‹ De la Pseudo-Paralysie Générale SaturnineChapitre 27 sur 33 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

M. DOUTREBENTE. Annales médico-psychologiques, 1879.

. Paralysie générale d’ origine saturnine. — Rémission incomplète. — Guérison.

À..., Félix, âgé de 33 ans, marié, peintre en bâtiments, domicilié à B..., département de Seine-et-Marne, entre à Ville- Evrard, le 28 mai 1878.

14 avril 1878. Déjà à cette époque A..., avait des pleurs faciles, s’attendrissait à tout propos, lorsque, subitement et sans prodromes, il perd connais-

sance, pâlit, s’affaisse et revient à lui après quelques convulsions ; cette crise

immédiatement suivie de vomissements se termina par une explosion de

larmes.

18 avril. Seconde attaque semblable à celle du 14 avril ; insomnie persistante.

ler mai. À..., préoccupé par des besoins d'argent, se tourmente d’une façon exagérée ; son caractère s'aigrit, il ne supporte plus la contradiction, gourmande ses ouvriers, travaille mal. Constamment dominé par des impulsions nouvelles, il se met à boire et poursuit sa femme le jour et la nuit. Le sommeil fait absolument défaut, ou bien est troublé par des rêves et des

cauchemars affreux. La mémoire de ces faits récents disparaît rapidement.

15 mai. A... se livre à des dépenses exagérées, entreprend des voyages à Paris sans but, fait des courses en voiture et a des altercations avec les

cochers, et perd ou se fait voler sa montre, son argent, ses instruments de

travail, achète des chapeaux par douzaines et aceumule chez lui des provisions considérables de colle, papier, peinture, ete.

Quand on lui fait des observations, il répond que le gouvernement l’a chargé d’exécuter des travaux immenses, aux Tuileries notamment, où il a pour 4 millons de travaux à exécuter.

Le 20. Appelé en consultation par le médecin de la famille, nous apprenons de lui qu’à plusieurs reprises notre malade a présenté des accidents saturnins sous la forme arthritique.

Traitement : Pilules d’aloès, iodure de potassium.

Le père de A... serait mort à la suite d’une maladie cérébrale. Il a un frère et une sœur qui paraissent bien doués au physique et au moral; luimême, sans être un faible d'esprit, possède une intelligence bornée; bon

- garçon, sans malice, mais incapable de se rendre compte des profits et per-

tes d’une entreprise. A... ne présente aucun symptôme de syphilis consti-

tutionnelle.

29 mai 1878. Certificat de vingt-quatre heures : « Démence paralytique,

n’a plus conscience de ses actes ; idées de richesses très prononcées; il veut donner 50,000 francs aux pauvres ; il doit entreprendre pour 4 millions de travaux »,

5 juin. Délire ambitieux, amnésie, inconscience, il reçoit sa femme sans émotion, il croit ne l'avoir jamais quittée et doit, d’ailleurs, partir avec elle. Il ne se rend aucun compte de son état et du lieu où il reçoit des soins.

Il gâte le jour et la nuit, et se fache quand on lui en fait observation.

Le 12. Certificat de quinzaine : « Démence paralytique, n’a conscience ni de son état, ni du lieu où il se trouve; il est gai, chante et rit, disant qu’il va sortir pour exécuter de grands travaux ». |

1er juillet. Depuis plusieurs jours, A..., moins agité, ne parle plus de ses travaux et sourit quand on lui demande s’il en a commencé l’exécution ; il s'étonne parfois de se voir enfermé et demande à retourner chez lui. Il ne gâte plus. |

Le 15. Amélioration certaine. Jamais A... n’a présenté de troubles manifestes de la parole, les pupilles sont également dilatés avec 0m,002 de diamètre. :

Le 29. A... sort en état de rémission; l'intelligence est encore un peu obscurcie.

Depuis, nous avons suivi le malade avec beaucoup d'intérêt. Rempli d’attention pour ceux qui lui ont donné des soins, il revient fréquemment nous voir. Aujourd’hui, sept mois après la sortie de l'asile, A... ne présente plus aucun signe de paralysie générale; ses parents les plus proches affirment que l'intelligence est absolument intacte, il leur semble parfois qu’il est plus intelligent qu’autrefois. Il travaille bien et régulièrement, ne fait excès d'aucune sorte, vit en famille et présente, en un mot, tous les caractères d’une guérison parfaite.

Quoique dans cette observation, le mot démence paralytique se trouve dans les certificats du médecin en chef, il faut le prendre comme synonyme de folie paralytique, car jamais A... n’a présenté les signes de la démence confirmée ; l’intelligence a été troublée, la mémoire des faits récents a été suspendue pendant un certain temps; mais de là à la déchéance intellectuelle définitive, à la démence, il y a plus d’un degré à franchir.

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