CHAPITRE V Appareils divers. — Langue artificielle
Nous avons construit dernièrement pour un malade, auquel M. le professeur Poncet de Lyon avait amputé la langue atteinte d'éphitliélioma, un appareil prothétique destiné à remplacer cet organe.
Après l'opération, on n'aperçoit plus trace de la langue. Un tronçon sus-hyoïdien seul est perceptible par le doigt porté derrière les piliers.
La mastication s'exécute difficilement, la prononciation est assez défectueuse^, mais les troubles fonctionnels les plus graves, sont une déglutition très gênée et une salivation abondante s'écoulant en dehors de la cavité buccale.
C'est pour obvier à ces inconvénients que nous avons construit im appareil représentant au point de vue de la forme, des dimensions et de la consistance, une véritable langue artificielle dont nous allons donner la description. L'appareil se compose de deux pièces :
La première (y^^. 186) n'est autre chose qu'un appareil dentaire servant à supporter la seconde qui remplace la langue absente.
La première pièce est construite en caoutchouc durci, moulé exactement sur la face interne de toute l'arcade dentaire inférieure. Dans l'observation que nous rappor-
tons, elle supporte trois dents. Elle est maintenue en place par deux prolongements en or, passant entre les canines et les petites molaires.
Fig. 186.
A la partie médiane et à la face interne de cette pièce est fixé un prolongement en caoutchouc un peu souple B. Il supporte à son extrémité un anneau A auquel vient se fixer la deuxième partie delà pièce, c'est-à-dire la lang-ue artificielle.
Ce prolongement vient se loger dans la rainure C de la figure 187. A l'extrémité de celle-ci est placé un auneau B qui sert à obturer l'orifice par lequel on introduit le liquide et qui se réunit à celui du dentier artificiel.
Lé prolongement de ce dernier peut être plus ou moins long, suivant qu'il sera nécessaire de fixer la langue dans
im point antéi'ieiu' ou postérieur. Il pourra, d'autre part, servir à soulever la partie antérieure de la langue pour aider à la prononciation des linguales. Dans ce cas, il jouera le rôle de ressort et devra à cet effet être très mince et très flexible. De cette façon, la langue tout en restant très mobile est maintenue solidement.
La langue est constituée par une poche de caoutchouc extrêmement mou ; elle est incomplètement distendue par de l'eau ou un liquide aseptique ; elle a la forme et les dimensions de la langue absente. A sa face supérieure, elle présente une épaisseur de un millimètre, qui est réduite à un demi et même un quart de millimètre à la partie inféropostérieure. Cette épaisseur minime de la paroi inférieure, lui permet de se mouler pour ainsi dire sur le plancher buccal et. d'obéir aux mouvements qui lui sont imprimés par les muscles sus-hyoïdiens. Parce moyen, les mouvements sont transmis par le liquide à tout l'appareil et permettent même au malade de projeter eu dehors de la cavité buccale sa langue artificielle.
Dans la figure 188 nous voyons les deux pièces réunies.
Fig. 130.
Les résultats obtenus par cette prothèse d'un nouveau genre, ont été si satisfaisants que M. le professeur Poncet
a cru devoir présenter ce malade dans son cours sur le traitement chirurgical du cancer de la langue, leçon qui a été publiée dans la Province médicale du 16 juin 1888.
(( Grâce à cet appareil, dit-il, notre malade ne perd plus sa salive, il l'avale aisément, comme tout le monde : il n'envoie plus, suivant son expression vulgaire, des postillons lorsqu'il parle ; il mange plus facilement et peut -même tendre en partie la langue en dehors, mouvements que vous expliquerez si vous tenez compte de cette observation, que la sangle mylo-hyoïdienne, n'a pas été intéressée lors de l'opération, et que la contraction des mylo-hyoïdiens propulse en avant le plancher buccal.
Au point de vue esthétique et surtout au point de vue fonctionnel, M. Martin avait donc rendu un grand service à ce malade. La langue nouvelle ne modifie pas notablement en mieux la prononciation, mais il faut remarquer que le malade la porte depuis peu de temps ; qu'il y a là une question d'éducation et que des perfectionnements seront certainement apportés à ces premières tentatives, déjà si heureuses de prothèse linguale. Quant au reproche que l'on pouvait adresser à cet appareil, comme à toute espèce de pièce prothètique destinée à dissimuler une mutilation, après l'ablation d'un néoplasme, de favoriser la récidive par l'irritation qu'elle produit, nous le croyons, dans l'espèce, peut fondé ; car l'appareil s'applique très bien et n'exerce que de très légers frottements. »
Ce même appareil a été appliqué à trois opérés. Le premier qui a fait l'objet de la clinique de M. le professeur Poucet de Lyon est mort quelques mois après; le
deuxième n'a survécu que quatre mois. Quant au dernier, son opération date de dix mois et tout nous fait espérer qu'il pourra encore longtemps jouir de son appareil.
Comme chez ce malade, les muscles du plancher buccal ont été fortement intéressés, ils ne communiquent que peu de mouvement à la langue artificielle, et de ce fait, la prononciation est moins bonne. Aussi pour faciliter l'articulation des linguales, avons nous placé dans l'intérieur un ressort très faible en caoutchouc durci {^fig. 189) qui lui permet de s'appliquer contre le palais.
Par cette disposition, le liquide contenu dans la langue n'ayant plus à soulever la paroi supérieure de celle-ci, devient extrêmement mobile ; le moindre mouvement la fait porter d'un côté ou de l'autre, et cette mobilité est très favorable, à l'usage auquel sont destinés ces appareils.
