‹ De la recherché de la vérité (volume 2)Chapitre 53 sur 74 · SUR LE CHAPITRE SEPTIÈME DE LA SECONDE PARTIE DU TROISIEME LIVRE · texte numérisé non relu

SUR LE CHAPITRE SEPTIÈME DE LA SECONDE PARTIE DU TROISIEME LIVRE

Où je prouve : Que nous n'avons point d'idée claire de la nature ni des modifications de notre âtne.

J'ai dit en quelques endroits, et même je crois avoir suffisamment prouvé dans le troisième livre de la Recherche de la vérité, que nous n'avons point d'idée claire de notre âme, mais seulement conscience ou sentiment intérieur ; qu'ainsi nous la connaissons beaucoup plus imparfaitement que nous ne faisons l'étendue. Cela me paraît si évident, que je ne croyais pas qu'il fût nécessaire de le prouver plus au long. Mais l'autorité de M. Descartes qui dit positivement 1 : Que la nature de l'esprit est plus connue que celle de toute autre chose, a tellement préoccupé quelques-uns de ses disciples, que ce que j'en ai écrit n'a servi qu'à me faire passer dans leur esprit pour une personne faible qui ne peut se prendre et se tenir ferme à des vérités abstraites et incapables de soulager et de retenir l'attention de ceux qui les considèrent.

J'avoue que je suis extrêmement faible, sensible, grossier, et que mon esprit dépend de mon corps en tant de manières que je ne puis les exprimer. Je le sais, je le sens, et je travaille incessamment à augmenter cette connaissance que j'ai de moimême, car si l'on ne peut s'empêcher d'être misérable, du moins faut-il le savoir et le sentir, du moins faut-il s'humilier à la vue de ses misères intérieures, et reconnaître le besoin qu'on a d'être délivré de ce corps de mort qui jette le trouble et la confusion dans toutes les facultés de l'âme.

Cependant la question présente est tellement proportionnée à l'esprit, que je ne vois pas qu'il soit besoin d'une grande application pour la résoudre ; et c'est pour cela que je ne m'y étais pas arrêté. Car je crois pouvoir dire que l'ignorance où sont la plupart des hommes à l'égard de leur âme, de sa distinction d'avec le corps, de sa spiritualité, de son immortalité et de ses

1 Réponse aux 5 objections contre la 2* méditation vers la fin. (Note de Malebranche.)

ÉCLAIRCISSEMENTS

autres propriétés, suffît pour prouver évidemment que l'on n'en a point d'idée claire et distincte.

Nous pouvons dire que nous avons une idée claire du corps, parce qu'il suffît de consulter l'idée qui le représente pour reconnaître les modifications dont il est capable. Nous voyons clairement qu'il peut être rond, carré, en repos, en mouvement. Nous concevons sans peine qu'un carré se peut diviser en deux triangles, deux parallélogrammes, deux trapèzes. Lorsqu'on nous demande si quelque chose appartient ou n'appartient pas à l'étendue, nous n'hésitons pas sur ce que nous avons à répondre, parce que l'idée de l'étendue étant claire, on voit sans peine et de simple vue ce qu'elle renferme et ce qu'elle exclut.

Mais certainement nous n'avons point d'idée de notre esprit qui soit telle que nous puissions découvrir en la consultant les modifications dont il est capable. Si nous n'avions jamais senti ni plaisir ni douleur, nous ne pourrions point savoir si l'àme serait ou ne serait pas capable d'en sentir. Si un homme n'avait jamais mangé de melon, vu de rouge ou de bleu, il aurait beau consulter l'idée prétendue de son âme, il ne découvrirait jamais distinctement, si elle serait ou ne serait pas capable de tels sentiments ou de telles modifications. Je dis plus, quoiqu'on sente actuellement de la douleur, ou qu'on voie de la couleur, on ne peut découvrir de simple vue si ces qualités appartiennent à l'âme. On s'imagine que la douleur est dans le corps à l'occasion duquel on la souffre, et que la couleur est répandue sur la surface des objets, quoique ces objets soient distingués de son âme.

