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CHAPITRE XVI

DM PBINCIPI8 BBLIGIBUX AUX ETATS-UNIS.

ikkëère religteiit éfis premiei>i habitants. — L'foiiirtiction égiiiMii répan'itie barini eux. — La différence de religion donne de la dignité et de ia piussânce aux sentiments religieux. — Caractère du cbri8tiani>me. — Di catholicisme aux Etats-Unis. — Influence du principe déîuocratique sur les pratiques relt|[ieiues.

S&ns foi^ point de riJligion, sans religion, point de société démocratique : la démocratie, c'est la foi; et ptttit que cette forme politique et administrative se maintienne parmi les hommes, les régisse, développe lèhrs faculté^ et assuré leur prospérité, il fâtit qu'elle soit aimée et respectée d'eux, il faut qu'ils croient au dévouement sincère et à ]a supériorité morale de leurs chefs. C'est que la religion est en effet la seule source commune d'où découlent toutes les idées de bieâ '(|'ui peuvent exercer quelque influence sur le genre humain.

Lé grand avantage de la société américâiiië b'68t de s'être constituée, dès son origine, avec ces croyances; les Aniéricains de cette première époque dtlt èti le boilhîsuf de comprendre en effet l'identité qui exista entre la foi chrétienne et les prihcipës poHticpte^ qu'ils avaient adoptés. Aussi sont-ils tous encore aujourd'hui naturellement disposés à croire ; tous ont une religion sur laquelle leurs idées sont arrôtéesi

DE LA PUISSANCE AMéKIGAlNË. 247

parce qu'ils considèrent les croyances religieuses comme indispensables à la pratique journalière de leur vie. Croire, pour eux, est utie vérité (Ju'ils confondent avec leur existence politique, et ils ne sauraient pas plus comprendre une société démocratique sans foi que la navigation d'un bâtiment sans pilote. Ainsi les instincts démocratiques des Américains onf pris leur source dans la religion et dans leur pratique religieuse; Vidée qu'ils s'étaient faite de iJieu, de ses rapports avec le genre humain, de la nature de leur âme, a dicté leurs devoirs envers leurs semblables, leur esprit de conduite, d'administration et de respect pour les lois qu'ils avaient adoptées, enfin les principes d'ordre qui caractérisent si éminemment la société américaine.

Le doute en fait de croyance n'est jamais entré dans le cœur d'un Américain ; c'est là ce qui donne une si grande force à la religion chez ce peuple.

L'Américain songe constamment à la destinée de sa nature humainef; il s'accoutume de bonne heure à cette pensée, s'en nourrit; il s'habitue à avoir des notions nettes sur cette matière, et est toujours prêt à déifendre ses opinions religieuses comme ses opinions politiques : chez lui elles sont également toutespuissantes ; il ne se remet à personne de ce soin, et regarderait comme une lâcheté aussi méprisable de suivre sans croyance tel dogme religieux, que de soutenir tel parti politique sans conviction ou dévouement éprouvé et éclairé. Mais il reconnaît une autorité en matière de religion comme en matière politique :

c'est le résultat de sa croyance ; elle est en lui comme son esprit d'obéissance aux lois.

Le peuple américain est donc religieux par origine, par croyance, par ses principes démocratiques ; mais ce qui fait que la religion se maintient aux États-Unis, c'est que le peuple est également éclairé, et que les autorités, les organes de la religion, tout en montrant aux hommes Tobjet de leurs désirs au delà des biens de la terre, ne leur défendent point néanmoins de s'occuper des biens de ce monde. Les jouissances matérielles y sont permises, encouragées même, en quelque façon, mais comme moyens d'atteindre plus sûrement le but chrétien, que chacun doit chercher à, accomplir suivant son aptitude, ses moyens, les devoirs qu'impose la société.

