SECTION VI
DES CHLORURES d'oXIDE DE SODIUM ET DE CHAUX»
Nous venons de passer en revue les moyens proposés pour borner la gangrène, dessécher l'escarre et donner de l'activité aux chairs. Pour corn pléter ce que nous avons à dire à ce sujet, étu-
ic)i de la pustule
dions les propriétés des chlorures de sodium et de chaux, possédant à un haut degré la faculté de détruire les émanations animales putrides , et de prévenir les funestes effets de ces exhalations sur les êtres vivans.
Dans la pustule maligne simple, c'est-à-dire dans celle où l'escarre est sèche et sans odeur, nous estimons que ces préparations chimiques seront d'une faible utilité comme antiseptiques proprement dits. Cependant il sera toujours utile d'en humecter l'appareil qui recouvre la tumeur, parce qu'elles pourront peut-être changer la nature du liquide exsudé et détruire sa propriété contagieuse; on n'abandonnera ce moyen que quand la maladie, par son aspect et la nature de son pus, aura pris les caractères d'une plaie simple. A.u reste , ce que nous venons de dire n'est qu'une conjecture fondée uniquement sur l'analogie, puisque ces préparations, à notre connaissance, n'ont encore été employées qu'une seule fois dans la pustule maligne, par M. Péroud. On trouvera son observation à la fin du onzième chapitre.
Les chlorures de soude et de chaux possèdent également la propriété antiseptique ; il existe cependant des circonstances qui doivent faire préférer l'un à l'autre. Dans l'opération désinfectante, les chlorures, suivant leur nature , deviennent des hydrochlorates de chaux ou de soude. Le premier sel a la propriété d'attirer l'humidité de l'air , et de
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fournir à la matière putride avec laquelle il est en contact, de l'eau, élément de toute putréfaction i tandis que l'hydrochlorate de sodium est un sel très sec qui agit comme conservateur.
D'après ces raisons, le chlorure de chaux sera employé quand on ne voudra que détruire momentanément la putridité. Celui de sodium, au contraire, sera préféré dans les affections gangreneuses^ et pour laver les hommes et les animaux qu'on veut purifier avant de les placer avec ceux de leur espèce qui sont sains, ou pour assainir les maisons et les écuries qui doivent les loger. On verra les heureux effets qu'ils ont produits sur des tumeurs charbonneuses des animaux. Nous prions d'observer que ce n'est pas nous éloigner de notre sujet que de nous livrer à ces recherches, puisque ces tumeurs sont souvent la cause de la pustule maligne , et que d'ailleurs nous ne possédons pas assez de faits recueillis sur l'homme pour pouvoir nous dispenser de faire mention de ces recherches.
Du Chlorure de sodium dans les affections gangreneuses,
M. le professeur Marjolin , chirurgien en chef de l'hôpital Beaujon , a fait usage du chlorure de sodium pour des affections gangreneuses, soit que cette dégénérescence se montrât à la suite de l'amputation d'un membre ou qu'elle survînt par toute autre cause.
M. Jules Cloquet, chirurgien en chef adjoint de l'hôpital Saint-Louis, a également employé cette substance pour combattre les ulcères gangreneux. Dans plusieurs de ces maladies , extrêmement graves, il a fait baigner le membre sphacelé dans du chlorure étendu de dix à quinze parties d'eau, et a fait prendre intérieurement 1 5 à 3o gouttes de ce liquide dans une pinte de tisane.
