CHAPITRE XVII
DE l'instruction AUX ETATS-UNIS.
Mutueliisnie entre rinstniction et la religion. — Touchant exemple du dévouement des premiers émigranls à la cause de riostroction publique. — Loi sur l'instruction publique de la Nouvelle-Angleterre. — Ces mêmes lois existent dans les États de l'Ouest. — Système suivi dans l'Obio; ~ dans le New- York. — Statistique sur Renseignement dans le New- York. — Situation de l'enseignement aux États-Unis en 1840. — Écoles du dimanche. — Bibliothèques publiques. —Cours publics pour les jeunes ouvriers des diverses branches industrielles. — Le penchant vers les plaisirs intellectuels
- se trouve dans toutes les classes de fortune. — II eiiste dans la société amé* ricaiae un niveau moyen. — On ne trouve point aux États-Unis d'écoles spéciales de commerce et d'économie politique. — La société en étant considérée comme la meilleure école. — Aux États-Unis, la puissance de la parole écrite est plus grande que celle de la tribune. — La démocratie est favorable au développement des connaissances humaines.
J'ai déjà dit dans le chapitre précédent que la religion aux États-Unis était éclairée, dégagée des préjugés qu'entretient l'ignorance, et que la raison pour laquelle le christianisme était si répandu, c'est que le peuple était également instruit. Aucune société n'a fait plus d'efforts, de sacrifices pour répandre les bienfaits de l'instruction ; on peut vraiment dire des Américains que la religion et l'instruction se prêtent un secours mutuel, et tendent à maintenir parmi eux les vrais principes de l'égalité et de la liberté.
Ce principe de mutuellisme entre l'instructioti et n. n
la religion, seules bases durables de la démocratie^ existait dans le cœur des premiers émigrants, et se développa chez eux, dès le jour de leur arrivée sur la terre d'expatriation, avec une ferveur qui n'avait d'égale que leur foi, d'émulé que leur désir d'être libres.
Seize ans après le débarquement des pèlerins sur les rochers de Plymouthî, le conseil administratif de la colonie, alors appelé Cour générale^ votait, en septembre >I636, 10,000 francs pour la création d'une université qui porta plus tard le nom d^Howard, l'un de ses premiers bienfaiteurs. Pour ces temps c'était une somme énorme et équivalente à toute une année des revenus de la colonie, couvrant alors environ 15,000 hectares. Mais, vu les circonstances dans lesquelles se trouvaient les nouveaux émigrants, cette donation acquérait un plus grand mérite encore; car la colonie manquait alors de tout, et était inquiétée constamment par les indigènes ; d'ailleurs il n'y avait encore que très-peu d'habitants : on comptait 5,000 f^limilles au plus ; enfin il existait parmi eux des ferments de dissidence religieuse qui menaçaient la paix intérieure. Malgré cette situation défavorable, les habitants n'hésitèrent pas à s'imposer, chacun sui* vant ses moyens, pour subvenir aux frais d'installation et d'entretien de leur premier établissement d'instruction publique.
Un tel fait était trop honorable pour la mémoire des courageux émigrants qui sont venus planter une despr^inières colonies delà Nouvelle- Angleterre, pour
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ive pas être recueilli par rhistorîen; et d'ailleurs, seul, il montre trop bien le caractère, Tesprit des fondateurs, leur juste appréciation de toute rîtnJ)ortance de Téducation, et les efforts qu'ils otit su faire, dans des temps vraiment difficiles, pour en assurer les ressources et les bienfaits aux nouveaux citoyens appelés à jouir de leur héritage.
Ainsi les Américains ont compris dès l'origine que, pour maintenir l'égalité parmi les hommes, il était indispensable que l'égalité s'étendît, autant que possible, sur les intelligences elles-mêmes, en mettant à leur disposition des moyens égaux.
Les efforts des premières sociétés en Amérique ont donc été dirigés vers ce louable but, et tous à l'envi ont rivalisé dans l'application des moyens à employer pour empêcher l'ignorance de pénétrer dans leur sein et conserver les bienfaits de la liberté.
Dans les provinces de la Nouvelle- Angleterre, la loi prescrivait à chaque commune de 50 familles d'élever uneécole, de subvenir à son entretien et aux frais d'une instruction primaire. Tous les habitants étaient tenus d'y envoyer leurs enfants. Dans les arrondissements comptant au moins 100 familles, les habitants étaient également obligés par la loi de subvenir aux frais et à l'entretien d'une école moyenne ou supérieure, où les élèves recevaient le degré d'instruction nécessaire pour être admis à l'université d'Howard. De cette manière, la jeunessé^américaine pouvait trouver sur son sol natal tous les éléments d'une éducation
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complète, depuis Técole primaire jusqu'au degré de l'université.
Telles furent les sages prévisions par lesquelles les puritains de 1647, c'est-à-dire de la première génération, cherchèrent à assurer à leur nouvelle patrie une population saine d'esprit et capable de comprendre, d'apprécier les bienfaits de la liberté. Cependant ces hommes étaient pauvres, leurs ressources par conséquent très-limitées ; néanmoins ils firent les plus grands sacrifices pour fonder leurs écoles, et jetèrent ainsi les premiers fondements de l'enseignement universel. Quel exemple ! mais surtout quelle pratique des principes démocratiques !
Les temps, les circonstances ont apporté graduellement quelques modifications à cette loi, la plus sainte des lois sociales ; elle n'a pas été transmise jusqu'à nous dans toute sa force, dans toute sa pureté, dans toute sa rigidité primitive ; et l'injonction à toute famille d'envoyer ses enfants à l'école primaire communale n'a pas toujours eu le même degré de force. Néanmoins l'esprit de cette belle institution est resté le même : il domine la société entière dans les États de la Nouvelle- Angleterre ; il a jeté des germes profonds et durables dans toutes les parties de l'Union où ses enfants ont émigré, et doit préparer ainsi la génération à venir pour conserver la liberté que les générations passées ont su conquérir et maintenir.