Pour s'assurer si les qualités sensibles sont, ou ne sont pas, des manières d'être de l'esprit, on ne consulte point l'idée prétendue de l'âme ; les cartésiens mêmes consultent au contraire l'idée de l'étendue, et ils raisonnent ainsi. La chaleur, la douleur, la couleur ne peuvent être des modifications de l'étendue; car l'étendue n'est capable que de différentes figures et de différents mouvements. Or il n'y a que deux genres d'êtres, des esprits et des corps. Donc la douleur, la chaleur, la couleur, et toutes les autres qualités sensibles appartiennent à l'esprit.

Puisqu'on est obligé de consulter l'idée qu'on a de l'étendue, pour découvrir si les qualités sensibles sont des manières d'être de son âme, n'est-il pas évident qu'on n'a point d'idée claire

de L'âme ? Autrement s'aviserait-on jamais de prendre ce détour ? Lorsqu'un philosophe veut découvrir si la rondeur appartient à l'étendue, consultie-t-il l'idée de l'âme ou quelque autre idée que celle de l'étendue? Ne voit-il pas clairement, dans l'idée même de l'étendue , que la rondeur en est une modification; et ne Berait-il pas extravagant, si pour s'en éclaircir il raisonnait ainsi : Il n'y a que deux sortes d'êtres, des esprits et des corps, la rondeur n'est pas la manière d'être d'un corps, donc c'est la manière d'être d'un corps.

On découvre donc de simple vue, sans raisonnement et par la seule application de l'esprit à l'idée de l'étendue, que la rondeur et toute autre figure est une modification qui appartient au corps, et que le plaisir, la douleur, la chaleur, et toute autre qualité sensible, n'en sont point des modifications. On ne peut faire de demande sur ce qui appartient, ou n'appartient pas, à l'étendue à laquelle on ne puisse répondre facilement, promptement, hardiment par la seule considération de l'idée qui la représente. Tous les hommes conviennent de ce que l'on doit croire sur ce sujet. Car ceux qui disent que la matière peut penser, ne s'imaginent point qu'elle ait cette faculté à cause qu'elle est étendue : ils demeurent d'accord que l'étendue précisément comme telle ne peut penser.

Mais on ne convient point de ce qu'on doit croire de l'âme et de ses modifications. Il y a des personnes qui pensent que la douleur et la chaleur, ou pour le moins la couleur, ne lui appartiennent pas. On se rend même ridicule, parmi quelques cartésiens, si l'on dit que l'âme devient actuellement bleue, rouge, jaune, et qu'elle est teinte des couleurs de l'arc-en-ciel, lorsqu'elle le considère. Il y a bien des personnes qui doutent, et encore plus qui ne croient pas, que lorsqu'on sent une charogne, l'âme devienne formellement puante; et que la saveur du sucre, du poivre, du sel, soit quelque chose qui lui appartienne. Où est donc l'idée claire de l'âme, afin que les cartésiens la consultent, et qu'ils s'accordent tous sur le sujet, où les couleurs, les saveurs, les odeurs, se doivent rencontrer.

Mais quand les cartésiens s'accorderaient sur ces difficultés, on ne pourrait conclure, de leur accord, qu'ils auraient une idée claire de l'âme. Car s'ils s'accordent enfin, que c'est elle qui est actuellement verte ou rouge, lorsqu'on voit du vert et

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du rouge, ce ne sera que par de grands raisonnements qu'ils le concluront, ils ne le verront jamais d'une simple vue ; ils ne le découvriront jamais en consultant l'idée prétendue de l'âme, mais plutôt en consultant celle du corps. Us n'assureront que les qualités sensibles appartiennent à l'âme, que parce qu'elles n'appartiennent point à l'étendue, dont ils ont une idée claire. Jamais ils ne convaincront sur cela ceux qui, ayant l'esprit petit, sont incapables de perceptions composées ou de raisonnements, ou plutôt ceux qui ne s'arrêtent point à considérer l'idée claire du corps et qui confondent toutes choses. Il y aura toujours des paysans, des femmes, des enfants, et peut-être des savants et des docteurs qui en douteront. Mais les femmes et les enfants, les savants et les ignorants, les plus éclairés et les plus stupides, conçoivent sans peine par l'idée qu'ils ont de l'étendue, qu'elle est capable de toutes sortes de figures. Ils comprennent clairement que l'étendue n'est pas capable de douleur, de saveur, d'odeur, ni d'aucun sentiment, lorsqu'ils consultent fidèlement et avec application l'idée seule qui la représente ; car il n'y a aucune qualité sensible renfermée dans l'idée qui représente l'étendue.

