‹ De la psychologie du langageChapitre 12 sur 18 · PREMIÈREMENT · texte numérisé non relu

PREMIÈREMENT

Action et réaction réciproque des idées ou des pensées en

présence dans la même proposition.

Il faut^ étudier séparément cette action et réaction P dans les concepts principaux, 2" dans les concepts accessoires de détermination, 3"" dans ceux accessoires de relation.

A. Action et réaction réciproque des concepts principaux.

Le concept principal, comme nous l'avons vu, peut être de différentes sortes ; il peut consister dans l'idée d'un être, ou d'une action, ou d'une qualité. A son tour le concept d'un être, par exemple, peut être ou abstrait ou concret, ou subjectif ou objectif ; s'il est abstrait, il peut provenir soit de l'idée d'une action, soit de celle d'une qualité, et exprimer, s'il provient d'une action, plusieurs sortes d'êtres idéaux. ayant pris naissance dans cette action, le nom verbal, le nom d'agent etc. Ainsi non seulement les concepts principaux existent indépendemment, mais souvent ceux formant une partie du discours engendrent ceux formant une autre partie du discours.

Ainsi à côté des concepts principaux nés d'eux-mêmes, il y a ceux dérivés d'un autre concept et qui n'en sont pas moins principaux, puisqu'ils ne se contentent pas d'exprimer la détermination ou la relation. Mais en outre, il existe d'autres concepts toujours principaux, dérivés non plus d'un autre concept appartenant à une autre partie du discours, mais d'un autre concept appartenant à la même partie.

C'est ainsi qu'en agissant les uns sur les autres, les concepts se fécondent réciproquement, qu'un verbe engendre plusieurs substantifs, un substantif plusieurs verbes, et aussi, par exemple, un verbe plusieurs adjectifs.

Comment dans cette génération y a-t-il plusieurs concepts en présence ; il semble qu'il n'y en ait qu'un qui engendre l'autre ? C'est que le concept générateur n'engendre pas le concept nouveau par sa force isolée, mais en s'unissant à un autre concept inférieur, accessoire, lequel s'efface plus ou moins après avoir accompli la génération du mot nouveau. C'est ainsi que dans le mot français : aimable venu de aimer ^ le suffixe ble ou plutôt l'idée à laquelle ce suffixe correspond a signifié primitivement : digne de.

Ce procédé est celui de la dérivation que nous avons déjà décrit morphologiquement.

Quelquefois l'autonomie des deux concepts est mieux conservée. Les deux concepts générateurs d'un troisiènje semblent sur un pied d'égalité entre eux. C'est le procédé de la composition.

Quelquefois, au contraire, la subordination d'un des concepts est telle qu'il disparait tout entier après avoir contribué à la formation du concept nouveau. C'est le procédé psychologiquement versionnel correspondant à celui de variation vocaligue.

Dans l'ordre chronologique, c'est le second système qui a commencé ; il a été suivi du premier, puis du troisième.

a) Procédé de composition.

La composition psjxhologique a été le premier pas pour sortir du concret. Le Chinois possède les deux concepts concrets : frère aine, frère cadet ; lorsqu'il veut exprimer le mot plus abstrait ; frère, il dit : frère aine -\- frère cadet.

Ce rôle tout spécial de la composition de convertir les idées concrètes en une idée abstraite n est pas spécial à Tétat originaire des langues et à celui actuel de quelques-unes d'entre elles seulement. Il existe tout un groupe de compositions dont c'est toujours le but principal. Il s agit des verbes composés au moyen d'une préposition. Celle-ci a sinon pourpoint de départ, au moins pour point d'arrivée et pour objectif dé transformer en un sens intellectuel un sens purement matériel, mais il faut pour cela que le lien de la composition devienne étroit. C'est ainsi que le latin per-ire, l'allemand um-Kommen sont arrivés du sens propre, où celui des deux mots composants se conserve : aller à travers, aller autour, à celui figuré et intellectuel de pé?nr.

