CHAPITRE XIII
DES EFFETS FACHEUX QUI RÉSULTENT DE l'uSAGE TROP PROLONGÉ DU SUSPENSOIR, ET DE CEUX QUI SONT LA SUITE DE LA MAUVAISE CONFORMATION DE CE EANDAGE.
Le suspensoir est un bandage destiné à soutenir le scrotum et les parties qui y sont renfermées, ainsi qu'à maintenir les topiques qu'on peut être dans le cas d'y appliquer.
Ce moyen chirurgical est très connu et fréquemment employé; nous ne dirons donc, à ce sujet, que ce qui est absolument nécessaire à l'intelligence des observations suivantes.
Le suspensoir est une sorte de poche formée de toile, de futaine, de tricot ou de tout autre tissu , dont la capacité doit varier selon le volume des parties à soutenir. Cette poche, qui est percée à sa partie antérieure pour livrer passage au pénis , est maintenue en haut par le moyen d'une bande qui fait le tour du corps, en bas par le secours de deux bandes ou sous-cuisses.
Le suspensoir convient à tous les hommes qui se livrent à des exercices capables de froisser les testicules, comme l'équitation; son usage est in~ dispensable dans les blennorrhagies , les inflam-
mations et les indurations des testicules ; il convient encore dans les varicocèles , les hernies volumineuses, irréductibles , etc. Nous négligerons tous ces points connus pour entrer immédiatement dans le sujet qui fait la matière de ce petit écrit.
Le suspensoir agit à la fois sur la peau de la partie interne et supérieure des cuisses , sur celle du scrotum, et enfin sur les testicules et le pénis. C'est sous tous ces rapports que nous allons tâcher de donner une idée des accidens qu'il peut causer.
section du Suspensoir sur la peau de la partie interne et supérieure des cuisses , et sur celle du scrotum.
Le médecin ne doit jamais oublier de recommander au malade auquel il prescrit de porter un suspensoir , de changer souvent ce bandage et de ne pas négliger les autres moyens de propreté. Sans cette attention , il l'expose à contracter , à la partie interne et supérieure des cuisses , et à la peau du scrotum , des éruptions dartreuses , souvent fort étendues et fort incommodes. Cet accident a lieu plus particulièrement pendant les grandes chaleurs de l'été , parce qu'à cette époque la sueur qui imbibe la toile dont.se compose le suspensoir, devient tellement acrimonieuse, qu'elle irrite, excorie la peau et fait naître la maladie que nous signalons.
ai4 DE LA PUSTULE
Nous avons été consulté quelquefois pour des éruptions de ce genre, et nous les avons toujours vues se terminer plus ou moins rapidement par des bains d'eau de son , par la projection de l'amidon sur les dartres, et surtout par un changement plus fréquent du bandage, ce qui n'est pas toujours facile aux voyageurs , surtout aux soldats.
Pour ne pas nous écarter de notre sujet, nous ne dirons rien de plus sur la nature de ces éruptions, qui le plus souvent ne sont que de simples plaques d'un rouge brun, bornées à la surface répondant au suspensoir. Si, dans cet état le plus simple, la maladie est peu incommode, elle le devient bien davantage quand elle s'étend au loin , qu'elle s'accompagne de boutons plus ou moins isolés ou d'excoriations plus ou moins étendues et profondes.
Action du Suspensoir sur les testicules.
Les testicules sont destinés à la sécrétion du sperme. Ils doivent, pour exécuter convenablement leur fonction , conserver la mobilité que la nature leur a donnée en les portant hors du ventre. Hippocrate a reconnu cette vérité en parlant des causes de l'impuissance observée chez les Scythes, puisqu'il range au nombre de ces causes l'usage des culottes. Si ce genre de vêtement peut produire un tel effet, que ne fera pas le suspensoir, qui enveloppe les testicules plus étroitement encore?
Deux faits que nous avons été à même d'observer confirment cet aperçu du père de la médecine.
Le premier est relatif à un jeune homme fort incommodé par un varicocèle , auquel nous avions proposé de porter un suspensoir. Au bout d'un mois environ , nous eûmes occasion de le rencontrer, et il nous dit qu'il était délivré de ses sentimens de pesanteur et de tiraillement; que seulement , depuis que les testicules étaient soutenus , il n'était plus agité par les désirs vénériens, et qu'il recherchait la société des femmes plutôt par habitude, par l'effet de son imagination , que par un besoin bien déterminé.
La deuxième observation a encore pour sujet un jeune homme qui, pour la même cause, et à dater de l'âge de puberté , a été contraint d'user de ce moyen mécanique. Son mariage a été aussi stérile que les nombreuses unions passagères qu'il avait formées antérieurement, quoiqu'il possédât tous les signes d'une virilité bien prononcée.
De l'action du Suspensoir sur le pénis.
L'action du suspensoir sur le pénis ne doit pas être ignorée. Elle peut déterminer des accidens graves et qui tous ont pour cause la dimension plus ou moins étendue de l'ouverture destinée à lui livrer passage : si l'ouverture est trop grande , un des testicules s'y engage, ce qui n'a jamais lieu
2l6 DE LA PUSTULE
sans une douleur vive, qu'il est important d'éviter. Ce fait se remarque plus souvent chez les hommes attaqués de hernie non soutenue et au moment où ils croisent les cuisses , et c'est constamment le testicule opposé à la hernie qui s'échappe. Pour éviter cet accident, les malades en demandent la réduction; mais c'est éviter un écueil pour retomber dans un plus grand , dont nous allons nous occuper.