Le volume de ces langues artitîcielles peut être modifié suivant qu'on introduira dans son intérieur une quantité de liquide plus ou moins grande.
La fabrication de ces langues artiticielies se rapproche très sensiblement du procédé que nous employons pour la construction des poches à liquide de nos obturateurs.
En se reportant à la quatrième partie de ce travail, on trouvera tous les détails techniques nécessaires.
Appareil dilatateur du pharynx
Nous avons construit un appareil dont nous donnons ci-contre le dessin {Jig. 190) qui ne nous a pas donné de
Eig. 190.
résultats bien positifs, mais qui pourrait peut-être trouver son emploi dans des cas plus favorables.
Cet appareil fut construit pour un malade de
M. D. MoUière. cliiriirg-ien-major de l'Hôtel-Dieu, qui présentait un rétrécissement syphilitique du pharynx. On fut obligé de lui pratiquer la trachéotomie pour obvier à des accidents d'asphyxie vraiment inquiétants.
L'appareil se compose d'une plaque palatine à laquelle des dents ont été adaptées. Cette pièce recouvre tout le palais jusqu'à la naissance du voile. Au milieu de cette plaque qui peut être en métal ou en caoutchouc, se trouve fixée une vis maintenant un ressort fait avec un fil d^or bien écroui et plié en deux. Il porte à ses extrémités des prolongements en caoutchouc demi-dur.
Ces prolongements introduits dans le pharynx, ont pour etïet, sous l'influence du ressort, d'écarter les parois de cet organe et par suite de les dilater.
La tension du ressort ne doit pas être très forte, à cause de. la délicatesse des tissus contre lesquels viennent appuyer les prolongements. Cette tension, du reste, peut être augmentée ou diminuée avec facilité.
Malgré l'insuccès de cet appareil, nous avons cru devoir publier cette observation qui démontre la possibilité de se servir des dents par l'intermédiaire d'une plaque palatine pour disposer et maintenir des appareils devant servir aux cavités pharyngiennes.
On pourrait appliquer cet appareil après dilatation par section au bistouri.
APPAREIL DE COINTENTION POUR FRACTURE DU MAXILLAIRE INFÉRIEUR CHEZ UN ENFANT NOUVEAU-NÉ
Chez l'adulte les fractures du maxillaire inférieur sont assez difficiles à maintenir réduites et à traiter. La difficulté est bien plus grande encore quand il s'agit d'un tout jeune enfant ou d'un nouveau-né.
Dans une monographie sur le traitement des fractures du maxillaire inférieur (\) nous avons décrit un appareil qui fut employé avec succès plus de soixante fois, mais jamais sur un sujet aussi jeune que celui qui fut l'objet de cette observation.
Chez les nouveau-nés, les fractures du maxillaire inférieur ne sont pas extrêmement rares, mais étant toujours sous-périostées, elles passent souvent inaperçues. Quand on les constate, on est bien embarrassé pour trouver un appareil ou un bandage capable de retenir les fragments.
L'appareil, en effet, doit tenir en place sans point d'appui bien fixe ; il ne doit pas empêcher à l'enfant de prendre le sein, et ne pas gêner la succion.
(1) G. Mai'lin. Du traitement des fractures du maxillaire inférieur F. Alcan, Pans.
L'appareil dont nous repro'luisons ici le dessin (//<7. 191) remplit à peu près les conditions que nous venons d'énumérer.
Fig. 191.
Cette pièce, il est vrai n'a pas été portée, car lorsqu'elle a été prête, la fracture était déjà consolidée, mais nous l'avons essayée et elle remplissait parfaitement les indications nécessitées par ce genre d'appareil .
Nous en donnons ici la description comme pouvant dans certains cas rendre des services.
Il se compose de deux pièces ; l'une supérieure, intrabuccaie, et l'autre inférieure, sous-mentonnière. Elles sont réunies entre elles par deux fils d'acier ou d'or de trois à quatre dizièmes de millimètre.
La première partie intra-buccale est composée de deux tiges d'acier : l'une longeant le bord interne, l'autre la face externe du rebord alvéolaire sans aller toutefois jusqu'au fond de la bouche et du repli gingivo-buccal.
Les deux tiges intra-buccales sont réunies, comme le montre la figure ci-dessus par deux autres lamelles de même volume étendues comme un pont au-dessus du rebord alvéolo-gingival.
L'appareil ainsi constitué, est ensuite soudé et recouvert de caoutchouc vulcanisé mou.
Quand à la pièce mentonnière, elle a la forme d'un fer à cheval qui vient se placer au-dessous ou plutôt en dedans du bord inférieur du maxillaire pour maintenir ses deux branches écartées.
Il est constitué de la même façon que la pièce supérieure, c'est-à-dire par un fil d'acier recouvert de caoutchouc mou. Il peut-être modifié à volonté dans sa forme.
Comme le montre la figure deux fils d'acier ou d'or réunissent les deux pièces en les maintenant rapprochées l'une de l'autre.
Ces fils à cause de leur finesse ne gênent pas la succion et n'entravent pas les mouvements de la mâchoire. Leur force de tension qui peut-être modifiée à volonté, doit être très faible à cause de la susceptibilité qui présentent aux pressions les tissus des nouveau-nés.
Ces ressorts sont fixés aux deux pièces, dans des orifices présentant la même forme et le même volume que les fils.