Mais ce rôle d'abstraction, quelqu'important qu'il soit, n'est pas le seul qui soit rempli par la composition. Elle a pour but aussi de former de deux mots concrets un nouveau mot concret exprimant une idée nouvelle, et même elle produit à l'aide d'un de deux mots abstraits un mot concret. La composition peut être bien étudiée dans notre langue, où le lien morphologique est rare et où les principes psychiques ne s'en détachent que mieux. Quelquefois la composition a pour but de faire d'un mot plus général un mot plus spécial, de déterminer davantage : ver à soie; plus souvent il désigne un être absolument différent de ceux qu'indiquent les deux mots composants : perce-neige = celui qui perce la neige ; li-cou = l'objet

qui lie le cou ; contre-vent = celui qui est contre le vent. Il y a bien ici génération d'un troisième être, d'une troisième idée distincte de chacune des deux autres. Ce composé est celui qu'on appelle le composé possessif, le bahuvrihi de la grammaire sanscrite.

La composition peut d'ailleurs se faire entre deux mêmes parties du discours, ou entre des parties, différentes.

Nous n'avons pas à entrer dans le détail : nous indiquons seulement l'esprit de la composition.

Un troisième rôle qu'elle remplit est celui d'étendre par analogie un nom d'une idée à une autre. Le résultat est une métaphore, c'est-à-dire non une abstraction complète, mais une demi-abstraction. C'est ainsi que la locution dent de scie prend deux objets différents : la dent de Thomme et la scie et par cette composition exprime un objet nouveau : la dentelure de la scie. De même l'aile d'une armée généralise et idéalise le sens du mot : aile, puis le transporte d'un objet à un autre.

Les composés on été divisés en P copulatifs : en sanscrit saty-a-satyam, vrai et faux ; 2*' d'apposition : mahâ-râja, grand roi ; 3® de dépendance : ahihata, tué par un serpent, et enfin 4° possessif, celui que nous venons de décrire, mais les trois premiers hors des applications spéciales que nous avons signalées sont des produits morphologiques plutôt que psychiques.

b) procédé de dérivation,

Ce procédé que nous avons décrit en morphologie consiste en psychologie surtout à tirer d'une partie de discours une autre partie de discours, par exemple, un substantif d'un verbe, mais elle dérive aussi un substantif d'un autre substantif par l'adjonction d'un mot d'abord de signification adjective, mais qui a perdu son sens autonome. C'est ainsi que se forment les diminutifs et les augmentatifs.

Le principe de la dérivation est un, ce sont seulement ses procédés qui varient en morphologie. Il consiste en ce que l'un des mots qui dans la composition conservait l'égalité, ou au moins son autonomie vis-à-vis de l'autre s'efface peu à peu, et surtout ne s'emploie plus isolé et en dehors de cette union.

c) procédé de version, ou de fécondation d'une idée par une autre qui disparait ensuite.

Ce phénomène très curieux de psychique correspond à celui de morphologie qui consiste à former un mot nouveau par la simple modification vocalique d'un autre.

Il consiste ici à réunir d'abord ensemble deux mots comme dans la composition, puis après avoir par cette union formé une idée nouvelle, à supprimer ensuite un de ces mots, tandis que l'autre garde l'empreinte psychique et l'idée nouvelle qui lui avait été communiquée par cette union transitoire.

Dans ce processus, c'est tantôt le déterminé, tantôt le déterminant qui disparait après que la modification s'est opérée,

Le déterminant s'efface après avoir laissé son empreinte dans ces mots : l'Ascension pour l'Ascension de Dieu, l'Elévation pour Y Elévation de Dieu ; le sttccès pour le succès favorable ; traire pour traire le lait ; couvent pour couvent de moines, un homme pour un homme énergique.

Le déterminé s'efface au contraire après avoir laissé sa trace dans ces mots : Yanfflaise pour l'écriture anglaise, une bonne pour une domestique bonne, la bise pour la température couleur bise ; quelquefois même le déterminant qui reste seul disparait dans le reste de la langue et n'apparait plus qu'avec le sens spécial qu'a formé le déterminé disparu en le restreignant. Exemples : X'aube, le baudet (guilleret), le bidet (petit), le bou- ^ citer, le fromage, etc.

