CHAPITRE VIL
d:e la défense nationale.
VOIBS NATDIBIiIiES DE OOHHOlIlCiTlOII.
lUUe important que joaent les Toies naYîgables natorelies dans la défeose. «* Physionomie physique da territoire américain. — Nombre et disposition des foies naturelles de communication.
Dans le système de défense nationale^ les voies de communication forment le complément obligé de la marine et des fortifications ; en effets dans la défen^ sive, les moyens de communication doivent permettre la retraite à l'intérieur des navires menacés par des forces supérieures, le ravitaillement en hommes et en matériel des points stratégiques exposés aux atta- €[ues de Fennemi, ou dont il pourrait s'emparer pour former sa ligne d'opération contre le pays.
Mais depuis la découverte de la vapeur^ et son application comme force motrice aux lûoyens des transports, le rôle des voies de commumeatioû a considérablement grandi, et, de secondaire qu'il était, est devenu en quelque sorte le premier, par les facilités qu'elles offirent de concentrer, sur des. pm\ê dcanBés et éame mi tejttps trèB-reourt, des Ibtets Immens^i;.
li-Z i DE LA PUISSANCE AMÉRICAIINE.
Aujourd'hui, d'après ce nouvel ordre de choses, elles forment donc, en quelque façon, les lignes principales d'opération, puisqu'elles rattachent ainsi le point où se trouvent les éléments de la défense avec les points qui peuvent être attaqués.
Ainsi, au moyen des voies nombreuses de communication dont l'industrie a su couvrir le sol américain, des approvisionnements de tous genres peuvent toujours être conduits en sûreté aux stations, mouillages, rades de rendez- vous et chantiers de construction; des troupes peuvent être transportées sans fatigue et sans perte de temps pour agir sur un point donné; enfin elles assurent au commerce intérieur les moyens de conserver sa liberté habituelle même pendant la guerre la plus active.
Les Américains ont si bien compris tous les avantages que procurent les voies de communication, qu'en même temps qu'ils donnaient le plus grand développement possible à celles que leur offrait la naturel^ ils s'occupèrent d'en créer de nouvelles.
Aussi les vit-on, dès 1763, après le funeste traité qui nous enleva le Canada, poursuivre avec ardeur le projet d'améliorer la navigation naturelle des fleuves principaux de leur territoire. Mais ce fut surtout après la guerre de l'indépendance que les Américains donnèrent un plus grand essor à leurs travaux d'amélioration intérieure, et portèrent toute leur sollicitude sur les moyens d'en agrandir le cercle, bien persuadés qu'en agissant ainsi ils contribuaient directement à assurer le plus puissant auxiliaire de la défense et,
par conséquent^ de leur indépendance, objets non moins graves que la prospérité commerciale et maté* rielle du pays.
Fleuves et Rivières.
Le territoire des États-Unis est remarquable par le nombre et la disposition de ses voies de communication naturelles : partagé en deux grandes régions, de TAtlantique et du golfe, par la chaîne des montagnes Âpalacbes ou Âlleghanys, qui s'étend du fleuve Saint-Laurent aux Florides, d'immenses fleuves le parcourent dans tous les sens, et permettent de franchir cette chaîne sur plusieurs points; tandis qu'au nord la ligne des lacs contourne par une navigation naturelle tous ces obstacles, et met l'Atlantique en rapport direct avec le golfe. Du reste, le peu d'élévation de ces montagnes, dont la hauteur moyenne au-dessus de la mer ne dépasse pas 900 mètres, offrait des facilités de toute espèce pour établir des voies artificielles, dont les Américains se sont hâtés de profiter pour relier entre elles, par le plus grand nombre de lignes possibles, ces deux importantes divisions géographiques de leur pays.
Plus de cent fleuves ou rivières sortent de cette longue chaîne de montagnes, et sillonnent les deux flancs opposés avant de se rendre à la mer. Tous les cours d'eau qui descendent sur le versant occidental vers le golfe ont un immense développement de na-
vigation naturelle; ceux du versant oriental^ quoique dW trajet beaucoup plus court, ne sont pas moins avantageux à la navigation : tous présentent des toim naturelles sur lesquelles l'art a eu peu à faire pour les adapter aux besoins du commerce ou à la défense du pays.
Sur le versant oriental et en commençant au nord, les plus importantes rivières de la Nouvelle-Angleterre sont : le Penobscot, navigable jusqu'à Bengor; le Kennebeck, jusqu'à Âugusta; laMerrimackJusqu^à Lowell ; le Connecticut, jusqu'à Hartford, et le Thames, jusqu'à Norwich.
