DE L'EFFICACE DES CAUSES SECONDES
Si les causes secondes 1 ne faisaient rien, disent Suarez, Fonseca et quelques autres, on ne pourrait pas distinguer les choses vivantes de celles qui ne vivent point, car ni les unes ni les autres n'auraient point de principe intérieur de leurs actions.
Réponse.
Je réponds que les hommes auraient toujours les mômes preuves sensibles qui les ont convaincus de la distinction qu'ils mettent entre les choses vivantes et celles qui ne vivent point. Ils verraient toujours les animaux faire certaines actions, comme manger, croître, crier, courir, sauter, etc., ils ne remarqueraient rien de semblable dans les pierres. Et c'est cela seul qui fait croire aux philosophes ordinaires que les bêtes vivent, et que les pierres ne vivent pas. Car il ne faut pas s'imaginer qu'ils sachent par une vue claire et distincte de l'esprit, ce que c'est que la vie d'un chien; ce sont leurs sens qui règlent leurs décisions sur cette question.
S il était nécessaire, je prouverais ici que le principe de la vie d'un chien n'est pas fort différent de celui du mouvement d'une montre. Car la vie des corps, quels qu'ils soient, ne peut consister que dans le mouvement de leurs parties; et il n'est pas difficile de juger que la même matière subtile qui fait dans un chien la fermentation du sang et des esprits animaux, et qui est le principe de sa vie, n'est pas plus parfaite que celle qui donne le mouvement au ressort des montres, ou qui cause la pesanteur dans les poids des horloges, laquelle est le principe
1 Dans sa métaph. Disp. 18. Sect. i. Assert, i. In métaph. Arist. quest. 7, sect. 2. (Note de Malebranche.)
ÉCLAIRCISSEMENTS
de leur vie, ou pour parler comme les autres, de leur mouvement.
C'est aux péripatéticiens à donner à ceux qu'ils nomment cartésiens, une idée claire de ce qu'ils appellent vie des bêtes, âme corporelle, corps qui aperçoit et qui désire, qui voit, qui sent, qui veut, et ensuite on résoudra clairement leurs difficultés, si après cela ils continuent de les faire.
IIe PREUVE
On ne pourrait pas reconnaître les différences ni les vertus des éléments ; il se pourrait faire que le feu rafraîchirait comme fait l'eau, la nature de chaque chose ne serait point fixe et arrêtée.
Réponse.
Je réponds que la nature demeurant telle qu'elle est, c'està-dire, que les lois de la communication des mouvements subsistant toujours les mêmes, il y a contradiction que le feu ne brûle pas ou ne sépare pas les parties de certains corps. Le feu ne peut rafraîchir comme de l'eau, s'il ne devient eau; car le feu n'étant que du bois, dont les parties ont été agitées d'un mouvement violent par une matière invisible qui les environne, ainsi qu'il est facile de 1 le démontrer, il est impossible que ces parties ne communiquent de leur mouvement aux corps qu'ils rencontrent. Or, comme ces lois sont constantes, la nature du feu, ses vertus et ses qualités ne changent pas. Mais cette nature et ces vertus ne sont que des suites de la volonté générale et efficace de Dieu qui fait tout en toutes choses. De sorte que l'étude de la nature est fausse et vaine en toutes manières, lorsqu'on y cherche d'autres véritables causes que les volontés du Tout-Puissant, ou que les lois générales selon lesquelles il agit sans cesse.
