DU TRAITEMENT ANTIPHLOGISTIQUE LOCAL
L'idée d'attaquer les tumeurs charbonneuses par un dégorgement local n'est pas nouvelle; on la trouve exprimée dans les ouvrages de Guy de Chauliac et de Vigo. On a proposé, à cet effet, les ventouses et les sangsues. Le premier moyen est évidemment défectueux par la compression douloureuse qu'il produit sur la tumeur , et parce qu'il ramène vers son centre une fluxion qu'il est important, au contraire, d'en éloigner.
Les sangsues ne présentent pas les mêmes inconvéniens : pouvant être appliquées sur des points éloignés du foyer central, elles dégorgent d'une manière plus révulsive.
On ne peut expliquer le discrédit dans lequel elles sont tombées que parce qu'on les employait probablement avec trop de timidité pour en obtenir des effets marqués et salutaires , ou par les idées fausses qu'on s'était faites de la nature de la maladie, qu'on regardait comme étant éminemment asthénique.
Mais , nous dira-t-on , pourquoi aller chercher un moyen nouveau quand, de votre aveu, l'ancien traitement sauvait un grand nombre de malades?
La réponse à cette objection est très facile; nous espérons même qu'elle portera la conviction dans l'esprit du lecteur.
Quand deux chemins conduisent au même but, il faut toujours prendre le plus court et le meilleur. Les observations qui termineront ce chapitre et cet ouvrage prouveront que la route nouvelle offre ces avantages. En effet, on verra la pustule maligne résister à la cautérisation et céder comme par enchantement à l'application des sangsues.
Avant d'exposer la manière dé les employer, revenons encore sur une idée que nous n'avons fait qu'indiquer; confirmons-la par des faits capables de donner une base plus solide à la théorie que nous voulons établir.
La pustule maligne tue les uns par les angoisses et les évanouissemens; elle enlève les autres par l'inflammation des organes voisins ; le plus petit nombre périt par les progrès de la gangrène. Donnons des exemples de ces divers modes de terminaisons funestes. Nous espérons qu'ils démontreront clairement la supériorité des antiphlogistiques dans ces divers cas, parce qu'ils détruisent tout à coup la douleur, cause première des accidens qui viennent d'être signalés.
L'homme des Bordes de Farmou tiers , de même que sa fille, qui ont conservé jusqu'au dernier moment de l'appétit, la faculté d'aller et de venir sans éprouver une gêne notable dans les fonctions ce-
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rébrales, respiratoires et digestives, n'ont pu périr que par l'influence vague mais profonde de la tumeur sur tout l'organisme.
Si le berger de Doue n'avait pas été secouru à temps et convenablement, il serait mort, non pas de la pustule maligne, mais asphyxié par l'effet de la compression de la trachée, ou plutôt par suite de l'inflammation et du gonflement de sa membrane interne, comme cela est arrivé au malade de Coillot : « Quelques jours après , dit ce praticien , « je fus appelé pendant la nuit pour une femme « de Besnans, qui avait aussi une pustule maligne à « la joue; elle mourut quelques heures après mon « arrivée. Les seuls signes qui me firent pronos- « tiquer cet événement furent le froid des extré- « mités , ï impossibilité de la déglutition et la gêne « excessive de la respiration; car, malgré la gravité « des accidens, le pouls était encore fort; il n'était « pas précipité , et ses pulsations étaient très régu- « lières ; la malade avait d'ailleurs toute sa con- « naissance. »
Que l'on compare la promptitude du soulagement obtenu chez le berger de Doue à celui procuré par la cautérisation à la bouchère de Paris , traitée par MM. Boyer et Larrey , on verra que l'avantage le plus marqué est en faveur des sangsues , attendu que la malade traitée par ces deux chirurgiens célèbres n'a commencé à éprouver
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une légère amélioration que le lendemain de l'application du caustique.
N'ayant jamais vu succomber de malades par le progrès unique de la gangrène, il nous sera impossible d'en offrir un exemple ; mais , si ce cas se rencontrait, il faudrait rechercher avec soin si elle ne serait pas l'effet d'une lésion interne cachée qui exercerait sur la tumeur la même influence que l'inflammation intestinale de la fille du tapissier de Coulommiers a eue sur l'aspect de ses vésicatoires.
