
A la suite des résections du maxillaire supérieur, nous avions été frappé de la différence de prononciation que l'on remarquait sur les malades porteurs ou non de nos
appareils do prothèse immédiate comblant la perte de substance : prononciation presque normale dans le premier cas. parole presque incompréhensible dans le second.
Nous avions remarqué, d'autre part, que, dans la tissure palatine, on observait toujours un timbre spécial, quand nous n'appliquions que des appareils superficiels, c'est-àdire ne comprenant que le voile. De ces diverses remarques, il résulta dans notre esprit que, pour obtenir une prononciation correcte, il fallait absolument réduire la cavité bucco-nasale au volume qu'elle doit présenter normalement. Restait à résoudre le problème.
Nous avons alors entrepris une série d'expériences iivec des appareils différents, mais basés sur les principes que nos études antérieures nous avaient permis d'établir. Pour les lésions acquises, les difficultés sont minimes, car les muscles du voile ont déjà fonctionné normalement et leur éducation est en somme vite faite. On peut dans ces conditions avec des appareils très simples, redonnera la voix son timbre ordinaire surtout si la perte de substance n'a porté que sur les os de la voûte palatine.
Une simple plaque, fixée aux dents ou de tout autre façon et recouvrant simplement cet orifice, suffira à ramener la prononciation. Dans ces cas. il faudra bien se garder de faire pénétrer une partie quelconque de l'appareil dans cette ouverture, car très souvent elle se comble d'elle-même.
Mais il en est tout autrement si la perforation est
considérable, comme dans la figure 192 où tout espoir de g'uérison spontanée est perdu.
Fig. 192.
Nous faisons alors un appareil qui vient s'ajuster sur les bords de la perte de substance, pénètre dans la perforation et remonte jusqu'au niveau du plancher nasal. De cetle façon, la continuité de celui-ci n'est pas interrompue et les sécrétions ne sont pas déviées de leur direction naturelle et n'ont pas de tendance à stagner à ce niveau. La figure 193 représente Tappareil qui a remédié à la perforation.
Fig. 193.
Si la perte de substance est encore plus étendue, si une partie des fosses nasales a été détruite, il faut alors un
appareil plus volumineux remplaçant approximativement ce qui a été détruit. Il faut, en un mot, avoir des pièces analogues à celles que nous construisons pour les prothèses consécutives aux résections des maxillaires supérieurs.
Ces appareils du reste, ont été décrits longuement dans une autre partie de ce travail, à laquelle nous renvoyons le lecteur. {DesaHption des appareils prothètiqiies pour les résections du maxillaire supérieur, 1''*^ partie chap. VIII.)
Si la lésion porte sur le voile du palais seul, nous aurons simplement jecours <à une lame de caoutchouc mou et nous verrons tous les troubles de la parole disparaître.
Passons maintenant à un autre ordre de lésions plus graves et plus difficiles à traiter surtout, les perforations ou fissures congénitales de la voûte palatine et du voile.
Dans ces cas, il est toujours difficile de donner à la prononciation son timbre normal.
Les muscles du voile en effet n'ont pas subi la même éducation que dans les cas précédents; d'autre part, on note presque constamment, comme lésion concommittante de ces altérations congénitales, des dimensions plus grandes des cavités nasale et pharyngienne. On dirait que les supports osseux, n'étant plus réunis les uns aux autres par un voile complet, se sont écartés progressivement.
Chez les sujets porteurs de ce genre de lésions, on constate dans la généralité des cas, une absence plus ou moins complète du vomer et quelquefois de la cloison des fosses nasales. Les cornets eux-mêmes sont généralement peu développés.
C'»3st alors surtout que les appareils ordinaires ne suffisent pas.
Sans doute, dans de telles conditions, avec des sujets particulièrement intelligents, avec beaucoup d'exercice on arrive à des résultats satisfaisants, mais néanmoins le timbre vocal garde toujours quelque chose de choquant et de désagréable.
Au reste, le nombre considérable d'appareils que Ton a imaginés et que Ton modifie tous les jours, est bien fait pour montrer que les résultats obtenus sont loin d'être parfaits.
Nous devons dire tout d'abord que, depuis longtemps, nous avons abandonné complètement les appareils à voile simple ou à double valve, pour ne faire usage que de pièces comblant toute la perte de substance, et ramenant la cavité naso-pharyngienne à son volume habituel; c'est là, tout le secret pour éviter la voix nasillarde inhérente à toutes les lésions de ce genre malgré la prothèse obturatrice.
Notre première tentative porta sur un individu de 26 ans, atteint de fissure congénitale du voile du palais.
Nous lui construisîmes l'appareil représenté figure 194. 11 est composé d'une étroite plaque métallique, fixée aux dents restantes et venant s'ajouter à la partie postérieure de la voûte palatine, en laissant libre toute la partie antérieure.
A la partie centrale et postérieure de cette plaque est fixé un voile en caoutchouc mou qui se prolonge jusqu'à la paroi postérieure du pharynx. Immédiatement au-
dessus, nous avons placé une espèce cF ampoule (1) également en caoutchouc mou et retenue par un pédicule au même point que le voile,
Fig. 194.
La convexité de celle-ci a été moulée sur la paroi postérieure du pharynx dont elle est néanmoins séparée par un court espace, quand les muscles du voile ne se contractent pas, quand l'appareil est pour ainsi dire au repos :
Au contraire, elle s'applique directement par la partie postérieure de sa convexité contre les parois pharyngiennes, lorsque les muscles se contractent. Dans ce mouvement, en etïet, l'ampoule pressée latéralement se soulève, aidée encore dans ce mouvement par la colonne d'air, qui, en venant s'engouffrer dans sa concavité la force à venir s'appliquer contre la paroi pharyngienne et à intercepter ainsi toute communication entre les cavités buccale et nasale. Lorsque les muscles
(1) Sous le nom d'ampoule nous désignons un segment de sphère don la face inférieure vient s'appliquer sur le bord du voile du palais.
cessent de se contracter, l'ampoule s'abaisse ramenée dans cette position par son point d'attache. D'un autre côté, le voile qui s'était abaissé sous l'influence de la contraction musculaire, est relevé par les épaisseurs de caoutchouc qui ont été ménagées dans sa partie antérieure et qui jouent le rôle de ressort. Dans cette position de relâchement, l'air passe librement à travers les fosses nasales.
Nous ne pûmes pas suivre longtemps ce sujet, qui à cause de son âge était dans de mauvaises conditions. Néanmoins, nous crûmes apercevoir un changement favorable dans l'émission des sons, ce qui nous engagea à persévérer dans cette voie.