J'avoue qu'il ne faut pas recourir à Dieu ou à la cause universelle, lorsqu'on demande la raison des effets particuliers. Car on se rendrait ridicule, si Ton disait, par exemple, que c'est Dieu qui sèche les chemins, ou qui glace l'eau des ri-
* Voyez l'éclaircissement qui suit
vières. Il faut dire que Pair sèche la terre, parce qu'il agite et qu'il enlève avec lui l'eau qui la trempe, et que l'air ou la matière subtile glace la rivière en hiver, parce que en ce temps, elle cesse de communiquer assez de mouvement aux parties, dont l'eau est composée pour la rendre fluide. En un mot, il faut donner, si on le peut, la cause naturelle et particulière des effets dont il est question. Mais comme l'action de ces causes ne consiste que dans la force mouvante qui les agite, et que cette force mouvante n'est que la volonté de Dieu, on ne doit pas dire qu'elles aient en elles-mêmes de force, ou de puissance pour produire quelques effets. Et lorsqu'en raisonnant on est enfin venu à un effet général dont on cherche la cause, c'est encore fort mal philosopher, que d'en imaginer quelque autre que la générale. Il ne faut point feindre une certaine nature, un premier mobile, une âme universelle, ou quelque semblable chimère, dont on n'a point d'idée claire et distincte ; ce serait raisonner en philosophe païen. Par exemple, quand on demande d'où vient qu'il y a des corps en mouvement, ou d'où vient que l'air agité communique son mouvement à l'eau, ou plutôt d'où vient que les corps se poussent les uns les autres ; comme le mouvement et sa communication est un effet général dont tous les autres dépendent, il est nécessaire, je ne dis pas pour être chrétien, mais pour être philosophe, de recourir à Dieu, qui est la cause universelle; car c'est sa volonté qui est la force mouvante des corps, et qui fait aussi la communication de leurs mouvements. S'il avait voulu ne rien produire de nouveau dans le monde, il n'en aurait point mis les parties en mouvement. Et s'il veut quelque jour rendre incorruptibles quelques-uns des êtres qu'il a formés, nos corps, par exemple, après la résurrection, il cessera de vouloir certaines communications des mouvements à l'égard de ces êtres.
IIIe PREUVE
Il serait inutile de labourer, d'arroser et de donner de certaines dispositions pour préparer les corps à ce qu'on souhaite qu'il leur arrive. Car Dieu n'a pas besoin de préparer les sujets sur lesquels il agit !.
1 Suarez au même lieu. (Note de Malebranche.)
ÉCLAIRCISSEMENTS
Réponbe.
Je réponds que Dieu peut absolument faire tout ce qu'il lui plaît, sans trouver de dispositions dans les sujets sur lesquels il agit. Mais il ne le peut faire sans miracle, ou par les voies naturelles, c'est-à-dire, selon les lois générales de la communication des mouvements qu'il a établies, et selon lesquelles il agit presque toujours. Dieu ne multiplie pas ses volontés sans raison; il agit toujours par les voies les plus simples, et c'est pour cela qu'il se sert de la rencontre des corps pour les mouvoir ; non que leur choc soit absolument nécessaire à leur mouvement, comme nos sens nous le disent, mais parce que le choc étant l'occasion de la communication des mouvements, il ne faut que très peu de lois naturelles pour produire tous les effets admirables que nous voyons.
Il est nécessaire d'arroser une plante afin qu'elle croisse, parce que selon les lois de la communication des mouvements, il n'y a guère que les parties de l'eau, qui par leur mouvement, et à cause de leur figure, puissent se glisser et monter entre les fibres des plantes, enlever avec elles quelques sels et d'autres petits corps, et en se figeant ou s'attachant diversement les unes avec les autres, prendre la ligure nécessaire pour les nourrir. La matière subtile que le soleil répand sans cesse, peut en agitant l'eau l'élever dans les plantes; mais elle n'a pas assez de mouvement pour élever les parties grossières de la terre. Cependant la terre et même F air sont nécessaires à l'accroissement des plantes; la terre pour conserver l'eau à leur racine, et l'air pour exciter dans la même eau une fermentation modérée. Mais l'action du soleil, de l'air et de l'eau ne consistant que dans le mouvement de leurs parties, il n'y a que Dieu qui agisse à proprement parler. Car comme je viens de dire, il n'y a que lui qui, par l'efficace de ses volontés et par l'étendue infinie de ses connaissances, puisse faire régler les communications infiniment infinies des mouvements, lesquelles se font à chaque instant, et conservent dans l'univers toutes les beautés qu'on y remarque.