M. Ségalas, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, disait , il y a déjà plus de deux ans \ a que le médecin doit apporter beaucoup de réserve « dans l'application de cette substance sur les surce faces dénudées, surtout quand il s'agit de l'injecter « dans les parties génitales. Étendue d'eau, elle est « moins irritante et n'en conserve pas moins ses « qualités précieuses qui l'ont fait placer parmi les « médicamens énergiques. Aujourd'hui , dit - il « (Journal de Chimie médicale^ ann. i8a5, p. 272), « je viens d'appuyer cette dernière proposition par « deux observations de cure de maladies gan gréce neuses, obtenue tout récemment sous l'influence ce de ce médicament , désigné communément sous ce le nom de tiqueur de Labarraque. »
L'un des faits a été observé sur un homme affecté d'une gangrène, suite de l'infiltration de l'urine. Le scrotum était quintuplé de volume r infiltré d'urine et sphacelé à la partie la plus déclive : ce j'incisai profondément l'escarre , je laissai ce dégorger les lèvres de la plaie , et je passai une
a sonde fine dans l'urètre ; je fis ensuite des lotions « sur les parties mortes avec le chlorure de soude « à l'état pur : la plaie, le lit, la chambre du ma- « lade furent désinfectés à l'instant.
« Je terminai par un pansement fait avec de la « charpie imprégnée du même liquide , dans quatre « parties d'eau. Le lendemain matin, à ma grande « surprise, je trouvai plusieurs escarres détachées « et le malade en fort bon état. Je répétai le pan- « sèment de la veille ; le soir^ la plaie était vive à « toute sa surface. Je cessai l'emploi du chlorure ; « dix jours après , la plaie était entièrement cica- « trisée. »
Nous pourrions ajouter au fait rapporté par M. Ségalas d'autres cas qui constatent également les heureux effets du chlorure; mais, pour ne pas trop nous écarter de l'objet particulier de nps études, nous allons rapporter quelques observations de M. Bouley jeune r médecin vétérinaire.
« Tous les vétérinaires qui ont employé les se tons « dans le traitement des chevaux atteints de la ma- « ladie épizootique ont été à même de remarquer « que ces moyens étaient presque toujours inutiles «et souvent dangereux. J'ai, pour mon compte « particulier, observé huit tumeurs charbonneuses « qui ont été le résultat de leur application : cinq « des animaux qui en étaient affectés ont succe combé ; les trois autres ont été guéris.
« Les cinq premiers ont été traités par la eau™
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a térisation et les antiseptiques à l'intérieur, et les « trois autres par les mêmes moyens et l'usage du « chlorure de sodium de M. Labarraque. Les heu- « reux effets que j'ai obtenus de ce médicament me « déterminent à faire connaître avec quelques dé- « tails les circonstances dans lesquelles je l'ai mis « en usage et les résultats qu'il a produits* »
Première Observation.
Le 3i mars dernier, un cheval bai, âgé de cinq ans, appartenant à M. le comte Dyssy , fut atteint de la maladie régnante. Un traitement rationnel fut mis en usage pour combattre cette affection, qui ne présenta aucun signe alarmant jusqu'au cinquième jour, époque à laquelle une tumeur considérable, peu douloureuse, se manifesta au poitrail, dans l'endroit même où deux sétons avaient été placés quelques jours auparavant, et prit en peu de temps tous les caractères du charbon. Je m'empressai alors de supprimer les sétons; je fis pénétrer à l'instant même douze à quinze pointes de feu dans l'engorgement, et je prescrivis l'extrait de gentiane et le camphre dans des préparations convenables. Ces moyens ne produisirent pas ce que j'en attendais, et, dans le courant de la nuit du cinquième au sixième jour, le mal fit des progrès rapides ; nouvelles cautérisations, même traitement. Enfin, le septième jour, la tumeur qui avait pris un nouvel accroissement laissait écouler
une humeur sanieuse, fétide, d'une odeur particulière, qui ne permettait plus de douter de l'existence de la gangrène; la prostration des forces était portée à son comble, et tout annonçait une terminaison funeste et très prochaine.