Une observation qui nous est personnelle, une autre qui nous a été communiquée par M. Roubaud, officier de santé à Saints, démontrent que, dans quelques cas, les sangsues, tout en ralentissant la marche de la pustule maligne, ne peuvent cependant la borner complètement, et qu'on est obligé d'en soutenir l'effet par une saignée générale : cette dernière opération ne sera pratiquée chez les sujets faibles qu'autant qu'on aura acquis la certitude de l'insuffisance des moyens locaux. Nous bornerons là ces réflexions générales, qui recevront un nouveau degré de force par les observations que nous avons promises.
Occupons- nous maintenant de tracer les règles à suivre pour appliquer convenablement les sangsues.
De la manière d'appliquer les Sangsues.
Le dégorgement local est, comme nous l'avons déjà dit, absolument inutile dans le premier période de la pustule maligne, la maladie n'étant encore qu'un simple bouton sans tension ni gonflement dans son voisinage : nous estimons que, dans cet état de la tumeur, une simple scarification faite avec la pointe d'une lancette, touchée ensuite avec la pierre infernale, qui possède le double avantage de détruire le virus déposé et de l'isoler des parties vives*, constitue le secours le plus simple et le plus court à employer.
Mais il n'en sera plus de même quand la tumeur sera parvenue au deuxième, troisième et quatrième période; il faudra alors diminuer l'engorgement existant.
Dans tous ces cas, le nombre des sangsues sera subordonné à l'étendue de la tumeur, à la force de la douleur qu'elle provoque, à la place qu'elle occupe, à l'âge et au degré de santé du malade : ainsi , il pourra varier depuis dix, vingt, trente, et davantage encore, selon les circonstances qui viennent d'être indiquées. Les applications seront renouvelées ou supprimées selon l'effet obtenu.
La froideur d'une partie du membre ne sera pas toujours une contre-indication, l'expérience ayant prouvé qu elle peut être la suite de l'intensité de l'engorgement, et que la chaleur revient avec la di-
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minution de celui-ci. On trouvera une preuve incontestable de ce principe dans ce qui est arrivé à la fermière de l'Oursine.
Les sangsues seront posées sur toute l'étendue du gonflement, mais, autant que possible, vers son centre, en évitant toutefois les parties rouges et érysipélateuses. En agissant autrement, on pourrait provoquer des points gangreneux, comme cela est arrivé chez le marchand de bestiaux, à la suite des scarifications qui ont été faites sur la tumeur. Après la chute des sangsues , on couvrira la partie d'un cataplasme émollient possédantes propriétés de diminuer la rigidité et de faciliter l'écoulement sanguin.
Cependant, si, ce qui arrive quelquefois, il incommodait par sa pesanteur, on lui substituerait des linges imbibés d'une décoction tiède de guimauve ou de graine de lin.
L'escarre sera préservée des applications humides et relâchantes par un linge plié en plusieurs doubles et recouvert de styrax.
Quand les accidens inflammatoires seront calmés , quand il ne restera plus qu'un empâtement froid , on le couvrira de compresses imbibées d'une infusion aromatique animée de quelques gouttes d'eau-de-vie camphrée. Ce dernier moyen sera même inutile , si l'enflure est peu étendue et si elle n'offre pas une trop grande dureté. Pour faciliter la chute de l'escarre, et pour le pansement de la
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plaie, on se conformera entièrement à ce qui a été dit à l'article de son traitement.
Telles sont les remarques générales applicables au sujet que nous traitons; mais il en reste encore à exposer de relatives au siège qu'occupe la tumeur.
De la Pustule maligne de la tête.
Dans cette position de la pustule maligne , l'art a trois buts à se proposer : le premier est sans contredit d'arrêter la maladie; le second, d'éviter qu'elle ne s'étende au cerveau; le troisième, de combattre cet accident , s'il existe déjà.
Ce désordre étant le plus à redouter, il faut l'attaquer avec énergie par les saignées locales , les saignées générales, et par toute la série de secours proposés contre les inflammations cérébrales. Malgré toute la vigilance du médecin , un certain nombre de malades pourra bien succomber; mais^, certainement, le nombre en sera moins grand que si , ne voyant dans la tumeur que la gangrène à redouter, on l'attaquait exclusivement par le kina et autres toniques.
De la Pustule maligne du cou.