146 DE LA REGBfDftGM DE LA VÉRITÉ.
IVe PREUVE
On ne combat pas contre soi-même; on ne se résiste pas à soi-même. Les corps se rencontrent, se choquent, se résistent. Donc Dieu n'agit point en eux, si ce n'est par son concours. Si Dieu produisait et conservait seul le mouvement dans les corps, il les détournerait avant leur choc, car il sait bien qu'ils sont impénétrables. Pourquoi pousser des corps pour les faire rejaillir, les faire avancer, pour les faire reculer, produire et conserver des mouvements inutiles? N'est-ce pas une chose extravagante que de dire que Dieu combat contre lui-même et qu'il détruit ses ouvrages, lorsqu'un taureau combat contre un lion, qu'un loup dévore une brebis, et qu'une brebis mange l'herbe que Dieu fait croître. Donc il y a des causes secondes.
Réponse.
Donc les causes secondes font tout, et Dieu ne fait aucune chose. Car Dieu ne peut pas agir contre lui-même, et concourir, c'est agir. Concourir à des actions contraires, c'est donner des concours contraires, et faire par conséquent des actions contraires. Concourir à l'action des créatures qui se résistent, c'est agir contre soi-même. Concourir à des mouvements inutiles, c'est agir inutilement. Or Dieu ne fait rien inutilement, il ne fait point d'actions contraires, il ne combat point contre luimême. Donc il ne concourt point à l'action des créatures qui souvent se détruisent les unes les autres et font des actions ou des mouvements inutiles. Voilà où conduit cette preuve des causes secondes. Mais voici ce que la raison nous apprend.
Dieu fait tout en toutes choses, et rien ne lui résiste. 11 fait tout en toutes choses, car ce sont ses volontés qui font et qui règlent tous les mouvements ; et rien ne lui résiste, parce qu'il fait tout ce qu'il veut. Mais voici comment cela se doit concevoir. Ayant résolu de produire par les voies les plus simples, comme plus conformes à l'ordre immuable de ses attributs, cette variété infinie de créatures que nous admirons, il a voulu que les corps se mussent en ligne droite, parce que cette ligne est la plus simple. Mais les corps étant impénétrables, et
ÉCLAIRCISSEMENTS
leurs mouvements se faisant selon des lignes opposées ou qui s'entrecoupent, il est nécessaire qu'ils se choquent et qu'ils cessent par conséquent de se mouvoir de la même façon. Dieu a prévu ceci ; et cependant il a voulu positivement la rencontre ou le choc des corps ; non parce qu'il se plaît à combattre contre lui-même, mais parce qu'il avait dessein de se servir de ce choc des corps, comme d'une occasion pour établir la loi générale de la communication des mouvements, par laquelle il prévoyait qu'il se devait produire une infinité d'effets admirables. Car je suis persuadé que ces deux lois naturelles qui sont les plus simples de toutes : savoir, que tout mouvement se fasse ou tende à se faire en ligne droite, et que dans le choc, les mouvements se communiquent à proportion et selon la ligne de leur pression, suffisent, les premiers mouvements étant sagement distribués, pour produire le monde tel que nous le voyons, je veux dire le ciel, les étoiles, les planètes, les comètes, la terre et l'eau, Pair et le feu ; en un mot, les éléments, et tous les corps qui ne sont point organisés ou vivants ; car les corps organisés dépendent de la première construction de ceux dont ils naissent ; et il y a bien de l'apparence qu'ils ont été formés dès la création du monde, non pas néanmoins tels qu'ils paraissent à nos yeux, et qu'ils ne reçoivent plus par le temps que l'accroissement nécessaire pour se rendre visibles. Néanmoins il est certain qu'ils ne reçoivent cet accroissement que par les lois générales de la nature, selon lesquelles tous les autres corps sont formés ; ce qui fait que leur accroissement n'est pas toujours régulier, et qu'il s'en engendre de monstrueux.
Je dis donc que Dieu, par la première des lois naturelles, veut positivement, et fait par conséquent, le choc des corps, et qu'il se sert ensuite de ce choc qui Pobligc à varier son action, à cause que les corps sont impénétrables, comme d'une occasion pour établir la seconde loi naturelle, qui règle la communication des mouvements ; et qu'ainsi le choc actuel est cause naturelle ou occasionnelle de la communication actuelle des mouvements, par laquelle Dieu, sans changer de conduite, produit une infinité d'ouvrages admirables.