Dans l'état de repos , le pénis peut être renfermé sans suite fâcheuse dans une ouverture étroite ; mais, dans le moment de l'érection , son volume devenant beaucoup plus considérable , il se trouve étranglé à un tel point que la tension devient extrême , douloureuse ; la compression exercée sur l'urètre peut s'opposer à l'éjaculation , ou au moins la rendre très difficile. Nous avons vu, chez un jeune homme , quelques gouttes de sang échappées avec le sperme et provenant évidemment de la déchirure de petits vaisseaux de l'urètre trop dilatés par ce genre de compression. Tels sont les accidens qui naissent immédiatement d'une compression momentanée. Si cette sorte de strangulation , sans être aussi grande que celle qui vient d'être indiquée , mais sans cesser pour cela d'être trop considérable, se prolonge long-temps et se renouvelle souvent, les veines qui rampent à la surface dorsale du pénis, se dilatent, deviennent variqueuses : dans ce cas, le retour du sang étant rendu
MALlGNlî. 2f7
trop facile , ce liquide ne peut plus s'accumuler , et l'érection devient difficile et quelquefois imparfaite. Un fait est venu confirmer cette explication : dans le moment de nos études médicales, nous avons été consulté par un jeune homme qui , depuis qu'il avait cessé de porter un suspensoir qu'il avait gardé fort long-temps , conservait pendant l'érection le gland mou et flexible. Il nous dit que , par une compression exercée avec le pouce sur les veines variqueuses , il obtenait une érection parfaite, qui cessait au moment même où cessait la compression. On voit, par cet exposé, qu'il ne s'agissait, pour guérir la maladie, que de diminuer le calibre des veines ; et cet effet a été obtenu par une sorte de virole en linge fin, d'un pouce de large , posée à la base du pénis , et d'un diamètre calculé au degré propre à comprimer les veines , sans serrer les corps caverneux, et le succès a répondu à notre attente.
Il nous semble que , de tout ce qui vient d'être dit , on pourrait induire que , chez quelques hommes , le suspensoir jette les testicules dans une sorte d'engourdissement, qui tempère les désirs vénériens , et même peut s'opposer à la génération , en altérant d'une manière quelconque la sécrétion du sperme.
Si le sentiment d'Hippocrate , uni aux deux observations que nous avons rapportées, ne suffit pas pour constater le fait, il nous paraît suffire pour
fixer l'attention des médecins et les déterminer à tenir note des cas qu'ils pourront observer. Ce fait, une fois bien démontré, aura une application utile dans la pratique, dans le double but, d'une part, d'éviter le mal que nous signalons , et, de l'autre , de diminuer l'influence maladive que les testicules peuvent exercer. Il pourrait encore servir à calmer les agitations , les tourmens qui rendent la vie si pénible aux hommes robustes qui , par état et opinions religieuses, ne peuvent user du moyen propre à les faire cesser. Le médecin doit jeter un oeil de compassion sur toutes les misères humaines , et les calmer, s'il ne peut entièrement les détruire. En attendant que cette question soit résolue , nous croyons convenable d'établir les principes suivans :
i°. Toute personne qui ne porte un suspensoir que pour éviter le choc des testicules , doit le quitter au moment même où il abandonne le genre d'exercice qui en a déterminé l'usage;
i°. Tout homme doit éviter les mouvemens brusques et propres à engager les testicules dans l'ouverture du suspensoir, surtout s'il est attaqué de blennorrhagie ou d'irritation aux testicules ;
3°. Il est indispensable de dégager le pénis de l'ouverture du suspensoir, quand l'érection se prépare, et, à plus forte raison dans le moment du coït ;
4°. Enfin , il serait plus convenable , pour éviter
MALIGNE. 2ÎO,
la constriction du pénis et la pression des testicules , de remplacer entièrement ce suspensoir par un autre, qui est décrit dans le Grand Dictionnaire des Sciences médicales , et qui se compose d'une bande de toile d'une aune de long et de six pouces de large, fendue à ses extrémités jusqu'au milieu , à deux travers de main près. L'application de ce suspensoir est fort simple : on place la partie moyenne et non fendue de cette bande sur le scrotum , de manière que les deux chefs de la même extrémité de la bande soient en haut , et les deux autres en bas ; puis on engage le pénis à l'angle qui résulte de la réunion des deux chefs supérieurs, ensuite on les fait passer autour du bassin pour être noués aux lombes. Cette première partie de l'opération terminée , on engage les deux chefs inférieurs sous le périnée ; on les divise de manière que le chef droit s'engage dans le pli de la fesse gauche, et le gauche dans celui de la fesse droite ; enfin on les conduit en haut et en avant pour les fixer près des hanches, à la bande qui cerne le bassin, et l'opération est entièrement terminée.
Les mesures de ce suspensoir , qui soutient parfaitement bien , ne sont pas applicables à tous les cas : nous ne les donnons que comme un point en deçà et au-delà duquel on pourra aller selon le besoin.
Telles sont nos observations sur les effets du
suspensoir : on voit que nous avons usé de la ressource du pauvre, que nous avons glané après la moisson, heureux encore si les faibles épis que nous avons ramassés renferment quelques germes utiles!