OBSERVATION VI
DEVOUGES. Annales médico-psychologiques, 1857.
Inloxication saturnine. — Hypochondrie. — Paralysie générale consécutive.
Le nommé Toppa, âgé de 33 ans, est entré dans le service le 3 janvier 1855. Lorsqu’on l'interroge sur ses parents, on ne trouve rien qui ait rapport à l’aliénation mentale. Il a longtemps exercé la profession de cuisinier; depuis deux ans seulement il a été occupé à broyer de la céruse. Ce n’est que depuis deux mois qu’il a ressenti des coliques violentes, mais quelques symptômes d'intoxication s'étaient déjà manifestés l’été dernier.
La constipation était habituelle chez lui ; un tremblement s'était emparé de la jambe droite et des deux membres supérieurs, qui étaient constamment le siège d’une sensation de fraîcheur ; les maux de tête étaient presque con-
tinuels. Les coliques qui survinrent, il y a 2 mois, furent souvent très inten-
ses ; depuis un mois elles ont presque cessé et ont été remplacées par une douleur fixe à l’épigastre. Le malade, d’un caractère peu gai avant sa maladie, s’exagéra sa position, devint sombre et renonça à toute espèce de travail. On le fit entrer à l’hôpital Beaujon, d’où il fut transféré à Bicêtre. Le jour de son entrée, il était en proie à des hallucinations effrayantes : il voyait sa femme et ses enfants assassinés à l'hôpital Beaujon ; il portait la main à la région de l’estomac, et nous montrait avec inquiétude deux petits furoncles situés au voisinage.
Le liséré des gencives était très peu marqué, et la teinte de la peau n’avait rien de spécial. Après avoir pris de la valériane, les premiers jours, il fut mis à l’usage de la limonade sulfurique, des bains sulfureux et du calomel incorporé à du miel.
13 janvier. Il se plaint d'une douleur qui l’a pris subitement après son lever ; elle occupe tout le trajet d'un nerf intercostal du côté gauche. Cet accident paraît beaucoup l'inquiéter, et son visage exprime un profond découragement.
Le 15, il survint une salivation ; les gencives sont rouges et gonflées. On cesse l'usage du calomel ; pilules aloétiques.
Le 17. Diminution de la salivation, mais persistance de petites ulcérations sur les lèvres et les gencives. Chlorate de potasse, 4 gr.
Le 19. Le malade est très inquiet, parce qu'il a vu un peu de sang dans ses garde-robes ; il se plaint ensuite de ne pas aller assez souvent à la selle, il nous montre toujours la région de l’estomac d’un air sinistre, la salivation n’a plus lieu que la nuit, au dire du malade.
si 42 Lu ‘Li LS
Jusqu’au 9 février, il resta dans le même état, se trouvant un jour très bien, un jour très mal (frictions stibiées sur la région de l'estomac). Une amélioration sembla se manifester ; mais le 23 février, les mêmes plaintes recommencèrent ; un cautère fut appliqué à l’épigastre. Quelques jours aprés, M. Moreau, espérant détourner l'esprit du malade d’une douleur imaginaire par une douleur réelle, fit appliquer un vésicatoire à une jambe. Cette médication n’eut pas plus de succès, et l'on s’abstint pendant quelque temps. .
Enfin le malade sembla entrer dans une période meilleure, et ne se plaignit plus ; l'usage des pilules d’aloès entretenait le ventre libre. Pendant ce temps, le malade resta apathique, se refusant à tout travail, et ce n’est que le 15 mai, sur la demande de sa femme, qu'il quitta l'établissement.
: OBSERVATION VII DEVOUGES, Annales médico-psychologiques, 1857.
Intoxication saturnine. — Symptômes de paralysie générale. — Guérison.
Cette observation m’a été communiquée par M. Moreau, et recueillie l'année dernière dans son service.
Le nommé Champroux, peintre en bâtiments, as de 40 ans, est entré à Bicêtre, le 16 février 1856.
Ce sujet est de taille ordinaire, et paraît assez bien constitué ; une teinte blafarde, répandue sur toute la surface du corps, pourrait le faire passer pour ictérique, si elle ne se rattachait pas à des accidents saturnins dont l'existence se révèle par un liséré très prononcé des gencives.
