OBSERVATION II (RÉSUMÉE
DEVOUGES. Annales médico-psychologiques, 1857.
Intoxication saturnine. — Paralysie générale chronique. Autopsie.
Leclerc, 41 ans, peintre en bâtiments, est entré le 8 janvier 1855, à l'asile de Bicêtre, service de M. Moreau (de Tours).
Le père du malade est mort d’une attaque d’apoplexie. Sa mère, vivante, jouit d’une bonne santé ; c’est une femme très vive, très irritable.
Leclerc est très sobre, et, quoique maniant depuis sa jeunesse des préparations de plomb, il avait toujours joui d’une bonne santé ; ce n’est que quatre mois avant sa réclusion qu’il ressentit les premières atteintes de sa maladie. Sa femme remarqua d’abord un changement dans son caractère qui devenait bizarre ; il devint sombre et taciturne. Très irritable, il se mettait en colère pour les causes les plus légères. Il devint d’une avarice extrême. C’est à la même époque qu'il ressentit les premières coliques, mais elle ne furent jamais assez intenses pour réclamer un traitement spécial.
A la fin de l’année 1854, il fut forcé d'assister à un banquet; mais il quitta la table avant la fin du repas et revint chez lui en toute hâte, prétendant qu’il avait couru grand danger d’être arrêté. On ne put le débarrasser de ces craintes imaginaires qui ne firent qu’augmenter. Une affaire d'argent, dans laquelle il courut le risque de perdre 2,000 francs, vint augmenter Île trouble de son esprit ; Leclerc se crut dans la plus profonde misère et il devint de plus en plus sombre. Souvent il refusait complètement de manger.
Dix jours après, sa femme, blanchisseuse à Grenelle, vint à Paris avec une voiture de linge; ce jour-là, Leclerc fut poursuivi sans relâche par ses terreurs ; il ne pouvait manquer, selon lui, d'arriver un accident dont sa femme serait victime ; on devait attaquer et incendier sa maison, voler son mobilier, et il voulait que l’on transportàt tous ses meubles autre part. Le lendemain, il eut trois attaques consécutives, qu’il est facile de reconnaître pour des attaques épileptiques aux détails qu’en donne sa femme ; deux jours après deux nouvelles attaques. A partir de ce moment, il ne reconnut plus
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personne et fut poursuivi par deux idées fixes : la première, de tout repeindre dans sa maison, la seconde, d'échapper aux voleurs qui le poursuivaient constamment.
Quelques jours après, on le retira d’un puits, et l’on ne put jamais savoir s'il y était tombé involontairement ou s’il s’y était précipité.
Avant sa maladie, Leclere était un peu bègue, mais depuis deux mois sa parole était devenue plus embarrassée; il hésitait beaucoup avant de prononcer quelques syllabes et surtout il en oubliait plusieurs, et même des mots complets, ce qui rendait souvent son langage presque inintelligible. Aucune altération des sens. P
C’est dans les accès de colère dontnous avons parlé qu’il se manifesta d’abord du tremblement ; plus tard, il persista après les accès et devint presque continuel, ce n’est que quelques jours avant sa réclusion qu’il se plaignit de sentir ses membres s’affaiblir. Il relenait bien ses matières fécales, et il lui arriva seulement quelquefois d’uriner dans son lit.
Au commencement de décembre 1824, il fut obligé d'abandonner complètement ses travaux, et, sur les conseils d’un médecin, sa femme le fit enfermer dans une maison du faubourg Saint-Antoine, où il resta jusqu’au 8 janvier 1855, jour de son entrée à Bicêtre. Pendant ce séjour, il ne lui arriva qu’une seule fois de reconnaître ses parents, et ilresta continuellement muet. Les sphincters se paralysèrent complètement.