L'influence d'un mot sur un autre voisin, influence qui persiste après la disparition de l'un d'eux est quelquefois assez puissante pour donner au mot qui reste un sens opposé à celui qu'il avait tout d'abord. C'est ainsi que : rien qui signifie étymologiquement : quelque chose, a emprunté au contact de pas un sens négatif, et qu'awcMn qui a emprunté un sens pareil au voisinage, de ne, le garde, même lorsque ne a disparu.

B. Action et réaction réciproques des concepts accessoires de détermination les uns sur les autres et sur les concepts principaux.

Voici le moment de classer les concepts accessoires de détermination, classification que nous n'avons fait qu'ébaucher dans

la psychique statique, et qui est mieux placée ici» parce qu'elle se développe dans les idées en mouvement. .

Les concepts accessoires de détermination sont différents dans chaque partie du discours. Il faut les examiner successivement dans les substantifs, les verbes et les adjectifs.

a) dans les idées oittologiques.

Les concepts de détermination accessoires au concept ontologique objectif sont le genre, le nombre, et la détermination proprement dite, qui lui appartiennent en propre, et en outre, accidentellement le temps qu'il emprunte au verbe, le degré qu'il emprunte aux adjectifs.

Le genre est le classement des substantifs en classes plus ou moins générales. Il est objectif ou subjectif.

Le genre objectif est celui qui classe les êtres, abstraction faite de celui qui parle, ou même de Thomme en général, suivant leurs rfitpports entre eux réels ou apparents. Il est très usité dans les langues primitives, comme l'Egyptien, le Chinois qui même souvent ne peuvent exprimer l'individu sans lui adjoin^ dre le genre naturel auquel il semble appartenir.

Le genre subjectif, au contraire, classe les êtres suivant une comparaison plus ou moins complète avec l'homme. C'est ainsi que sont nés suivant les points de vue de la comparaison le genre vitaliste, Vanthropiqite, Yarrhênique, Yintensif, et enfin celui qui a triomphé dans le groupe indo-germanique, le sexuel. Pour l'homme, en elFet, le non^moi s'est successivement distingué du moi humain par l'absence de vie, l'absence de raison, l'infériorité de force, celle de sexe.

Le genre, qu'il soit subjectif ou objectif, peut être en môme temps concret ou abstrait. Un concept accessoire, comme nous l'avons vu, peut être concret de deux manières différentes, ou en lui-même, ou par son individualisation dans le concept principal auquel il se rapporte.

Le genre objectif est concret en lui-même dans le système du Chinois, de l'Annamite, de l'Egyptien où chaque substantif désignant un individu est accompagné d'un autre indiquant l'espèce, où celui désignant l'espèce est doublé aussi d'un autre désignant un genre plus compréhensif ; il devient peu à

peu abstrait à mesure que les genres sont moins nombreux, par exemple successivement dans les langues Cafres, puis dans celles du Caucase où les genres objectifs ainsi réduits et abstraits touchent au genre subjectif.

Le genre subjectif est ordinairement abstrait ; il devient cependant concret lorsque comme dans le Hottentot enjoint à chaque substantif un pronom prédicatif qui indique à quelle personne ce substantif appartient. Ce pronom à son tour est passible d'un genre subjectif abstrait (diminutif, augmentatif, commun) qu'il communique indirectement au substantif, mais le substantif ne reçoit directement alors que le genre subjectif concret, c'est-à-dire relatif à la position des interlocuteurs dans le discours.