Dans l'Ohio, l'Indiana, le Michigan, l'Illinois, le Missouri, où les émigrants de la Nouvelle-Angleterre se retrouvent en grand nombre, l'instruction primaire
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a pénétré avec cette race d'hommes, et étend aujourd'hui ses bienfaits à la porte de chaque citoyen,
L'État de l'Ohio, dans TOuest, est un de ceux où réducation a fait le plus de progrès. Dans la constitution de cet État, il a été exprimé en principe que « la religion, la moralité et l'instruction sont essentiellement nécessaires à l'établissement d'un bon gouvernement et au bonheur des hommes. ))Les écoles publiques sont placées immédiatement sous la protection du gouvernement, en tant toutefois que le droit et la liberté de conscience ne s'en trouvent pas contrariés.
Le système d'écoles communales y est fondé sur les meilleures bases possibles. L'État s'est en outre occupé de pourvoir à la constitution d'un fonds pour des écoles supérieures et des universités.
D'après l'existence de ce sage et vaste système d'éducation dans l'Ohio, cet État est devenu la concentration, le rendez-vous intellectuel, en quelque façon, pour la jeunesse de tous les États de l'Ouest, et acquiert, sous ce rapport, de plus en plus une réputation méritée. Les jeunes gens s'y rendent du Sud et Sud-Ouest, comme aussi de l'Est ; et tout en venant puiser dans ces établissements de salutaires leçons de morale et de science pour leur vie ultérieure, ils s'y familiarisent avec la contemplation des vastes prodiges qu'ont enfantés ces riches contrées de l'Ouest, et font pénétrer ainsi de bonne heure dans leur jeune imagination, avec ces scènes, le germe d'activité et d'esprit aventureux qui les caractérise.
L'État de TOhio compte aujourd'hui 6 grands collèges où les jeunes gens peuvent recevoir leurs degrés, un très-grand nombre d'écoles secondaires; et chaque hameau possède son école primaire.
L'éducation des femmes n'y est pas moins bien soignée; dans toutes les villes un peu considérables, on trouve des institutions pour les filles très-bien diri-. gées, et où leur moral et leur esprit sont également soignés de manière à en faire des mères honorables et, d'utiles compagnes pour leurs maris.
Dans le New- York, l'introduction de l'éducation primaire, sous la protection directe de l'assemblée législative, date de 1795, époque à laquelle 500,000 francs furent annuellement consacrés à l'encouragement de l'instruction primaire. En 1805 la législature dota l'instruction publique d'un fonds permanent provenant d'une certaine quantité de terres domaniales abuidonnées ài cet effet comme fonds publics. En 4812 le système des écoles primaires fut l'objet de l'attention de la législature, qui le régularisa et pourvut plus libéralement à ses besoins.
En 1841 on comptait 10,769 arrondissements d'école» communales, qui recevaient^ non compris la vitte de New- York, 592,564 enfants au-dessus d^ 5 ans ou au-dessous de 1 6 ans.
Le fonds général des écoles s'élevait alors à 3»,0a0,000 de francs.
Le salaire des maîtres était de 90 francs par mois.
Ces écoles sont ouvertes, en moyenne, 8 mois de l'année.
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L'expérience s'est chargée de prouver que , dans Tîntérêt de l'instruction publique , il valait mieux laisser à la charge des arrondissements une partie des dépenses à payer pour leurs établissements, que de les rendre entièrement libres de charges.
Du reste , l'instruction primaire a reçu dans tous les États de l'Union les premiers soins des législateurs. Ainsi, dans tous, il existe un foftds des écoles qui, en général, repose sur une large dotation domaniale dont les intérêts sont consacrés à couvrir toutes les dépenses, en réservant de plus aux institutions les avantages de l'accroissement de valeur que ces terres sont susceptibles de prendre dans chaque localité. En dehors de cette ressource fixe , les habitants se soumettent à une taxe directe qui fournît ainsi un contingent pour subvenir à l'entretien des écoles et aux frais de l'enseignement; enfin, et très-souvent, des donations volontaires viennent encore accroître ces fonds.
Voici, d'après les rapports officiels de 1840, quelle était la situation de l'enseignement public dans l'Union :
Enseignement primaire ou communal: nombre des écoles, 4-7,209; nombre des élèves qui suivent ces écoles, 1,845,244; 468,261 élèves sont à la charge du public.
Enseignement supérieur; pensionnais : nombre de ces établissements, 3,242; nombre rfes élèves, 164,159.
Enseignement universitaire : le nombre des collèges et universités est de 173 ; nombre des élèves, 16,238.
Mais en dehors de tous ces moyens, en quelque fa- c
çon officiels , de répandre l'iDstruction parmi toutes les classes de la soci.été américaine , les Américains font encore appel à d'autres ressources qu'ils puisent dans leurs dispositions individuelles, et qui ne produisent pas moins de résultats heureux sur l'état moral et mtellectuel du peuple. Je veux parler de l'institution des écoles du dimanche, sunday schools, que j'ai trouvée mise en pratique sur divers points de l'Union.
Ces écoles sont, en général, sous la surveillance immédiate des membres de la société les mieux partagés par la fortune ou l'éducation; des hommes, des femmes appartenant à cette cl^se de la société que nous appellerions en France la haute bourgeoisie, rivalisent de soins, de zèle, de dévouement à la cause de l'instruction des classes ouvrières, œuvre pieuse qui trouve sa récompense dans la satisfaction qu'on éprouve lorsqu'on a la conscience d'avoir accompli un acte de charité.
On estime qu'il y a aux États-Unis 140,000 institutions de cette dénomination , moitié pour les garçons, moitié pour les filles, qui entretiennent 16,000 écoles, où plus d'un million d'enfants des deux sexes sont instruits dans la lecture et l'écriture.
