‹ De la Pseudo-Paralysie Générale SaturnineChapitre 32 sur 33 · OBSERVATION XXI (PERSONNELLE · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXI (PERSONNELLE

Pseudo-paralysie générale salurnine. — Guérison presque complète. — Rechute.-— Guérison.

Le nommé B... (Paul), âgé de 32 ans, broyeur de couleurs, entré le 16 février 1888 à l'hôpital Beaujon, salle Louis, lit n° 19 bis, service de M. le Dr Gombault.

Antécédents héréditaires. — Nuls.

Antécédents personnels. — Choléra à Paris en 1873. — Fièvre bilieuse au Sénégal en 1874. Fièvre jaune en Cochinchine en 1875. Fièvres intermiltentes à la Martinique de 1878 à 1880.

Ce malade aété dans la marine, de l’âge de 11 ans à 22 ans, puis à partir de 1881 il a été peintre en bâtiments et enfin depuis deux ans, il esthroyeur de couleurs.

Les premiers accidents saturnins qu'il a eus remontent à 1882 ; à cette époque il fut pris de tremblement dansles membres, d'étourdissements, et i} fut soigné à l'hôpital Tenon, chez M. Moutard-Martin. En 1885, il eut une première altaque de coliques de plomb. En juin 1887, deuxième attaque, et enfin troisième attaque en décembre 1887. En 1886, il fut soigné à l'hôpital Broussais, pour une paralysie du bras et de la jambe gauches ; le bras dece côté était devenu tout à fait impotent et le malade ne pouvait pas s'appuyer sur la jambe gauche.

L'année dernière, il a eu une sciatique à droite, qui dura trois semaines et qui l’empêcha de marcher. Traitement: frictions et pointes de feu. Les trou-

bles actuels remontent à une huitaine de jours ; sans symptômes de coliques de plomb, le malade aressenti des douleurs de tête extrêmement violentes ; il compare ces douleurs à la sensation qu'il aurait éprouvé s’il avait un casque qui lui eût serré la tête. En outre il y a six jours, il a eu un étourdissement et depuis la parole est restée embarrassée. D'autre part, la vueest devenue trouble, il voit des mouches volantes et enfin, depuis quatre ou cinq jours, il ne voit plus du tout de l’œil droit ; du côté gauche, la vue est encore assez bonne, mais les objets lui apparaissent comme ätravers un nuage. Enfin le malade à remarqué que peuwà peu ses jambes devenaient plus faibles et au moment de son entrée il ne pouvait que très difficilement se tenir debout.

Signalons encore que le malade se plaint de pertes séminales nocturnes et diurnes depuis 5 à 6 jours egalement.

État actuel. — L'aspect du malade n’a rien de bien particulier au point de vue intellectuel; il y a peut-être un peu d’affaiblissement de l'intelligence : cependant rien de bien notable ne se remarque ; il a l'air un peu hébété, néanmoins il répond bien aux questions qu’on lui pose et on n’observe que les troubles de la parole sur lesquels nous insisterons plus loin. La mémoire, dit-il, est restée aussi bonne qu'auparavant.

Mais ce qui frappe tout de suite, c’est le tremblement des lèvres qui se montre quand on fait parler le malade ; la parole est hésitante, le malade bégaie très fortement et il est très long à s'exprimer, la même syllabe est répélée plusieurs fois de suite, quelques syllabes sont omises dans les mots ; en un mot les troubles de la parole ressemblent en tous points à ceux qui sont signalés dans la paralysie générale. Quand on fait tirer la langue au malade il y a du tremblement extrêmement marqué. La face et les membres ne présentent aucune trace de tremblement. Le malade se sert bien de ses deux membres supérieurs ; mais les membres inférieurs sont excessivement faibles. Le malade peut à peine se tenir debout, ses jambes fléchissent aussitôt; cependant dans son lit il peut encore les remuer ; il n’y a, en un mot, qu’une paralysie incomplète.

En outre, le malade a remarqué que depuis quelque temps il ne pouvait pas marcher les yeux fermés ou dans l’obscurité, aussitôt il tombait.

Les troubles de la sensibilité sont assez variés, il n’y a pas une anesthésie générale, mais des zones où le malade ne sent absolument rien et d’autres au contraire où la sensibilité est restée normale. Sur la face antérieure du thorax, au-dessus du mamelon, le malade sent très bien les piqûres d’une épingle ; au-dessous du mamelon et jusqu’à la racine des cuisses anesthésie absolue, que l’on retrouve dans le dos. Aux membres inférieurs aucun trouble de la sensibilité; rien à noter non plus sur les bras et les avant-bras, mais la face dorsale de la main gauche est absolument insensible aux

piqûres.

’ Pas de fourmillements, pas de sensations de brûlures, en aucun point du corps on n’observe d’hyperesthésie. Pas de névralgies. Les modifications du caraclère sont peu marquées ; le malade est seule-

| ment un peu triste. Nulle trace de délire.