La pustule maligne du cou tire son plus grand danger de la suffocation. C'est donc elle qu'il faut encore prévenir ou enlever quand elle existe déjà. Ce qui est arrivé au berger de Doue est un modèle à suivre en pareille occasion.
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La pustule maligne du cou peut, selon la remarque deM.Chaussier, déterminer une stase du sang dans le cerveau; le dégorgement de la tumeur, en facilitant le retour de ce liquide, sera le moyen le plus salutaire à employer dans ce cas particulier.
De la Pustule maligne de la poitrine.
Si la pustule maligne est située à ïa partie inférieure du cou ou supérieure de la poitrine, le gonflement quelle détermine pourra fort bien pénétrer dans cette cavité et s'opposer à la respiration. Dans ce cas particulier, les sangsues seront encore le secours le plus prompt et le plus certain à employer ; il faudra les poser au-dessus du sternum , entre les attaches des sterno-mastoïdiens et audessus des clavicules , et en proportionner le nombre à l'intensité des accidens : agir avec timidité , serait s'exposer à perdre son temps et son malade.
Première Observation.
Le sieur Gadbled, cordonnier à Coulommiers , petit, potelé, d'une bonne santé habituelle, âgé de 28 ans, éprouve, dans le mois de janvier 1824? une légère rougeur et de la démangeaison à la joue : cette partie se gonfle , devient tendue , douloureuse; la douleur est partagée à un haut degré par les dents voisines. Son épouse , exerçant la profession de sage-femme , prend cette affection pour
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une fluxion dentaire ; dans cette idée , elle applique sur la partie malade vingt sangsues; après leur chute, elle la recouvre d'un cataplasme émollient. Ce traitement calma de suite les douleurs, s'opposa aux progrès du gonflement, qui resta cependant stationnaire.
Nous ne vîmes le malade que le quatrième jour de l'invasion, c'est-à-dire le lendemain de l'application des sangsues.
On observait alors une escarre ronde, sèche, dure, noire, de la grandeur d'un sou, parfaitement distincte de la peau environnante , qui était saine et conservait sa couleur naturelle : l'escarre produisait l'effet d'une mouche de taffetas noir posée sur la peau, parce qu'elle n'était environnée d'aucune trace inflammatoire. Le malade, sans fièvre , continua son travail.
Quoique l'escarre fût parfaitement bornée , nous crûmes qu'il était sage de la scarifier et de la cautériser ensuite avec de l'acide sulfurique. Ces opérations ne provoquèrent d'autre impression qu'une légère chaleur.
La portion gangrenée fut recouverte ensuite avec de la charpie enduite de digestif simple : le malade , mis à un régime léger et rafraîchissant , ne vit tomber l'escarre qu'au bout d'un mois; elle se détacha d'elle-même et d'une seule pièce, le malade n'ayant rien voulu faire pour en hâter la chute.
La plaie , grisâtre dans les premiers jours , ne fut pansée qu'avec de la charpie sèche , et la guérison n'en a pas été moins rapide, et n'a laissé qu'une petite cicatrice circulaire peu sensible.
Réflexions.
Le malade a déclaré ne s'être exposé à aucune cause infectante ; sa pustule maligne n'a pu lui être communiquée par les mouches, qui n'existent plus dans la saison froide : on ne peut donc raisonnablement l'attribuer qu'aux cuirs, matière première de sa profession.
Les scarifications étaient, dans le cas dont il s'agit , évidemment inutiles au moment où nous avons été demandé ; nous ne les avons pratiquées que pour nous conformer à la règle et éviter les reproches qu'on eût pu nous adresser, si des accidens nouveaux étaient survenus.
On sera sans doute surpris du temps que la nature a mis à séparer les parties mortes des vivantes.0 on pourrait attribuer la longueur de cette opération aux sangsues, qui se sont opposées à la réaction inflammatoire, si d'autres faits, qui vont être rapportés, ne prouvaient pas évidemment que cette explication n'est pas complètement admis-* sible.
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Deuxième Observation communiquée par M. Roubaud, officier de santé à Saints.
Le 8 septembre 1825, à dix heures du matin, mademoiselle Massé, âgée de 20 ans , d'une bonne santé habituelle , et fille d'un fermier d'Épiais , me fit demander pour une démangeaison qu'elle éprouvait à la joue droite.