Il est vrai qu'ils peuvent douter si le corps est ou n'est pas capable de sentiment, ou de recevoir quelque qualité sensible. Mais c'est qu'ils entendent par le corps quelque autre chose que de l'étendue, et qu'ils n'ont point d'idée du corps pris en ce sens. Mais lorsque M. Descartes, ou les cartésiens à qui je parle, assurent que l'on connaît mieux l'âme que le corps, ils n'entendent par le corps que l'étendue. Comment donc peuventils soutenir que l'on connaît plus clairement la nature de l'âme que l'on ne connaît celle du corps, puisque l'idée du corps ou de l'étendue est si claire, que tout le monde convient de ce qu'elle renferme, et de ce qu'elle exclut; et que celle de l'âme est si confuse, que les cartésiens mêmes disputent tous les jours si les modifications de couleur lui appartiennent.

On connaît1, disent ces philosophes après M. Descartes, la nature d'une substance, d'autant plus distinctement que l'on en connaît davantage d'attributs. Or, il n'y a point de chose dont on connaisse tanl d'attributs que de notre esprit; parce qu'au-

1 Au lieu que je viens de citer. (Note de Malebranchc.)

Luit qu'on en connaît dans les antres choses, on en peut autant compter dans l'esprit de ce qu'il les connaît. Et partant sa nain re esl plus connue que celle de toute autre chose.

Mais, qui ne voit qu'il y a bien de la différence entre connaître par idée claire, et connaître par conscience ? Quand je connais ({ne 2 fois 2 font 4, je le connais très clairement; mais je ne connais point clairement ce qui est en moi qui le connaît. Je le sens, il est vrai, je le connais par conscience ou sentiment intérieur. Mais je n'en ai point d'idée claire comme j'en ai des nombres, entre lesquels je puis découvrir clairement les rapports. Je puis compter qu'il y a dans mon esprit trois propriétés, celle de connaître que 21 fois 21 font 4, celle de connaître que 3 fois 3 font 9, et celle de connaître que 4 fois 4 font 16. Et si on le veut même, ces trois propriétés seront différentes entre elles, et je pourrai ainsi compter en moi une infinité de propriétés. Mais je nie qu'on connaisse clairement la nature des choses que Ton peut compter. Il suffit pour les compter de les sentir.

On peut dire que l'on a une idée claire d'un être et que l'on en connaît la nature, lorsque l'on peut le comparer avec les autres, dont on a aussi une idée claire, ou pour le moins lorsqu'on peut comparer entre elles les modifications dont cet être est capable. On a des idées claires des nombres et des parties de l'étendue, parce qu'on peut comparer ces choses entre elles. On peut comparer 21 avec 4, 4 avec 16, et chaque nombre avec tout autre; on peut comparer un carré avec un triangle, un cercle avec une ellipse, un carré et un triangle avec tout autre carré et tout autre triangle, et l'on peut ainsi découvrir clairement les rapports qui sont entre ces figures et entre ces nombres. Mais on ne peut comparer son esprit avec d'autres esprits, pour en reconnaître clairement quelque rapport ; on ne peut même comparer entre elles les manières de son esprit, ses propres perceptions. On ne peut découvrir clairement le rapport qui est entre le plaisir et la douleur, la chaleur et la couleur; ou, pour ne parler que des manières d'être de même genre, on ne peut déterminer exactement le rapport qui est entre le vert et le rouge, le jaune et le violet, ni même entre le violet et le violet. L'on sent bien que l'un est plus couvert ou plus éclatant que l'autre. Mais on ne sait point avec évidence,

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ni de combien, ni ce que c'est qu'être plus couvert et plus éclatant. L'on n'a donc point d'idée claire ni de l'âme ni de ses modifications ; et quoique je voie ou que je sente les couleurs, les saveurs, les odeurs, je puis dire, comme j'ai fait, que je ne les connais point par idée claire, puisque je ne puis en découvrir clairement les rapports.

