DE LA SENSIBILITÉ
saires pour se transporter d'un lieu à un autre (I). L'appétit n'est même pas absolument maître de tous nos mouvements , mais l'entendement y a aussi sa part (2).
Il ne faut pas non plus attribuer à la sensibilité l'action morale , car elle en est incapable (3) , ni la science , car celle-ci porte sur l'universel , et la sensation sur le particulier (4).
Cependant la vérité ne nous est connue que par ces deux facultés : la sensibilité et l'entendement (o). La sensation est en soi un acte excellent , et elle est une fin pour tout ce qui en est doué essentiellement (6). Elle ne naît dans l'être vivant qu'après la nutrition , et ainsi elle est d'abord en puissance avant que d'être en acte. En elTet, l'animal qui vient d'être engendré a déjà en puissance la sensibilité , puisqu'il est fait pour la posséder plus tard ; mais en acte il n'a que la nutrition (7). La semence des animaux vit et engendre aussi bien que les plantes : elle contient donc évidemment la puissance végétative. Il est certain du reste que la partie sensitive s'y ajoute avec le temps. C'est qu'un être animé ne devient pas tout d'un coup animal et homme , ni même animal et cheval ; la lin ne se produit qu'en dernier lieu (8j. La sensation ne naît donc qu'avec l'animal qui sent (9). Il faut d'ailleurs plusieurs conditions pour qu'elle se produise.
(1) Del'àmc, 1,5, § t:{;ll,2, § i: III, !), §G.— (2) Ibid. , III, 9, § 8. - (.{) Mor. h Nie, VI, 2. p. 1139, ;i. — ('0 Dern. Anal., II, 19, § 7. Cf. Topi(|., IV, 4, § i:{, etc.— (;.) De l'àmc, III, 9, § l ; Mor. à Nie , VI, 2; Des songes, I, § l.— ((!) Du somm. , 11, «>7. - (:) De iïiine, II, 5, § 5 suiv. — (8) Générât, des anim., II, :'., p. ::](\ a. — 9) Catés., Vil, 5J21.
h6 DE LA SENSIBILITÉ.
Ce qui est purement terrestre est incapable de toute sensibilité , comme on le voit par certaines parties des animaux, telles que les os, les nerfs, et les poils, qui paraissent être absolument insensibles (1). De môme, ce qui est tout à fait privé de chaleur est absolument incapable de sentiment (2). Enfin la sensibilité ne pouvant s'exercer sans le corps (3), quelle sera la partie du corps qui lui devra servir d'organe? C'est à tort que certains philosophes ont logé la faculté de sentir dans le cerveau. En effet , si dans les animaux le principe de la vie est évidemment au cœur, il faut bien que le principe sensitif y réside également , puisque c'est par lui seul qu'un être vivant est animal (4). D'ailleurs ce qui est premièrement capable de sentir clans l'animal , c'est ce qui est premièrement sanguin , c'est-à-dire le cœur (5). C'est donc au cœur que réside la sensibilité comme en un organe premier qui ne fait qu'un avec elle , mais dont l'essence est bien diiférente , car la sensation n'est pas quelque chose d'étendu , mais elle est pour ainsi dire l'âme et la faculté propre de cet organe (6). Elle se communique de là à tout l'animal, et l'on peut dire que la sensibilité tout entière est par rapport au corps entier, en tant que sensible , ce que la vue est par rapport à l'œil (7).
Tel est le principe par lequel tous les animaux ont la sensibilité (8) , c'est-à-dire la faculté qui les con-
(I) De rame, I, 6, §9.- (2) liiid. , III, 1,SS3.— (3)11.1(1., III, i,i^$[i, /). — ('•) De la jeunesse, III, pass. ; Du pomm.. Il, § 10; Mouv. commun des anim., X, § 8 ; XI, etc. — (.^) Part, des anim. , III , 't , pass. Cf. III , ;>. ~ (d) De l'ànie, II, 12,4^2.— (7)I!Md., Il, 1, S 9.— (S) lliid., IH, 2,5Jl5.