Tel était l'état presque désespéré de cet animal , lorsque M. le docteur Ségalas le vit et m'engagea à employer le chlorure d'oxide de sodium de M. Labarraque, en m'assurant qu'il en avait obtenu des effets merveilleux sur l'homme dans un cas semblable. Je m'empressai de mettre à profit les conseils de ce médecin savant. Je fis faire de suite des injections de chlorure dans les ouvertures pratiquées au moyen du cautère actuel; ces injections furent faites toutes les heures, et les plaies pansées immédiatement après au moyen d'étoupes coupées. Je fis faire des aspersions fréquentes dans l'écurie avec la même liqueur étendue de cinq à six parties d'eau. A compter de ce moment, la tumeur ne fit plus de progrès sensibles, et l'odeur désagréable qu'elle répandait fut en partie détruite.
Du quatrième au cinquième jour, les escarres ont commencé à tomber, la suppuration s'est établie, et tout danger a cessé; enfin la plaie considérable qui est résultée de la chute de l'escarre s'est promptement cicatrisée, et, en moins d'un mois, cet animal s'est trouvé en état de reprendre son service habituel,
Deuxième et troisième Observation.
Deux chevaux hors d'âge, appartenant, l'un à M. Injèy boucher à Paris, l'autre à M. Renoult, cultivateur à Ivry, ont été affectés de la même maladie régnante, dans le courant du mois de mai, et tous deux ont éprouvé le même accident que le précédent par suite de l'application de sétons; ces deux animaux ont été traités et guéris par les mêmes procédés dans l'espace de vingt à vingtcinq jours.
M. Ghamas , médecin vétérinaire de la gendarmerie de Paris, a fait, sur une tumeur charbonneuse qui, dans peu d'heures, avait pris un accroissement considérable, une incision profonde et très étendue sur chaque côté du cou d'un cheval , qui n'a donné aucun signe de sensibilité. Il a fait placer ensuite des étoupes imbibées de chlorure concentré sur les incisions. Au bout de quatre heures, l'animal éprouvait de la douleur. Ce pansement a été fait matin et soir pendant cinq jours avec la même liqueur.
La tuméfaction a diminué progressivement; la cicatrice s'est faite en peu de temps.
MM. Dupuj, Girard fils, Fatel, professeurs à l'école d'Alfort , et Birger, médecin vétérinaire des gardes du corps, ont également constaté les propriétés du chlorure sur ces affections.
Enfin M. Boulej dit : « Je ne prétends point
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« que le chlorure soit une panacée contre les tu- « meurs gangreneuses; je ne prétends point non « plus que ce médicament seul puisse suffire, mais « je crois qu'il est un puissant auxiliaire. »
Ces dernières remarques, qui annoncent une retenue fort louable , sera le sujet d'une réflexion fort courte, puisqu'elle se bornera à demander quel a été l'effet 'de l'extrait de gentiane chez les animaux qui n'ont pas été pansés avec les chlorures?
Il est temps de préciser avec exactitude les effets isolés des médicamens, de bien séparer l'action de telles ou telles substances auxquelles on a l'habitude de les associer; c'est le moyen de simplifier les méthodes de traitement et de dissiper une abondance illusoire , souvent plus nuisible qu'utile. Les vétérinaires, mieux que les médecins, peuvent se livrer à ce travail , parce que la vie des animaux n'a de prix qu'en raison des services matériels qu'on en peut tirer.
Nous venons de rechercher, autant que l'état de la science nous l'a permis, les effets des chlorures sur les affections charbonneuses; voyons maintenant s'ils ne peuvent pas être employés avec un égal succès pour désinfecter les êtres vivans ou morts > ainsi que les localités où ils ont été renfermés.
Moyen de désinfecter les êtres vivans.
L'homme et les animaux peuvent absorber les
germes contagieux par les surfaces externes et internes de leur corps. Dans le premier cas, l'opération désinfectante est facile; elle consiste simplement à les laver, ainsi que les vêtemens qui les recouvrent, avec de l'eau chlorurée.
L'opération est plus difficile quand l'infection a eu lieu par les voies internes, c'est-à-dire par le poumon et les organes digestifs isolément ou simultanément.
De T infection par les voies digestives.
