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La parole est redevenue très nette; l'écriture est normale et de la paralysie des membres inférieurs il ne reste aucune trace. [Les seuls symptômes que l'on observe encore, ce sont d'une part le liséré gingival et d'autre part la teinte terreuse de la peau.
Voilà donc un malade qui a présenté les principaux symptômes de la pseudo-paralysie générale saturnine et qui, après 3 mois 1/2 de séjour à l’hôpital, était guéri. Malheureusement il se soumit de nouveau à lintoxication saturnine et il devait retomber malade, c’est ce qui ne tarda pas à arriver et le 12 novembre 1888, il rentra à l'hôpital Beaujon.
Du 26 avril au 12 novembre, voici quelle est son histoire. Envoyé à Vincennes, il y resta six semaines, et là déjà il se livra à des travaux qui devaient faire craindre le retour des accidents. A peine en effet était-il arrivé dans cet asile qu'il fut employé pour badigeonner les murs de salles et de dortoirs ; il gratta même quelques murailles et absorba des poussières ; il se servait de vert d'eau et d’un peu de céruse. Néanmoins il n'eut pas d’accidents, et quand il quitta Vincennes, il ne se plaignait que de maux d'estomac et de légères douleurs abdominales.
Mais, ne sachant quel métier faire, il alla à Aubervilliers et là il fut employé à brûler des boîtes de sardines pour extraire le plomb de l’étain. Ce métier est très dangereux, car, nous dit le malade, tous les deux ou trois jours il y a des ouvriers qui ont des coliques de plomb ou présentent quelque accident saturnin. Lui-même il ressentit vers le mois de juin quelques douleurs en ceinture ; mais il n’eut jamais ni colique ni paralysie, et il pensait pouvoir continuer cet état, quand le 12° novembre il fut pris de violents maux de tête et la vue devint trouble, en même temps que l'embarras de la parole qu'il avait déjà présenté pendant son séjour à hôpital, reparut.
Son caractère était toujours resté triste; il était mélancolique, dégoûté de la vie et dans le courant du mois de juillet, il avait voulu deux fois se suicider; une fois il a cherché à s ’asphyxier, mais on est arrivé à temps et il fut sauvé, une autre fois il chargea son revolver, maïs il se borna à cela.
Quoi qu’il en soit, c’est depuis une quinzaine de jours, c’est-à-dire depuis le 1e novembre qu’il est définitivement retombé malade. Le tremblement des lèvres reparut, la parole devint hésitante et très embarrassée, au point que c’est à peine si on pouvait le comprendre. En outre il s’aperçut que la mémoire diminuant, i avait par moments de véritables lacunes et oubliait ce qu'il venait de faire un instant auparavant. Il ne sait pas ce qu’il dit ; ce qu'il raconte n’a pas le sens commun et lui-même parfois il se rend compte que ce qu’il a avancé est absurde, Pas plus que lors de son premiér séjour à l'hôpital Beaujon, il n’y a de délire des grandeurs. La nuit il ne peut dormir ; il a des hallucinations de l'ouie, il entend des gens qui lui parlent et qui le menacent ; il a des cauchemars et il veut se précipiter hors de son lit; il lui semble parfois que quelqu'un couche avec lui et cet individu, dit-il, lui parait être du feu.
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Il n’a pas d’hallucination de la vue, mais sa vue est devenue trouble de nouveau; il voit des flammèches de feu. Pas de myosis. Pas d'inégalité pupillaire. |
La langue présente du tremblement et en outre, comme nous l'avons déjà dit, la parole est incompréhensible. Depuis trois semaines il est très inhabile de ses mains, il ne peut plus écrire et les membres supérieurs présentent un tremblement très analogue au tremblement alcoolique. Quant - aux membres inférieurs, ils sont très faibles; le malade qui chancelait d’abord, ne peut plus marcher maintenant ; ses jambes sont impuissantes à le supporter.
Jamais d’attaques apoplectiformes ni épileptiformes.
Du côté de la sensibilité, les phénomènes d’anesthésie déjà observés autrefois existent, mais cette fois généralisés à tout le corps. Le malade s’est coupé une fois le médius de la main gauche sans souffrir, et c’est par l'écoulement du sang seul qu’il s’est aperçu qu’il venait de se blesser.
L'état général est bon. Les sphincters ne présentent rien à noter. Bien entendu, on observe toujours le liséré gingival et la teinte terreuse de la peau.
Traitement. Jodure de potassium, un gramme. Bains sulfureux. Miel soufré.
20 novembre. Moins d’embarras de la parole; le malade est beaucoup plus facile à comprendre quand il répond aux questions qu’on lui pose. Les membres inférieurs sont beaucoup moins faibles, au point que le malade peut presque se tenir debout sans point d'appui.
Décembre. L'amélioration s’accentue de plus en plus. Le malade peut maintenant marcher ; le tremblement a disparu et à la fin de décembre il peut quitter l'hôpital presque complètement guéri.
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1 D'ÉRE ‘PR CONCLUSIONS
Dee - L’intoxication saturnine peut donner lieu à un ensemble de 5 symptômes qui rappelle la Paralysie générale des aliénés.
Cet état pathologique a été regardé autrefois comme identi-
| ont décrit une Paralysie générale saturnine ; mais des faits plus 0 récents montrent, contrairement à cette opinion, que le plomb
ne produit pas une vraie paralysie générale, mais une pseudo paralysie générale, c’est-à-dire un état qui emprunte le masque = de la démence paralytique, sans en avoir la marche et le pro- < , nostic. | La Cette pseudo-paralysie générale saturnine se différenciera a de la paralysie générale ordinaire à la fois et par de nombreuses # . différences dans les symptômes communs aux deux maladies, Fi et par l'existence concomitante des signes de l’intoxication plombique. Ù
En outre la marche des deux maladies est très différente : l’une aboutit fatalement à la mort, l’autre, dans la grande majorité des cas, tend vers la guérison; mais pour cette dernière, les rechutes sont à craindre, si le sujet se soumet de nouveau aux causes d'intoxication saturnine.
Le pronostic est donc bien différent, et cela nous montre toute l'importance qu’il y a à faire le diagnostic.
Enfin les quelques autopsies faites jusqu’à ce jour tendent à montrer que la Paralysie générale ordinaire et la pseudo-paralysie générale saturnine se différencient également par leurs
lésions.
Vu : Le Doyen,