‹ De la Pseudo-Paralysie Générale SaturnineChapitre 28 sur 33 · OBSERVATION XIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV

RÉGIS. Annales médico-psychologiques, 1880.

Pseudo-paralysie générale saturnine à la dernière période. — x Guérison.

D... (Pierre), 42 ans, ouvrier cérusier, venant de l’hôpital Saint-Sauveur,

de Lille, entre à l’asile d'Armentières le 14 juin 1888. Sa séquestration a

été motivée par ce fait que pendant son séjour à l'hôpital il a été pris brusquement d’un accès de délire accompagné de troubles des sens. Il voyait constamment devant lui un régiment de soldats qui cherchaient à le prendre et à lui faire du mal; pour se soustraire à leurs atteintes, il cherchait sans cesse à se Jeter hors de son lit. Malgré l’analogie de ces troubles avec les symptômes ordinaires de l'accès alcoolique, il est impossible d’invoquer ici l'influence de ce poison ; sa femme affirme qu’il était « sobre et courageux ». À son arrivée à l’asile, le malade est dans un état tel qu’il a été immédiatement transporté à l’infirmerie ; il ne peut se tenir debout, force est de le placer sur un fauteuil sur lequel on le maintient pour prévenir une chute. Il se penche fortement à droite, et ce côté, plus faible que l’autre, paraît atteint d'hémiplégie. Il est gâteux. On ne peut comprendre un mot de ce qu’il dit; sa parole est tellement embarrassée qu’elle ne forme plus qu’une espèce de bredouillement inintelligible. Agitation, déchire ses effets.

15 juin. Certificat de vingt-quatre heures : « Est atteint de paralysie générale. Il est entré dans un très mauvais état physique et ne peut plus marcher. À maintenir ».

Le 16. Parole à peu près impossible. Liséré de Burton très développé. Toujours gâteux. Tremblement dans tous les membres, le bras droit est inerte. Soulevé, D... s’affaisse aussitôt, Il sent très bien les piqûres ; la sensibilité est même exagérée au niveau des deux épaules et le malade paraît souffrir quand on appuie sur ces points (arthropathie). L'obtusion intellectuelle est très grande. Incohérence. Les pupilles sont égales.

Le 20. Très mauvais état. Affaibli. On ne peut encore absolument rien comprendre de ce qu'il dit.

Le 23. Laparalysie diminue progressivement en commençant par les mem-

‘bres inférieurs; en même temps, la parole quoique toujours embarrassée, commence à devenir plus distincte. Pas de délire spécial ; l'intelligence est encore obscurcie; à la turbulence a succédé la torpeur.

Le 26. Se remet, marche avec peine, mais essaye de se donner du mou-

‘vement ; la parole devient plus nette, ainsi que l'intelligence. Le malade ne gâte plus. Le liseré plombique est encore aussi marqué que le premier jour.

Le 28. Très amélioré physiquement et intellectuellement.

1er juillet. Retrace d’une façon satisfaisante tous les événements de sa vie; il n’a pas conservé le souvenir de son passage à l'hôpital Saint-Sauveur. Il dit qu’à un certain moment, qu’il ne peut déterminer, il avait l’idée qu’on le tiraillait, qu’on lui faisait du mal de tous côtés. Encore un peu d'incapacité mentale. Le liséré existe toujours. Se sert de ses deux bras, mais éprouve quelques douleurs dans le gauche. La marche est assurée ; les mains et la langue sont agitées de tremblements ; les pupilles sont égales ; secousses en “écrivant ; écriture finement tremblée,

Certificat de quinzaine. « Est atteint d’accidents paralytiques et cérébraux dus à l'intoxication saturnine. Il s’est produit, dans son état mental et physique, une amélioration très grande depuis son admission à l’asile. Il n’a aucun délire spécial, se rend compte de sa situation, et il n'existe réellement encore chez lui qu'un certain degré d’affaissement intellectuel. Quant aux troubles somatiques, si marqués au début que ce malade ne pouvait ni marcher, ni se tenir debout, ils ne consistent plus qu’en un peu d’embarras de la parole et un léger trembiement des membres supérieurs. À maintenir ».

Le 5 juillet. L'amélioration s'effectue rapidement, Le malade commence à s'occuper.

Le 10. État de plus en plus satisfaisant.

Le 20. L'écriture est plus sûre ; la parole très nette, mais encore un peu tremblée ; les mouvements sont revenus de toutes parts corrects.

1er août. S’occupe à l’infirmerie de l'asile.

Le 9. Sort de l’asile entièrement guéri, ne conservant d’autres symptômes de sa maladie que le liséré gingival et une légère teinte subictérique.

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