‹ De la psychologie d'AristoteChapitre 15 sur 53 · DES SENS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES SENS EN GÉNÉRAL

délicates (1). Un même sens porte donc sur les contraires , bien que peut-être il ne les connaisse point de la même manière (2).

Les objets communs des sens sont l'étendue, la figure , le mouvement et le repos , le nombre et l'unité (3). Ces qualités ne sont point l'objet propre d'un sens , mais elles sont communes , sinon à tous les sens , du moins au tact et à la vue. Il n'y a donc point pour elles de sens propre , et elles nous sont données par une sensation commune (4). Ces qualités diffèrent encore des objets propres , en ce que pour ceux-ci il y a des contraires comme le blanc et le noir, le doux et l'amer, tandis qu'une figure par exemple ne paraît pas être contraire à une autre figure (5).

Quant aux objets connus par accident , ce sont ceux qui sont connus par un sens autre que celui dont ils sont les objets propres. Ainsi quoique la saveur soit invisible , aussi bien que le son (6) , la vue peut par accident connaître les choses douces (7). Elle peut , tout en percevant directement la blancheur dans un corps , connaître par accident que cet objet est le fils de Diarès ou de Cléon , parce qu'en effet c'est un accident de la blancheur de se rencontrer en tel ou tel individu (8). Les qualités sensibles connues par accident se rapportent donc aux cinq sens énumérés, mais d'une manière indirecte et sans qu'ils en soient affectés (9).

Si les qualités des corps pouvaient être divisées à

(I) De lascnsat., IV,§ 10. — (2) Topi.| , I, 10, § '< ; VIII, I, § lô, etc. — (3)I)cl'ànic, II,(i,§:i; IH, 1, § 5, § k. — (4) De rame, III, 1,§7.— (^h) De la scrisat., IV, § Ui. — («) Mélaph., XI, 10. - (7) De rame, m, I, §5. — (8) Ibid., III, 1, §!> fî, 7.— (:)) Ihid. , Il , (i, § i.

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l'infini , il faudrait admettre des sens en nombre infini (1). Si l'on suppose avec Platon des objets sensibles intermédiaires , il faut par la même raison supposer des sens intermédiaires pour les percevoir (2) . D'un autre côté , si tous les objets sensibles étaient tangibles , ainsi que le veulent la plupart des physiciens, il faudrait que tous les sens fussent des espèces du toucher (3). Mais à moins qu'il n'y ait d'autres coips possibles et d'autres qualités que celles qui appartiennent aux corps d'ici-bas , on peut adirmer ([u'il y a cinq sens , et qu'il n'y en a que cinq (4).

Il faut faire une distinction importante entre l'acte et la puissance. En effet , ce qui a le son ne résonne pas toujours , et en général chaque objet des sens est de deux façons : en acte et en puissance (5). lien est nécessairement de même des sens (6). A l'objet en puissance répond le sens en puissance , et à l'objet en acte le sens en acte (7). Voilà pourquoi un même sens porte sur le sensible et le non-sensible dans chaque genre , la vue par exemple connaissant le visible et l'invisible, le toucher ce qui est tangible et ce qui ne l'est pas , et de même pour les autres sens (8) . Cependant les excès des qualités sensibles échap[)ent à la sensation ou en détruisent les organes (9).

Toute sensation se produit dans l'àme par le moyen du corps (10). Chaque sens a dans le corps un organe

(1) Delà sensat., VI, §l. — (2) Métaph. , 111, 2. — (3) De la sensat. , IV, §14. — (i)De l'âme, 111, l, §§1, 4;Hist. des anini., IV, 8.— (5) De ràme,in, 2,§4; Delà sensat., 111, § 10. —((^ De l'àme, 11, 5, § 2etsiiiv. ; 111, 2,§ 4suiv.,§8;lll,7, § 1; De la sensat ,iV.— (7)I)e l'i^me, 111. 8, <^§ I, 2. — (8}ll.id. , 11, 10, §;i; rli. 1 1 , «J 12. — (!)) Ibkl. , 111, 2, i;; !) ; cil. 13, §3. — (lO) De la seiisal. , i, S* n; Du tniiiin., l,^; l; De l'àme, III, 4, (% .',.

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