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CHAPITRE PREMIER

DE LA DÉFENSE NATIONALE

cfmstDit^TionB oinÉBiLis.

Origine de la défense nationale. — La constitution de 1787 en contient le premier projeL — Gireonstanees qui s'opposèrent à son accomplissement.

— Le quatorzième congrès ea décrète la réalisation. — Arrivée du général Bernard aux États-Unis. — Organisation d'un comité de défense. — Travaux de ce comité. — Reconnaissance militaire des frontières de mer et de terre de TUnion. — Plan d'ensemble adopté pour la défense des côtes. —

— Principaux éléments dont se compose le système américain.

Si la guerre a dft être le premier état des peuples dans des temps de barbarie, la science de la défense, comme moyen de conserver l'indépendance acquise et de maintenir la tranquillité intérieure, devait nécessairemeint marquer le point de départ des peuples dans une ère de civilisation où la paix était un premier besoin, Afln de pouvoir se livrer avec avantage aux inspirations de la civilisation, des progrès des lumières dans toutes les branches que le génie de l'homme était appelé h développer, il fallait que sa sécurité individuelle fût assurée. Le premier devoir des peuples, dans la voie de civilisation, fut donc de veiller à l'indépendance nationale. Pour les peuples libres, ce devoir devint plus impérieux, plus sacré; car pour rester libres, il faut que le territoire soit à

DE LA PnSSANGB AMÉRICAINE. 5

Tfàbri de toute invasion, (Je toute agression. Dans ce m, les mesures adoptées pour la ^curité commune

ajoutent nécessairement à la force du lien de toutes le^ parties du corps social. Entièrement dirigées, en effet, contre les appréhensions du dehors, ces mêmes parties du corps social deviennent nécessaires les unes aux autres pour la sécurité de tous les intérêts.

Telle fut aussi la pensée qui dirigea les sages légisateurs auxquels on doit la mémorable constitution 11.1 régit encore aujourd'hui les États-Unis» Le besoin *xipe défense commune servit de base au pacte fééval, à l'organisation de l'Union américaine comme atjon. Une combinaison des forces actives de chacune es treize colonies fut décrétée et un pouvoir fédéral «•^é. Pans les pouvoirs concédés à cette assemblée éijérale par la constitution de 1787 (1) se trouve le ^^ssî^ge suivant :

« Le congrès national aura le pouvoir de créer et ^ entretenir une force maritime, une armée de terre; ^ cirganiser la milice , enfin de pourvoir à la défense ^^mmune et au bien-être général. »

Cependant ces sages prévisions législatives ne re- •^rçnt pas immédiatement leur exécution. Elle fut *ti partie différée par les difficultés du moment et les ^^éoçcupations d'une guerre active que la fédération M^utenait alors contre la Grande-Brelîigne. La nation ^éaomQin^ sortit triomphante de cette grande lutte (H)ur laquelle elle n'était nullement prépai^ée; elle

(1) Y«ir ie lexte de cette eonstitation à la fin du 1'* article.

assura son indépendance ^ mais elle ébranla considérablement son crédit en grevant le peuple d'une dette immense.

Le premier soin de l'Union fut donc de mettre à profit une paix si chèrement achetée pour marcher sans relâche vers le haut degré de prospérité que lui réservaient ses destinées. Elle poursuivait avec une rare intelligence cette carrière de progrès, lorsque la guerre de 1812 (1) avec TAngleterre vint la surprendre sans qu'elle fût mieux préparée que la première fois, et lui imposa la nécessité de défendre son immense territoire contre un ennemi puissant et animé, sinon de l'espoir de faire rentrer ses anciennes colonies sous sa domination, du moins de la ferme résolution de leur faire le plus grand mal possible.

Le courage des Américains, soutenu par le double sentiment du profond attachement à leurs institutions et de la haine pour la domination britannique, suppléa au manque de prévoyance dans les moyens de défense. La victoire resta aux défenseurs de la liberté et de l'indépendance, mais elle leur coûta cher.

A la paix de 1814, la nation se trouva en effet grevée de nouveau d'une dette considérable; mais elle se trouva aussi plus forte, plus puissante en ressources, et surtout retrempée dans son esprit national : car la guerre chez un peuple libre a généralement pour résultat moral de l'attacher d'autant plus fortement à ses institutions qu'elles lui ont coûté plus de

(I ) Les États-Unis déclarèreot la guerre à l'Aiigleterre le 19 juin 1812.

saorifices, et pour résultat physique de développer des ressources jusqu'alors inconnues ou du moins négligées.

Telle fut aussi la conséquence de cette guerre pour l'Union américaine : son trésor fut gravement compt^omis ; mais des ressources nouvelles, de nouveaux rô^^enus étaient prêts à le remplir !

l'expérience du passé devait porter ses fruits chez leT^ Américains de la seconde époque; et dans les év^^ntualités d'un nouveau conflit avec une puissance ïï^s^ritime, la nation était décidée à se mieux préparer ûc>n-seulement pour repouâser toutç agression de son tfe^r'Titoire, mais encore pour faire respecter ses droits çojoame une des grandes puissances maritimes du K^onde. *

Xn effet, la législature nationale de 1816 apporta sc^ini concours unanime à l'exécution des sages pré- ^^ions de 1787, et donna ainsi au monde un grand ^t noble exemple de ce que peut une nation libre ^^and elle le veut.