Ainsi tout se concilie et se porte un appui mutuel dans cette société démocratique, où l'homme marche, se meut sans entraves par la seule puissance de ses lumières, des principes d'égalité qu'il a établis et auxquels la foi chrétienne donne une force, une action, une vie qui a son origine dans une source surhumaine.

Peut-on s'étonner dès lors que, dans une société où existe un pareil état de choses, la religion conserve son empire? Non, sans doute. Car la foi est évidente comme la lumière même; les aveugles seuls peuvent la nier, et il ne peut en exister en fait de croyance en Dieu !

Mais aux États-Unis, où les lumières sont aussi également répandues que les principes démocratiques

qui constituent la société, et où par conséquent les hommes sont semblables et égaux, les idées du christianisme sont les mêmes ; chacun professe la même religion chrétienne avec la même foi, la même croyance, seulement en adoptant des vêtements extérieurs différents, si je puis m'exprimer ainsi en parlant des sectes diverses et nombreuses qui ressemblent à autant de branches portées par l'arbre de la religion chrétienne. Cette exubérance dans la croissance du même arbre a bien attaqué le dogme fondamental de rÉglise établie, en affaiblissant sa puissance ; mais le nombre des dissidents augmentant a répandu la religion du Christ qui domine aujourd'hui, sans que, pour cela, aucune secte ait un privilège ou un ascendant sur une autre. C'est là, sans contredit, un avantage immense sous le point de vue de la morale publique, et qui contribue tant à donner de la stabilité aux sages institutions qui régissent ce pays. La différence de religion est, en effet, la condition la plus heureuse pour la dignité et la puissance du sentiment religieux, tel qu^l peut et doit être compris par une société éclairée.

Tout le monde aux États-Unis professe une religion et l'observe strictement dans la pratique; personne ne se met au-dessus de ce premier des devoirs que la Providence imposa à l'homme : chacun s'y soumet et en suit les prescriptions. Ce n'est point une loi de l'État; c'est plus que cela, c'est une loi de conscience. En y obéissant, on donne le premier exemple de l'ordre et de la discipline qui doivent régir

toute société pour vivre et prospérer sous des institutions démocratiques.

Notre religion chrétienne, la pius belle, sans contredit, qui ait répandu sa lumière sur le monde, est, comme toute institution, le produit du temps, le fruit de la réflexion, le résultat de l'expérience; c'est en observant les fruits qu'elle a portés dans le nouveau monde qu'on est plus disposé à reconnaître son immortelle suprématie : les diverses transformations qu'elle a subies, les luttes qu'elle a eu à soutenir, la résistance, en un mot, qu'elle a éprouvée pour s'y établir, ont opéré miraculeusement sur les progrès qu'elle a faits. C'est qu'en effet le christianisme doit toujours être militant pour attirer les intelligences supérieures; sans cela elles l'abandonneraient pour s^eiercer sur la politique et là philosophie.

Ce qui fait la force du christianisme en Amérique, c'est qu'en général ce sont les hommes les plus forts, les plus illustres qui s'y dévouent, qui se chargent de répandre ses principes, qui prêchent ses doctrines.

Là le christianisme marche avec toutes les autres idées de la vérité : l'immobilité est inconnue. Les autorités en matière de foi s'occupent de conserver à la religion du Christ la grandeur de son rôle social; elles en font ressortir tout ce qu'elle renferme de fécond pour ^humanité, de consolant pour ceux qui souffrent, mais par-dessus tout elles ont soin de ne pas l'isoler du bien-être et du soin de l'individualisme : elles cherchent au contraire à s'en appuyer; et c^est là; suiVanl Âoi^ une grande preuve dé sa-

gesse : car pour se faire des prosélytes à notre époque d'égalité et d'idées positives^ certes il ne faut pas commencer par décrier les richesses et le comfort qu'elles assurent à ceux dont l'industrie a été dirigée incessamment vers ce but !

Le christianisme aux Ëtats-tlnis est revêtu de son caractère primitif démocratique et indépendant; il prêche et donne Texemple de l'égalité et de la fraternité humaine.

