DES SONGES
raison qui s'y produisent accidentellement (1), un songe n'est autre chose qu'une représentation cpavraoua, c'est-à-dire une image de la fantaisie aperçue pendant le sommeil (2). En effet, c'est surtout dans le sommeil que paraissent les mouvements qui résultent des impressions sensibles. Durant le jour, ces mouvements sont étouffés par les sensations et les pensées présentes : ils s'éclipsent en quelque sorte comme un feu moindre devant un feu plus brillant ; mais pendant la nuit , grâce à l'état d'inertie et d'impuissance de nos sens particuliers , ces mouvements intérieurs descendent, pour ainsi dire, au siège de la sensibilité, et dans l'absence de toute agitation , ils se font connaître à nous (3). Le songe est donc une représentation qui se produit dans le sommeil ; mais comme nous l'avons dit, tout ce qui se présente alors n'est pas toujours un songe. Ainsi il i)eut arriver à une personne endormie de voir et d'entendre d'une manière vague et comme dans le lointain ; et si cette personne vient à s'éveiller, elle reconnaît que c'était par exemple la lumière d'une veilleuse qu'elle apercevait vaguement , que c'était le cri d'un coq ou les aboiements d'un chien qu'elle entendait confusément. Quelquesuns même, en dormant, répondent aux questions qu'on leur adresse. C'est qu'alors il y a quelque veille mêlée au sommeil. Aucun de ces phénomènes n'est un rêve, non plus que les vraies pensées qui peuvent se mêler aux représentations -, mais le revc se compose de ces images aperçues pendant le sommeil , et qui
(1) Des songes, l,§3, §G.— (2) llùd., I, §!); Ul, § 13. — (3) Ibiil., III, ?§1, 2. Cf. Divinat., II, ^5? f), 0.