Lesprincipes de l'instruction donnée dans ces établissements roulent sur l'enseignement de l'Écriture sainte ; à cet effet on se sert de livres américains qui reproduisent par questions et par réponses toute l'Écriture sainte, ou au moins ses plus intéressants passages comme instruction morale.
Toutes ces écoles possèdent, en général, des bi-
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bliothèques destinées à Tusage des personnes qui les fréquentent.
On ne saurait se former une juste idée du bon effet moral qu'exercent ces écoles sur les classes ouvrières pour lesquelles elles sont particulièrement destinées.
J'ai été invité plusieurs fois à les visiter, et je me rappelle , entre autres , m'être trouvé chez MM. Dupont (de Nemours) frères, établis sur la Brandywine, dans le Delaware, où, les premiers, ils ont créé d'importantes usines, et avoir vu les fils et filles de ces notabilités industrielles diriger dos écoles du dimanche, Je me souviens, surtout, de la tenue extérieure de tous ces garçons et de toutes ces .jeunes filles, caractérisée par une grande propreté, une apparence de contentement et de satisfaction individuelle d'être instruits par les enfants de leurs chefs. Il s'établissait ainsi dans cette classe de jeunes ouvriers, par cet enseignement mutuel sous la direction de leurs jeunes maîtres, une espèce d'esprit de conduite et de tenue dont on aimerait à retrouver plus souvent les salutaires impressions dans les rangs de classes plus élevées en Europe.
Le nombre des institutions qui ont pour but l'instruction du peuple dans les diverses branches industrielles de la société américaine est infini ; chaque État, chaque comté, chaque commune, chaque ville en compte plusieurs. Chaque année on voit de nouvelles associations se fonder, dans le but d'établir des bibliothèques , des salons de lecture, spécialement destinés à la jeunesse engagée, soit d^qs le commerce,
soit dans les arts industriels, soit dans les arts libéraux.
Dans le Massachusetts, par exemple, chaque comté est pourvu de plusieurs bibliothèques publiques, supportées par les contributions volontaires des sociétés pour l'instruction publique. Des cours publics y sont donnés gratuitement aux frais de ces institutions.
Toutes ces bibliothèques présentent ensemble plus de 185,000 volumes. Ces institutions ont fait, dans une année, 100,000 francs de dépenses pour leurs cours publics, qui ont élé suivis par 33,000 individus.
On compte , en outre , dans cet État 307 villes ou villages possédant des bibliothèques. Un certain nombre de bibliothèques appartenant aux collèges sont assez bien fournies ; ainsi , celle du collège ou université de Howard a près de 51,000 volumes; celle de Amherst, 13,000 volumes; celle de William, 7,500, etc. La bibliothèque de la société des antiquités américaines, à Boston, a 12,000 volumes.
Boston seul contient plus de 10 établissements pour la location des livres en lecture , présentant un ensemble de 50,000 volumes.
Le nombre total de volumes auquel on porte tout ce qui existe dans les bibliothèques publiques de Massachusetts , non compris celles appartenant aux écoles du dimanche, est de 500,000 volumes.
Il y a des bibliothèques des écoles du dimanche qui ont 100,000 volumes; d'autres, 30,000.
Souvent les hommes les plus éminents du pays contribuent volontairement et sans rétribution à Fin-
str action publique, et font aux classes ouvrières des cours d'économie politique, de finances^ de morale et de littérature.
Dans ces derniers temps, le vénérable ex-président Âdams s'est arrêté dans plusieurs grandes villes de rUnion, en se rendant de Boston à Washington, et a développé dans une série de lectures faites devant une assemblée de jeunes apprentis et ouvriers, les points les plus importants de Tinstruction publique.
Pendant son séjour à Baltimore, par exemple, il a traité les profondes questions des droits commerciaux des nations ; développé les qualités qui doivent distinguer la classe des commerçants, celle des travailleurs; enfin, il a montré, avec éloquence, quels avaient été les progrès de la civilisation par Theureuse influence des bienfaits d'une éducation à la portée des masses.
Dans tous ces cours, dans toutes ces lectures, les principes d'une saine démocratie forment invariablement le texte de certaines revues générales que les professeurs ont soin de placer devant les yeux de leurs auditeurs. Par ce moyen, la société est constamment mise en garde contre les doctrines des démagogues qui voudraient jeter des semences subversives des principes démocratiques ; on leur rappelle cette vérité incrite en tête de la constitution américaine, que toutes les classes de la société sont également appelées à travailler, puisqu'on ne peut arriver à une position respectable que par ses propres efforts ; que la nature des institutions , le caractère des lois , le génie du
gouvernement s'opposent à Tintroduction de privilèges en faveur d'aucune classe spéciale de la société, à l'accumulation des richesses dans une seule famille, et annulent de fait toute distinction de naissance ou de rang.
L'expérience de tous les jours donne, du reste, suffisamment la preuve que le pauvre d'une génération devient le riche de la suivante ; que l'homme le plus humblement placé dans la société s'élève tous les jours par son industrie et l'intégrité de son caractère, tandis que celui qui compte sur la fortune dont il a hérité pour soutenir ses prétentions , se trouve complètement déçu, lorsque celle-ci vient à lui manquer. La seule aristocratie qu'admettent les institutions américaines, c'est celle de la supériorité de l'intelligence et de la vertu.
Rien , certes , ne peut contribuer davantage à l'affermissement et à la perpétuité des institutions démocratiques américaines que ces cours publics dont le nombre se multiplie de plus en plus; l'esprit public y est tenu en éveil contre les tendances dangereuses d'une fausse idée du luxe, et on y encourage le travail , l'activité, l'industrie. Aussi, il faut le reconnaître, aux États-Unis l'esprit national est plutôt dirigé vers l'utile que vers le beau; on s'occupe moins encore aujourd'hui de la sculpture, de l'architecture et de la peinture, que de tout ce qui peut contribuer au bien-être de la majorité.