On trouve des exemples de ce mode d'empoisonnement dans les observations de Fournier sur les causes du charbon du Languedoc , dans les accidens survenus au boucher de Pithiviers et au soldat des gardes-françaises. A ces faits nous en joindrons un autre que nous avons observé chez un meunier de la commune de Saint-Augustin, arrivé aux derniers momens d'une gastrite chronique qui prit naissance immédiatement après avoir mangé avec répugnance une côtelette de mouton trop avancée et dont le goût putride lui est revenu à la bouche pendant plus de quinze jours.
Si des cas semblables se présentaient, ne serai t-ii pas possible d'éviter les accidens, effets des matières délétères introduites soit dans la bouche, soit dans l'estomac, en injectant dans ces cavités, à l'imitation de M. Jules Gloquet, de l'eau chlo^
rurée ? C'est une question neuve qui mérite toute l'attention des gens de l'art.
De V infection par les voies respiratoires.
Nous avons vu le virus introduit dans la bouche combiné aux substances mêmes qui en sont imprégnées; mais il ne peut pénétrer dans le poumon qu'autant qu'il est répandu dans l'air : l'expérience démontre que ces virus sont aussi nuisibles, absorbés par cette voie que par toute autre.
Nous donnerons pour exemple de ce mode d'empoisonnement les observations de Chaignebrune et du chamoiseur de Dijon rapportées par M. Chaussier. Ces individus ont été attaqués de tumeurs gangreneuses, l'un pour avoir respiré de trop près les déjections fétides qu'on venait de retirer de dessous un malade; l'autre pour avoir respiré et avalé la poussière de peaux qu'il venait de battre dans son atelier. A ces deux faits nous joindrons la belle observation faite par M. Labarraque sur la personne d'un vidangeur employé au curage de l'égout Amelot.
M. Paulin , régisseur de l'administration générale du canal Saint-Martin , s'est présenté chez moi le 11 août i8a5 pour réclamer, de la part de M. Bérard, vice-président du conseil de salubrité, du chlorure de chaux avec la manière d'en faire usage , pour opérer la désinfection d'une portion de Végout Amelot, où plusieurs ouvriers étaient
tombés asphyxiés la veille. J'offris mon assistance pour l'opération projetée. Des vidangeurs étaient commandés pour le curage d'une portion d'égout d'environ douze à quinze pieds, qui devait s'effectuer le lendemain à huit heures ; la vase et les immondices à enlever formaient une épaisseur de quatre pieds et demi.
Je fis placer, non loin de l'égout, un baquet contenant environ soixante litres d'eau et une livre de chlorure de chaux bien délayée dans ce liquide. Un seau de cette liqueur fut mis à côté des ouvriers occupés à démolir le mur, et ces ouvriers, au moment d'enlever les démolitions, lavaient leurs mains, leurs bras, et mouillaient leurs narines avec l'eau chlorurée. Les vidangeurs prenaient la même précaution en enlevant la vase , qui, jetée à quelques pieds au-dessus de leur tête et de la mienne, était aspergée avec la dissolution de chlorure, puis lancée par un ouvrier sur la surface du sol : cette vase, au moyen d'un nouvel arrosage , était encore désinfectée. L'opération a duré plus de quatre heures , et sans qu'il soit survenu aucun accident; cependant nous étions dans un égout infecté depuis plus de quarante ans , et dans lequel huit ouvriers furent asphyxiés peu de temps après y avoir pénétré. Ce malheureux événement, arrivé en 1782, fut le sujet d'un écrit de M. Cadet de Vaux, lequel donna lieu aux belles recherches du célèbre professeur
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Halle , et peut encore plus tard avoir contribué à celles de MM. Thenard, Dupujrtren , Barruel , etc.