Je remarquai un bouton de la grosseur d'une lentille, sans bouffissure ni rougeur dans son voisinage ; je conseillai des lotions avec die l'eau vinaigrée.
Le même jour, à six heures du soir, l'on me fit demander de nouveau : la malade disait éprouver une douleur brûlante dans le lieu de la pustule, qui était alors brune, de la grosseur d'un pois , et environnée d'un cercle rougeâtre d'où partait une ligne légèrement phlogosée, qui se dirigeait vers l'oreille.
J'incisai la dureté, la cautérisai ensuite avec l'acide sulfurique, et la pansai avec un linge couvert de styrax , et un cataplasme émollient sur le reste du mal. Le pouls était plein , fiévreux ; la nuit fut fort agitée.
Le 9, à cinq heures du matin, le gonflement s'était fort étendu, et l'escarre ne semblait pas devoir se borner ; nouvelles scarifications et cautérisation, continuation des autres moyens. Je fis en outre appliquer dix sangsues, qui ne produisirent aucun effet.
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Le soir du même jour, je fis demander M. Régnier; je posai, d'après son avis, vingt nouvelles sangsues qui amenèrent un soulagement marqué et une bonne nuit.
Le 10, plus de douleurs ; le gonflement est considérablement diminué; l'escarre s'est détachée au bout de huit jours ; la plaie est pansée les premiers jours avec du digestif, et, par la suite, avec de la charpie sèche.
La boisson ordinaire, dans tout le cours de la maladie , ne fut que de l'eau d*orge et de la limonade, avec privation entière des alimens pendant le temps de l'irritation.
Troisième Observation communiquée par M. Rouhaud.
Le i3 novembre 1826, je fus demandé par mademoiselle Defer, âgée de 4° ans; elle éprouvait, de la veille , une douleur brûlante à la joue droite, près de l'oreille , où je remarquai une petite pustule noire , de la grandeur d'un centime, et dont la circonférence était dure et d'un rouge brun.
Scarification et cautérisation de la tumeur avec l'acide sulfurique , styrax sur l'escarre , cataplasme sur le reste de la tumeur, diète absolue, limonade. Le soir du même jour, application de dix sangsues sur la tumeur.
Pendant la nuit, la malade a de la fièvre, et le gonflement ne diminue pas.
Le 14, nouvelles scarifications et cautérisation
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pour tâcher de borner la gangrène qui continue à s étendre.
Le soir, saignée du bras; dix nouvelles sangsues sur la tumeur ; continuation des mêmes topiques , nuit calme, diminution de l'enflure.
Le i5, le gonflement n'augmente plus; la malade souffre peu; elle a de l'appétit, on lui accorde un léger bouillon.
Le 16, enflure considérablement diminuée; repos de trois heures, pendant la nuit du 1 6 au 17.
Le 17, la malade se trouve parfaitement bien et demande à manger.
Le 19, la malade reste levée pendant quatre heures de suite.
Le 11 , l'escarre , de la grandeur d'un petit écu , se sépare des parties vives et tombe entièrement.
Le 3o, la plaie est pansée pendant huit jours avec un digestif simple.
Enfin , on substitue à ce médicament la charpie sèche jusqu'à parfaite guérison. Limonade ou eau d'orge pour boisson ordinaire pendant la période d'irritation.
Quatrième Observation.
Le jeune Gosme, âgé de i5 à 16 ans, petit, faible, pâle, ayant encore l'embonpoint de l'enfance, éprouve, dans le mois de juillet 1825, après avoir travaillé à des laines , dont son père fait un grand commerce, une démangeaison à la joue gauche;
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elle existait depuis deux jours quand il se présenta pour connaître la nature de son mai (c'était un jeudi ). Point gangreneux de la grandeur d une large lentille, environné d'un peu de bouffissure, sans changement de couleur à la peau, avec démangeaison brûlante fort incommode.
Scarification de l'escarre , application de l'acide sulfurique parfaitement sentie par le malade. La tumeur est ensuite recouverte à son centre avec un linge enduit de thériaque, sur lequel on pose un cataplasme émollient qui s'étend sur toute la bouffissure.
Le soir, gonflement plus considérable , douleurs plus vives, l'escarre s'étend.
Douze sangsues sur la tumeur : soulagement, tension moins considérable de la partie.
Vendredi. Nuit assez calme; mais, le matin, les douleurs avaient repris leur première intensité.