Mais chaque progrès social a son époque , et celui des beaux-arts, certes, ne peut être éloigné aux
Ëtats-Ui^is; car on distingue déjà dans la société américaine un grand nombre d'individus doués d'un goût naturel et éclairé pour le beau, et d'une juste appréciation des arts libéraux. Quant à ces nobles professions, qui dénotent chez les peuples qui les cultivent avec le plus de succès l'état d'avancement de civilisation auquel ils ont atteint, l'Amérique n'est point en arrière des autres nations, plus avancées en apparence; car déjà elle compte une classe nombreuse d'artistes en tous genres, dont les noms se sont honorablement placés auprès de ceux qui , en Europe , occupent le premier rang.
Ainsi , la société américaine prouve avantageusement, qu'en proportion de la diffusion des lumières , du développement de l'intelligence par le progrès de l'éducation, se manifeste le progrès dans tous ses rapports sociaux, dans ses institutions civiles et commerciales, et dans tous ses intérêts matériels en général.
L'instruction, depuis le degré le moins élevé de l'école primaire jusqu'au plus élevé des lettres et des sciences, répand donc les bienfaits des lumières dans les rangs de la société américaine; c'est, en effet, un élément de richesse, de prospérité et d'indépendance trop bien apprécié par les Américains, pour qu'il n'en soit pas ainsi.
L'éducation finit en général de bonne heure chez les Américains, parce qu'ils sentent tous le besoin d'exercer une profession, et qu'il faut, par conséquent, y consacrer quelques années d'apprentissage. Mais un
grand nombre poursuivent au delà leur éducation spéciale vers une branche particulière par amour de la science, comme aussi par le désir d'acquérir un rang distingué parmi leurs concitoyens.
Sans doute, en Amérique la plupart des riches ont commencé par être pauvres. Mais, là comme partout ailleurs, ceux qui ont le goût de l'étude sont toujours en petit nombre, et appartiennent rarement à la classe des riches proprement dite ; et d'ailleurs ceux-là, par un instinct qui leur est propre, trouvent toujours le temps de s'y livrer.
Le penchant vers les plaisirs intellectuels ne se transmet pas plus qu'aucune autre des dispositions qui distinguent les hommes, et l'état de fortune, acquise ou transmise, n'a rien de commun avec ce don de notre nature; il se trouve donc aux États-Unis comme ailleurs, dans toutes les classes de fortune, des hommes qui tiennent en honneur les travaux de l'intelligence.
Ainsi la volonté de se livrer à ces travaux ne manque pas plus que le pouvoir.
Je crois que dans aucune société autant qu'aux États-Unis il ne s'est établi dans les connaissances humaines un niveau mitoyen aussi marqué^ et dont tous les esprits se sont rapprochés ; mais je ne pense pas que cette situation intellectuelle se soit faite au détriment des intelligences supérieures, privilégiées ou hors ligne : je crois au contraire que le mouvement est constamment ascendant, que ce sont les uns qui s'élèvent et non les autres qui s'abaissent.
L'abaissement de Fesprit humain me paraît un contre-sens, un acte contre nature : le professeur habile peut descendre au niveau de l'entendement de ses auditeurs pour se faire mieux comprendre d'eux ; mais sa haute intelligence ne souffre pas, ne s'abaisse pas par suite de cette opération de son^esprit.
Oui, on rencontre une multitude immense d'individus aux États-Unis qui ont le même nombre de notions à peu près en matière de religion, d'histoire, de science, d'économie politique, de législation, de gouvernement; cela tient non au manque d'intelligence supérieure dans ces diverses branches, mais bien à l'heureuse et libre transmission des idées, des connaissances, des faits par ces innombrables voies que l'état avancé de l'instruction a su ouvrir et mettre à la portée de tout le monde.
Qu'on ne croie pas pour cela qu'on trouve aux États- Unis, comme dans les villes de notre vieille Europe, des écoles spéciales où des professeurs de science commerciale, d'économie politique, de législation ou de gouvernement traitent uniquement ces divers sujets, à grands frais d'éloquence, de raisonnements abstraits ou de vagues théories. Dans ce pays on considère que la société elle-même est la meilleure école pour acquérir toutes ces connaissances, et les affaires jde la vie ordinaire les meilleures leçons pratiques. Les Américains sont des maîtres habiles dans la pratique des différentes branches des connaissances humaines, tandis que souvent les professeurs habiles qui discourent longuement devant nos assemblées sur ces
mêmes matières ne sont que des élèves : le rôle est renversé.
Nous ne manquons pas en France de savants professeurs dans les sciences commerciales ou d'économie politique ; mais nous possédons très-peu d'hommes rompus aux affaires^ de vrais négociants et encore moins d'économistes.
Si les Américains font un grand usage de la parole comme hommes politiques^ il n'en font pas un moins grand des moyens de la transmettre. Il ne faut que. signaler le nombre de publications périodiques de tous genres qui s'imprime en une année pour élablir ce fait ; il dépasse actuellement 1,600.
Aux États-Unis on écrit donc beaucoup, mais on ^ lit encore davantage, car presque tout le monde sait lire; aussi la puissance de la parole écrite est-elle plus grande que celle de la tribune. La presse parle à tout le peuple ; aussi est-ce presque le seul peuple instruit de ce qu'il faut savoir pour n'obéir qu'aux lois. Disons aussi qu'aux États-Unis la presse sait se respecter, et qu'elle ne se déshonorerait jamais par la production d'histoires scandaleuses, de romans immondes, comme certains journaux français, et que dans ce pays démocratique les organes de la publicité ne pourraient se livrer à la propagation de l'immoralité sans attirer sur eux la censure de la société et la sévérité des lois.