Si l'on considère bien ceci, on reconnaîtra visiblement qu'il ne se peut rien de mieux. Mais, supposé que Dieu ne l'eût point ordonné ainsi, et qu'il détournât les corps qui sont prêts à se
DK LA RECHERCHE DE LA VÛIUTÉ.
choquer, comme s'il y avait du vide pour les recevoir : Premièrement, les corps ne seraient point sujets à cette vicissitude continuelle qui fait la beauté de l'univers ; car la génération de certains corps ne se fait que par la corruption de quelques autres, c'est la contrariété de leurs mouvements qui produit leur variété. Secondement, Dieu n'agirait point par les voies les plus simples ; car alin que les corps prêts à se choquer, continuassent leur mouvement sans se choquer, il faudrait qu'ils décrivissent des lignes courbes d'une infinité de façons différentes, et par conséquent il faudrait admettre en Dieu des volontés différentes pour déterminer leurs mouvements. Enfin, s'il n'y avait point d'uniformité dans l'action des corps naturels, et si leur mouvement ne se faisait point en ligne droite, il n'y aurait point de principe certain pour raisonner dans la physique, ni pour se conduire dans plusieurs actions de la vie.
Ce n'est point un désordre que les lions mangent les loups, et les loups les brebis, et les brebis l'herbe dont Dieu prend un si grand soin, qu'il lui a donné toutes les choses nécessaires pour sa propre conservation et même une semence pour la conservation de son espèce. Gela ne prouve pas plus l'efficace des causes secondes, que la pluralité des causes ou la contrariété des principes du bien et du mal, que les manichéens avaient imaginés pour rendre raison de ces effets. Mais c'est une marque 1 certaine de la grandeur, de la sagesse et de la magnificence de Dieu. Car Dieu ne fait que des ouvrages dignes d'une sagesse infinie, et il les fait avec une profusion qui marque assez sa puissance et sa grandeur. Tout se qui se détruit se répare par la même loi qui le détruit, tant est grande la sagesse, la puissance et la fécondité de cette loi. Dieu n'empêche point la destruction des êtres par une nouvelle volonté , non seulement parce que la première suffit pour les réparer, mais principalement parce que ses volontés valent beaucoup mieux que la réparation de ces êtres. Elles valent même beaucoup mieux que tout ce qu'elles produisent ; et si Dieu a fait ce monde visible, quoique indigne en lui-même de l'action par laquelle il est produit, c'est qu'il a eu des vues qui ne sont
1 Voyez les Entreliens sur la métaphysique où j'explique la Providence divine. Note de Malebranclie.)
ÉCLAIRCISSEMENTS
pas connues aux philosophes, et qu'il sait s'honorer lui-même en Jésus-Christ, d'un honneur que les créatures ne sont pas capables de lui rendre.
Lorsqu'une maison écrase un homme de bien, il arrive un plus grand mal que lorsqu'une bôte en dévore une autre, ou que lorsqu'un corps est obligé de rejaillir par le choc de celui qu'il rencontre, mais Dieu ne multiplie pas ses volontés pour remédier aux désordres vrais ou apparents qui sont des suites nécessaires des lois naturelles. Dieu ne doit pas corriger ni changer ces lois, quoiqu'elles produisent quelquefois des monstres. Il ne doit pas troubler l'uniformité de sa conduite et la simplicité de ses voies. Il doit négliger les petites choses ; je veux dire qu'il ne doit pas avoir des volontés particulières pour produire des effets qui ne les valent pas, ou qui sont indignes de l'action de celui qui les produit. Dieu ne fait des miracles que lorsque l'ordre, qu'il suit toujours, le demande; j'entends l'ordre immuable de la justice qu'il veut rendre à ses attributs. Et cet ordre veut qu'il agisse par les voies les plus simples, et qu'il n'y ait des exceptions dans ses volontés, que lorsque cela est absolument nécessaire à ses desseins, que lorsque la simplicité et l'uniformité de sa conduite n'honorent pas tant son immutabilité et sa prescience, qu'une conduite miraculeuse honorerait sa sagesse, sa justice, sa bonté, ou quelque autre de ses attributs, que dans certaines occasions, en un mot, qui nous sont entièrement inconnues. Quoique nous soyons tous unis à l'ordre ou à la sagesse de Dieu, nous n'en connaissons pas toutes les règles. Nous voyons en elle ce que nous devons faire, mais nous ne comprenons pas en elle tout ce que Dieu doit vouloir, et nous ne devons pas faire trop d'effort pour le comprendre.