Iteconnaissons aussi que cette unanimité des con- ^^ils de l'État dans le plus grand acte national qu'un P^Xiple ait à accomplir une fois dans sa vie provenait ^^ ce que chez le peuple américain des institutions *il>res ont entouré son berceau ; qu'elles ont, par con- ^écjuent, développé de bonne heure ses facultés intel- *^otuelles, tourné son expérience au profit de la se- ^^^té ; qu'enfîii elles ont donné à sa conduite politique ^^e vigueur favorable par cela même à l'adoption des Moyens de défense nationale.

6 DE LA PUfSSÂlVCE AMÉRICAINE.

Ce fot pendant la première session diï quâto^éttie congrès, et sous la présidence de Jameâ Mâdtsôn, éh 1816, que la législature américaine décréta qtie le pays serait mis en état de défense au moyen de fortifications permanentes; que l'armée de terre âeràit organisée, et que la marine recevrait un accroissement graduel. Des fonds pour ces divers objetiS furent immédiatement mis à la disposition du pouvoir exéctttif, et n'ont cessé depuis lors d'être votés annuellement pour satisfaire à l'accomplissement de cette loi.

Par suite des mêmes dispositions lé^slatives, le président des États-Unis fut autorisé par une loi spéciale à employer un officier supérieur français d'ilde expérience et d'un talent éprouvés, les longues guefffes de l'empire garantissant d'ailleurs qu'on devrait trouver un tel officier dans l'armée française. Lé dltoix s'arrêta sur le général Bernard, aide de camp de fCapoléen et chef de son cabinet topographîque (1).

Aussitôt après Farrivée du général Bernard au

(1) Le géDâraVBtiraalrd ftit mmnAéelief dbbureatftotfogMplIf^lMdan^j les oeot jour». K cette époque méniorable, Vëmp&eùr coàBà sd généMl tra?ail d'une immense portée^ celui de préparer un projet pour mobUiier.* dans un bref défiai, ioutes Tes gardes nationales de Fempire. Lldlto de* Fem^ pereur* était^ après avoir porté les premiœs eoup» auï téfea de odlomiiB s*a?anQaient sur notre capitale, d'employer ces forces dtoyjoinea. à reiioiiei hors de nos frontières les' hordes ennemies qui aTaient osé les firanchir. Le âénttrefdé"PtliiM'lcff> senlk ont empêché' l'acéompIftilAlMBii^ eéll^gHnMF -^ pensée dottt la tiiadUioB< devait être rdigieuaementconservéepoitfKiTenîr '^ Le général Bernard a en le bonheur de retrouver aux États-Unis tous les él mentk ^opres èf rêsBlisek* la pensée de Teitopereur" au profit db n6avèi^ aotade ;. eUîl< Mconsignées aoi atthivetf dir la gnervèée Ui réptdHUqtio^atléW^ caine, et elle pourra facilement être mise en pratique foraque le sabitde !• nation le requerra.

JËtats-Unis, une commis^ton composée d^ôfficiers de la marine et du génie fut créée, et chargée d^ examiner les moyens de déterminer lé meilleur $yi^1)ëmô de défense nationale.

Pour remplir l'importante tâche que la nation ve- :n.ait de lui confier par Torgane de ses chambres et de son pouvoir exécutif, la commission commença immédiatement par faire une reconnaissance approfondie de toutes les frontières de l'Union, tant de TAtlant;ique que du golfe du Mexique; de ses principaux c^aractères hydrographiques et géographiques, des ^voies de communication existantes, et mettant en rapport les vastes régions de l'ouest avec les États de X*est; enfin de la chaîne des Lacs, qui sépare au nord Xe territoire de l'Union des possessions britanniques On Amérique.

Après ce premier et indispensable tinvail^ la com-

Xnission se livra assidûment à combiner, à étudier et

à appliquer sur les lieux les moyens matériels de la

tléfense, dont les bases générales avaient d'abord

^té discutées contradicioirement fvar chaque nombre

<le la commission et arrêtées e&sUite à l'^aflitnité^

abandonnant le soin d'étudier plus «en détail <^hftoyB

des projets aux membres inâuenis du tofiaité.