Les auteurs américains produisent moins des œuvres d'imagination ou de profonds raisonnements que des ouvrages dans lesquels ils consignent le résultat
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de leurs propres observations ou rinterprétation de leurs pensées ; en général, les Américains ne traitent que lés matières ou les sujets qu'ils connaissent à fond, et sur lesquels ils ont pu agrandir la sphère de leur expérience par la pratique. Rarement se livrentils à des raisonnements ou à des commentaires sur les suggestions des écrits antérieurs. Aussi remarque-t-on que les ouvrages américains ont un cachet qui sMmpressionne de l'intelligence pratique de leurs auteurs plutôt que de l'élévation de leur style ou de leur profonde érudition.
Il n'est donc point étonnant d'après cela que les écrivains américains traitent plutôt des sujets de religion, de législation ou d'éducation, que d'imagination, d'esprit ou de science profonde, œuvres qui supposent toujours dans ceux qui s'y livrent des loisirs que la société américaine connaît encore à peine. Cependant il ne faudrait pas conclure de ce que les affaires font une puissante diversion aux études, que la retraite et le loisir soient les principaux éléments des progrès ou de la pratique des lettres ; les efforts au contraire les plus remarquables de l'imagination ont presque toujours rapport à l'humanité, et sont par conséquent, en général^ provoqués par le contact des hommes. Certes, les efforts sont plus vigoureux lorsqu'ils résultent d'un esprit stimulé par les principaux ressorts de l'humanité : l'émulation, les amitiés, les oppositions qui se rencontrent chez un peuple actif, énergique et ambitieux, au milieu des fréquentes occasions qui poussent une société libre vers un moult. U
vement progressif; alors, en effet, les membres de cette société sont capables des plus grands efforts d'esprit ou de raisonnements philosophiques. Or la démocratie américaine contient tous ces éléments, et elle a déjà donné des gages suffisants au monde pour prouver qu'elle possède des hommes d'un esprit et d'un génie assez élevés pour se livrer aux plus hautes spéculations que peut atteindre l'esprit humain.
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CflAPITRE XVIII.
DÎ l'industhii agbicoli.
Les Américains 8ont agricnltears avant tont. — Admirable disposttion da api des Etats-Unis pour l'agricattare. — Caractère des ÀmérlcaÎDs fayorable an développement àe cette industrie. — Dangers auxquels l'expose son eametère spéculateur. -^ Da coton» — Du sucre. — Dd tabac. — Du rii. — Des céréalet . — Pommes déterre. — Houblon. — Autres produits du toi. Tableau de la valeur comparative des produits du sol par États et par habitants.
L'industrie agricole a servi de point de départ à là nationalité américaine, et constitue encore aujourd'hui sa première, sa plus imj[)ortanté richesse; car c'est par les immenses ressourcés qu'offre le territoire privilégié des États-Unis qu'ils peuvent donner au monde lés meilleures garanties de leur prospérité préfente et à venir, et de leur heureuse condition comme peuple civilisé.
Les Âméricaiiiii dont agriculteurs avant tout; leilr dHginé, la nécessité, leur position ont en effet conttibuê également à lés constituer tels. Â leur origine ànglo-saxoniie ils doivent les qualités indispensables & l'agriculteur : un sang-froid imperturbable, un rare BipHl de persévérance, et par-dessus tout celte aptitude et cette opiniâtreté dans le travail Caractéris- (itiné des soldats de Cromwell. L'obligation de fonder leur liberté et de se rendre indépendantâ de la thère
patrie, dont ils s'étaient exilés volontairement, les contraignit de demander à la terre ce qu'elle ne pouvait donner que par un travail soutenu. Enfin Fheureuse position du nouveau continent qu'ils venaient habiter, et qui par ses climats variés et son sol fertile leur assurait des ressources infinies, leur ouvrait un avenir que leur industrie seule pouvait s'approprier.
Les ressources naturelles d'un pays sont dans la fertilité du sol, son climat, la disposition de ses cours d'eau pour la navigation naturelle et pour la création de puissances hydrauliques et sa proximité de marchés. L'Amérique du Nord est largement dotée de tous ces avantages naturels : son sol est en général, mais particulièrement dans les vastes régions qu'arrose le Mississipi, éminemment fertile, son climat desjdos variés; ses grands fleuves et ses immenses rivières lui assurent les communications les plus faciles et lesplos étendues; sur tous les points, mille ruisseaux qu'entretiennent des sources constantes créent des forces hydrauliques applicables à tous les besoins ; enfin la présence de deux mers depuis la baie de Fondy jusqu'à la rivière Sabine dans le golfe du Mexique, baignant les côtes des États-Unis sur un développement de 1,300 lieues, offre au commerce des facilités d'échange avec les autres parties du monde que la vapeur, dans ces derniers temps, a encore rapprochées des producteurs.
Mais ce qui donne plus de valeur à tous ces éléments physiques, c'est , sans contredit, le caractère
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même de la population essentiellement agricole et industrieL
Ainsi tout concourt à porter la nation américaine au plus haut degré de prospérité : intelligence, activité) persévérance, sentiments religieux, instruction, leurs institutions enfin et la liberté dont ils jouissent.
Le caractère intellectuel et moral d'un peuple contribue directement à son plus ou moins de progrès dans la grande œuvre de civilisation que les hommes se proposent comme corps de nation. Ainsi, par exemple , les garanties de justice , sans lesquelles une société ne saurait exister, ne se trouvent pas tant dans les lois que dans le pouvoir qui les a faites, qui les a obtenues, et sans l'appui duquel elles ne sont rien; les lois ne sont quelque chose , ne peuvent avoir de force qu'avec le concours du peuple. Que pourraient, je le demande, les meilleures lois, sans une détermination vigoureuse de la part du peuple à les faire exécuter et à leur obéir? Et, en général, ce sont moins les lois qui manquent à la société, que leur mise en pratique ; le peuple ayant rarement ce caractère, ce nerf, ce zèle qui ramènent ceux qui sont , chargés de leur exécution à ne pas s'en écarter !