On a un grand exemple de ce que je viens de dire, dans la damnation d'un nombre infini de personnes que Dieu a laissé périr dans les siècles de l'erreur. Dieu est infiniment bon ; il aime tous ses ouvrages, il veut que tous les hommes soient sauvés, et qu'ils viennent à la connaissance de la vérité, car il les a faits pour jouir de lui ; et cependant le plus grand nombre se damne, le plus grand nombre vit et meurt dans l'aveu-
1 Voyez la 7e des Méditations chrétiennes.
glement et y demeilîerÉ durant toute l'éternité. N'est-ce point à eiwase qtle Dieu agit par les voies les plus simples 1 et qu'il suit Pordre '? On a lait voir que, selon l'ordre, Dieu ne devait pas provenir par des plaisirs 2 indélibérés la volonté du premier homme, dont la chute a causé le désordre de la nature. Il était à propos que tous les hommes vinssent d'un seul, non seulement parce que cette voie est simple, mais encore pour des raisons trop théologiques et trop abstraites pour être déduites ici. Enfin on doit croire que cela est conforme à Tordre que Dieu suit, et à la sagesse qu'il consulte toujours dans la formation et dans l'exécution de ses desseins. Le péché du premier homme a produit une infinité de maux, il est vrai. Mais certainement l'ordre demandait que Dieu le permît, et qu'il mît l'homme en état de pouvoir pécher, ainsi que je l'ai prouvé ailleurs 3.
Dieu voulant réparer son ouvrage, ne donne que rarement de ces grâces victorieuses qui surmontent la malice des plus grands pécheurs. Il donne souvent des grâces inutiles à la conversion de ceux qui les reçoivent, quoiqu'il en prévoie l'inutilité à leur égard. Il en répand quelquefois en grand nombre qui ne produisent néanmoins que très peu d'effet par rapport à notre salut. Pourquoi tous ces détours, ou ces voies indirectes ? Il n'a qu'à vouloir positivement la conversion du pécheur, pour la produire d'une manière efficace et invincible. N'est-il pas visible, que c'est qu'il agit par les voies les plus simples, et que l'ordre le veut, quoique nous ne le voyions pas toujours ? Car Dieu ne peut agir qu'avec ordre et qu'avec sagesse, quoique son ordre et sa sagesse soient souvent des abîmes impénétrables à l'esprit humain. Il y a de certaines lois très simples dans l'ordre de la grâce 4, selon lesquelles Dieu agit ordinairement ; ^ar cet ordre a ses règles aussi bien que celui de la nature, quoique nous ne les connaissions pas, comme nous voyons celles des communications des mouvements. Suivons seulement les
1 Voyez l'éclaircissement sur le ch. 4 de la 2e partie de la méthode. - Voyez le ier éclaircissement sur le 5e ch.
z Voyez le 22 entretien des Convers. chrétiennes de l'édition de Paris -en 1702, pages 60 et suivantes. (Note de Malebranche.)
* Voyez le 2e discours du Traité de la nature et de la grâce. Malebranche résume ici les développements qu'il a donnés sur la Providence, la généralité des voies, les monstres, dans les ouvrages auxquels il renvoie.
ÉCLAIRCISSEMENTS. 451
conseils, que nous a donnés dans l'Évangile, celui qui connaissait parfaitement les lois de la grâce.