Quinze nouvelles sangsues sur la tumeur : nouveau soulagement, l'escarre a la grandeur d'un sou; diète absolue, limonade.
Samedi matin. Les douleurs, qui avaient été médiocres pendant la nuit , se raniment. Troisième application de sangsues au nombre de quinze; immédiatement après leur chute, douleurs moins fortes , tumeur plus molle.
Dimanche. Malgré les soulagemens obtenus par les sangsues, le gonflement continue, quoique avec lenteur, à s'étendre; la joue est fortement gonflée.
Ja paupière l'est aussi ; le malade ne peut découvrir l'œil voisin de la tumeur; douleurs compresssives fort pénibles ; douleurs de tête du côté de la tumeur, pouls dur et irrégulier.
Saignée du bras. Le sang s'échappe avec force de la veine; il est d'un rouge vif, presque artériel.
Le soir, soulagement marqué; tumeur plus molle ; pouls plus souple et plus calme ; enfin ,bien-être général prononcé.
Dans la nuit du dimanche au lundi , un vannier, grand guérisseur de charbon, arrive, applique son remède, mélange d'oxide de cuivre et de graisse. Du moment de son application, les douleurs se raniment. Le malade inquiet nous fit demander de grand matin... suppression du topique irritant; le calme se rétablit promptement. Au bout de neuf jours, l'escarre, qui avait la grandeur d'une pièce de trente sous , se détache entièrement ; la plaie traitée avec de la charpie enduite de cérat se guérit rapidement, en ne laissant qu'une cicatrice peu étendue et peu visible.
Réflexions.
Ce malade, naturellement faible et délicat, ne doit sa guérison qu'aux sangsues et à la saignée du bras, la cautérisation n'ayant pu s'opposer aux progrès du mal. Les sangues n'ont fait qu'entraver sa marche sans l'arrêter ; il a fallu en
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soutenir l'effet par une émission sanguine générale.
Dans tout le cours de l'irritation , le malade n'a bu que de la limonade; il a été privé d'alimens et on ne lui a fait prendre aucune préparation de
kina , etc.
Cinquième Observation.
Madame Legouge, fermière à l'Oursine, âgée de quarante-huit ans, d'un teint très coloré, sujette à de fortes et fréquentes douleurs de tète, qu'on a cherché à détruire dans le temps par des saignées qui n'ont eu d'autre résultat que de provoquer des convulsions longues et alarmantes ; celles-ci n'ont plus permis de tenter ce moyen curatif, que l'état de la malade semblait indiquer.
Cette malade avait déjà eu, à diverses époques, cinq pustules malignes, toutes provoquées par des soins donnés à des vaches atteintes du sangderate (fièvre charbonneuse de Chabert) : toutes ces tumeurs ont été guéries avec la plus grande facilité par les scarifications et les caustiques.
Mais, le 22 octobre 1 825, cette fermière diligente, qu'aucun danger ne peut arrêter, fouille une vache attaquée du même genre de maladie que celle dont nous venons de parler; pour diminuer le danger, elle se sert d'une cuillère de bois : cependant quelques parties d'excrémens lui tombent sur les mains. Son opération terminée, elle les plonge de suite dans de l'eau tiède vinaigrée, les lave avec le
plus grand soin et à plusieurs reprises, et se croit en sûreté.
Cependant, le Ier novembre, démangeaison à la face palmaire de Favant-bras gauche à trois ponces du poignet, puis légère rougeur.
Le 1 , la malade va consulter M. Roubaud; il était quatre heures du soir, et déjà on voyait une pustule de la grosseur d'un pois, placée sur une petite dureté , d'un rouge brun , d'où partait une ligne phlogosée, d'une couleur plus vive, et qui s'étendait jusqu'au pli du bras.
La tumeur fut de suite scarifiée; il s'en échappa quelques gouttes de sang. On la cautérisa ensuite avec de l'acide nitrique, et on la pansa avec un linge enduit de styrax, coupé de la grandeur de l'escarre, et par-dessus le tout on posa un cataplasme de mie de pain et d'eau de guimauve.
Le 3 au matin, la gangrène n'était pas bornée, le gonflement était plus considérable , les démangeaisons plus fortes ; on renouvela les scarifications et la cautérisation; on supprima le cataplasme, qui incommodait par son poids, et on le remplaça par des compresses imbibées d'eau de guimauve. Soulagement.