Gomme je me disposais à descendre dans l'égout, une femme éplorée vint solliciter des secours du chef des ouvriers. Son mari était l'un des asphyxiés, et celui qui avait été frappé de la manière la plus grave; il avait perdu connaissance pendant longtemps, puisqu'il avait été transporté rue des Tournelles, n° 485 sans avoir repris ses sens. Un vomitif fut administré ; le médecin , vu l'affreuse misère du malade, conseilla de le transporter dans un hôpital et crut que son avis avait été suivi. L'asphyxié , cependant, voulut rester chez lui; il vomissait depuis quarante-huit heures le thé léger qu'on lui faisait boire, et, plusieurs fois, dans cet espace de temps, il avait perdu connaissance. Je crus pouvoir prescrire de l'eau gommée froide, avec addition de quatre gouttes de suc de citron pour chaque demiverrée, et la potion anti-vomitive de Rivière, à la dose d'une cuillerée d'heure en heure. Le médecin du bureau de charité , qui vint ensuite visiter le malade , approuva ce traitement.
Le curage de l'égout presque terminé, je demandai à être conduit chez l'asphyxié. Le vomissement avait cessé à la première tasse d'eau gomraeuse acidulée. Cet homme, âgé de quarante et un ans , m'offrit les traits de la décrépitude. Pierre Aimé gisait sur un grabat; son pouls était misérable; il se plaignait de douleurs vives à la tête et
d'une grande pesanteur ; il disait avoir de la peine à respirer et être tourmenté surtout parle mauvais goût qu'il avait constamment dans la bouche, et qui était, disait-il, celui du plomb qui lui avait fait perdre connaissance; sa voix était éteinte; il croyait n'avoir que peu de temps à vivre. Je relevai le moral de ce malheureux en lui donnant l'assurance qu'il guérirait promptement et que ses journées lui seraient payées comme s'il travaillait; en même temps je lui faisais respirer du chlorure concentré, qu'il semblait humer avec délices; ses traits me paraissaient moins grippés : Pierre Aimé m'assura qu'il respirait plus librement et qu'il n'avait plus la malheureuse odeur dans la bouche. Le lendemain , j'appris que le malade avait dormi cinq heures ; il réclamait Veau qui l'avait débarrassé d'une si grande pesanteur et du mal de tête. Je fis faire un arrosage de chlorure affaibli dans sa chambre. Le 14 août, Pierre Aimé était guéri; il avait pu se lever et sortir. Je m'informai des circonstances de son accident : Un moellon, me dit-il, étant tombé sur la vase de l'égout et s'y étant enfoncé, je l'ai relevé un peu avec ma pioche, et me baissant y mes deux mains en avant, pour le saisir et l'enlever, je suis tombé sans connaissance et comme frappé de mort.
L'effet du chlorure paraîtra peut-être surprenant dans cette circonstance, vu le temps qui s'était écoulé depuis l'asphyxie (quarante -huit
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heures); toutefois, les personnes qui ont respiré les gaz qui se dégagent des matières animales en putréfaction, ont dû remarquer qu'elles sont poursuivies pendant long-temps par la fétidité, et que même une partie de leurs excrétions en sont empreintes. Il me paraît donc rationnel de conseiller de faire respirer au malade du chlorure d'oxide de sodium ou de chaux dans tous les cas d'asphyxie des égouts et fosses d'aisances , attendu que longtemps encore après l'événement les malades se trouvent sous l'influence du gaz délétère.
L'observation que nous venons de rapporter est tout à la fois curieuse et importante, et les réflexions qui la terminent nous paraissent on ne peut pas plus justes. Mais la matière putride n'avait-elle pénétré chez ce malade que par le poumon ? Les vomissemens qui le tourmentaient ne peuvent-ils pas être attribués à la même cause qui gênait si sensiblement la respiration, et ne serait-on pas parvenu à les prévenir ou à les calmer en faisant, à l'imitation de M. Jules Cloquet, boire de l'eau légèrement chlorurée? En usant du même moyen r n'aurait-on pas évité la gastrite chronique qui a fait périr le meunier qui n'éprouva les premières atteintes de la maladie qu'après avoir mangé, ainsi qu'il a été dit, une côtelette trop avancée? C'est au temps à prononcer sur tous ces points; mais, en attendant des lumières plus étendues, il est utile de poser en principe, qu'en cas d'asphyxie,.
il faut tâcher de découvrir tous les organes qui ont été atteints , et de poser de suite et directement sur eux la matière désinfectante, en la modifiant de manière que les tissus ne puissent en éprouver aucune influence nuisible.
