DE LA SENSIBILITÉ
stitue essentiellement : car de même que le principe nutritif fait les êtres vivants , c'est la sensation qui fait primitivement l'animal (1) , de telle façon que sentir lui est plus propre que vivre (2) , ou plutôt pour lui , vivre c'est sentir (3) . La vie sensitive nous est donc commune avec tous les animaux (4) , et si l'homme sent , c'est en tant qu'il participe de l'animal : car sentir est le propre de l'animal au même titre que savoir est le propre de l'homme (5).
Toutefois cette faculté n'est pas tout entière dans chacun des êtres dont elle constitue l'essence. Il semble d'abord qu'on doive leur attribuer les qualités les plus considérables de la vie animale , les sens et la méuioire , l'appétit , le plaisir et la peine (6). Mais tous les sens ne leur appartiennent pas en commun ; le touclier est le seul que possèdent tous les animaux. En général, ils ont aussi le goût, excepté quelques animaux imparfaits. Beaucoup sont privés de l'odorat, de l'ouïe et de la vue (7). Ils paraissent tous avoir quelque appétit et quelque imagination , à des degrés divers (8) ; mais cela même est bien douteux (9). Quant à la mémoire , il est certain que chez plusieurs elle n'existe pas du tout (10).
On le voit donc : la puissance de sentir est tellement répartie entre les êtres vivants, que quelques-uns
(I) UeràmeJI. 2, S i ; III, 12 ,^"§ 2. 3, (1 ; Mctaph. , I, 1 ; Topiq. V, ,S. § 4. — (2)Topi(]., V. 8, §11. Cf. V, 2, 4> S; di 3, §7; cli. i , § 3. — (3) Mor. à Nie. , IX , !). p. II'O, a. — (i) Il)i.l., I , G, p. 1097, 1j.— (6) Topiq., V, 5, § 4 ; eh. S, § (:. — (li) De la scnsat., I, § I. — (7) De l'àme, 11, 2, § 6; eh. 3 , § 2 ; Du s(»inin. , II, § 1 ; Hi?t. dos anini. , lY, 8. pass., etc. - (8) De l'àme , III , 1 1 . § l , § 2. — (9) Ibid., Il , 3, § 3 ; III , 3,§7. — (10) Deiii. Anal., II. i9, S .^ ; Mélapli., I, I.
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n'en ont pas de trace, d'autres paraissent sentir légèrement ou même très-obscurément (i ). Quoi qu'il en soit , et lors même qu'il serait possible de vivre et de sentir plus ou moins (2) , on doit accorder que la sensation , qui est par excellence l'acte de la sensibilité (3) , est commune à tous les animaux et propre à eux seuls (4) , et que c'est par là que l'animal doit être défini par opposition à tout ce qui n'est pas lui (o). En effet , les plantes vivent ; mais les animaux ont avec la vie la sensation (6) , qualité excellente ou méprisable , suivant qu'on la compare avec la pensée pure ou avec la vie purement végétative. En regard de l'intelligence , en effet , il semble que ce ne soit rien de ne participer qu'aux sens du toucher et du goût ; mais en regard des êtres insensibles c'est un privilège excellent, et il paraît désirable alors d'avoir en partage cette connaissance , au lieu de rester comme mort et comme sans existence. C'est donc par la sensation que les animaux se distinguent des êtres qui ont simplement la vie (7). Au reste, ils ont aussi la vie et en remplissent les fonctions ; car la sensibilité ne va jamais sans la faculté nutritive (8) : elle s'en distingue en raison et en essence (9) , aussi bien que du corps où elle réside (10), mais elle est indissolublement unie à l'une et à l'autre ; elle en est in-
(1) Hist. des anim., Mil, i. Cr. Paît, des anim, IV, 5, p. G8l, I . — (?) Topiq. , V, 8 , § 2. — (3) De lame , Il , 4 , § l ; Des songes , 1 , § 1 . — (4) De la sensat., 1, § 7 ; Part, des anim., H, I ; De l'àme, III, 3, § 7; Métapli. ,1,2, etc. — (S) De la jeunesse , F , § 3 ; Part, des anim., III, 4 ; (iénér. des anim., Il, 3. — ((i) Part, des anim. ,11, 10 init. ; Génération des anim. , II, 1. — (7) Génér. des anim., I, 23.— (S) De l'àme, F, 5, S 27 ; II, 3, S 7 ; Du somm. , I , § (!. — (!)) Du sommeil , 1. c. — (lOj Mouv. comm. des anini. , I\ , *> r».
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séparable (1). Mais de même que la nutrition est Ja condition de la sensibilité, celle-ci à son tour est supposée par les facultés, supérieures. Sans la sensibilité , la pensée elle-même est impossible , au moins dans les êtres mortels (t). La partie sensitive semble même jusqu'à un certain point participer de la raison , et à vrai dire , il est aussi diflicile de la supposer absolument dénuée de raison que de la rapporter tout entière à la partie raisonnable de l'âme (3).
(ODel'àme, Ill,4,§5.-(2)lbul., III, i3,«;4.-r;!)lt.i,l. III o §2,§3.