Le soir, on remarqua que la gangrène s'étendait toujours, que la peau était plus tendue, plus chaude et légèrement érysipélateuse. M. Roubaud proposa d'appliquer dix sangsues sur toute l'étendue du gonflement: trois seulement voulurent s'attacher.
Ce nombre, trop petit pour amener un dégorgement utile , fut suivi d'un sentiment de pression à la région épigastrique , qui empêcha la malade de parler pendant deux heures.
De ce moment, la tumeur, dont la marche avait été assez lente, fit des progrès rapides; l'enflure s'empara de tout le membre et s'étendit jusqu'à la poitrine ; la malade éprouva de fortes douleurs momentanées à la base du pouce, qui ne paraissait pas plus tendue que les autres parties du membre. Ces douleurs sont si vives qu'elles font naître un malaise fort incommode au creux de l'estomac, lequel augmente, diminue ou se passe avec elles.
Le 4> à midi, jour et heure de notre première visite, figure très rouge, douleurs de tête et de l'estomac vives, pouls petit, concentré, régulier; langue bonne, humide, point de soif; gonflement énorme de tout le membre; l'escarre sèche est environnée d'un grand nombre de phlyctènes donnant une sérosité brunâtre, et dont l'ensemble comprend un espace ovoïde de deux pouces et demi de long sur deux de large; la main était bouffie , pâle et froide , pendant que tout le reste du bras possédait une chaleur plus grande qu'à l'ordinaire.
Vingt-crnq sangsues sont appliquées sur toute l'étendue du membre , mais plus particulièrement dans le voisinage de la tumeur primitive : l'écoulé-
ment est abondant; il n'est pas suivi d'étouffément; le gonflement n'augmente plus, mais on reconnaît qu'il n'est pas arrêté par sa dureté, qui devient plus grande.
Le 5, trente nouvelles sangsues sont encore appliquées sur toute l'étendue du membre. Soulage» ment marqué : la malade s'endort dix minutes pendant leur effet; elle repose une heure et demie de suite dans la nuit, ce qu'elle n'avait pu faire depuis l'invasion de la maladie, et, le matin, elle se sent assez bien pour se lever le temps nécessaire pour faire son lit; le gonflement, plus mou, n'augmente plus; la main, toujours froide > est enveloppée de linges chauds.
Le 6, à sept heures du matin, les douleurs de la base du pouce reparaissent; elles réveillent celles de la tête et de l'estomac... le tout se calme au bout de deux heures. Le reste de la journée se passe bien ; la malade reste levée pendant trois heures.
La nuit du 6 au 7 est fort agitée; les douleurs de la base du pouce sont vives, mais de peu de durée. Le matin, on remarque une escarre de la grandeur d'une pièce de vingt-quatre sous, bien distincte des parties vivantes. Le membre est moins tendu, beaucoup plus mou; la malade se trouve bien ; son pouls est naturel. Soumise à une diète sévère pendant les accidens, elle demande un bouillon, qui lui est accordé et qui passe bien. Le 1 5, jour de notre dernière visite, l'escarre
primitive occupait tout l'espace compris par les phlyctènes; elle est tombée, ainsi que celle du pouce, le 20 du même mois.
Quand les accidens de l'irritation ont été calmés , on a pansé les plaies avec de la charpie enduite du baume de genièvre, et l'on a enveloppé le tout avec des linges imbibés d'une décoction de kina animée avec un peu d'eau-de-vie camphrée.
Enfin la guérison a été aussi prompte que pouvait le permettre la gravité des accidens ; mais la malade a conservé long-temps de la rigidité dans
les doigts.
Réflexions.
Cette observation démontre que le venin est très adhérent, que les lavages faits avec tout le soin possible ne préservent pas toujours de son action, et qu'il est indispensable de se conformer pendant huit jours aux règles que nous avons établies en parlant des secours préservatifs.
Elle confirme ce que l'on savait déjà, que les scarifications et les caustiques, qui réussissent fréquemment, ne sont pas toujours certains; qu'il est indispensable , chose qui n'avait pas été suffisamment sentie, de combattre l'engorgement qui semble quelquefois s'accroître par les efforts mêmes que l'on fait pour l'arrêter.