Le christianisme ne se maintient pas comme l'œuvre d'une caste privilégiée, d'une individualité puissaiite, c'est le lien de tout le monde.

Un autre caractère du christianisme aux États-Unis, c'est qu'on n'y confond pas l'hommage rendu aux agents secondaires avec le culte qui n'est dû qu'à Dieu. Les formes, les pratiques extérieures y sont simples ou, pour mieux dire, nulles; on s'y renferme dans la profession même de ]a foi, dans le commerce ou l'échange de rapports, par la prière, entre le créateur et la créature. Des cérémonies il n'y en a point; tout se revêt de la simplicité imposante d'une réunion d'hommes qu'attire le même but de rendre grâce à Dieu des dispensations qu'il lui a plu d'étendre sur la communauté, et se réduit à écouter avec fruit, par la bouche des agents secondaires, le but moral que doit se proposer toute société organisée sur des bases saines et durables d'égalité.

La seule secte qui fasse en quelque sorte exception à cette règle générale, c'est celle des catholiques. Néanmoins; il faut lé reconnaître^ le catholicisme aux

États-Unis diffère essentiellement du catholicisme ea Europe ; c'est la même foi, soumise à la même règle^ à la même discipline y au même chef temporel , mais mise en pratique avec des formes considérablement modifiées par l'empire intellectuel que la majorité exerce, et que les prêtres catholiques ont eu le bon esprit de respecter et de subir; car, en matière de religion comme en politique, c'est encore, aux États-Unis, la majorité qui fait loi.

C'est en respectant ainsi les instincts de la société américaine, en marchant de front avec toutes les sectes qui divisent les chrétiens d'Amérique, en ne froissant aucun de leurs préjugés, mais en redoublant, au contraire, de zèle, de talents, de persuasion, de dévouement à la grande cause de la civilisation et de la marche progressive de la société, que la religion catholique fait, chaque année, de si grands progrès. La foi et la tolérance , telles sont les bannières sous lesquelles s'avance le catholicisme. Ce n'est point l'unité du gouvernement de l'Église romaine qui fait sa force et augmente ses progrès; suivant moi, l'effet serait plutôt contraire , car les susceptibilités de la démocratie tiennent en état de suspicion l'unité du gouvernement de TÉglise romaine : ce sont deux pouvoirs qui se contrarient, qui ne peuvent marcher sur le même territoire; l'un d'eux doit céder le pas à l'autre.

Ce qui a été favorable jusqu'ici au catholicisme romain aux États-Unis , à son extension , c'est que les catholiques américains tendent de plus en plus à s'écarter de cette unité par rapport à la reconnais-

sance d'un chef temporel dont Torigine, comme les principes^ sont en dehors de Tunité démocratique.

L'influence démocratique et puritaine est telle aux États-Unis, que je suis d'opinion que le nombre des catholiques romains diminuerait sensiblement s'il n'était recruté d'une manière démesurée par les émigrants catholiques qui, chaque année, arrivent d'Europe, particulièrement d'Irlande.

La population catholique des États-Unis est actuellement de plus de 1,300,000 âmes; c'est-à-dire que l'Église romaine compte dans son sein un membre contre 13,1 qui en sont sortis.

Certes, c'est là une proportion très-forte de la population qui se groupe autour de la même foi, comparativement à ceux qui s'en sont éloignés par mille routes diverses; cet accroissement des catholiques, dans ces derniers temps, est un fait qui ne doit point surprendre, mais qui cependant , je dois le reconnaître, pourrait avoir quelque chose d'alarmant en vue des principes professés par les Pères de l'Église romaine , si contraires à l'unité démocratique et à ses institutions. Le pouvoir occulte de Rome a des voies contre lesquelles toute société démocratique ne saurait trop se tenir en garde, et l'esprit d'humble résignation et de tolérance affectée qui caractérise le clergé catholique américain ne doit pas en imposer sur les vues sinistres que sait ourdir et préparer de longue main un pouvoir qui a toujours eu plus à cœur l'asservissement des âmes pour arriver au pouvoir temporel , et s'immiscer ensuite dans les affaires politiques, qu'à