IFig. 195.
Peu de temps après, nous eûmes à traiter un cas compliqué de fissure osseuse {fig . 195). Nous construisîmes à cet eiïet l'appareil représenté figure 196.
Il est constitué par un vomer artitîciel sur les parties latérales duquel sont adaptées deux ailettes en caoutchouc mou qui servent à donner un point d'appui à rappa?reil tout en diminuant l'espace intra-nasal.
Fig. 196.
Le tout est réuni à une plaque palatine en caoutchouc durci à la partie postérieure de laquelle vient s'adapter un voile en caoutchouc mou. Immédiatement au-dessus de ce dernier, en arrière du vomer se trouvent deux ampoules oblongues présentant sur leurs parties latérales la forme de la paroi pharygienne, et sur leur partie interne ou médiane une forme absolument aplatie, leur permettant de s'accoUer d'une façon parfaite l'une contre l'autre. La paroi postérieure et convexe de ces appareils avait été moulée sur la paroi pharyngienne, mais en un point placé plus haut que celui qui doit être occupé par les ampoules quand les muscles du voile sont au repos.
Les deux ampoules sont réunies par un pédicule à la partie postérieure du vomer. Il suffit du reste de jeter un coup d'oeil sur la figure pour se rendre parfaitement compte de la disposition relative des diverses pièces de cet appareil.
Son fonctionnement est identique à celui du précédent obturateur. Sous l'influence de la contraction musculaire, les ampoules se soulèvent, Tair s'engouflrant dans leur partie concave accentue le mouvement d'ascension et fait appliquer les parois des ampoules d'abord contre les parois du pharynx, et ensuite contre leur paroi médiane.
Nous nous sommes servi de deux calottes pour donner plus d'étendue et de volume à cette partie de l'appareil et aussi pour limiter un peu le passage de l'air. C'est par la position oblique du pédicule auquel elles sont réunies que nous obtenons leur écartement.
Fig. 197.
Les résultats acquis à l'aide de cet appareil furent si satisfaisants, que le jeune homme sur lequel il fut appliqué a pu depuis occuper une place au chemin de fer
au service des voyageurs. Ce succès n'a fait que se conlirmer depuis 1883. Ajoutons, pour terminer, que cet appareil en caoutchouc dur et mou a été fait d'une seule pièce et vulcanisé en une seule fois.
La figure 197 nous donne une idée de la lésion très compliquée pour laquelle nous avons fait l'appareil représenté figure 198.
Fig. 198.
Celui-ci fut appliqué sur un jeune homme de 18 ans, faisant son stage chez un notaire. Nous lui avions d'abord construit un appareil analogue au précédent; mais au bout de quatre mois, bien que la parole se fût sensiblement modifiée, elle conservait néanmoins un timbre nasillard.
Nous lui fîmes alors un appareil beaucoup plus volumineux.
Chez ce malade, les pertes de substance du côté de la cavité nasale étaient considérables. Les cornets n'étaient plus représentés que par des rudiments à peine visibles. Nous avons dû les remplacer artificiellement. Pour cela,
après avoir enlevé de notre appareil primitif les ampoules qui étaient placées et fixées à la partie postérieure du vomer, nous augmentâmes sensiblement leur volume en les allongeant jusqu'à la partie antérieure de la cloison à laquelle elles sont fixées par une goupille qui leur permet des mouvements d'élévation.
La face externe de ces appareils ne touche pas la muqueuse des fosses nasales, ce n'est que sous l'influence de la contraction des muscles du voile, ou simplement sous l'influence d'un courant d'air de bas en haut, qu'elles se soulèvent grâce à leur légèreté et s'appliquent sur les parois du pharynx.
A la suite de cette modification, le timbre de la voix de notre malade s'est rapidement modifié et au bout de trois mois, on pouvait dire que la prononciation était presque parfaite.
La figure 199 représente une fissure très compliquée de la voûte palatine.
Les os incisifs ne sont pas soudés sur la tige médiane et les dents de la mâchoire supérieure sont en retrait sur celles de l'inférieure.
Ce sujet avait été opéré pendant son enfance pour un bec de lièvre complexe ; mais il est à croire que les sutures n'ont pas tenu, car la lèvre supérieure n'est réunie que sur une hauteur de un centimètre au niveau de son bord libre. Au-dessus existe un orifice qui communique avec la cavité buccale, et se continue avec la narine gauche qui est très dilatée et présente une largeur au moins deux fois plus grande que celle du côté opposé.
M. le professeur Ollier opéra fort heureusement cette déformation naso-labiale, et après la cicatrisation nous avons appliqué une pièce obturatrice pour combler la tissure palatine .
Fig. 199.
Avant l'opération, M. le professeur Ollier nous avait fait construire un support pour soutenir la lèvre supérieure dépourvue de son squelette naturel, et empêcher ainsi une trop forte rétraction.
Pour cela, nous avons donné à ce support {fig. 200) une épaisseur assez considérable pour pouvoir après l'opération modifier l'emplacement de l'arcade dentaire et donner à la physionomie Taspect fourni par une articulation régulière. Après l'intervention chirurgicale, nous avons
pu obtenir toutes ces moditîcations. Il ne nous restait plus qu'à corriger la lésion palatine.
Fig. 300.
Pour cela nous fîmes la pièce représentée {fig. 201). On voit toute l'étendue que nous avons dû donner au vonrier et à la cloison.
Fig. 201.
Le vomer se termine à sa face postérieure par une ampoule très volumineuse, jouissant, grâce à la souplesse du pédicule qui la soutient d'une grande mobilité. Cet appareil que nous avions construit pour servir provisoirement pendant quelques mois, fut porté pendant trois
années consécutives, c'est dire que notre malade en a été très satisfait.
Au bout de ce temps, nous apportâmes quelques modifications nouvelles à cet obturateur; elles amenèrent un changement notable dans la disposition générale de nos appareils.
Nous pourrions relater un nombre beaucoup plus considérable d'observations, mais ce serait absolument inutile. Nous avons choisi celles qui présentaient le plus d'intérêt et qui pouvaient montrer le mieux les perfectionnements successifs que nous avons été appelé à introduire. A la suite de leur application, nous avons été plus que jamais convaincu de la nécessité d'employer des appareils qui puissent ramener la cavité naso-pharjngienne à son volume normal.