Je dis ceci pour satisfaire aux injustes plaintes des pécheurs qui méprisent les conseils de Jésus-Christ, et qui se prennent à Dieu de leur malice et de leurs désordres. Ils veulent que Dieu fasse des miracles en leur faveur et qu'il ne suive point les lois ordinaires de la grâce. Ils vivent dans les plaisirs, ils recherchent les honneurs, ils rouvrent à tous moments les plaies que les objets sensibles ont faites dans leur cerveau, ils en reçoivent souvent de nouvelles ; et ils veulent que Dieu les guérisse par miracle, semblables à des blessés qui, dans l'excès de leur douleur, déchirent leur appareil, renouvellent leurs plaies, et puis dans la vue d'une mort prochaine, se plaignent de la cruauté de ceux qui les pansent. Ils veulent que Dieu les sauve, parce que disent-ils, Dieu est bon, sage, puissant ; il ne tient qu'à lui de nous rendre heureux, il ne doit pas nous avoir faits pour nous perdre. Qu'ils sachent que Dieu veut les sauver, et qu'il a fait pour cela tout ce qui se devait selon l'ordre de la justice qu'il doit à ses attributs. Nous ne devons pas croire qu'il nous abandonne, puisqu'il nous a donné son propre Fils pour être notre médiateur et notre victime. Oui, Dieu veut nous sauver, et nous sauver tous ; mais par des voies que nous devons étudier avec soin, et suivre avec exactitude. Dieu ne doit pas consulter nos passions dans l'exécution de ces desseins. Il ne doit consulter que sa sagesse, il ne doit suivre que l'ordre ; et l'ordre veut que nous imitions Jésus-Christ, et que nous suivions ses conseils pour nous sanctifier et pour nous sauver. Que si Dieu n'a pas prédestiné tous les hommes à être conformes à l'image de son Fils, qui est le modèle et l'exemplaire des élus, c'est qu'en cela Dieu agit par les voies les plus simples par rapport à ses desseins, qui tendent tous à sa gloire, c'est que Dieu est une cause universelle, et qu'il ne doit pas agir comme les causes particulières, qui ont des volontés particulières pour tout ce qu'elles font ; c'est que sa sagesse qui n'est en cela qu'abîmes pour nous, le veut ainsi. Enfin c'est que cette conduite est plus digne de Dieu, qu'une autre qui serait plus favorable aux réprouvés. Car les réprouvés sont condamnés par un ordre aussi digne de nos adorations, que celui par lequel les élus sont sanctifiés et sauvés ; et il n'y a que l'ignorance de l'ordre et
l'amour-propre qui fosse condamner une conduite que les anges el les saints admireront éternellement. Je réponds ailleurs 1 plus amplement aux difficultés qu'on fait contre la Providence divine. Mais revenons aux preuves de l'efficace des causes secondes.
Ve PREUVE
Si les corps n'avaient point une certaine nature ou force pour agir, et si Dieu faisait toutes choses, il n'y aurait rien que de surnaturel dans les effets même les plus ordinaires. La distinction de naturel et de surnaturel, qui est si bien reçue dans le monde, et qui est établie par le consentement universel des savants, serait chimérique et extravagante.
Réponse.
Je réponds que cette distinction est extravagante dans la bouche d'Aristote, car la nature que ce philosophe a établie est une pure chimère. Je dis que cette distinction n'est point claire dans la bouche du commun des hommes, qui jugent des choses par l'impression qu'elles font sur leurs sens ; car ils ne savent point précisément ce qu'ils veulent dire, lorsqu'ils assurent que le feu brûle par sa nature. Je dis que cette distinction se peut souffrir dans la bouche des théologiens, s'ils entendent que les effets naturels sont ceux qui sont des suites des lois générales que Dieu a établies pour la production, et pour la conservation de toutes choses, et que les effets surnaturels sont ceux qui ne dépendent point de ces lois. Cette distinction est véritable en ce sens. Mais la philosophie d'Aristote jointe à l'impression des sens, la rend, ce me semble, dangereuse, parce que cette distinction peut détourner de Dieu ceux qui ont trop de respect pour les opinions de ce misérable et pitoyable philosophe 2 ou qui consultent leurs sens au lieu de rentrer en eux-mêmes pour y consulter la vérité. Ainsi on ne devait point se servir de cette
1 Voyez les Entretiens sur la métaphysique. Le Traité de la nature et de la firâce, et les réponses à M. Arnaulci, surtout la réponse à sa dissertation sur les miracles de l'Ancien Testament. (Note de Malebranche.)