Le genre objectif et le subjectif, qu'ils soient d'ailleurs abstraits ou concrets en eux-mêmes, deviennent concrets dans le deuxième sens, c'est-à-dire par confusion avec le concept principal, toutes les fois que le mot, au féminin, par exemple, s'exprime par une racine autre que celle employée au masculin ; l'abstraction en ce sens existe, au contraire, lorsque le même mot exprime l'être soit au masculin, soit au féminin, et qu'on le fait suivre d'un autre mot séparé exprimant : mâle ou femelle. Enfin le procédé est mixte, quand la racine est la même, mais qu'on la différencie dans sa terminaison par une modification ou une addition phonétique pour exprimer le féminin.

Voici des exemples de ces trois degrés : 1° gendre-bru^ 2^ éléphant mâle — éléphant femelle, 3® fili-u-s — fili-a.

C'est surtout dans les noms de parenté que le système concret dans le deuxième sens produit une nomenclature très remarquable dans les langues primitives.

Le nombre est aussi un concept subjectif ou objectif abstrait ou concret.

Le nombre objectif ^'ex^vime par le mot de 7iombre, appelé très improprement nom de nombre ; un homme, deux hommes, dix hommes, ou 1,2, 3, 4, 5 etc. Il est objectif parce qu'il existe dans la réalité et sans qu'il soit nécessaire de prendre un point de repère dans la personnalité de l'homme en général, ou de celui qui parle en particulier.

Ce nombre objectif peut d'ailleurs être abstrait, ou bien concret à l'un des deux points de vue différents que nous venons d'établir.

Le nombre objectif est €Asbmt quand la nuttu^mUon ost indéterminée : peu, beaucoup^ il est t*ono#W dans le piwMiVr cctnw, quand cette numération est déterminée, 1. :?, 3, 4» 5 otc»

Il est concret dans le second sens^ c est-ànlire confondant son concept avec le concept principal, dans la langue de Viti, \M\r exemple, où buru signifie indivisiblement : dix cocos, ^(»/cin), mille cocos, et horo^ cent cocos.

Outre le nombre concret dans le premier sens et celui coucret dans le second sens, se trouve le nombi^e abshHiit-i'oncpttt^ c est-à-dire celui qui emploie le procédé du déterminant numé* rai, que nous avons décrit plus haut.

Le nombre subjectif, à son tour, est abstrait ou concret.

Il est concret dans le premier sens, c'ost-à-diro on lui-m<!\mo» lorsqu'il tire son origine de la position des interlocuteurs dans lo discours et de la personnalité de celui qui parle. Mais un tel nombre se trouve non dans les substantifs, mais dans loa pronoms. Il a son expression dans Vinclusif et dans Y(*aclusi/\ lequel, il est vrai, ne s'applique que quand la promii^ro pnrsonne est en cause soit avec la seconde, soit avec la troiRi(\me ce qui du reste ne le rend que plus concret, plus égotisto. Un toi nombre n'apparait que dans les langues de l'Océanie, pluHÎour» de l'Amérique, et quelques autres éparses, mais il a dû dtr« autrefois général. Nous le retrouverons tout-à-rheuro en parlant du pronom.

Le nombre subjectif devient abstrait en prenant pour point de départ le nombre subjectif concret que nouH vonon» do décrire. Il consiste dans le singulier, le duel et le pluriol. J^e pluriel et le duel n'existe d'abord que tantôt incluwifn, iawUii exclusifs, ce qui les lie à la personnalité du moi ; pi un tard, iU perdent ce lien ; c'est que le nombre subjectif » abstrait. Pourtant tout lien avec le moi n'est pas rompu. Le ningulier, on effet, fut le moi, ou le toi qui n'existe que par opposition au moi, ou le lui qui n'existe que par opposition au toi^'A au moi. Le duel fut tantôt le moi et le toi, quand inclusif, tanf/;t )e moi et le lui, quand exclusif, plas tard seulement s'ét/^ndra au loi }toi, ou au toi -f lui et au lui + lui. ÏJt pluriel qui d'abord THyr^'ysenta au triel subjectif, la t^twuum des trois \>4ir%(mx\m du diin cours, suivît la même évolution, O. qu'il faut luMv, c/^M que lldée du nombre subjectif même abstrait e*t bien distincte fUt