C'est là une disposition particulière qui forme, j'oserai le dire , l'esprit national d'un peuple. Lorsque cette disposition péremptoire de la volonté d'un peuple n'existe pas, il est difficile qu'il arrive à la pratique des lois, car cet esprit national peut être regardé avec raison comme la clef des libertés publiques. Or, cette disposition forme essentiellement le fond du
caractère américain, et certes c'est la base la plus solide du grand problème social qu'il présente ail inonde d'iin peuple de plus de 17>0Q0,000 d'hommes SQ gouvernant lui-même !
Un autre trait du caractère américain, c'est queb liberté individuelle et la sécurité de U propriété ^m\ pour lui des biens qu'il a pris soin , non•pseule^]i«nt de bien défînir dans ses lois, mais qu'il est prôt à faire respecter avec vigueur, par suite de l'esprit de ja? lousie que lui donne la liberté et le degré de considération que chaque ordre de TËtat sait conserver pour lui-même.
De plus, il est évident que ce qu'on appelle liberté politique , ou le droit que chaque individu a d'agir suivant sa position , pour lui-même ou pour le public, ne peut exister que basé sur ce môme principe; caria propriété d'un individu peut être sauvée et n personne rendue à la liberté par les formes ordinaires d'un jugement civil; mais les droits sacrés de l'espril; humain ne peuvent être défendus que par ses proprei efforts.
Les Américains ont admis ce principe comme h base fondamentale de leur société, et Us yoxA rsàk en pratique jusqu'ici avec un succès qui l^r as^s^re un avantage incalculable dans leur organisation sociale SUIT toutes les nations modernes lea pliu avancées.
Doué 4« cette énergie de caractère çt avec ÇM principes de liberté et de sécurité individuelles, doiton s'étonner que le peuple ainéricain vX ^wh un
si grand développement aux intérêts agricoles j dans le but de leur assurer une prépondérance marquée sur toutes les autres industries? Non, sans doute. Dans un pays où chacun est assuré du fruit de son travail , avec un but d'indépendance et de bonheur toujours devant les yeux , et possédant un territoire d^une richesse incomparable, TAméricain devait diriger toute son intelligence, toute son aptitude vers cet objet qu'il était certain d'atteindre avec de la persévérance.
Une seule chose, il faut le reconnaître, a droit de nous étonner, et nous ne pouvons nous refuser à l'exprimer : c'est qu'au milieu de tant de circonstances heureuses que la Providence semble avoir accumulées à plaisir sur cette portion privilégiée du globe , les Américains ne se soient pas plus tenus en garde contre le développement démesuré de leur caractère spéculateur. Mais les sociétés comme les hommes qui les oomposent ont leur côté faible; et la société américaine ne devait-elle pas porter, après tout, le sceau de son vice originel?
Tout peuple qui prend les richesses pour base de son jugement sur ce qui est bien ou mal, ne donnet-il pas au monde la plus grande preuve de sa démoralisation , puisque, pour les obtenir, il est entraîné comme malgré lui à se livrer aveuglément à toute espèce de spéculations? Rien ne peut empêcher alors ce peuple de devenir bientôt esclave , quelles que soient d'ailleurs les lois sous lesquelles il vit ; car, dans la démocratie^ le peuple étant le souverain légt -
280 M LA PUISSANCIî: AMÉRICAINE.
time^ la puissance qu'il peut exercer peiit également devenir une véritable tyrannie !
Que les Américains soient donc sur leurs gardes I qu'ils s'arrêtent tandis qu'il en est temps encore sur la brèche que leur cupidité a ouverte autour d'eux! qu'ils contemplent avec une religieuse admiration et reconnaissance les immenses ressources répandues sur leur continent et mises à leur disposition pour y faire vivre heureux et libres des millions d'habitants! et ils reconnaîtront bientôt, je n'en doute pas, que dans la culture du sol réside la source première du bonheur et des vertus qui peuvent seuls assurer la durée des nations !
Espérons aussi que, malgré l'ébranlement porté à l'édifice social américain par les dernières calamités financières, les belles institutions primitives de ce grand pays resteront toujours assez vénérées et assez vigoureuses pour ramener les citoyens à l'appréciatioix. de cette grande vérité : Que les sociétés ne peuvent se maintenir que par le travail honnête et l'observation rigoureuse des engagements !
Les garanties de la propriété américaine se trouvent, ainsi que je l'ai dit plus haut, dans la richesse de son sol, et dans la nature de ses produits agricoles dont les plus importants, le coton, le sucre, le tabac, le riz et les grains sont nécessaires au reste du monde.
Je ferai connaître, d'après les documents officiels pris en 1841, quelles sont, pour chacun de ces airli*
DE LA PUISSANCE AMÉRICÂIINE. 28f
des, les ressources dont les États-Unis peuvent disposer.
Du Coton.
Le coton est une plante indigène de l'Amérique ; Christophe Colomb en vit pousser spontanément à Hispaniola en 1494, et en trouva également des plantes dans d'autres lies.
En 1519, des voyageurs espagnols remarquèrent que les Indiens de ces lies employaient du coton pour former leurs couches.
La culture du coton aux États-Unis date de 1775» époque à laquelle le premier congrès provincial de la Caroline du Sud la recommanda à ses habitants.
Néanmoins il paraît qu'elle aurait été introduite d'abord en Géorgie, sinon comme un objet de spécu-» lation, du moins pour l'usage même des habitants. La Caroline du Sud suivit l'exemple de la Géorgie; mais cette culture prit si peu 3e développement, qu V vant la guerre de la révolution il ne s'exportait pas de ces colonies une seule balle de coton ; et un fait assez curieux, c'est qu'à la douane de Liverpool, en 1784, on saisit, comme contrebande, un bâtiment chargé de 8 balles de coton américain, qu'on ne pouvait supposer être le produit de ces pays !