Pour obtenir ce résultat, il faut non seulement que les appareils soient relativement volumineux, mais encore que les parties qui les composent soient d'une souplesse et d'une mobilité excessive. Il faut qu'elles obéissent aux moindres contractions des muscles, dentelles reçoivent le mouvement ; il faut que leur forme subisse au point de vue de leur volume et de leur disposition, les modifications nécessitées par leurs fonctions, qu'en un mot elles jouissent à peu près des mêmes propriétés que les organes qu'elles remplacent. C'est presque leur demander d'êire animées.
Les appareils que nous avons décrits, peuvent suffire aux diverses indications dans nombre de cas, mais dans d'autres, il est nécessaire d'employer des pièces encore
plus parfaites que les précédentes qui finissent toujours par se ramollir et prendre de faux plis, ce qui constitue autant de causes d'imperfection pour l'acte si complexe de la parole.
Malgré ces imperfections, nombre de nos malades s'en sont contentés, mais nous, de notre côté, nous n'avions pas lieu d'être absolument satisfait; aussi avons-nous poursuivi les recherches que nous avions entreprises sur ce sujet.
Celles-ci nous ont amené à introduire dans nos appareils une modification que nous allons décrire et qui, croyons-nous, constitue une amélioration très sensible sur nos obturateurs précédents.
Ily a quelques années, lorsque, pour combler les vastes cavités profluites par les résections du maxillaire supérieur, nous cherchions à faire des appareils volumineux et très légers, nous ne pouvions obtenir ces deux conditions réunies qu'en interposant de l'air dans leur épaisseur.
Pour le caoutchouc durci, on ne rencontrait pas de grandes difficultés, mais il en était tout différemment pour les appareils construits en caoutchouc mou.
Un jour, nous eûmes l'idée d'interposer de l'eau entre deux lames de ce dernier. Après la vulcanisation, notre pièce avait conservé la forme que nous désirions. Nous répétâmes cette tentative, mais elle fut loin de réussir chaque fois. Elle fut néanmoins pour nous le prélude d'une méthode nouvelle, à savoir l'introduction d'un liquide dans la fabrication des voiles artificiels.
En introduisant de l'eau dans un petit ballon constitué
par une feuille de caoutcliouc extrêmement mince, nous avons constaté qu'au toucher on éprouvait une sensation analogue à celle que donne le voile du palais.
Nous avons alors construit une poche (fig. 202) que
Fig. 303.
nous fixions à la partie postérieure d'une pièce en caoutchouc durci, à l'aide de deux lames de métal, qui venaient pincer sa portion antérieure sur un point variant suivant la longueur du voile. Mais cette poche n'avait pas assez de résistance et le poids de l'eau la tenait toujours abaissée. Nous ajoutâmes alors à sa partie linguale une petite pochette A dans laquelle venait se loger un prolongement ajouté à la pièce en caoutchouc durci.
Plus tard enfin nous remplaçâmes cette dernière, dans laquelle pénétrait de la salive, des parcelles alimentaires, etc, par trois petits tubes de caoutchouc B dirigés dans le sens antéro-postérieur et dans lesquels pénétraient trois prolongements en caoutchouc durci. Cette disposition maintenait parfaitement le voile.
Comme nous n'avions qu'un seul modèle de poche, et que celles-ci étaient le plus souvent trop longues, nous étions obligé après les avoir fixées, comme nous venons de le voir entre deux lames, d'en retrancher l'excédent.
Nous avons ensuite cherché à régler d'une façon pratique la quantité de liquide à introduire. Nous sommes arrivé à ce résultat en faisant usage de la seringue de Pravaz, qui nous permettait d'en ajouter ou d'en retirer facilement.
Quant au petit trou laissé par l'aiguille, nous l'obturions avec un petit ressort qui venait s'appuyer sur lui. Enfin pour donner à cette poche une couleur plus en rapport avec les tissus voisins, nous la badigeonnions avec du caoutchouc rose mou, en dissolution et que l'on faisait vulcaniser à froid. (1)
La disposition que nous venons de décrire donnait sans doute plus d'épaisseur au voile et aussi plus de mobilité, néanmoins cela était encore insuffisant, et ne produisait pas de bien bons résultats. \
Nous fîmes alors adapter une seconde poche à la partie supéro-postérieure de celle qui formait notre voile et avec laquelle elle était en communication. Cette dernière présente une forme à peu près arrondie dont un bord libre est tantôt antérieur, tantôt postérieur {/îg. 203).
Quant aux bords latéraux, ils sont séparés des bords
(1) La vulcanisation à froid consiste à plonger l'appareil à vulcaniser clans fin sulfure de cai-iione contenant 2 à 3 "/o de chlorure de soufre. Cette vulcaaisalion s'applique aux objets fabriqués en caoutchouc naturel dit feuille anglaise.
correspondants de la poche inférieure pour loger les muscles du voile. A chaque contraction de ceux-ci, le liquiilo comprimé dans certains points est chassé dans la partie supérieure de la poche, ce qui lui donne un plus grand volume et Toblige ainsi à venir s'appuyer contre la paroi pharyngienne.
Fig. 203.
En réglant la quantité de liquide et les dimensions de la poche, on peut arriver à obtenir l'obturation des fosses nasales dans un point déterminé.
Telle fut la nouvelle disposition que nous donnâmes à nos appareils.
Certains points de détail cependant étaient encore à modifier : d'abord la matière qui servait à la confection de ces voiles n'était pas assez résistante; après un mois de séjour dans la cavité buccale elle se ramollissait et prenait une odeur désagréable.
Cet inconvénient nous parut tout d'abord minime. Dans notre idée, nous pensions fabriquer ces poches par douzaines de façon que le malade pût en changer
à volonté. Mais ces appareils réclament une construction tellement soig-née et spéciale qu'il fallait renoncer à cette idée et chercher autre chose.
Nous avons dit plus haut que pour donner à ces poches une couleur plus en harmonie avec les tissus environnant, nous les avions badigeonnées avec du caoutchouc mou dissous.
Cette idée nous a amené à enduire une boule de plâtre avec la même matière et à la faire vulcaniser à chaud.
Le résultat fut parfait. Nous pouvions obtenir des poches de formes variables en modelant le plâtre que nous faisions évacuer par une petite ouverture faite à l'enveloppe de caoutchouc.
Avec Teau, nous avions résolu le problème de la mobilité de la pièce artificielle, et de l'obturation la plus parfaite, avec le caoutchouc dissous nous venions de résoudre la question de fabrication.
Il nous reste maintenant à signaler quelques points de détail de l'application de ces pièces. Nous allons prendre comme type de la description qui va suivre, l'appareil qui a été appliqué pour la lésion représentée figure 204:.
Nous choisissons à dessein ce cas, car c'est un des plus complexes que l'on puisse rencontrer.