celle du nombre objectif même abstrait ; le premier a pour point de départ les interlocuteurs du discourset sa racine dans l'exclusif et l'inclusif, la second a son point de départ dans la numération exacte qui peu à peu devient indéterminée. Cependant dans certaines langues les deux ont fait la moitié du chemin et se rencontrent, c'est ce qui arrive dans les langues Mélané-* siennes, où d un côté on aperçoit dans l'inclusif et l'exclusif la racine du nombre subjectif, et d'autre côté, celle du nombre objectif abstrait dans le singulier, le duel, letriel, le quatriel etc. lesquels ne sont autres que la suffixation du nombre objectif concret au substantif.

Le nombre subjectif, soit concret, soit abstrait, peut aussi être concret de la seconde manière, de celle qui consisté à confondre le concept accessoire dans le concept principal par l'emploi d'une seule et unique racine. C'est ce qui arrive fréquemment d'une manière tantôt primitive, tantôt hystérogène. On peut citer en Celto-Breton den, homme, pluriel tiui. Cela s'étend même aux verbes ; dans la langue Jagâne la racine du verbe au pluriel est différente de celle employée au singulier.

La détermination est un concept accessoire qui se réalise 1° par la relation génitive considérée non plus comme relation^ mais comme co^nplément, 2"* par l'apposition, considérée de la même manière, 3° par l'adjectif attributif , 4° par l'article et le pronom démonstratif, 5° par le pronom conjonctif avec la proposition qu'il entraîne, considéré comme complément, et non comme instrument de relation de proposition à proposition. Plusieurs de ces modes de détermination sont en même temps des moyens de relation; il ne reste pour la détermination pure que< 1"* Varticle, 2*» le pronom démonstratif, 3" V adjectif.

La détermination est abstraite ou concrète dans les deux sens ; elle est objective ou subjective.

La détermination subjective concrète détermine relativement au moi ; elle a son expression dans l'adjectif démonstratif : cet... Cl, ceii. .'. la.

La détermination subjective abstraite se résout en indétermination objective et s'exprime par les mots : tout, quelque,un, des, lequel, nul etc.

La détermination objective abstraite se réalise dans le pronom relatif, l'article, l'apposition, le génitif.

• Enfin la détermination objective concrète se réalise dans ràdjectif.

: D*autre côté la détermination, qu elle soit subjective ou objective, abstraite ou concrète dans le premier sens, devient abstraite dans le second sens, celui de confusion du concept accessoire avec le concept principal, lorsqu'elle s exprime par une seule racine avec le mot déterminé. Cela arrive fréquemment dans les langues algonquines, où sinon une seule racine, au moins des racirîes tellement intimement liées qu'elles ne forment qu'un seul radical expriment indivisiblement le substantif et Tadjectif, par exemple, ou le verbe et l'adverbe.

Tels sont les concepts accessoires de détermination lato sensu du substantif.

Mais ridée ontologique subjective est tenue par le pronom. Ces catégories s y appliquent-elles aussi?

Oui, le pronom possède genre, nombre et détermination^ comme le substantif ; il en a même porté les indices longtemps avant celui-ci, mais ces concepts ont alors l'empreinte subjective du concept principal.

Nous n'avons donc pas à revenir en détail sur ces concepts accessoires que nous vçnons de décrire. Par exemple, la détermination subjective abstraite qui s'exprimait dans les substantifs par : quelque, tout, adjectifs, aucun, quel, nul, etc., s'exprimera dans les pronoms par quelqu'un, tous, personne, qui, pronoms. La subjective concrète qui s'exprimait par cet,,: ci, cet,., là, s'exprimera par celui-ci, celui-là, mais elle se confond avec le pronom démonstratif, le pronom subjectif concret lui-même.