De la manière de désinfecter les matières animales.
La désinfection des matières animales étant une opération très importante à la santé des hommes qui les travaillent , à l'anatomiste qui veut reconnaître les désordres opérés par telle ou telle maladie contagieuse, et au médecin légiste chargé de découvrir à la justice les causes de la mort d'un individu déjà en pleine putréfaction, nous pensons qu'on lira avec intérêt l'instruction qui a été donnée à ce sujet.
Instruction sur la manière de se servir du chlorure de chaux, d'après le -procédé indiqué par le sieur Labarraque, pharmacien.
Des expériences réitérées ont démontré que le chlorure de chaux étendu dans l'eau a la propriété de désinfecter l'air et de ralentir d'une manière sensible la putréfaction.
L'emploi de ce procédé peut devenir utile dans une foule de circonstances : on se bornera, dans la présente instruction, à en faire l'application aux deux cas les plus fréquens.
Il sera facile, par analogie, de se servir du même
procédé, toutes les fois que l'on croira à propos d'y recourir.
Levée et inspection d'un cadavre.
Avant d'approcher d'un cadavre en putréfaction , il faudra se procurer un baquet dans lequel on mettra une voie d'eau (fef/j litres); on versera dans cette eau un flacon (un demi-kilogramme) de chlorure de chaux , et l'on remuera bien le mélange. On déploiera ensuite un drap, que l'on trempera dans l'eau du baquet, de manière à pouvoir retirer ce drap avec facilité , et surtout à pouvoir l'étendre très promptement sur le cadavre.
A cet effet , deux personnes ouvrent le drap , le placent dans le liquide en tenant les bouts, qui sont posés sur les bords du baquet; on porte celuici à côté du corps en putréfaction, et, au même instant, le drap mouillé est retiré du baquet et étendu sur le cadavre : bientôt après , l'odeur putride cesse.
S'il s'est écoulé sur le sol du sang ou tout autre liquide provenant du cadavre, on versera sur ce liquide un ou deux verres de l'eau chlorurée ; on remuera avec un balai, et l'odeur fétide disparaîtra.
Cette opération, toutefois, ne devra pas être exécutée ainsi dans le cas où les liquides répandus sur le sol pourraient devenir l'objet d'une analyse chimique : alors on en recueillera avec soin la plus
grande quantité possible, et ce ne sera qu'aprèâ que l'on devra procéder à la désinfection du sol , ainsi qu'il a été dit plus haut.
Si l'infection s'est répandue dans les pièces voisines, dans les corridors, l'escalier, etc., on arrosera les lieux infectés avec un ou deux verres de chlorure de chaux liquide , et la fétidité cessera.
On aura soin de faire arroser souvent, avec le liquide contenu dans le baquet, le drap qui recouvre le cadavre. On empêchera ainsi l'odeur putride de se reproduire.
Aussitôt que le corps aura été enlevé, le drap qui aura servi à la désinfection devra être lavé à grande eau, séché et ployé.
Désinfection des latrines , baquets a urine et plombs.
On versera sur deux onces de chlorure de chaux trois à quatre pintes d'eau, on agitera le tout; on tirera à clair, et l'on répandra la solution sur et dans les latrines , baquets à urine et plombs. Si la mauvaise odeur n'est pas promptement détruite, on réitérera l'opération au bout de huit à dix minutes.
, Si l'infection provient, en totalité ou en partie, d'urines ou de matières fécales répandues sur le sol , on arrosera également celui-ci avec la même solution.
