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LA PHRASE DE SUBORDINATION, OU RÉUNION DE PENSÉES

Une phrase est la réunion de plusieurs propositions qui se complètent l'une l'autre, et dont quelquefois l'une est la principale. Elle existe peu dans l'état primitif de la langue et de l'esprit. On pense par proposition simples, sans lien entre elles, par versets, par saccades ; la proposition seule est déjà assez difficile à nouer. C'est ce qui fait le succès de la versification'; la mesure d'étendue du vers suffit à celle d'étendue de. la pensée.

La phrase, lorsqu'elle prend naissance, subit successivement divers états. Elle est : P inarticulée, 2*" désarticulée, 3° articulée.

Nous commencerons par la dernière en date, la phrase articulée, parce qu'elle est mieux connue.

Cette phrase que nous pouvons étudier dans notre propre langue a pour expression de son lien la conjonction aidée ou non des indices modaux. L'étude de cette phrase est donc celle de la conjonction elle-même.

Les diverses propositions reliées, peuvent être ou coordonnées, ou subordonnées. En général, l'expression des premières se fait par les conjonctions seules sans Tadjuvant du mode, tandis que celui-ci est employé souvent par les secondes.

i phrase de coordination comprend la copulative, la dis-

tive, Yadversative, la causalive.

)He de subordination est substantielle ou déierminaiive sui-

que la proposition accessoire joue vis-à-vis de la princile rôle d'un de ses éléments essentiels, sujet, complét direct ou indirect, ou ne fait que déterminer et qualifier de ces éléments.

i phrase de subordination déierminaiive est celle qui rem- 3 un adjectif ou un adverbe dans la proposition principale ; se subdivise par conséquent en celle de proposition adjecet celle àe proposition adverbiale.

i proposition adjective, a pour mode de liaison le pronom anctif ; elle peut être d'ailleurs déterminative ou simplet qualificative.

i proposition adverbiale, a pour mode de liaison une conlion, où, quand, etc. ; elle comprend l'adverbiale de lieu, s de temps, de cause, de but, celles concessives, consécutives, Mratives, et enfin une très importante, la conditionnelle, et insi le développement d'un complément circonstanciel, i phrase de subordination substantielle, remplace un subjf et remplit le rôle de sujet, de complément direct et de >lément indirect intellectuel. Elle est d'ailleurs concrète bstraite suivant la qualité du substantif qu'elle remplace ;

la proposition : celui qui a inventé, remplaçant : Xinven-

substantif abstrait, est \i.ne proposition abstraite. !S propositions se relient d'ailleurs entre elles pour former phrase, non seulement par leurs concepts principaux, mais

par les concepts accessoires de temps, de voix, de modes loyen du temps relatif, de la voix relative, etc., comme

le verrons plus tard.

, phrase désarticulée est celle dans laquelle une des propo-

s'isole, prend une forme effacée, une situation absolue ; irc en offre de nombreux exemples ; l'ablatif absolu latin .ne manifestation de ce phénomène aussi bien dans le line de la phrase que dans celui de la proposition.

phrase inarticulée est la première en date. On l'appelle salement la phrase réduite, quand on l'examine dans nos les dérivées, où en effet elle n'est pas primitive ; mais ce ne lui convient pas, car d'une manière générale elle est 'iquement antérieure à la phrase articulée.

Nous la rencontrons dans son efflorescence en Mandchou, et pour bien la faire comprendre il faut en citer un exemple frappant.

« Neuvième mois-dans ange Gabriel ciel-du maître-du parole -par Galilée pays-de Nazareth nommée ville-dans habitant David roi-de fils Joseph nommé homme-à fiancée Marie nommée femme fille- de vers envoyé fut. »

Nous aurions pu citer des phrases plus longues où le procédé devient plus remarquable, mais celle-ci suffit. Outre la tournure enveloppante qui a trait à la proposition simple et qui est ici bien complète, on voit que toutes les propositions subordonnées sont réduites et remplacées par des participes, de sorte que là où nous ferions une phrase composée de cinq ou six propositions, le Mandchou ne fait qu'une proposition seule. Dans d'autres exemples, t'est l'infinitif qui relève le participe et vient ren;jplacer la conjonction, empêchant ainsi la naissance d'une proposition nouvelle.

Les langues Dravidiennes arrivent au même résultat et emploient un procédé ingénieux ; elles co7ijuguent personnellement \q participe et Tm/îneW/i puis à cette conjugaison elles superposent une déclinaison , c'est-à-dire qu'elles déclinent chaque personne du verbe. C'est ainsi qu^ la proposition nouvelle qui se forme est entraînée dans le mouvement de la principale et ne peut devenir distincte.

Dans nos langues dérivées on arrive au même résultat, et tandis que dans les autres il est la suite d'un non-développement, che^ nous c'est l'eflfet d'une réduction. C'est ainsi qu'au lieu de dire : je veux que je parte, on abrège et l'on dit : je veux partir.

La phrase inarticulée est un phénomène concret. De même que nous avons noté comme phénomène de concrétisme la relation de mot à proposition réduite à celle de mot à mot, celle de mot à mot réduite à une expression lexiologique unique, de même il faut noter au même titre la réduction de la relation de proposition à proposition en celle de mot à proposition. L'infinitif, le participe sont concrets vis-à-vis du développement par une proposition nouvelle qui est abstrait. Plus il y a de développement, plus la langue devient abstraite et formelle .

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