Il est vrai que je puis découvrir des rapports exacts entre les sons, que l'octave par exemple, est double, la quinte, comme 3 à 2, la quarte comme 4 à 3. Mais je ne puis connaître ces rapports par le sentiment que j'en ai. Si je sais que l'octave est double, c'est que j'ai appris par expérience, qu'une même corde donne l'octave, lorsque l'ayant pincée tout entière, on la pince ensuite après l'avoir divisée en deux parties égales; c'est que je sais que le nombre des vibrations est double en temps égal ou quelque chose de semblable ; c'est que les tremblements de l'air, les vibrations de la corde et la corde même, sont des choses que l'on peut comparer par des idées claires, et qu'on connaît distinctement les rapports qui peuvent être entre la corde et ses parties, comme aussi entre les vitesses de différentes vibrations. Mais on ne peut comparer les sons en eux-mêmes, ou en tant que qualités sensibles et modifications de l'âme; on ne peut de cette manière en reconnaître les rapports. Et quoique les musiciens distinguent fort bien les différentes consonances, ce n'est point qu'ils en distinguent les rapports par des idées claires. C'est l'oreille seule qui juge chez eux de la différence des sons, la raison n'y connaît rien. Mais on ne peut pas dire que l'oreille juge par idée claire, ou autrement que par sentiment. Les musiciens mêmes n'ont donc point d'idée claire des sons, en tant que sentiments ou modifications de l'âme. Et par conséquent on ne connaît point l'âme ni ses modifications par idée claire, mais seulement par conscience ou sentiment intérieur.

De plus, on ne sait point en quoi consistent les dispositions de Pâme qui la rendent plus prompte à agir et à se représenter les objets. On ne peut pas même concevoir en quoi de telles dispositions pourraient consister. Je dis plus, on ne peut parla raison s'assurer positivement si l'âme seule séparée du corps, ou considérée sans rapport au corps, est capable d'habitudes et de mémoire. Mais comment pouvons-nous ignorer ces

m DE LA RECHERCHE J>E LA VÉRITÉ.

choses, si la nature de l'âme est plus connue que celle du corps? On voit sans peine en quoi consiste la facilité que les esprits animaux ont à se répandre dans les nerfs, dans lesquels ils ont déjà coulé plusieurs fois; ou pour le moins on découvre sans peine que les tuyaux des nerfs s'élargissant, et leurs fibres se couchant d'une certaine façon, les esprits peuvent aisément s'y insinuer. Mais que peut-on concevoir qui soit capable d'augmenter la facilité de l'âme pour agir ou pour penser? Pour moi j'avoue que je n'y comprends rien. J'ai beau me consulter pour découvrir ces dispositions; je ne me réponds rien. Je ne puis m'éclairer sur cela, quoique j'aie un sentiment très vif de cette facilité avec laquelle il s'excite en moi certaines pensées ; et si je n'avais de bonnes raisons qui me portent à croire que j'ai en effet de telles dispositions, quoique je ne les connaisse point en moi, je jugerais en ne consultant que le sentiment intérieur, qu'il n'y a point dans mon âme ni d'habitude, ni de mémoire spirituelle. Mais enfin puisqu'on hésite sur cela, c'est une marque certaine qu'on n'est pas si éclairé qu'on le dit, car le doute ne s'accommode pas avec l'évidence et les idées claires.