Cette figure 204 donne par elle-même une idée suffisamment nette des lésions présentées par notre malade, pour que nous ne nous étendions pas davantage sur ce point. Notre description portera simplement sur la disposition des poches et leur fabrication.
Fig. 305.
La figure 205 représente l'ensemble de l'appareil et permet de se rendre compte de la disposition des poches.
La supérieure A se termine en avant par deux cornes qui passent de chaque côté du vomer C. Elle se termine à sa partie postérieure par un renflement libre qui s'appuie sur la partie supérieure du voile, composée ellemême d'une seconde poche qui est plutôt une annexe de la première, car elle communique avec celle-ci par une ouverture assez large dont la section est représentée en /.
! La poche du voile vient se terminer à la jonction du caoutchouc mou et du caoutchouc dur, c'est-à-dire en D. En E, on distingue un pointillé qui représente l'ouverture du canal qui fait communiquer cette double poche avec l'extérieur.
- Si l'on y introduit du liquide, on fait dilater les deux poches qui prennent alors un volume plus considérable.
On a ainsi un moyen facile d'augmenter ou de diminuer leurs dimensions.
Les bords du voile se logent dans l'étranglement qui sépare les deux poches : lorsque les muscles se contractent, ils chassent, comme nous l'avons vu, l'eau dans la poche supérieure ; lorsqu'ils reviennent au repos, le liquide redescend par son propre poids et vient combler le vide inférieur. On n'a plus qu'à régler la quantité de liquide nécessaire pour donner à la voix son timbre naturel : s'il y en a trop, il y a obstruction complète de l'arrière cavité nasale, dans le cas contraire, la voix prend un timbre nasillard jusqu'à ce qu'on ait introduit une quantité d'eau suffisante. Grâce à la souplesse de nos appareils et au liquide qu'ils renferment, tendant toujours à garder son
niveau, l'équilibre n'est jamais rompu alors même que la contraction musculaire ne serait pas égale des deux côtés.
Les prolongements de la poclie supérieure qui ont un peu la prétention de remplacer les cornets, sont soumis au même genre de mouvements. Suivant la quantité de liquide, ils peuvent devenir plus ou moins volumineux, ou même être réduits à une simple feuille extrêmement mince, sauf à la partie pointillée F, où il existe du caoutchouc rose mou toujours plus résistant. 11 est placé à la partie inférieure des cornets sur un espace limité, qui correspond au rebord osseux de la fissure palatine et sur le plancher des fosses nasales où il prend un point d'appui. Cette disposition a pour but de donner de la solidité à la partie postérieure delà pièce.
Le caoutchouc mou conserve assez bien l'humidité et a l'avantage de mettre l'air aspiré à peu près dans les mêmes conditions que normalement. Les sinuosités multiples de cette vaste surlace lui permettent de se tamiser et de se réchaulïer. L'humidité, d'autre part, entretenue par le caoutchouc mou, lui permet de se charger de vapeur d'eau. Les fosses nasales et leur arrière cavité ne se dessèchent pas, comme cela arrive chez les malades affligés de ces lésions. D'autre part, le coryza chronique que l'on rencontre souvent chez eux est avantageusement modifié par le port de ces appareils.
Ceux-ci quoique très volumineux, ne sont presque pas plus lourds que les anciens, car leurs parois sont extrêmement minces et la quantité de liquide que l'on place dan»
leur intérieur ne dépasse pas trois ou quatre centimètres cubes.
La disposition de ces appareils peut varier suivant les cas, mais le principe général et la fabrication que nous allons maintenant étudier, ne subissent pas de modifications.
Mise en moufle. — La première opération consiste à modeler en cire l'appareil tel qu'il doit être posé. On a soin de placer dans l'épaisseur de la cire un fil de zinc de deux millimètres de diamètre {fig. 206 E). 11 se dirige du côté du voile de telle façon que son extrémité postérieure émerge dans la partie qui doit être creuse, tandis que son extrémité antérieure vient sortir sur une des faces latérales du vomer.
Fig. 206.
De ce côté le fil doit se terminer d'une façon irrégulière afin de pouvoir être solidement maintenu dans le plâtre et de conserver exactement sa position pendant l'opération
du boLirrage. Ce lil de zinc servira à former le canal par lequel on introduira le liquide dans les poches delà pièce.
On prend alors la partie inférieure du moufle que l'on garnit de plâtre. Sur celui-ci on pose l'appareil en ayant bien soin de n'enfoncer que les dents {fig. 206). Il faut que le plâtre ne recouvre aucune partie de l'appareil qui doit reposer sur lui, uniquement par la face palatine.
On sépare ensuite toute la portion qui doit être reproduite en caoutchouc mou, c'est-à-dire le voile du palais et la protubérance qui lui est immédiatement superposée.
La ligne D de la figure indique le point où doit se faire cette séparation . Tout ce qui vient d'être détaché va être moulé séparément. Pour cela on fait un moule en quatre pièces pour pouvoir retirer la pièce moulée sans la déformer. On a alors ce qu'on appelle le moule en creux (fig. 207)
C'est avec celui-ci que nous allons former le noyau destiné à servir de support à la couche de caoutchouc dissous qui formera la poche. A cet effet, nous prenons de la cire laminée de l'épaisseur que l'on veut donner à l'enveloppe du noyau et l'on en tapisse toute la face interne du moule en creux, sauf cependant la partie linguale. Dans celle-ci on doit ménager des épaisseurs pour donner de la consistance au voile et y préparer un point de repère pour recevoir le noyau.
Nous obtenons ainsi une pièce semblable à la première, mais creuse. On y coule du plâtre assez clair par un on flce fait sur un point quelconque et quand il est sec^ on enlève la cire sauf toujours dans la partie linguale.
Nous avons alors une pièce en plâtre de même forme
-' ^rr~ \
Fig. 207.
que précédemment, mais diminuée de l'épaisseur de la cire (fig. 208).
Ce sera sur ce noyau de plâtre que l'on déposera une mince couche de caoutchouc dissous et nous obtiendrons par ce moyen la poche creuse réservée au liquide.
Nous venons de voir que dans ce dernier moulage, nous avions conservé la cire qui formait la partie linguale. Nous replaçons celle ci dans la partie inférieure
Fig. 208.
du moufle exactement dans la position qu'elle occupait dès le début. Nous enlevons le noyau de plâtre qui lui est encore adhérent et nous coulons la contre-partie, ou partie supérieure du moufle. Lorsque le plâtre est sec, nous ouvrons le moufle et toute la partie supérieure de la pièce, y compris le vomer, reste dans la partie supérieure de
Pig. 209.
celui-ci {fig. 209) tandis que la ù\œ palatine et linguale reste dans sa partie inférieure.