Dans le New- York, l'Hudson prend sa source près du lac Ghamplain^i et présente une ligne de plus de i 00 lieues de développement de la frontière du Rord à l'Océan; il porte des bâtiments à voile d'un fort tonnage sur 62 lieues de son cours.
Au centre de la frontière maritime, la Susqueban-* nah, dont la baie de la Ghesapeake n'est, à proprenieiit parler, que le prolongement, est navigable jusqu'à Golombia, sur une étendue de plus de 150 liâues^ m remontant de l'Océan ^ CQ beau fleuve sert d'artère principale au système de navigation intérieure M l'Union.
Le Palapsco permet attx navires d'arriver aux quais de Baltimore, situé à la tête |^e la Chesapeidie, à 100 lieues de l'Océan.
Le Potomac, sur lequel les vaisseaux de ligne peuvent s'avancer jusqu'à Washington, a une distance de
43 lieues de son embouchure dans la baie de la Cbe^sàpeake Jusqu'aux chutes près de Oeorçetown,
Lé Rappahannock, le York, le lames, autres af« fluents de la Chesapeake, sont nillonnés sur une très** ^nde partie de leurs cours par de forts bâtiments du commerce ou par des bateaux à vapeur qui entretiennent des rapports journaliers entre les ports de Ri(3hemond, Norfolk, Pétersburg, Frédériksburg, Annâpolis et Baltimore, cités commerciales toutes plus considérables qu'aucun de nos ports de France.
Lorsqu'on s'avance davantage au sud, on ne troute plus d'aussi grands ports, des fleuves aussi navigableS) mais néanmoins des villes importantes, situées à l'embouchure de rivières navigables aux b&timents du cabotage et à des bateaux à vapeur d'un plus faible tirant d'eau, qui peuvent, à Faide de ces rivières, re- Aïonter à une grande distance dans l'intérieur des terres, et mettre le négociant en rapport avec les planteurs de coton et de riz.
Le Roanoke, le Pamlico, l'Ashley et le Cooper, dont la réunion forme le port de Gharleston; le Sa* vannah, dont la barre est recouverte de 5 mètres 50 centimètres d'eau, et que les bateaux à vapeur remontent jusqu'à Augusta, surune distance de60 lieues, pour prendre des changements de coton ; l'Alatamaha, navigable jusqu'au delà de Darien ; le fleuve Saint Jean de H Floride, qui a 5 mètres d'eau sur sa barre, et enwfte 5, 6 et 7 sur un parcours de 80 lieues, dans une direction sud, sont les principaux fleuves et rl" vières de cette partie du littoral.
Sur le golfe du Mexique, ce sont : la Suwànee, FÀppalachicola, praticable pour les bateaux à vapeur sur 80 lieues de son cours, jusqu'à Golumbos en Géorgie ; la Mobile, navigable jusqu'à la limite des Ëtats de FÂlabama et du Tennessee, et dont les eaux peuvent être aisément mises en communication avec celles de la Tennessee ; enfin le Mississipi, dont le bassin réunit toutes les eaux ,qui arrosent les immenses régions occidentales, et offre, avec ses affluents, près de 3,700 lieues de parcours facile à la navigation par bateaux à vapeur.
Le Mississipi proprement dit est navigable sur un parcours de 780 lieues ; l'Obio, qui en est une espèce de continuation, est navigable sur un parcours de 378 lieues, depuis Piltsburg jusqu'à son embouchure.
Le Missouri, affluent principal du Mississipi^ est navigable sur une distance de 972 lieues au-dessus de son embouchure.
Parmi les autres tributaires du Mississipi et de rOhio, également navigables aux bateaux à vapeur, les principaux sont : le Gumberland, l'Illinois, la White, l'Ârkansas et la rivière Rouge.
Les Américains se sont fait un devoir d'apporter à toutes ces voies naturelles les perfectionnements dont elles étaient susceptibles, et de leur donner tout le développement qu'elles pouvaient recevoir, afin de faire arriver les navires du commerce à de grandes distances dans l'intérieur des terres. Le gouvernement général a donc fait exécuter, d'après un plan
arrêté à ravance, d'immenses travaux d'art sur presque toutes ces avenues d'eau. Ces travaux sont continués sans relâche, suivant les ressources du trésor public, comme intéressant au plus haut degré la sûreté et la prospérité intérieure de TUnion, et offrant les moyens les plus efficaces de résister à une guerre étrangère.
Lacs.