Le jour de son entrée le malade est dans un état de stupeur profonde. Les membres sont considérablement affaiblis, et cet affaiblissement paraît surtout marqué du côté gauche. Il retient ses urines et ses matières fécales ; il se plaint de douleurs dans les jambes ; la sensibilité parait conservée sur toute la surface du corps. Les traits sont tirés ; la peau est le siège d’une coloration particulière d’un jaune grisètre, plus foncé dans certains endroits. Liséré gingival très net. Limonade sulfurique. Bain sulfureux.
Jusqu'au 10 janvierrien de nouveau. \
Le 10. Il eut deux attaques d’épilepsie qui se répétérent le 11 et le 12. Les deux premières furent peu marquées et consistèrent seulement en un étourdissement passager avec quelques contractions des membres, suivi d’un long sommeil. Les secondes furent mieux caractérisées et se répétèrent plus tard sous la même forme : elles furent annoncées par les troubles prodromiques suivants ; le malade devenait d’une sensibilité extrême, pleurait ou rail sans raison ; il avait alors la manie d’embrasser tout le monde ; continuellement en mouvement, il marchait sans but et avec précipitation ; sa figure était empreinte de terreur ; il allait étourdiment se coucher dans cha cun des lits de lasalle ; si on lui parlait, il ne donnait aucune réponse ; souvent aussi il s’étendait à terre et se cachait la figure dans les deux mains.
On pouvait alors prévoir une attaque, qui le prenait dans cette position, si on n'avait pas eu le temps de le mettre dans son lit. L'attaque, qui rappe-
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lait en tous points l’épilepsie, durait Loujours au moins un quart d'heure et était suivie pendant une demi-heure d’un sommeil profond avec ronflement,
Cinq ou six attaques semblables se succédèrent dans l’espace de deux ou
trois jours. Pendant cette période, et dans l’intervalle des accès, le malade restait comme stupide ; il ne mangeait pas seul, ne parlait pas, et la nuit, il était agité, se remuait continuellement et semblait poursuivi par des fantômes effrayants. |
Dès la première attaque, nouvelle paralysie des sphincters qui persista quelque temps et ne cessa que quinze jours plus tard, après Padministration de pilules de strychnine. Le même phénomène se représenta dans uneautre succession d'attaques ; en tout semblable à la première et qui commença le 6 mars,
Dans l'intervalle qui sépara ces deux périodes le malade se plaignit souvent de douleurs dans l’abdomen. La marche était chancelante et souvent il tombait. La mémoire paraissait, dans certains moments, complètement abolie et Leclerc semblait avoir oublié jusqu’à son nom.
À la suite des attaques épileptiformes qu'il eut du 6 au 7 mars, semanifestèrent les premières lésions de la sensibilité qui consistérent en une anesthésie presque complète et générale.
Le 17. Il eut une attaque isolée et peu intense. Pendant tout ce temps, le malade n’avait pas cessé d’être soumis au traitement par les bains sulfureux et la limonade sulfurique. ,
Examiné attentivement le. 16 mai, il nous présente le tableau suivant :
La prononciation rappelle celle qu'on observe dans la paralysie générale, mais avec quelques différences. Quand on lui adresse une question, il répond précipitamment et par saccades, en laissant quelques mots incomplets ; quelquefois il laisse une phrase inachevée, et latermine enrépétant plusieurs fois une syllabe quelconque. Sa prononciation peut assez bien être comparée, dans ces cas, à celle d’une personne qui sort de l’eau froide en claquant des dents. D’autres fois, enfin, sa prononciation est tellement embarrassée, que ses réponses ne sont qu'une succession de syllabes insignifiantes marmottées très vite.
Pendant qu’il parle, seslèvres sont agitées convulsivement. Les ailes du nez participent au mouvement des lèvres. Toute la face est agitée de mouvements semblables.
Quand la langue esttirée hors de la bouche, on y aperçoit une succession de contractions fibrillaires partielles.
Il reste ordinairement assis, et se fatigue promptement lorsqu'il se tient debout ; cependant la paralysie west pas arrivée au dernier degré dans les membres inférieurs, etle malade peut encore s’en servir. Les membres supérieurs paraissent plus affaibls ; quand on lui fait allonger les bras horizonta-