Nous allons pouvoir maintenant fouler tout ce qui doit être fait en caoutchouc durci, et même ce qui représente la face lineruale du voile.
Bourrage du caoutchouc. — Nous avons admis en principe général que toutes les parties des appareils destinées à se trouver au contact de surfaces osseuses, devaient être recouvertes d'une couche de caoutchouc mou. Pour obéir à cette règle, nous commençons par placer quatre ou cinq millimètres de cette matière à la face supérieure du vomer artificiel qui se trouve placé au fond de la partie supérieure du moufle. Nous bourrons le reste avec du caoutchouc dur, sauf la partie inférieure qui est réservée pour le voile.
Nous plaçons ensuite deux doubles de toile entre les deux parties du moufle, nous le fermons et le mettons sous presse.
Pour cette opération qui doit naturellement se faire à chaud, nous recommandons de ne pas exercer une pression brusque: il faut au contraire procéder lentement. Ensuite, on ouvre le moufle, ce qui se fait facilement grâce à l'interposition de la toile : s'il y a du caoutchouc en excès, on en enlève les bavures, dans le cas contraire on en rajoute.
Il faut laisser refroidir un peu le tout avant de procéder au bourrage du voile avec du caoutchouc mou. Ceci fait, on laisse le moufle se refroidir complètement. On l'ouvre alors de nouveau, et on retire la toile interposée. On coupe de la partie supérieure du moufle tout le
plâtre qui a servi à fouler le voile, c'est-à-dire ce qui est compris entre les lignes P et P' fig\ 210.
On referme de nouveau le moufle.
L'espace laissé libre par l'enlèvement du plâtre va nous permettre de placer le noyau précisément sur l'empreinte qu'il a laissée primitivement dans la cire, et qui se trouve intégralement reproduite sur le caoutchouc. Mais comme dans ce cas, la partie antérieure du noyau est formée par des cornes entre lesquelles vient se loger la partie postérieure du vomer, nous sommes obligé de creuser leur
Fig. 210.
place dans le plâtre. Nous facilitons cette petite opération en enlevant le cercle métallique qui forme la partie supérieure du moufle. Le plâtre reste attaché par le caouchouc à la portion inférieure (Jig. 210).
Dans cette opération, tout ce qui a été foulé avec du caoutchouc dur est enfermé dans le plâtre et sert à maintenir les deux parties réunies. Nous plaçons alors définitivement le noyau sur son point de repère, et il ne nous reste qu'à le recouvrir d'une couche de caoutchouc mou, dissous.
On comprend toutes les difficultés que l'on aurait pour fouler par les procédés ordinaires une surface aussi irrégulière ; aussi employons-nous l'artifice suivant. Après avoir fait dissoudre dans du chloroforme le caoutchouc qui doit nous servir, nous en badigeonnons avec un pinceau toute la surface du noyau. Nous laissons évaporer le dissolvant., puis nous ajoutons une autre couche et ainsi de suite jusqu'à ce que nous ayons obtenu l'épaisseur voulue. (11 est plus facile de faire ce badigeonnage sur le noyau isolé. On le place alors sur son point de repère et Ton n'a plus qu'à ajouter un peu de caoutchouc à son pourtour).
On applique également par ce même procédé du caoutchouc mou rose (1), pour rendre plus résistant le point désigné par la lettre F de la figure 208 qui doit s'appuyer sur le plancher des fosses nasales et par là contribuer à la solidité de la pièce.
Après cette opération, nous replaçons l'enveloppe métallique ou contre partie du moufle, puis nous remplissons le vide avec du plâtre un peu clair, de façon à ne
(1) Le caoutchouc mou, rose, tout en rentrant dans la catégorie du caoutchouc mou, présente cependant une résistance plus grande.
pas faire de bulles. On replace le couvercle et l'on fait vulcaniser.
La vulcanisation terminée, on laisse complètement refroidir le moufle et l'on retire la pièce du plâtre.
Après l'avoir bien nettoyée, nous la mettons dans de l'eau acidulée pour faire dissoudre le fîl de zinc qui laisse après lui un trou mettant en communication le noyau avec l'extérieur. Par celui-ci nous passons un petit fil de fer avec lequel on gratte le plâtre qui forme le noyau et en le malaxant on finit par le désagréger et le faire sortir complètement de l'enveloppe (1). Par le même orifice on introduira le liquide, puis ensuite on le fermera avec une vis de platine qui permettra d'ouvrir ou de fermer cette cavité suivant les besoins.
On polit ensuite la pièce, comme s'il s'agissait d'un dentier ordinaire : pour le caoutchouc mou on le nettoie avec du chloroforme.
Si l'on suit bien les indications que nous venons de donner, on obtiendra facilement en une seule vulcanisation et fait d'une seule pièce, un appareil très léger, ce qui à première vue paraît presque impossible.
Tel est le type général de ces appareils. Ils peuvent varier suivant la forme ou le volume, mais ce ne sera que par des points de détail faciles à modifier. Dans certains cas, il sera absolument inutile de donner une importance
(1) Il est préférable de n'employer que du plâtre d'albâtre, car il se désagrège mieux. Il faudra aussi ne l'enlever que quelques heures après la cuisson, car à ce moment il devient plus mou. Cette opération doit se praliquer sous Feau.
aussi grande à leur prolongement antérieur, qui même dans certaines circonstances en remplissant trop les fosses nasales, pourront gêner la prononciation en donnant à la voix le timbre que Ton rencontre chez les personnes affectées de polypes.
Ainsi (fig. 211), est représentée la lésion pour laquelle a été fait un appareil dans lequel les cornes antérieures sont beaucoup plus rudimentaires que précédemment.
Fig. 311
Dans ce cas, la lésion avait porté principalement sur le voile et n'avait que légèrement atteint les parties osseuses. Cet appareil {fig. 212) diffère du précédent en ce que la poche B qui aide à former le voile ne vient pas jusqu'à l'extrémité de celui-ci.
Les proloiigeueats aiitëi'ieuL's de la poche supérieure pénétœut à peine dans les fosses nasales et ne touchent
Fig. 213.
nullement leur plancher. C'est le petit appendice C, qui maintient la pièce à sa partie postérieure et forme en
Fig. 313.
même temps la tête de la vis qui obture le canal par lequel on fait pénétrer le liquide.