On ne peut se dissimuler que les saignées locales n'aient été fort utiles, quoique les spasmes qui ont succédé à la première application et le
gonflement froid de la main semblassent, au premier aspect, les contre-indiquer. Si, dans ce cas douteux, elles ont eu un succès si complet, que ne doit-on pas en attendre dans les pustules malignes moins graves ?
Conclusions générales à tirer des cinq Observations p récédentes.
On a vu que nous avons toujours fait précéder le dégorgement local par la cautérisation. Dans l'origine, nous avons cru cette marche plus sûre et' plus rationnelle, parce que, la cause se trouvant détruite, laguérison des effets nous paraissait devoir être plus certaine. Cependant la gangrène évidemment arrêtée par les sangsues seules chez le sieur Gadbled, la mortification bornée chez les autres malades par le même moyen , après avoir vu échouer l'action des caustiques qui irritent et stw mulent une partie déjà très gonflée, nous avaient fait concevoir le projet de supprimer ceux-ci dans les cas qui pourraient se présenter à nous par la suite, et de n'attaquer les accidens locaux que par les saignées capillaires; mais, n'exerçant plus la médecine depuis deux ans par suite d'une indisposition ancienne, il nous a été impossible de réaliser notre projet, et c'est avec une vive satisfaction que nous avons vu nos conjectures se vérifier dans deux observations faites par M. Perroud, médecin à Villefranche, et insérées à la page 238
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des Annales de la Médecine physiologique de l'année 1826. Pour donner une idée exacte des résultats obtenus , nous allons rapporter textuellement les deux observations de ce médecin.
Première Observation.
M. ***, âgé de vingt-huit ans, d'une forte constitution, tanneur, s'est fait mettre il y a trois mois des anneaux aux oreilles; la droite a conservé un léger suintement. Le i[\ avril 1826, à son réveil, il éprouve, à l'oreille affectée, une violente douleur, s'étendant à tout le côté du cou correspondant : le lobule est rouge, gonflé, rénitent, comme emphysémateux; une petite pustule grisâtre se fait remarquer à la partie supérieure de l'ouverture qui livre passage à l'anneau.
La tuméfaction du lobule, qui est considérable, se propage dans l'espace in ter maxillaire; la figure est pâle, abattue; la langue est blanche, avec inappétence ; le pouls est dur et fréquent. Ce garçon avait manié la veille le cuir d'une vache morte d'une maladie de mauvais caractère , et avait probablement porté ses doigts malpropres sur la petite plaie de l'oreille. Je fais enlever l'anneau; ce qui procure du soulagement. Douze sangsues sont appliquées autour de l'oreille; des cataplasmes émolliens sont maintenus sur la partie affectée ; le malade est mis à la diète , et l'on donne de l'eau d'orge pour boisson. Ceci fut fait dès le matin , et
déjà, le soir, par l'effet du saignement abondant des piqûres de sangsues, iî y eut une grande diminution dans la douleur et le gonflement; le point noirâtre ne s'étendit pas davantage. Une syncope étant survenue, on suspendit le cours du sang; après quoi , la faim s'étant fait sentir , on donna un léger potage.
Le 1 5 avril, le lobule de l'oreille est revenu à son volume naturel; la pustule noire laisse audessous d'elle une légère excoriation ; il reste encore un peu de gonflement dans l'espace intermaxillaire ; les fonctions sont dans leur état naturel : on continue les applications émollientes, et l'on observe un régime régulier.
Le 26 , tout est rentré dans l'ordre : le malade veut reprendre son travail, ce qui amène, le lendemain, un gonflement considérable des parties qui ont été affectées; mais de simples applications émollientes suffisent pour tout dissiper en quelques heures en procurant un suintement séro-sanguinolent très copieux. Le malade ne reprit ses occupations que trois jours après ce dernier accident, non qu'il fût plus fatigué, mais par prudence.
Deuxième Observation.