Vu et approuvé par nous , conseiller d'État , préfet, Signé Delà v au.
Manière de désinfecter les localités infectées de matières putrides.
Le moyen de désinfecter la chambre d'un malade est fort simple : il consiste uniquement à l'arroser avec de l'eau chlorurée , dans la proportion de deux cuillerées de chlorure dans un verre d'eau, ou de déposer ce mélange dans une assiette , avec le soin de le changer matin et soir. Il sera encore utile d'attaquer le mal dans sa racine, c'est-à-dire d'en arroser l'appareil qui couvre le foyer d'infection , ainsi que le lit du malade.
Le même procédé est applicable aux écuries, aux étables, avec des modifications dans le détail desquelles il est nécessaire d'entrer pour que l'opération réussisse et préserve avec certitude les animaux de maladies qui peuvent devenir une cause de pustule maligne.
On mettra, à cet effet , une bouteille de chlorure d'oxide de sodium dans un seau d'eau, on remuera bien le mélange, ensuite on trempera une forte brosse ou un balai dans l'eau chlorurée, et, immédiatement après, on la passera avec force sur toutes les surfaces des murs , de la mangeoire et des râteliers , et généralement sur toutes les parties hautes et basses de l'écurie. Cette première opération terminée , on lavera avec de l'eau pure toutes les parties qui ont été lessivées; enfin, on agira à
l'instar des peintres qui passent à l'eau blanche les boiseries d'un appartement.
Une écurie de quarante pieds de longueur sur douze de largeur et dix de hauteur exige quatre bouteilles de chlorure concentré, et chaque bouteille demande dix à douze litres d'eau. D'après cela, on peut établir qu'une bouteille de chlorure suffit pour une écurie de trois à quatre chevaux.
La désinfection opérée, on ouvrira les portes et les fenêtres pour laisser sécher, et ensuite on pourra y faire entrer et séjourner les animaux sans crainte qu'ils se trouvent infectés»
Cependant , en cas d'épizootie , on devra , comme moyen prophylactique , faire un arrosage matin et soir avec de l'eau chlorurée, préparée dans la proportion d'une bouteille de chlorure concentré pour quatre à cinq seaux d'eau.
Tout ce qui vient d'être dit est parfaitement applicable aux étables, aux bergeries , etc. Mais, comme celles-ci sont généralement basses , encombrées de fumier et couvertes de chaume ou de dépôts de paille, de fourrages supportés par des perches qui forment le plancher , il faudra , dans ce cas , avant de procéder à l'opération désinfectante, enlever le fumier et les fourrages, et procéder ensuite aux lavages comme il a été dit. Il serait peut-être utile d'associer aux lavages les fumigations de Guiton de Morveau, que Ton obtient en plaçant dans un vase de terre situé sur
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un réchaud allumé une bonne poignée de sel de cuisine et un demi-verre d'acide sulfurique. Il se dégage bientôt une fumée abondante, que l'on concentre dans l'écurie en fermant les portes et les fenêtres. Le vase aura des bords élevés pour que les matières qu'il contient ne puissent se répandre dans le moment de l'effervescence. Les portes ne seront ouvertes que cinq à six heures après , quand on présumera que la vapeur aura eu le temps de pénétrer l'épaisseur des pailles. Enfin, on ne laissera rentrer les animaux dans l'étable que quand cette vapeur sera entièrement dissipée.
Nous établissons ce dernier avis sur la persuasion qu'une fumée abondante pénétrera davantage dans le chaume et pourra atteindre plus facilement les miasmes putrides qui pourraient s'y être introduits. Au reste, les applications des chlorures sont encore si nouvelles qu'il est utile d'en étudier les effets et d'en modifier les applications ; en exprimant cette idée, nous ne faisons que répéter le vœu formé par M. Labarraque lui-même, qui nous a fourni les matériaux de cette dernière partie de notre travail.