Dans d'autres cas, comme dans la figure 213 où la
lésion a porté exclusivement sur le voile, Tappareil est encore plus simple. Nous avons laissé libre toute la partie antérieure de la voûte palatine. La pièce est uniquement constituée par deux branches métalliques fixées d'une façon spéciale et auxquelles est adapté un voile simple. Au-dessus de lui existe une poche que l'on remplit avec plus ou moins de liquide {fig. 214).
A la face antérieure de celle-ci sont placés deux petits prolongements qui viennent reposer sur le plancher des fosses nasales. C'est entre ceux-ci qu'est placé l'orifice C qui donne accès dans l'intérieur de la poche.
Fig. 214.
A la suite de nos recherches sur les appareils de ce genre, nous avons cru pouvoir utiliser leur souplesse pour en faire un petit appareil qui pourrait permettre la succion aux nouveaux-nés atteints de perforation ou de fissure. Mais nos études sur ce point ne sont pas encore assez complètes pour que nous puissions nous prononcer: d'ici peu nous espérons publier les résultats de notre observation.
Nous avons vu précédemment qu'au bout d'un certain temps les voiles artificiels, en raison de leur minceur et de leur souplesse se ramollissaient, se détérioraient et finissaient par faire des plis et devenir insuffisants.
Pour combattre cet inconvénient, pour donner plus de consistance à ceux-ci, sans nuire à leur souplesse, on a imaginé de ménager dans différents points des épaisseurs de caoutchouc.
N. B. — Au moment de mettre sous presse, on nous communique la thèse du D"- Fourrié. Il y est fait mention d'un appareil du D'' Gaillard de Paris, qui introduit quelques gouttes d'eau dans ses voiles artificiels. Nous ne croyons pas que cet appareil soit construit dans le même but que celui que nous proposons. C'est du moins l'opinion qui nous est restée de ce court exposé que nous publions in -extenso.
« Le D"^ Gaillard, dentiste à Paris, a Ijien voulu également nous donner divers détails sur un appareil construit par lui, en 1878, pour un Américain atteint d'une fissure complète du voile et de la voûte du palais.
L'appareil se compose de deux parties :
La première est une plaque palatine en caoutchouc durci, fixée aux dents par des crochets.
La deuxième, constituant un voile ariiflciel mobile, est rattachée au bord postérieur de la première coulisse, et une vis. placée au point de jonction, maintient les deux parties solidement réunies.
Cette seconde pièce est molle dans plus des trois quarts postérieurs de son étendue, faite de caoutchouc très flexible et très léger, elle constitue une poche à cavité virtuelle avant son adjonction à la première partie. Elle devient, au contraire, une cavité réelle lorsque, une fois réunie à la première pièce, on y introduit par le trou, réservé à lavis dont nous avons parlé, quelques gouttes d'eau. On voit alors ce voile mobile automatique, comme l'appelle son auteur, se bomber légèrement et suivre parfaitemeni tous les mouvements des parties restantes du voile pendant les actes de la déglutition et delà phonation. Cette poche d'eau agirait ici, paraît-il, comme un véritable ressort et l'inventeur ainsi que son client auraient été très satisfaits du résultat ainsi obtenu.
On obtient ainsi des appareils à la fois souples et très résistants, surtout si la vulcanisation a été bien conduite. Il faut en efïet, toujours se rappeler que le caoutchouc mou a besoin de beaucoup de soins dans cette opération. Il est nécessaire que la température monte lentement, qu'elle ne dépasse pas le degré indiqué.
Nous dirons plus ; il est préférable que ce caoutchouc qui doit renfermer le moins de soufre possible, se vulcanise y une température moins élevée que pour les appareils ordinaires : mais dans ce cas, l'opération devra se prolonger plus longtemps.
Nous nous servons habituellement d'un caoutchouc qui contient 6 0/0 de soufre ; nous le vulcanisons pendant quatre ou cinq heures à 145 degrés, c'est-à-dire sous une pression de quatre atmosphères.
Un voile du palais fait dans de telles conditions résiste assez longtemps.
On pourra encore augmenter cette résistance en intercalant quelques fragments de caoutchouc dur dans l'épaisseur de la couche de caoutchouc mou.
Lorsque pour une raison quelconque, on désire évacuer et renouveler la quantité de liquide, il suffit d'enlever la vis : les deux pièces se séparent, on vide la poche, puis les deux parties sont rapprochées et emboîtées, on introduit le liquide voulu par le trou de vis et enfin on remet la vis en place. L'appareil se trouve dès lors soUdement fixé et en même temps prêt
fonctionner.
Cet appareil est remarquable surtout par son originalité ; car jusqu'ici, nous n'avons trouvé d'un peu analogue comme idée que le ressort de caout-' chouc imaginé par M. Préterre dans ses appareils les plus perfectionés, mais jamais personne, croyons-nous, n'a songé à utiliser ainsi le déplacement spontané d'un centre de gravité comme cause déterminante de mouvements divers, qui concordent précisément avec ceux qu'on se propose d'obtenir dans ce genre d'instruments. »
La figure 215 représente une lésion pour laquelle fut
Fig. 215.
construite l'appareil suivant {fig. 216). Dans ce cas les A
Fig. 216.
muscles du voile étaient très piiisssants et déformaient
nos voiles artificiels, ils arrivaient même à passer complètement en arrière. Comme nous ne pouvions pas faire ce voile plus long, nous l'avons fait plus résistant. Les parties latérales B qui se repliaient sans cesse sur elles mêmes sous l'influence de la contraction ont été formées en caoutchouc dur ; elles sont reliées au caoutchouc mou C, auquel nous avons donné plus d'épaisseur. La prononciation n'a nullement été gênée par ce dispositif.
Dans d'autres circonstances {fig. 2i7) nous avons fait usage du procédé suivant : après avoir découpé sur une plaque de caoutchouc déjà vulcanisé deux petites bandes B ayant la forme du pourtour du voile, nous les avons soudées au caoutchouc mou pendant la vulcanisation. On peut avec ce moyen, donner au voile une épaisseur beaucoup moindre, car le rebord en caoutchouc dur le soutient et l'empêche de se plisser.
Une autre disposition assez heureuse, est celle qui consiste à réunir par du caoutchouc mou des petits ronds en caoutchouc durci placés très près les uns des autres. Le voile dans ces conditions peut se fléchir dans tous les sens,
sans jamais présenter de plis, car la flexion ne se fait jamais suivant une lig-ne droite et varie chaque fois
Fig. 218.
L'application du caoutchouc déjà durci a le grand avantage de conserver la forme qu'on lui donne, qu'il soit coupé en plaques, en bandes ou en ronds il ne se déforme pas, et sa combinaison avec le caoutchouc mou est des plus utile. Mais cette association nécessite de grands soins dans la mise en moufle.