D'après les renseignements fournis par le sujet, il n’existe point de maladies nerveuses dans sa famille ; son père est mort des suites d’un accident ; sa mère vit encore, et jouit d’une bonne santé, elle est cependant sujette à des maux de tête. Leur famille se composait de sept enfants, dont trois sont morts, en bas âge, de la dysenterie (?) les survivants se portent bien. Enfin, le malade, qui est marié depuis quatre ans, a eu un enfant qu'il a perdu à l’âge de 8 mois, sans que la cause de la mort soit connue.
Dans son enfance, le sujet ne jouissait pas d’une bonne santé, et il était bègue et poussif, selon ses propres expressions. Vers l’âge de 6 ans, ces deux affections se sont spontanément dissipées pour céder la place à une toux accompagnée dune expectoration muqueuse qui dure encore. Sous les autres rapports sa santé est restée bonne jusqu’à l’âge des maladies vénériennes,
RETU RSS AE A ARE
‘ Vs l' j | 4 \ { Û 17 ke ' <a 7 Le 4. Se — 43 — } Le . il 2
Hu Pan prit sa bonne part ; il a eu un chancre et plusieurs blennorrhagies, à
D Eu dr yn dontrlà première remonte à l’âge de 17 ans, sans jamais avoir éprouvé d’acci- PR 57
- ER = dents tertiaires, ses premiers symptômes ayant motivé un traitement mer- È é AUS
“Hire curiel chez M. Vidal, à l'hôpital du Midi. LE LS
C'est depuis l’âge de 16 ans qu’il exerce la profession de peintre en bâti QE: 7 F,
ments ; pendant longtemps il n’a éprouvé aucun des inconvénients qui s’y | 24)
rattachent ; mais vers l’âge de trente ans, il a ressenti les premières atteintes |
d'une névralgie intercostale qui se manifestait à des intervalles irréguliers Fa
par un point de côté à gauche et une sensation pénible à l’épigastre allant
FA jusqu'à produire la dyspnée.
2 Ces phénomènes ont complètement disparu il y a cinq ans à la suite d’un
F \£e traitement suivi par le malade à la Charité, chez M. Briquet. Cinq ou six
LEA mois après sa sortie de l’hôpital, de nouveaux troubles se sont manifestés ; s il éprouvait de la céphalalgie, de la lourdeur, des vertiges, et comme, dans DR ces circonstances, il n’a pas jugé nécessaire de suspendre son travail, les 524 D symptômes se sont lentement aggravés. | |
D'après les expressions du malade, il se faisait un travail dans sa tête; il ; éprouvait dans le jour une sensation qu’il compare à des secousses élec- .
. triques derrière les oreilles, et quelquefois il lui semblait qu'un corps froid Re: Jui iraversait le crâne. Le sommeil était troublé par des rêves effrayants à di la suite desquels le malade se réveillait baigné de sueur. Bientôt des signes de paralysie commençante se sont manifestés dans les membres inférieurs ; Et de la raideur, des contractures douloureuses, une faiblesse qui l’obligeait à É quitter son travail à plusieurs reprises pour aller sasseoir, concouraient à rendre sa démarche incertaine ; il ne pouvait s'appuyer sur le talon en marchant sans éprouver une secousse doulouréuse qui retentissait dans la tête ; enfin la gène de la respiration allait toujours eroissant.
Depuis trois mois, les symptômes ont acquis plus d'intensité que jamais, les maux de tête ont redoublé; une névralgie sus-orbitaire très douloureuse s’est développée au point de l'empêcher de mettre sa casquette ; il éprouvait en même temps un sentiment incommode de plénitude à la tête, comme
= si le crâne allait éclater; enfin la parole était notablement embarrassée. Il - ne faut pas oublier cependant qu'ayant été bègue dans son enfance, il iui a toujours été diflicile d’articuler nettement les sons.
En même temps, le caractère du malade s’altérait en raison directe de l'intensité des symptômes physiques ; il devenait dur, acariâtre, méchant, insupportable à sa femme, qu'il accablait de mauvais traitements ; enfin, à la suite d’une scène de violence qui l'avait singulièrement effrayée, sa femme fit appeler un médecin qui, jugeant le malade dangereux, le fit mettre à la disposition de la Préfecture, d’où il fut transféré à Bicêtre.
16 février. Étal actuel. — Interrogé sur sa profession, ses habitudes, sa maladie, le malade répond avec assez de clarté; on reconnaît cependant un
on =, N
uw 544 ee