11 est certain que l'homme le plus éclairé ne connaît point avec évidence, s'il est digne d'amour ou de haine, comme parle le sage. Le sentiment 1 intérieur qu'on a de soi-même, ne peut rien assurer sur cela. Saint Paul 2 dit bien que sa conscience ne lui reproche rien, mais il n'assure pas pour cela qu'il soit justifié. Il assure au contraire que cela ne le justifie pas, et qu'il n'ose pas se juger lui-même, parce que celui qui le juge c'est le Seigneur. Mais comme l'on a une idée claire de l'ordre, si l'on avait aussi une idée claire de l'âme par le sentiment intérieur qu'on a de soi-même, on connaîtrait avec évidence si elle serait conforme à l'ordre ; on saurait bien si l'on est juste ou non ; on pourrait même connaître exactement toutes ses dispositions intérieures au bien et au mal, lorsqu'on en aurait le sentiment. Mais si l'on pouvait se connaître tel qu'on est, on ne serait pas si sujet à la présomption. Et il y a bien de l'apparence que saint Pierre n'aurait point dit à son

1 Eccl. ch. 9. 1.

- Sed neque meipsum judico. Nihil enim milii ronscius sum : sed non in hoc justificatus sum : qui auteni judicat me Dominus est. i. Cor. c 4. 4.

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maître qu'il allait bientôt renier 1 : Pourquoi ne puis-je pas vous suivre maintenant : je donnerai ma vie pour vous ? « Animam meam pro te ponam. » Car ayant sentiment intérieur de ses forces et de sa bonne volonté, il aurait pu voir avec évidence, s'il aurait eu la force ou le courage de vaincre la mort, ou plutôt les insultes d'une servante et de quelques valets.

Si la nature de l'âme est plus connue que celle de toute autre chose, si l'idée que l'on en a, est aussi claire que celle qu'on a du corps, je demande seulement d'où peut venir qu'il y a tant de gens qui la confondent avec lui. Est-il possible de confondre deux idées claires entièrement différentes ? Faisons justice à tout le monde. Ceux qui ne sont pas de notre sentiment, sont raisonnables aussi bien que nous ; ils ont les mêmes idées des choses, ils participent à la même raison. Pourquoi donc confondent-ils ce que nous distinguons ? Ont-ils jamais confondu en d'autres occasions- les choses dont ils ont des idées claires. Ont-ils jamais confondu deux nombres différents ? Ontils jamais pris le carré pour le cercle? Néanmoins l'âme est plus différente du corps que le carré ne l'est du cercle; car ce sont des substances qui ne conviennent en aucune chose, et cependant ils les confondent. C'est donc qu'il y a quelque difficulté à reconnaître leur différence. C'est que cela ne se découvre pas d'une simple vue, et qu'il faut raisonner pour conclure que l'une n'est pas l'autre. C'est qu'il faut consulter avec application l'idée de l'étendue, et reconnaître que l'étendue n'est point une manière d'être des corps, mais le corps même, puisqu'elle nous est représentée comme une chose subsistante, et comme le principe de tout ce que nous conservons clairement dans les corps ; et qu'ainsi les manières dont le corps est capable n'ayant aucun rapport aux qualités sensibles, il faut que le sujet de ces qualités, ou plutôt l'être dont ces qualités sont des manières, ^ soit bien différent du corps. Il est nécessaire de faire de semblables raisonnements pour s'empêcher de confondre l'âme avec le corps. Mais si l'on avait une idée claire de l'âme, comme l'on en a une du corps, certainement on ne serait point oblige de prendre tous ces détours pour la distinguer de lui ; cela se découvrirait d'une simple

1 Joan 13. 37.

vue, ef avec autant de facilité que Ton reconnaît que le carré •n'est pas te cercle.

Je ne m'arrête 1 pas à prouver plus au long que l'on ne connaît point l'âme ni ses modifications par des idées claires. De quelque côté qu'on se considère soi-même, on le reconnaît suffisamment; et je n'ajoute ceci à ce que j'en avais déjà dit dans la iiecherche de la vérité, que parce que quelques cartésiens y avaient trouvé à redire. Si cela ne les satisfait pas, j'attendrai qu'ils me fassent reconnaître cette idée claire que je n'ai pu trouver en moi, quelque effort que j'aie fait pour la découvrir.

XIIe ÉCLAIRCISSEMENT

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