Pas d’insomnie. :

Quant aux sens spéciaux nous ne notons rien du côté de l’ouïe, mais il n’en est pas de même du côté de la vue et M. le D' Sichel, qui a bien voulu faire l'examen des yeux de notre malade, nous a remis la note suivante :

L’affection dont est atteint le malade semble ne remonter qu’à une époque peu éloignée, deux à trois semaines au plus. Le début a été progressif, quoi-

que assez rapide. l

Œil gauche. — Aspect extérieur normal. Réflexe pupillaire absolument intact, tant en ce qui concerne les contractions propres que pour ce qui est des contractions sympathiques.

Champ visuel normal.

Perception des couleurs principales (bleu, jaune, rouge) absolument normale. De même en ce qui concerne la couleur verte. Couleurs complémentaires, nettement perçues (examen par les cercles de couleur neutre, suivant la méthode de Weber, de Darmstadi).

Lecture normale ; lit les plus fins caractères à 25 centimètres de distance, avec un léger verre convexe, ce qui permet de conclure uniquement à une très faible diminution du pouvoir d’accommodation.

Examen du fond de l'œil. — Négatif. Aspect normal du disque du nerf optique, de la rétine et de la choroïde. A peine-pourrait-on admettre un très léger degré d’hyperhémie.

En somme, l’examen de cet œil reste négatif et permet de le considérer comme normal.

Œil droit. — Examen subjectif absolument impossible. Le malade ne distingue même pas la différence entre le jour et la nuit.

L'examen objectif à l’ophtalmoscope donne un résultat absolument négatif. Par le procédé de l’image renversée on ne constate aucune différence entre le fond de cet œil et celui de l’autre œil. Par le procédé de l’image droite, on observe une très forte myopie, qui semble due à une contraction spasmodique de l’accommodation et être de date récente.

Réflexe pupillaire néanmoins conservé presque dans son intégrité, on ne constate guère qu’une légère paresse de l'iris. Les contractions propres, aussi bien que les contractions sympathiques, sont conservées dans leur intégrité, mais un peu plus lentes.

Diagnostic. — Amaurose toxique, saturnine, d’origine centrale, localisée dans l'hémisphère cérébral gauche.

M. le Dr Sichel fait suivre la note des observations suivantes : Pas plus

vs

ici que dans les amauroses dechque nicotique, sulfocarbonique, hystérique, on ne trouve de signes objectifs. Le diagnostic ne peut être tiré que de l’absence des lésions, rapprochée de la conservation, dans leur intégrité, des réflexes pupillaires des deux yeux. Ceci est un phènomène commun aux diverses amauroses, que nous venons d’énumérer ci-dessus.

Ajoutons qu’il n’y avait aucune inégalité pupillaire.

L'état général du malade est très bon. Ni sucre, ni albumine ne les

urines. Ù

Signalons en fin pour terminer deux phénomènes importants. Le liséré gingival et la teinte terreuse de la peau qui est très prononcée.

Traitement. Iodure de potassium, un gramme par jour. pu soufré. Un bain sulfureux tous les deux jours.

18 février. La dose d’iodure de potassium est. portée à gr. 50 ; et comme le malade se plaint toujours de pertes séminales, on lui fait doute un lavement avec 0 gr. 10 de camphre.

Le 20. Iodure de potassium, 2 grammes.

Lè 23. Légère amélioration en ce qui concerne la faiblesse des membres inférieurs ; le malade commence à se tenir debout un peu plus facilement.

Le 24. Les pupilles sont extrêmement dilatées, ce qui n’existait pas quand le malade est entré à l’hôpital. Les pertes séminales ont RS et on cesse les lavements camphrés.

On continue le traitement : miel soufré, bains sulfureux et iodure de potassium dont la dose et maintenant de 3 grammes par jour.

26 mars. L’amélioration est des plus remarquables ; la faiblesse des membres inférieurs a complètement disparu et le malade marche bien. En outre, le tremblement des lèvres a diminué, la parole est devenue moins hésitante, le bégaiement a presque totalement disparu.

Le malade est moins triste, mais il est méchant, il se querelle avec ses camarades de salle ; grossier, insolent avec les infirmiers, il est assez difficile à garder à l'hôpital.

1er avril. Guérison presque complète.

Aucune trace de paralysie. La vue est bien meilleure.

Le malade voit très bien de l’œil gauche ; à droite la vue est trouble, mais il y a néanmoins une grande amélioration. :

Le malade qui, au début, comme nous l’avons dit, ne pouvait pas distinguer de cet œil Le jour et la nuit, distingue très bien les objets ; il n’y a qu'un léger trouble de la vue qui lui fait croire que les objets sont entourés d’un nuage.

Le malade prend 4 gr. d’iodure de potassium.

26 avril. Le malade est envoyé en convalescence à l'asile de Vincennes. Il peut être considéré comme guéri. La vue est bonne. Le tremblement a

disparu.

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