L'objective est abstraite dans ces pronoms : Vun, Vautre, celui suivi de qui ; elle est concrète, au contraire, quand elle désigne exactement et par surdétermination dans l'espace l'être dont il s'agit : le premier, le second, quand il s'agit d'une succession dans le temps et dans l'espace, et non dans la proposition, car alors le concept accessoire devient abstrait. Le concrétisme devient plus marqué lorsqu'on indique l'endroit très précis où se trouve l'objet ; de là les pronoms d'orientation du Jagan : ûscha, lui au fond de la cabane ; inga, lui au nord de la cabane ; ôra, lui à l'ouest de la cabane ; hana-môki, lui à l'ouest de moi ; haua-mâtû, lui au nord de moi.

Il en est de môme du genre et du nombre ; nous avons même vu que ces catégories se sont d'abord exprimées sur le pronom et que certains phénomènes, comme celui de l'inclusif et de l'exclusif, n'ont même point passé au substantif.

En outre toutes ces catégories accessoires prennent dans le pronom comme dans le substantif le concrétisme de la seconde sorte, c'est-à-dire que l'idée de la personnalité, idée ontologique, d une part, et celles accessoires de la détermination, du genre et du nombre d'autre part, s'expriment par une seule racine. Cela arrive même normalement pour la détermination, et fréquemment pour le genre et le nombre. On peut citer l'allemand ich dont le pluriel est wir, du dont le pluriel est ihr^ er dont le pluriel est sie. Tels sont les concepts accessoires du pronom, les mêmes d'ailleurs que ceux du nom.

Le pronom a été antérieur au substantif, et c'est lui qui a pu seul le premier porter tous les concepts accessoires de détermination et de relation, Bien plus, lorsque ces concepts sont venus se fixer directement 'sur le substantif, leur expression sur et par le pronom s'est amoindrie, mais le pronom les conserve d'une manière latente, mais énergique, si bien que lorsque, comme en français, les désinences de genre et de nombre viennent à disparaître du substantif, c'est le pronom qui se retrouve les portant encore seul. C'est ainsi que les cas direct et oblique de l'ancien français qui ont disparu des substantifs dans le nouveau se sont conservés dans les pronoms personnels.

A côté des concepts accessoires qui se joignent normalement à l'idée ontologique, idée exprimée par les noms et les pronoms,se tiennent deux concepts accessoires anormaux, empruntés l'un à l'adjectif, le degré, l'autre au verbe : le temps.

Le degré que nous définirons un peu plus loin à propos de l'adjectif est une augmentation ou une diminution soit absolue, soit relative, de la qualité exprimée. Appliqué au substantif, il est objectif ou subjectif.

Le degré objectif dans les substantifs consiste dans le diminutif et l'augmentatif si communs en français et surtout en italien : figliuola, figliuoletta, figliuolettina, ou au contraire : ragaccio.

Le degré subjectif est celui qui joint une nuance d'amitié, de mépris ou d'admiration ; la transition est facile.

Le temps est ordinairement un concept verbal. En français on dit cependant : /%w, eœ-notaire et aussi fufMr (époux). Nous avons signalé en Algonquin le suflSxe : ban qui exprime que Tétre dont il s'agit n'existe plus.

Quant au lieu, il n'accède pas à l'idée ontologique dans le substantif, mais il y accède dans le pronom, comme nous l'avons vu un peu plus haut.

b) Dans Vidée verbale.

Les catégories accessoires de détermination sont très nombreuses et de nature particulière dans le -verbe. En outre, le verbe semble revêtir les catégories substantives, le genre, le nombre, la détermination ontologique, mais ce n'est qu'une apparence, c'est en réalité le pronom agglutiné au verbe qui les porte.

Cependant une anomalie remarquable existe. En Jagan, le verbe porte directement la catégorie du nombre, puisque sa racine varie suivant que le sujet ou le régime est au singulier ou au pluriel.

Il y a là confusion entre les concepts verbaux et les concepts nominaux qui a dû venir de la période où le verbe était encore un substantif.

Les catégories verbales sont : P le temps, 2^ le mode, 3^ la voix.

Le temps, le mode et la voix sont subjectifs ou objectifs, concrets ou abstraits.

