DES SEINS EN GÉNÉRAL
double : il y a deux yeux pour la vue , pour Touïe deux oreilles , pour l'odorat deux narines 5 on peut même distinguer deux parties dans la langue, qui est l'organe du goût ; quant au toucher, la chose est plus difficile à constater, parce que son organe n'est point la chair, mais qu'il est placé à l'intérieur du corps (1). Quoique l'ouïe et l'oreille soient sur le côté, les organes des sens , comme les narines , les yeux , la langue, sont placés par-devant (2) , et c'est là ce qui a servi à distinguer dans les animaux une partie antérieure et une partie postérieure. En effet , comme ils ont tous la sensation , la partie où elle se produit d'abord et d'où elle est communiquée au reste du corps , a été appelée le devant de l'animal (3\ Quelques philosophes s'efforcent de rapporter ces organes aux éléments , et ne pouvant ramener les cinq sens aux quatre éléments , ils ne savent que faire du cinquième sons. On peut cependant assigner un élément à chacun des organes des sens : l'eau à la partie de l'œil qui voit , l'air à l'ouïe , à l'odorat le feu ; le toucher se rapporte à la terre , et le goût n'est , sous ce rapport , qu'une espèce du toucher (4).
Au delà de ces organes il est pour chaque sens un organe premier où il a son principe et son siège ; pour le goût et le toucher, cet organe est dans le voisinage du cœui-, pour les autres sens il est au cerveau (5); aussi la tète est surtout faite en vue du cerveau : la nature y a placé plusieurs sens , parce
fl) l'art. (IfS aiiim , M . 10. — (2) Ilisl. des anim., 1,15. — (:{) De la inarrlKMlcsanim., IV, p. :0h, h.— ('i) De la sensat., II, pass. Cf. Do l'âme , III, 1, «i:< - .'>) Do la sensat., Il , «^ i;î; l'art, des anim., II , 10.
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que le sang y étant d'une chaleur tempérée , est propre d'une part à échauffer modérément le cerveau , et d'autre part à assurer la tranquillité et l'exactitude des perceptions sensibles (1). Mais le cœur est le centre où aboutissent tous les organes : il est l'organe de la sensibilité même ; il est par conséquent le siège dernier et commun de tous les sens particuliers (2).
L'objet sensible ne meut pas directement le premier organe du sens auquel il se rapporte. En effet , si on venait à le placer immédiatement sur cet organe, il n'y causerait aucune sensation (3). Il y a donc entre chaque sens et son objet un intermédiaire qui est mu par l'objet et qui meut à son tour l'organe du sens (4). Cet intermédiaire est la chair ellemême pour le toucher et le goût ; c'est l'air pour les trois autres sens (3). Ainsi le goût et le toucher ne s'exercent point à l'aide d'un corps étranger, tandis que le milieu commun de l'ouïe, de la vue et de l'odorat est bien distinct de notre corps (6j.
Il en est des sens à peu près comme des puissances générales de l'âme. Il y a des animaux qui ont tous les sens; d'autres n'en ont que quelques-uns ; d'autres enfin n'en ont qu'un seul , le plus nécessaire de tous , à savoir le toucher (7). Sans le toucher en effet nul autre sens n'existe , mais il peut exister sans les autres : ainsi beaucoup d'animaux n'ont ni la vue
(I) Part, des anim., II, lO. — (2) Mouv. comin. dos anim., XI, §5; De la jeunesse, III, § 6; Du somm., Il ; De l'àine, II , 12,4J2; I, i, ^i:K — (.3) Del'àme, II, 7, § 8 ; II , 9, § C. — (4) Ibid. , III, 12,^^8. — (5) Ibid., Il, 11,§ i, §6.— ((i) Ilml. , II, 10, {J l ; III, I2. !> c ; De la sonsat., I,S«. — (7) De l'àme, 11,2, >< : i .