La commission reconnut d'abord, t^omme base dn système qu'elle proposait, que, dans tin pays libre, constitué comme les États-Unis, là défense ntitionale devait reposer à la fois sur ra)pq[)tii mtttùel ifue doSvCîft

^ prêter la Bûarine, les ftirtificïitkws, les vbies de

communication par eau et par terre, Tarméé régulière et la milice organisée ;

Qu'après la marine, le corps des milices citoyennes, était appelé à la plus active coopération pour la défense ; que, pour rendre leur coopération plus efficace, il fallait préparer à l'avance et élever des fortifications derrière lesquelles elles pussent trouver un abri et un moyen d'arrêter l'invasion d'un ennemi;

Que, tous les points du littoral n'étant pas également vulnérables et importants, on pouvait commencer par couvrir de moyens défensifs permanents ceux qui se trouvaient présenter à la fois un plus grand appât à l'ennemi et les positions les plus importantes à conserver à la marine nationale, comme ports de refuge ou rades de rendez-vous.

Enfin la commission reconnut également, à l'unanimité, la nécessité d'employer les premières ressources de l'État à protéger les côtes par des fortifications sur le littoral du golfe du Mexique, et particulièrement du Delta du Mississipi.

Ce fut aussi par la rédaction des projets pour cette frontière que le général Bernard commença son honorable mission. Sans appréhension des dangers auxquels devaient l'exposer le climat dangereux de la Louisiane et les miasmes insalubres des marais du Mississipi, il n'hésita pas à s'y rendre dès son arrivée, et à y passer près de deux années pour mieux accomplir ses devoirs, dont le sentiment profond était chez lui une espèce de religion.

Dans la conception des divers projets de cet im-

mense système de défense et de communications com- BDiereiales, le général Bernard eut la plus belle et TTLinique occasion de développer ses rares talents^ ses coimaîssances si profondes et si variées comme ingénieur. Il porta toute son attention à plier son esprit militaire européen aux institutions démocratiques, aix:x vues économiques, aux habitudes commerciales d^ la nation qui lui avait fait l'honneur de l'appeler à soxâ service, pour concourir de sa personne à Fœuvre ^^ jplus gigantesque peut-être qu'on ait jamais conçue ^t exécutée dans aucun pays.

XI traça les routes, les canaux, les voies de commu-

^■^ création qui devaient relier entre elles toutes les par-

**^s de l'Union; il projeta la plus grande partie de ces

^•^^•^teresses qui mettront une frontière de treize cents

"^^es de développement à l'abri de toute invasion.

Toutes les fortifications furent étudiées dans la vue

rendre la défense la plus efficace possible, sanè

^elle pût jamais devenir un objet d'appréhension

P^^'^r la liberté des citoyens, ou de gène pour leurs

'^^Obitudes commerciales. Il donna à toutes le déve-

^^Jppement strictement nécessaire à une tonne dé-

^^^se, et en disposa l'intérieur de manière à assurer

^ ^ eurs courageux défenseurs, dans le cas d'une résis-

^^ce malheureuse, les moyens de s'assurer une ca-

I^^t;ulation honorable.

Par ces dispositions si habilement combinées, on

^^ peut contester que le général Bernard n'ait pro-

^Vtré à la nation américaine une très-grande économie

^^r l'ensemble des dépenses qu'elle aurait été en-

traînée à faire, si elïé n'aVait eu la sagesse de s^édai rer de l'expëHéncè que lès lohgues guerres d^Ëoi^bti àvàièiii donnée àui îngëhiéurs de Fancieh tnottdë.

Le iïiériie dii système de défense adopté par li Américains, c'est qu'il coiivre tous les grands k^nWt de popiilation et de coinmerfce de l'Union ; qu'il êtën également sa protection à toutes les grandes avenue d'eau, atix débouchés du commerce et des richeis prti diiits de l'industrie américaine, et qu'il utilise toute les forces vives de là ilàtion. Lés éléments dont il s compose ne sont et ne peuvent être séparés, et k relations iiombtèusës qtii, au contraire, existât entr eux, forineht un ensemble qui seul constitue soi excellence.

Chaque partie cotlcotirt à Feffet total, et chaqtî élément prêté à l'aùli'e un secours indispenâsd)lé Supprimez la marine, et la défense devient de tiai passive; rélranchéz les voies de communication d système, et la màrliiè cesse d'agir efficacement, puis qu'alors elle est exposée à manquer d'apprôvisîontaé ments ; lés fortifications ne pourraient oÉfrii* <5fa'tttt faible fésîstàhce si elles n'étaient ravitaillées à teïïiÇi d'hommes et de matériel de guerre ; enfin, si onabàn donnait les fortifications, la marine, devant alors di viser ses forces pour défendre ïes côtes, pètdfait tôtft son action collective.

On le vôTt donc, l'œuvre de la défense ne satrtai être complété sans tè concours simultané dé tons ce éléments égalefnënt indispensables, également ilb ^portants ; mais un dernier^ un immense avaûdtage È

système adopté, c'est de s'hannoniser avec les institutions civiles et politiques du pays, puisqu'en constituant une garantie matérielle de l'inviolabilité du territoire américain, de l'indépendance et de la sûreté du peuple américain, il contribue également à agrandir la sphère de prospérité de l'Union et son influence au dehors.

Je me pro|ïose de ttàiter successivement et séparément, dans les chapitres qui suivront, chacun des éléments dé la défense ùatiôtiale.

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