Un pâtre âgé de quarante ans fut piqué aux champs par une grosse mouche, sur le dos de la main gauche, le 19 juin 1826. De suite, douleur vive , suivie d'un chatouillement qui force le ma-
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lade à se gratter ; il enlève le petit bouton qui s'est formé dans la soirée; la main se gonfle beaucoup sans douleur bien prononcée. Le malade continue d'aller aux champs; mais, dans la nuit du 23 au 24, le gonflement de la main et du bras fut porté à son comble, ainsi que la douleur. Ce ne fut que dans la soirée de ce dernier jour que je vis le malade pour la première fois : abandonné à ses souffrances dans une étable, il poussait des cris plaintifs; sa main était énormément tuméfiée et présentait, sur sa face dorsale, deux points grisâtres de forme irrégulière, de la largeur d'une pièce de deux francs. L'avant-bras et le bras, violemment gonflés, étaient d'un rouge luisant et parsemés çà et là de phlyctènes de couleur citrine; il y avait une douleur très forte, chaleur excessive, avec soif, langue sèche et brunâtre, pouls plein, fréquent et dur; la physionomie portait l'empreinte des angoisses auxquelles le malade était en proie.
Le malade est transporté à l'hôpital, d'où l'on était éloigné d'une lieue ; à son arrivée , trente sangsues furent mises autour de la main ; le membre fut enveloppé de compresses imbibées d'une infusion de fleurs de mauve et de sureau; je prescrivis une limonade pour boisson , la diète et une potion avec quinze gouttes de laudanum liquide.
Le 25 juin, le malade a quelques instans de repos; la douleur et le gonflement, quoique moindres, sont encore très forts; la langue est
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blanchâtre et rapetissée, sans sécheresse; le pouls est fréquent et dur ( quinze sangsues autour du poignet et dix à l'épigastre : même prescription). i Le 26, les sangsues ont piqué sur les phlyetènes; il ne s'est écoulé que de la sérosité; il y a beaucoup de douleur, mais plus de souplesse dans les parties affectées (quinze sangsues disséminées sur le dos de la main , et même prescription ).
Le 27, les sangsues ont abondamment saigné; la nuit a été calme; la main, l'avant-bras et le bras sont bien dégorgés ; la douleur est très diminuée; les doigts peuvent se mouvoir; chaleur générale et pouls naturel; appétit. Les escarres se sont for-* mées dans l'étendue qu'occupaient les points grisâtres lorsque je vis le malade pour la première fois. Continuation du traitement : on accorde trois soupes.
Le 28, les phlyetènes se détachent et laissent à nu le derme rouge, suintant, sans excoriation profonde (même prescription ) ; la main , l'avant-bras et le bras reprennent peu à peu leur volume naturel ; les deux escarres du dos de la main se détachent peu à peu : on panse avec de la charpie imbibée de chlorure de chaux.
Le 7 juillet , il survient un gonflement très douloureux au coude; dix sangsues le bornent, et quelques cataplasmes émolliens le dissipent entièrement.
De temps en temps on fait baigner le membre
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dans l'eau de mauve. Les escarres se détachent et la cicatrisation s'opère en même temps; les mouvemens s'exécutent facilement, et aujourd'hui, 1 4 juillet, tout est cicatrisé.
Ici se termine ce que nous avons à dire sur la pustule maligne : malgré tous nos efforts, nous laissons encore beaucoup de choses importantes à désirer sur la nature intime de ses causes, sur les nombreuses altérations pathologiques qu'elle provoque, ainsi que sur les moyens de les éviter et de les guérir.
Les recherches anatomiques pourront seules éclairer ces points importans de son histoire. Elles seront plus faciles pour les médecins de notre époque par la nouvelle découverte de M. Labarraque, qui possède l'heureuse propriété de détruire la fétidité des matières animales en putréfaction , et peut-être aussi celle de neutraliser le virus charbonneux; mais c'est au temps à prononcer sur ce point, qui mérite particulièrement d'être étudié.
Si les sept observations qui terminent notre travail, unies à celles du berger de Doue, suffisent à la confirmation de la théorie qui a présidé à sa rédaction , empressons-nous de reconnaître qu'elles ne sont pas assez nombreuses pour en déduire des règles applicables à tous les cas de pustule maligne qu'on pourra rencontrer dans la pratique. C'est pourquoi nous invitons les médecins à s'occuper
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de ce point important de Fart : ils pourront s'y livrer avec d'autant plus de sécurité, que nous n'avons pas de revers à cacher; que le succès a constamment couronné nos premières tentatives. Indépendamment des bienfaits directs qui résulteront de ces recherches, elles fourniront des pièces nouvelles pour juger avec connaissance de cause les graves questions agitées dans ce moment, et en faveur desquelles une multitude de faits semblent se réunir et annoncer le succès.
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