En 1786, la question de l'introduction de cette culture fut agitée dans une assemblée tenue à Ânnapolis, chef-lieu du Maryland; M. Madison soutint que le climat et le sol des États-Unis étaient très-favorables,
et que les avantages qui en résulteraient pour la prospérité territoriale seraient immenses.
Le coton dit longue soie a été introduit^ en 1789^ en Géorgie, de Pernambouc.
Le coton des Ëtats-Unis est un herbacé annuel et non un arbuste.
La culture du coton aux États-Unis est, comparativement aux autres parties du globe, de récente introduction; néanmoins elle s'y est aclimatée d'une manière remarquable, et y a pris un développement qui la rend aujourd'hui la première et la plus importante des ressources agricoles des Américains.
On cultive du coton dans les États de Virginie, de la Caroline du Nord et du Sud, de Géorgie, de FAIabama, du Mississipi, de la Louisiane, de l'Arkansas et de Tennessee, dans le territoire de la Floride, et dans le Missouri, F Illinois, le Maryland, le Delaware et rindiana : les terres dans ces premiers États muA généralement d'alluvion et sous l'influence d'un soleil brûlant qui en active la végétation.
Mais le même soleil qui active si puissamment le principe de végétation détermine aussi ces miasmes pernicieux qui engendrent les fièvres. Les rivières de ces contrées sont moins rapides que celles du Nord, elles enrichissent les terres et les bassins qu'eUes arrosent périodiquement; mais elles entretiennent par suite des vapeurs dangereuses pour la vie, et nourrissent dans leur sein une multitude de reptiles et d'insectes également pernicieux pour la vie et le rçp^ des bomsiies^ et jusque dans ieç ru^s m^nisf.
DE Li PUISSANCE aiÉIKCilNE. 28S
de quelques-unes des villes duSud^ on voit les carancres enlever librement des débris animaux abandonnés sur Içs voies publiques et qiie U population noire est trop occupée pour enleyer elle-même«
L'indigo a été la première culture des Européen^ sur le littoral de la Géorgie, de la Caroline et dama la Louisiane ; mais elle a bientôt été abandonnée pour Celle du coton, dit longue soie, qui Ta remplacée en* tièrement.
Ce produit est particulièrement limité aux îles qui bordent la Géorgie et la Caroline, et sur une lisière dans Tintérieur d'une profondeur de 20 lieues. Mais on remarque que sa qualité diminue à mesure
que l'on s'éloigne du littoral. Les tles de Sainte-Hé4
tène, d'Edisto, de Saint-John, etc., dans la CaroUipiQ du Sud, produisent les meilleures qualités.
Le coton longue soie réussit également bien e^ti Floride.
La production totale de cette espèce de coton s'élève à 4,000,000 de kilograntmes, qui vont principalement en Angleterre.
On estime la production moyenne par hectare des bonnes terres à coton aux Ëtats-Unis de 155 kilogrammes de coton.
Dans un récent rapport du ministre secrétaire des finances américain, on trouve une évaluation qui porte la partie du sol consacrée annuellement à la culture du cotoo à 814,000 hectares, environ la 300* partie du territoire constitué des États-Unis, ou la 65* partie de la supiarficie de la France*
CapHaox engagét en pemaoenoe dans celte culture. 5,700,000,000 fr. Fonds de ronleiiieiit ISO^OOO^OOO
Ces évaluations, quoique probablement peu exactes, contribueront à donner une idée de l'importance que la culture du coton a prise comme une des premières richesses du sol américain.
Le développement donné à la culture du coton aux États-Unis dépasse toute prévision. Ce pays, qui exportait en 1791 à peine 1,000,000 de kilogrammes, la 300 millième partie de la production du monde entier, exporte aujourd'hui 262,655,400 kilogrammes, ou 1,313,277 balles; sa production est de 326,989,000 kilogrammes» ou 1,634,945 balles, plus de la moitié de la production entière du monde, qui est estimée à 500,000,000 de kilogrammes !
La production de l'année 1840 a été encore plus forte; elle a produit 435,567,000 kilogrammes, ou 2,177,835 balles.
Les 4,313,277 balles de >t841 ont été exfK>rtées dans les proportions suivantes :
Les 2/3 en Angleterre et en Ecosse, soit. . . • 858,742 balles.
En France 348,776
Mord de l'Europe 56,279
Sur d'antres points 49,430
Ensemble. .... 1,313,277 billes.
On a récolté aux États-Unis en 1840 les quantités suivantes de coton pour chacun des États ci-après dénommés par ordre de production :
DE U PUISSANCE AMEaiCAINE. tt5
r Dans le MiMiiiipi 144,919.400 kilogr.
T — i'Alat«iiia 120.189,854
5<* — la Caroline du Sud 74,453,940
4^ — la Géorgie. . 67,161,377
5» — leTennatsee 64,125.154
G* — la Louisiane 43.820.092
7* -^ TArluuitas. 11.943,506
8» -. Ja Virginie 5.383.725
9» — la Carolioe du Nord 5,000.000
lOo leMitaouri. . . 480.169
11* — riUioois. . . , 99,994
12<» '— leMar^land. « . 2,836
1S« — le Delaware 173
14* — rindiana 90
Prodnotioo totateé . . • 537,280.392 kilogr.
L'exportation des 1,313^277 balles, en 1841, s'est opérée dans les proportions suivantes, par les principaux ports d'exportation des États-Unis ; savoir :
1® Psr lalS'onTelle-OrléfinfetJe Miiiistipi.. . . 656»81 6 balles.
2* — le port de Mobile (État del'Alabama). . 216.230
3® — Charleston (produits ie la Garoline du
Nord.) 162.275
4» — TSew-York 149,560
5« — SaTannah et Darien (Géorgie). . . • 35.596
6<> — les ports de la Floride 32.207
7* — Richmond ( produits de la Virginie). . . 4.732
8* — Boston 3.602
9' — Philadelphie 1,934
10» — Baltioiortf 217
Total des eiportations en 1841. • . 1,313,277 balles.