Il sont en outre, relatifs, mais comme tels, doivent être examinés parmi les concepts accessoires non de détermination, mais de relation.

P LE TBMPS.

Le temps est objectif, ou subjectif, ou relatif. Nous renvoyons pour ce dernier à la rubrique des relations.

Le temps objectif est celui qui exprime la durée de l'action et le point de cette durée où elle se trouve.

A sa base se trouve le temps objectif concret. Ce temps indi-

que tous les degrés (^accomplissement de l'action, sa simple existence en puissance, sa résolution, son essai, son commencement, sa répétition , son accomplissement instantané , ou prolongé, son accomplissement total, sa cessation. Toutes ces nuances sont exprimées dans des langues très différentes, en Kechua et en Esquimau.

Le degré d'accomplissement de l'action est surdéterminé.

Ce temps objectif de concret devient peu à peu abstrait. Le point milieu de transition se trouve à peu près dans les langues slaves avec leurs verbes à aspects encore nombreux.

Enfin il devient abstrait lorsqu'il ne désigne plus que trois degrés de l'accomplissement ; ces trois degrés principaux sont le degré aoris tique, le degré duratif et le degré parfait, si nettement distincts en Sanscrit et en Grec.

Ce temps objectif, abstrait ou concret, peut, en outre, se fondre avec le concept de l'action même, avec le verbe, concept principal, et alors il revêt ce concrétisme spécial ç\[A consiste non à individualiser les temps en lui-même, mais à individualiser l'action et le temps, le concept principal et le concept accessoire confondus. C'est ainsi qu'en Grec dans certains verbes, l'ariste second, le présent et le parfait second emploient tous les trois une racine différente : r^ty^ù et edpo:(j.ov ; ep;^û> et

Le temps subjectif est aussi concret ou abstrait. Les deux ont pour point de repère la personnalité de celui qui parle. Il comprend le passé, le présent et le futur. Ces temps en efiet; sont subjectifs et individuels dans leur point de départ.

Le temps subjectif abstrait est celui dont le point de départ ainsi subjectivement et individuellement fixé, placé l'action dans une période et non sur un point précis de cette période :• C'est le présent, le passé et le futur ordinaires.

Le temps subjectif concret est le temps surdéterminé, celui qui place l'action à un point précis du passé, du présent et de l'avenir.

Mais ces deux temps restent concrets quant à leur point de départ.

Il n'existe pas de temps subjectif abstrait quant à son point de départ, c'est à dire le prenant dans Thomme en général.

L'individualisation en matière de temps consiste uniquement

dans la surdétermination du temps, et porte non sur le point de départ du temps, mais sur le temps lui-même.

Lorsque le temps subjectif s'exprime par un seul mot avec l'action, alors il en résulte un nouveau concrétisme, celui de confusion entre la catégorie principale et le concept accessoire. C'est ce que nous venons de constater pour le temps objectif-

Mais si l'action agit sur le temps de cette manière, et de sorte qu elle forme avec lui un concrétisme particulier, elle agit aussi en sens contraire, et imprime au temps dans certains cas une abstraction venue de laction et qui se communique au temps. C'est ce qui arrive lorsque l'action n'est pas considérée comme réelle, mais comme hypothétique et imaginaire. Cette qualité d'imaginaire, d'idéale de l'action se fond avec l'idée de certains temps. C'est ainsi que parmi les temps subjectifs le futur est un temps se rapportant à une action nécessairement idéale, et par conséquent est un temps particulièrement abstrait, puisqu'il réunit l'abstraction particulière au temps simplement déterminé, et celle particulière à l'action purement idéale, l'abstraction du concept principal et celle du concept accessoire. Il en est de même de l'aoriste parmi les temps objectifs.

2"^ Le mode.

Nous laissons de côté les modes relatifs, dont il sera question plus loin.

Le mode est subjectif ou objectif, abstrait ou concret.