La chaîne des grands lacs qu'on trouve sur la frontière nord des Étais-Unis permet, ainsi que je l'ai déjà dit, de contourner la chaîne des Âlleghanys, et offre une navigation naturelle de près de 640 lieues ou de 800 lieues, y compris le cours du fleuve Saint-Laurent. J'ai décrit au chapitre V les principaux caractères de cette Méditerranée américaine, devenue le centre d'un vaste système de communication ; je ne parlerai donc ici que des travaux exécutés par FËtat dans l'intérêt général du commerce et de la défense nationale.
La guerre de 1812 avec l'Angleterre avait démon« tré l'importance de conserver à la marine américaine^ sur les lacs, des ports où elle pût trouver un abri contre les tempêtes, et des points d'où elle pût diriger ses attaques sur les croisières anglaises. Dès 1818, le gouvernement général porta son attention sur cet objet, et confia à la commission de défense et de travaux publics, dont je faisais partie, le soin d'examiner toute cette ligne^ et de déterminer les travaux à exé-
cuter pour rendre la navigation de ce« lacs mw» dangereuse à la marine militaire et marchwd^^ M'posée sur ces mers intérieures à des tempêtas qui ae sont guèro moins fréquentes et moins terribles que sur l'Océan.
Depuis lors, l'État a fait exécuter de nombreux tra<vaux pour créer des ports de refuge sur le lac Miehi* gan, le lac Ërié et le lac Ontario ; enfin il a fait élever 25 fanaux qui dirigent le navigateur ou signalent aux pilotes les dangers qu'ils doivent éviter.
Sur le lac Michigan, les ports sur lesquels on a fait des travaux sont : Mihvaukie, Michigan et Chicago.
Sur le lac Ërié : Détroit, Sandusky, Ashtabula, Port* land, Presqu'île, Dunkirk et Buffalo.
Sur le lac Ontario : Genessee, Osv^ego et Sacketts» Haabor.
Tous ces travaux consistent principalement en jetées construites en pierres sèches, et présentant daci havres où les bâtiments se trouvent abrités contre les vents régnant sur les lacs.
J'ai déjà décrit les travaux du port de Presqu'île dans une histoire des travaux civils des États-Unis, publiée en 1834; ils peuvent donner une idée du système en usage aux États-Unis pour ces sortes de oonstructions.
Dans l'exécution de la digue ou brise-lames du port en Dunkirk, on a suivi un mode ingénieux et qui mé*rite d'être rappelé. Pendant un des rudes hivers si fréquents sous la latitude du lac Ërié (43^ N.}, et lors* que les glaces permettaient de passer en toute sûreté
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•w sa snrface^ on construisit^ lur remplacement même qû% dirait occuper le brise^lames^ un encaisacmeiit %h ehuffOïU qui devait former le eorp» même de la àik* gué } on rompit alors la glace au moyen d'un char^^ Buent d^ pierres placé à rintérieur, et qui détermina son échouage et sa consolidation avec le fond.
Le port artificiel de Buffàlo a été établi au moyen de digues construites en pierres sèches^ placées pair assises régulières^ et d'un petit volume^ mais si bien apparràlées, qu'elles prirent ainsi une adhésion par^ faite, et qu'elles purent résister aux plus violentes teaqpètes de l'hiver ; pour le couronnement de la dl« gue on a employé des pierres d'une demi«-tonne de
Du reste, on fait fréquemment usage de ces sortes de constnictions aux Ëtats-Unis; et lorsqu'elles sont bien exécutées, je les ai toujours vu répondre à toutes les conditions de solidité requises par leur destination.
Détroits et Baies.
La description de la frontière maritime au chapitre IV aura pu donner au lecteur une idée des immenses avantages qu'offre le littoral américain, par ses nombreuses baies et détroits, pour la navigation intérieure parallèle à la côte. En jetant les yeux sur une carte des États-Unis (1), on peut facilement s'assurer
(f ) Voir la carte générale au I^ yolome.
de la vérité de cette opinion. Il existe en effet le long de la côte une conununication intérieure^ presque non interrompue^ formée par l'admirable enchaînement des baies et détroits qui couvrent tout le littoral. Depuis longtemps, le commerce tire parti de cette navigation, qui sert au cabotage intérieur, et qui est appelée à jouer un rôle très-important dans la défense nationale. Aussi tous les hommes d'État de la république se sont-ils sérieusement préoccupés des perfectionnements qu'elle était susceptible de recevoir, afin d'être complète depuis l'extrémité nord-est du continent jusques à et y compris le littoral du golfe du Mexique; le comité de défense et des travaux publics a eu pareillement à s'occuper de cette grave et intéressante question.
DE LA PUISSANCE AMÉRICAINE. ti