Du Sucre.
L'introduction de la canne à sucre aux États-Unis date de 1742« Cette culture fut importée dans la
2S« DE LA FUîSSAt^Ë AMÉRlâilNE.
Louisiane par les Français. (Voir le premier volume^ page 262.)
Elle constitue, avec lé coton, lé principal objet de la culture de l'État de la Louisiane. Elle a été depuis introduite dans la Floride, sur quelquéis terres de la Géorgie, de FAlabama et même du Mississipi; mais elle ne réussit nulle part aussi bien que dans la basse Louisiane.
Ce seul État a produit, en 1840, 124,968,860 kilogrammes.
On récolte dans presque tous les États-Unis une très- grande quantité de sucre érable qui sert à la consommation domestique dés habitants.
Les États qui en fournissent le plus sont ;
Le IHew-Tork . 5,046,995 kilogr.
L'Ohio 5,494,544
Le VermoDt 2,110,^55
Le New-Haiiiptliire ' 548.699
Le Ma.'8acbiuetts 189,615
La production totale du sucre de canne et érable dans les États-Unis est de 140,632^558 kilogrammes.
Du Tabac.
Le tabac est une plante indigène de TAmérique, dont l'usage était généralement répandu parmi les Indiens lorsque les Européens y mirent pied pour la première fois. Le gouvernement anglais favorisa la éuliûré de cette plante dans ses colonies, et dès 16Sâ
on en retirait déjà un certain retenti. Eti ïttSii, le gouvernement s'en appropria le monopole.
Le tabac était tellement estimé, qu'il servit, dans les premières années des colonies, à soldet les transactions commerciales entre les colonies et la mère patrie. Ainsi, en 1620, 90 jeunes fiUôS envoyée^ d'Angleterre pour peupler la colonie furent véritablement vendues aux acquéreurs, à Jamestown, à raison de 60 kilogrammes par tête, les prix variant de SO à 75 kilogrammeSé La colonie de la Virginie n'était alors qu'une espèce de grande plantation de tabac.
En 1669, le gouvernement prélevait encore fiur les colons qui s'étaient rendus coupables du crime d'adultère une amende de 250 à 500 kilogrammes dé tabac.
La culture avait pris un tel développement sur les terres de la Virginie, qu'avant 1700 leâ exportations s'élevaient déjà à >l 4,4^9,000 kilogrammes.
En 1747, les exportations s'élevèrent à 20,000,000 de kilogrammes, dont 3,000,000 étaient consommés en Angleterre. . .
Dès 1 763 les exportations de tabac dès colonies anglaises s'élevaient à linè valeur.de 6 à 8,000|Ô00 de francs; le Maryland fournissait à lui seul 28,000 boucauts, ou 14,000,000 de kilogrammes.
En 1782, les États-Unis fournissaient à Texporiation 6^000^000 de kilogrammes seulement; mais en 1789 elles s'élevèrent à 45,000,000 de kilogrammes.
Depuis cette époque la culture du tabac a pris une Irès-grande extension sur toutes les parties de TtJnion, mais notamment dans lèsËiàts du Centré et de TOuesi*
Voici l'ordre dans lequel chaque Ëtat est classé pour sa production :
1*LaYirginto 57,670,000 kHofr.
r Le Kentucky 26,718,000
3* Le Tennessee 14,771,000
4* Le Miryland 12,406,000
5* La Garoli|ie da Nord 8,S86,000
6* Le Missouri 4,500,000
V L'Ohio • 4,021,000
8« Ulodiana 910,000
9' L'UUnoit. 282,000/,
10« Le Gonoectieot • 235,000
H* La PeDsyWanie 162.000
12« L'Alabaroa 136,000
13® La Géorgie 81.000
14* L'Arkansas 74.000
15* La Louisiane. 59,000
16* lAi Mississipi 44,000
17* La Floride 37,000
18* LedUtrictdeColambia 27,000
19' La Carolioe du Sud 25,000
20* Llowa 4,000
21* Le New-Jertey 900
22* Le Micbigao 800
23* Le New-Tork:. ,..,.... 744
24* Lq Vermont. . • * 585
25* Le Rbode-Island. , 347
26* Le WisoonsiD • • • ^^^
27* Le New-Hampsbire 115
28* Le Maioe 31 kilogr.
Total de la production. • . . 69,000,000
Les États-Unis ont eiporté, en 1821, 66,858 boucauts Talaot 28,000,000 tr.
» en 1830, 80,810 t » 29.165,000
• en 1840, 116.484 • • 50,000,000
Ainsi^ pendant 20 ans, les exportations annuelles de tabac ont été de 80,000 boucauts, d*une valeur moyenne de 27,500,000 francs.
Les Américains fournissent des labacs à tous les peuples; mais dans ces dernières vingt années^ de 1821 à 1841^ les plus fortes exportations ont été :
i^ En Angleterre 524,640 boocaats.
2' En Hollande 425,707
5" En AUemagne 373,918
4'^ En France 146,854
5° En divers États 522,901
Total 1,702,000 boncants.
Dont Téraluation a été de 656,752,620 francs.
Ainsi on peut évaluer les exportations annuelles des États-Unis en Angleterre pendant ces vingt dernières années, en moyenne^ à 26,232 boucauts, tandis qu'en France elles n'ont été que de 7,311 boucauts seulement, ou un peu plus du quart.
Les exportations ont été en augmentant avec les autres contrées, mais ont diminué sensiblement avec la Hollande.
Du Riz.
Le riz est une production indigène des Indes orientales, qui fut ensuite introduite en Egypte et en Grèce. Sa culture dans la Caroline du Sud ne date que de 1697. Deux méthodes sont suivies aux États-Unis : l'une, la culture humide, et l'autre, la culture sèche. La culture par irrigation est celle qui produit le plus ; elle est généralement adoptée dans les États les plus méridionaux.
La production totale du riz a été, en 1840, de