Pour que les fragments ne changent pas de place pendant cette opération, nous badigeonnons avec une légère couche de caoutchouc dissous, la surface qu'ils doivent occuper, car ils y adhèrent très bien. On les y fixe et l'on peut alors bourrer le caoutchouc mou sans craindre de déplacements. Enfin pour qu'il se soude luimême, à ce dernier, il faut qu'il soit couvert d'une légère couche de caoutchouc dissous de même nature que celui qui compose le fragment. On obtient ainsi des pièces très homogènes.
Points d'attache. — Nous n'avons pas l'intention d'étudier les divers moyens de fixation de ces sortes d'appareils.
On recommande bien de ne jamais les fixer aux dents: mais souvent ce sera le seul point d'appui qu'il nous sera possible de prendre. D'autre part, chaque fois qu'on pourra utiliser le plancher des fosses nasales, on fera bien de s'en servir. Dans ce cas, on fera usage soit des poches que l'on aura renforcées sur certains points, comme dans la figure 173 soit de petits appendices comme dans la figure 212 soit enfin de ces divers moyens combinés .avec un point d'appui pris sur les dents.
Dans certaines circonstances, on pourra encore se passer de crochets : ainsi dans le cas suivant (fig. 219) nous nous sommes servi à gauche d'une dent très cariée, dont nous
Fig. 219.
avons d'abord obturé les canaux. Une capsule métallique est placée au-dessus ; à sa partie centrale, nous avons soudé un petit tube qui est fermé à son extrémité profonde
et ouvert sur la face triturante de la dent qui lui sert de support. Un pivot A placé sur une des branches de la pièce (fig. '2'20) pénètre dans ce tube: la pièce se trouve
suffisamment maintenue de ce côté. De l'autre, ce sont de simples petits onglets en métal qui viennent glisser dans les espaces interdentaires. En faisant pénétrer la pièce obliquement, on fait d'abord pénétrer les onglets entre les dents, puis on élève la pièce de l'autre côté et le pivot rentre dans le tube qui doit le recevoir. La pièce est ainsi fixée solidement. En cas d'absence de dents, on pourra faire usage de pivots sur racines ou de ressorts. Nous donnons en terminant pour une lésion représentée ligure 22\ un moyen qui nous a souvent réussi chez les enfants. Il trouvera son emploi, surtout lorsqu'il n'aura pas été possible de prendre un point d'appui, ce qui n'est pas toujours sans inconvénient, sur les losses nasales ou sur les gencives par des prolongements.
Comme le montre la figure 222, nous contournons les dents de lait de chaque côté avec un fil d'or auquel sont soudés deux petits onglets qui pénètrent dans les iiiters-
tices des dents par leur face externe. Deux autres, fixés dans l'épaisseur de la pièce passent dans les mêmes interstices par leur face interne.
Fig. 321.
Fig. 223.
Telles sont les principaux moyens que nous avons employés pour fixer nos obturateurs.
On voit d'après la description que nous avons donnée de tous nos appareils que quelques-uns d'entre eux présentent un volume considérable et que les moufles ordinaires ne pourraient servir à leur confection. Nous avons été obligé de les modifier à plusieurs reprises. Nous allons indiquer le dernier modèle auquel nous nous sommes arrêté {fig. 223).
Il se compose d'une série de rondelles de deux centimètres et demi de hauteur qui se superposent. Elles sont elles-mêmes constituées par deux demi-cercles {fig. 224) qui s'entrecroisent à chacune de leurs extrémités où elles présentent un trou rectangulaire, dans lequel passe la bride qui doit les réunir.
Chaque rondelle présente sur ses bords des saillies d'un côté et des dépressions en sens inverse de l'autre. De cette
Fig. 223.
façon chacune s'articule avec celle qui est située au-dessus et au-dessous. On peut donner ainsi au moufle la hauteur
Fig. 224.
que l'on désire; cette disposition permet de placer l'appareil à vulcaniser dans n'importe quelle position, car pour
faciliter l'introduction du caoutchouc, on pourra le diviser ■ en plusieurs parties, si cela est nécessaire.
Ce moufle a encore l'avantage de pouvoir s'ouvrir verticalement. On le réunira ensuite à l'aide de la bride et des couvercles.
Ces grands moufles qui contiennent beaucoup de plâtre réclament une attention spéciale pour la vulcanisation. On sait que le plâtre est mauvais conducteur de la chaleur ; il faudra donc faire monter lentement la température de façon à ce qu'elle ait le temps de se généraliser. On prolongera trois ou quatre heures la vulcanisation en ayant soin de ne jamais laisser dépasser 145 degrés. En suivant cette indication, on obtiendra des pièces d'une grande solidité.
DE L EMPLOI DE L ALUMINIUM DAiNS LA FABRICATION DES APPAREILS PROTHÉTIQUES DENTAIRES
A plusieurs reprises, on a essayé de faire usage de Taluminium dans les pièces artificielles, mais la difficulté de sa soudure aux autres parties de l'appareil a toujours rendu ces essais infructueux.
Malgré les efforts du D"" Bean qui nous donna les premières indications relatives à l'application de ce métal dans l'art dentaire ; malgré les modifications de Sauer en
Allemagne et celles plus récentes de Fillette en France, les prothèses dentaires en aluminium fondu ne sont pas encore entrées dans la pratique.
On est même étonné en lisant ce qu'en ont dit Harris et Austen dans leur traité de l'art du dentiste (traduction française d'Andrieux) qu'il n'ait pas encore pris dans les ateliers une large place, associé à la vulcanite.
Souvent en effet, il est bien supérieur à l'or, à cause de son adhérence plus intime au caoutchouc, son poids beaucoup moindre et enfin, son absence presque absolue d'odeur. On ne peut pas dire que l'or ou le platine retiennent à leur contact les produits de sécrétion buccale ; néanmoins les personnes qui ont porté des appareils de ce genre et des pièces en aluminium laminé, ont trouvé une différence bien sensible.
Sa couleur aussi ne s'altère presque pas, surtout lorsqu'à l'aide de potasse ou de soude, on lui a donné cette teinte d'argent mat qui lui est particulière. Il la conserve longtemps, pendant plusieurs années, principalement du côté où il est en contact avec la muqueuse.
Toutes ces qualités devraient le faire rechercher, dans les cas où il peut être employé.
L'aluminium cependant s'altère, comme nous l'avons dit précédemment (1), au contact de certains liquides, lorsqu'il baigne dans le pus. A son contact, il s'érode assez facilement.