répandre les lumièrps et les consolations de la religion du Christ. Je suis loin , cependant , de vouloir nier tout le bien que le clergé catholique a pu faire, et surtout que certaines corporations religieuses, le$ missionnaires entre autres, n'aient rendu d'immeqses services à la civilisation dans le nouveau monde. J'en ai recueilli moi-môme les témoignages vivants dans mes longues courses au travers de l'Amérique du Nord, et je crois avoir sufQsamment rendu justice, dans le Précis historique qui précède, au mérite et au noblç dévouement de nos missionnaires français.

Du reste, jusqu'ici le catholicisme américain se fait remarquer par le même esprit de liberté et d'indépendance qui exerce une si puissante influence sur toutes les associations religieuses aux États-Unis. J'aime à espérer, tout ^n reconnaissant que les faiblesses trop communes à l'intelligence humaine se retrouvent sur ce nouvel hémisphère comme $ur l'ancien , que les Américains ne voudront pas tenter de réconcilier deux principes contraire? et contradictoires : celui de l'allégeance au pouvoir temporel de Rome dans leurs actes de croyance , et celui de l'unité démocratique qui prescrit la souveraineté et l'indépendance de I^ nation , et par conséquent de tous |ps citoyens qui en sont membres.

Au reste, ui^ pareil état de choses ou schisme a déjà existé, à ma connaissance, aux Élatg-Unis, et je n'ai pas remarqué que la société ait été pour cela ^n danger. J'ai vu le pouvoir temporel dç Rome méconnu par les catholiques 4^ la LouisiaQe, ejt ceux-ci persévérer

néanmoins avec zèle dans les prescriptions religieuses du calholicisme. Certes , il ne peut y avoir ^uciine impossibilité à ce que les catholiques des États-Unis professent leur foi et leur dogme sans qu'ils ^Qie^t pour cela obligés de se soumettre à l'autorité absolue d'ijn chef résidant en dehors du territoire amériçaip. Ces tepaps d'absolutisme dan3 les croyances r^ligieif^es sont passés, et Tétat actuel des lumières , par];iculièr rement che? les Américains, s'y refuse.

Jp suis porté à croire que, dans les siècles démocratiques, les hommes doivent rentrer de plifs ^x\ plu§ dans le christianisme, mais sortir de la dépendance de l'Église romaine , dont les lois et les prescriptions temporelles s'éloignent du vrai christianisme. Pour rester dans le giron de l'Église romaine, de son unité temporelle , il faudrait aux peuples un esprit de résignation trop contraire aux habitudes que donne la liberté. Or, l'influence de la liberté s'étend de jour en jour beaucoup trop pour ne pas détruire tout sentiment de servilité même chez les organes de l'autorité pontificale !

Enfin , je conclurai par faire remarquer qu'aux États - Unis les sectes religieuses fournissent une classe d'hommes toujours disposés à résister par toutes les forces de la croyance à l'empiétement des vices et du relâchement de moralité, le plus grand des ennemis de la liberté.

Vouloir fixer la durée des institutions américaines serait donc tenter l'impossible; sans doute toutes les œuvres humaines doivent avoir leur fin , comme

elles ont eu leur commencement ; mais, comme celle fin ne peut arriver que par l'introduction des vices dans la communauté , je regarde qu'un des moyens d'en retarder l'époque , est cette noble et pacifique résistance du christianisme, qui, dans ce pays, ne s'écarte jamais de sa mission , préchant la morale, sans défendre la poursuite des intérêts matériels , mais de ramener constamment l'homme à reconnaître celle grande vérité : (c Qu'enfants d'une même Providence, nous lui devons en offrande nos premiers et nos derniers vœux 1 »

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