Le mode subjectif concret est un mode qui existe par dépendance de la personnalité de celui qui parle ; il comprend l'impératif, l'optatif, le précatif, qui sont des nuances de la môme catégorie. Dans ces trois modes l'action n'existe pas réellement, elle n'existe que par rapport à celui qui parle. Quand je dis : viens, l'action de venir est idéale, non réelle, et n'existe que dans ma pensée à moi. L'impératif est l'émanation la plus directe du moi.

On peut établir une gradation entre ces trois modes. L'optatif n'est qu'un simple désir du moi ; l'action est idéale et cachée ; le précatif la met à découvert ; l'impératif tend déjà à sa réalisation.

Rien de plus faux que de considérer ces trois modes comme la réduction de phrases antérieures plus complètes, de dire, par exemple, que viens a remplacé : je veux (que) tu viennes. Ces modes ne sont pas des idées elliptiques et hystérogènes ; ce sont des concepts primitifs. Il n'y a bien et il n'y a jamais eu là qu'une seule proposition, mais cette proposition est purement subjective. Ce qui le prouve d'ailleurs historiquement, c'est l'archaïsme de l'impératif. Ce mode est avec l'indicatif le plus ancien de tous.

Le mode subjectif abstrait consiste dans le subjonctif il ^'applique quand une action est purement supposée et idéale, non plus seulement dans l'esprit seul de celui qui parle, mais dans l'esprit de tous les hommes ou d'un autre homme. Quand je dis : tu voulais qu il partit, l'action àe partir, est idéale, non réelle, mais elle n'est telle que dans l'idée de toi, non dans celle de moi ; si je dis : il voulait que je partisse, c'est dans l'esprit de : lui que l'action de partir était idéale.

Rigoureusement il faudrait considérer le mode subjectif comme une espèce particulière du mode r^Za^e/puisqu alors il y a relation non, il est vrai, à une autre action, mais à la personnalité de la personne qui pense ou de l'homme en général.

Le mode objectif n'existe pas rigoureusement, et comme nous venons de le dire, le mode subjectif n'est qu'une variété du mode relatif. C'est qu'en eflfët le mode est, en réalité, non un concept accessoire de détermination, comme une au moins des variétés du temps, mais un concept toujours de relation, puisqu'il sert à relier une pensée à une pensée.

Cependant cette relation peut dans un certain cas se transformer en concept de détermination, en mode réellement objectif, mais par un détour très remarquable il faut d'abord que la relation de proposition à proposition se convertisse en relation de mot à mot ou de mot à proposition. Alors le mode employé, le mode objectif, entre dans cette nouvelle relation, mais n'est pas cette nouvelle relation même ; il devient un substantif ou un adjectif qu'on nomme alors Vinfi7iitif on le participe. Le mode est alors objectif en ce sens qu'il se convertit en idée principale ontologique ou qualificative, qu'il n'exprime plus, ainsi, directement au moins, une relation.

Les modes objectifs sont : V infinitif a.wec le gérondif, le supin

et la proposition infinitive, le participe et le cas absolu lequel renferme l'ablatif absolu des latins.

Par remploi du mode objectif il n'y a plus qu'une proposition au lieu de deux, une des deux propositions devient un simple mot de l'autre, et la relation de proposition à proposition disparait avec l'une d'elles. C'est ce qui fait de l'infinitif et du participe deux mots du discours tout à fait à part qui flottent entre le verbe d'une part, le substantif ou ladjectif de l'autre.

Nous avons remarqué ailleurs un phénomène analogue se produire, la relation de mot à proposition devenir une simple relation de mot à mot par l'extension du génitif dans les langues primitives.

L'infinitif peut ou rester invariable, alors il est à la limite à la fois du verbe et du substantif, ou se décliner (gérondif) et alors il participé du substantif davantage, ou se conjuguer personnellement, ce qui arrive dans quelques langues et ce qui le rapproche du verbe, ou à la fois se décliner et se conjuguer, ce qui en fait un véritable hybride. Enfin il passe entièrement au substantif par le nom verbal.

Le participe passe aussi peu à peu à Tadjectif et même au substantif par le nom d'agent.

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