(I)lr' partie. — Chapitre VI — Observ. I.
Mais dans la cavité buccale, les conditions sont absolument changées, et nous poumons montrer des pièces construites en aluminium, qui ont été portées pendant quatre ou cinq ans^ sans présenter la moindre trace d'altération.
Son application est limitée, il est vrai aux appareils dont l'articulation est assez haute pour permettre l'emploi du caoutchouc. Il peut être appliqué aux pièces partielles, aux dentiers, aux appareils à succion. Ces derniers notamment retireront de grands avantages à être faits avec ce métal, car son adhérence à la muqueuse est bien supérieure à celle que l'on obtient avec les autres matières.
Nous ne parlerons pas de l'aluminium soudé, parce qu'avec ce métal la soudure est restée jusqu'à présent difficile à obtenir sans jamais présenter des conditions de solidité suffisantes.
Il nous reste quelques mots à dire sur la façon de le travailler et de le rendre propre à recevoir le caoutchouc dans les parties où celui-ci doit lui être adapté.
L'aluminium s'estampe facilement, mais il s'amincit beaucoup au niveau des parties saillantes. Il est bon pour cette raison de recouvrir le modèle en zinc d'une feuille de plomb d'un tiers de millimètre environ. Celle-ci a un double but, elle sert de coussinet à la plaque d'aluminium et en outre empêche que les petites irrégularités du zinc ne s'impriment sur la plaque à estamper. Il faut du reste avoir eu soin de bien réparer le zinc, de polir toutes les petites rugosités qui sont à sa surface sans quoi elles seraient reproduitesen partie, malgré la feuille de plomb.
Avant d'estamper l'aluminium, il faut toujours le recuire, et comme il fond à une température assez basse, il faut prendre quelques précautions. Voici, comment nous procédons, pour ne pas dépasser une certaine température : nous plaçons un morceau de papier blanc sur la plaque à recuire et lorsqu'il commence à jaunir, nous la plongeons dans l'eau; l'opération est terminée.
Pour estamper, on fera bien de se servir d'abord de la presse, puis du marteau et en dernier lieu, une seconde fois, de lapresse. L'estampage doit se faire avec beaucoup de ménagements : il ne faut se servir que le moins possible du marteau, car c'est à ses chocs que l'on doit l'amincissement de certaine partie et consécutivement l'élargissement de la plaque. Il en résulte une coaptation imparfaite.
L'épaisseur de la plaque doit varier suivant les pièces que l'on a à exécuter; comme ce métal est tendre et qu'il se laisse facilement diminuer d'épaisseur au grattoir, nous l'employons assez épais, de un à un millimètre et demi.
Nous diminuons celle-ci d'épaisseur au niveau du palais et nous la laissons toute entière vers le rebord alvéolaire où doit être placé le caoutchouc.
Nous employons deux procédés pour fixer le caoutchouc, sur une plaque d'aluminium :
Le premier consiste à découper la plaque, comme le montre la figure 225 et de relever les bords qui sont taillés en queue d'aronde.
Le deuxième consiste simplement à former avec une
échoppe des crans ayant la forme de dents de limes à bois, sans traverser la plaque {fig. 226).
Fig. 235.
Fig. 237.
Nous employons plus particulièrement le premier procédé pour maintenir une dent isolée; mais lorsque nous avons un peu d'étendue, nous faisons simplement des crans, c'est-à-dire qu'avec l'angle d'une échoppe carrée, nous soulevons une partie du métal sur une étendue de un millimètre et demi. Nous en remplissons toute la surface que doit recouvrir le caoutchouc; de cette façon celui-ci est fixé intimement à la plaque d'aluminium.
On comprend toute l'utilité de prendre une plaque épaisse. En effet, plus elle aura d'épaisseur plus on pourra obtenir de solidité par l'intermédiaire des crans qui acquerront ainsi plus de saillie ; quelquefois même on emploie les deux procédés, surtout dans les parties étroites, où l'on n'a qu'une seule dent à fixer.
Si l'on veut recouvrir complètement de caoutchouc la voûte palatine, il n'est pas nécesaire de faire des crans
sur toute cette partie. D'autre part, lorsqu'on aura préparé la partie alvéolaire de la façon qui vient d'être indiquée, ' on pourra diminuer sensiblement l'épaisseur de la plaque au niveau de la voûte palatine, avec le grattoir et la lime. Du reste, les traits laissés par ces instruments suffisent pour maintenir le caoutchouc àraluniiniumy car nous avons vu précédemment que celui-ci adhérait facilement à la vulcanite.
Le procédé des crans a sur l'autre, l'avantage de dissimuler complètement le caoutchouc sur la face opposée à la surface linguale. Au contraire, par l'autre procédé, on aperçoit le caoutchouc qui forme des polygones comme le représente la figure 221 .
Fig. 237.
Lorsque la pièce est terminée et polie, ce qui se fait par le procédé ordinaire, on lui donne en la plongeant dans une solution chaude de potasse ou de soude, la teinte d'argent mat. Quand celle-ci est régulière, on lave l'appareil à l'acide azotique étendu.
Si l'on se sert de caoutchouc noir, recouvert ensuite d'une mince feuille de caoutchouc rose, pour fixer les
dents, on obtiendra une pièce à la fois très légère et excessivement solide.
La vulcanisation devra marcher très lentement, ne pas dépasser 145 degrés centigrades et durer deux heures ou deux heures et demie, s'il y a des parties épaisses.
A ces pièces, on pourra adapter comme aux dentiers ordinaires, des crochets en or qui iront se fixer dans le caoutchouc. Si l'on a besoin de placer une lame ou un crochet isolé, on peut le fixer sans être obligé de recouvrir complètement de caoutchouc la plaque à laquelle ils sont adaptés (^^. 228) (F)
Fig. 228.
On pourra aussi, par le même procédé , fixer des dents à tubes sur une plaque d'aluminium et même une pièce
à gencive continue {Continuons gum) ; ces dernières sont très pratiques et d'un très bel effet.
Si d'autre part on veut se servir d'aluminium comme plaque palatine destinée à supporter nu-^oile artificiel, il faudra avoir soin d'interposer entre le caoutchouc mou et Taluminium un morceau de caoutchouc dur ; sans cela on n'obtiendrait pas des adhérences suffisantes.
Telles sont, en quelques mots les avantages que présente en prothèse dentaire l'emploi de l'aluminium. Lorsque ceux-ci seront mieux connus, ce métal prendra certainement la place qu'd mérite dans la fabrication de nos appareils.