CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA PUSTULE MALIGNE
Comme il n'entre pas dans le plan de cet ouvrage de donner, quant à présent, la description de la pustule maligne, nous dirons, en attendant de plus amples détails, quelle est une tumeur essentiellement inflammatoire, toujours située sur une partie découverte , produite par un agent extérieur appliqué à la peau d'une manière quelconque , et dont la fin inévitable est une gangrène qui s'étend plus ou moins au-delà du point primitivement affecté.
Cette maladie est ainsi nommée, parce que dans ses premiers momens elle n'est autre chose qu'une petite pustule qui, sous l'apparence de la bénignité , devient une affection tellement grave , qu'elle peut compromettre les jours de l'individu qui en est attaqué.
En Bourgogne elle a encore reçu le nom de
puce maligne, parce que ses premiers accidens ont beaucoup d'analogie avec la piqûre de cet insecte.
Cette tumeur a été long-temps confondue avec l'anthrax ; mais la suite nous fera voir que si elle lui est analogue sous certains rapports, elle offre des caractères particuliers qui doivent en faire une maladie distincte.
La pustule maligne peut se rencontrer partout; cependant elle est rare dans les contrées septentrionales de la France, et très commune en Bourgogne, en Franche-Comté, dans la Brie, le Gâtinais, le Languedoc et la Provence, etc.
Si la Bourgogne est le pays où elle existe le plus souvent, elle est aussi la région où elle a été le mieux étudiée. En 1780, l'Académie de Dijon, si célèbre par les hommes de mérite qu'elle renfermait dans son sein , par son zèle à faire éclore les vérités utiles, et par les belles questions qui ont fait connaître le rare mérite du philosophe de Genève, témoin des accidens occasionnés par la maladie qui nous occupe ; affligée de voir que son traitement était abandonné à l'ignorance et à l'empirisme, proposa un prix qui devait être accordé à l'auteur du meilleur écrit sur cette matière. Il fut partagé entre Chambon et Thomassin ; mais leurs ouvrages, tout estimables qu'ils sont, ne s'accordent pas toujours : ce qui est trouvé bon par l'un est blâmé par l'autre , et au milieu de ces
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préceptes divers le praticien se trouvait sans guide. C'est sans doute pour remédier à cet inconvénient grave que la même Académie, sur la demande des élus des États de Bourgogne , exigea un nouveau travail; elle voulait un ouvrage clair, précis, purgé de toutes idées théoriques, et propre à être délivré aux curés , aux syndics des communautés , pour être distribué par ces derniers aux chirurgiens des campagnes.
Cette tâche a été parfaitement remplie par l'excellent ouvrage de MM. Enaux et Chaussier, dans lequel ont puisé tous les auteurs qui , depuis, ont fait entrer l'histoire de la pustule maligne dans leurs traités généraux de pathologie. Nous userons amplement de la même prérogative, parce qu'il est impossible de rien faire de plus exact et de plus vrai; nous étendrons nos investigations à d'autres écrits , et si nos remarques critiques attaquent quelques unes des idées théoriques et pratiques qui y sont renfermées, on en trouvera la cause dans le temps qui perfectionne tout, mais particulièrement dans la vive lumière que jette sur l'art en général l'école du Val-de-Grâce, et le besoin d'en diriger quelques rayons sur la maladie qui nous occupe en ce moment.
Dans le principe , nous ne voulions que publier des observations isolées faites sur des pustules malignes traitées et guéries par les anti-phlogistiques; mais l'extrême rareté de l'ouvrage de M. Chaussier,
la nécessité de mieux faire connaître la pustule maligne dans la Brie, où nous avons exercé longtemps la médecine, l'urgence de détruire les préjugés des gens de la campagne, qui préfèrent se confier aux soins routiniers et dangereux de personnes étrangères à l'art, ainsi que l'invitation du professeur célèbre que nous venons de citer, et que nous avons eu le malheur de perdre, nous ont fait oublier notre faiblesse et entreprendre cet ouvrage.
Quoique le but particulier de notre travail soit de faire connaître les heureux effets des saignées locales dans la pustule maligne, nous avons cru nécessaire d'entrer dans tous les détails du traitement usité avant nous, afin de ne rien laisser ignorer de ce qui a été dit d'essentiel sur cette maladie , et de mettre le médecin à même d'user de l'une ou l'autre méthode, suivant que les circonstances lui en fourniront ou lui en retireront les moyens; car, ici surtout, le plus mauvais parti à prendre est de temporiser.
Cette manière de procéder nous donnera de fréquentes occasions de faire des remarques sur le traitement que nous voulons remplacer, ainsi que sur les vues théoriques mal déterminées qui lui servent de base. Pour y parvenir, nous avons réuni un grand nombre de citations; nous avons comparé les auteurs les uns aux. autres ; nous avons mis en quelque sorte toutes les pièces du procès
sous les yeux du lecteur. Il pourra donc apprécier par lui-même si nos jugemens sont suffisamment motivés.
Enfin nous avons fait tous nos efforts pour composer un ouvrage utile , et si nous n'avons pas réussi, c'est qu'il ne suffit pas de rassembler de bons matériaux pour composer un monument solide et bien approprié à son objet, mais qu'il faut encore un architecte qui sache les mettre en oeuvre.