2 Descartes et même la Logique de Port-Royal, ne traitent pas Aristotc aussi irrévérencieusement.
ÉCLAIRCISSEMENTS
distinction sans l'expliquer. Saint Augustin 1 s'étant servi du terme de fortune s'en est rétracté, quoiqu'il y eût peu de gens qui s'y pussent tromper. Saint Paul 2 parlant des viandes immolées, avertit que les idoles ne sont rien. Si la nature de la philosophie païenne est une chimère, si cette nature n'est rien, il faut en avertir, car il y a bien des gens qui s'y trompent. Il y en a plus qu'on ne pense qui lui attribuent inconsidérément les ouvrages de Dieu, qui s'occupent de cette idole, ou de cette fiction de l'esprit humain, et qui lui rendent des honneurs qui ne sont dus qu'à la Divinité. Ils veulent bien que Dieu soit auteur des miracles et de certains effets extraordinaires qui, en un sens, sont peu dignes de sa grandeur et de sa sagesse, et ils rapportent à la puissance de leur nature imaginaire, ces effets constants et réglés que les sages seuls savent admirer. Ils prétendent môme que cette disposition si merveilleuse qu'ont tous les corps vivants pour se conserver et pour engendrer leur semblable, est une production de leur nature ; car selon ces philosophes, c'est le soleil et l'homme qui engendrent les hommes.
On peut encore distinguer l'ordre surnaturel du naturel en plusieurs manières. Car on peut dire que le surnaturel a rapport aux biens futurs, qu'il est établi en vue des mérites de Jésus-Christ, qu'il est le premier et le principal dans les desseins de Dieu, et d'autres choses suffisantes pour conserver une distinction dont l'on appréhende peut-être sans sujet la destruction.
VIe PREUVE
La principale preuve que les philosophes apportent pour l'efficace des causes secondes, se tire de la volonté de l'homme et de sa liberté. L'homme veut, il se détermine par lui-même; et vouloir, et se déterminer, c'est agir. Il est certain que c'est l'homme qui commet le péché, Dieu n'en est point l'auteur, non plus que de la concupiscence et de l'erreur. Donc l'homme agit par son efficace propre.
1 Liv. I des rétract.
2 I. aux. Cor. ch. 10. v. 19.
Réponte,
J'ai expliqué suffisamment en plusieurs endroits de la Recherche de la vérité, ce que c'est que la volonté et la liberté de l'homme, et principalement dans le premier chapitre du premier livre, et dans le premier éclaircissement sur ce môme chapitre, il est inutile que je le répète. J'avoue que l'homme veut, et qu'il se détermine lui-même; mais c'est parce que Dieu le fait vouloir, en le portant incessamment vers le bien. Il se détermine, mais c'est que Dieu lui donne toutes les idées et tous les sentiments qui sont les motifs par lesquels il se détermine. J'avoue aussi que l'homme commet seul le péché. Mais je nie qu'il fasse en cela quelque chose; car le péché, l'erreur, et même la concupiscence, ne sont rien. Ce ne sont que des défauts. Je me suis assez expliqué sur cela dans le premier éclaircissement.
L'homme veut, mais ses volontés sont impuissantes en ellesmêmes, elles ne produisent rien, elles n'empêcheut point que Dieu ne fasse tout, puisque c'est Dieu même qui fait en nous nos volontés, par l'impression qu'il nous donne vers le bien en général, car sans cette impression nous ne pourrions rien vouloir. L'homme 1 n'a de lui-même que l'erreur et le péché qui ne sont rien.
Il y a bien de la différence entre nos esprits et les corps qui nous environnent. Notre esprit veut, il agit, il se détermine, je n'en doute nullement. Nous en sommes convaincus par le sentiment intérieur que nous avons de nous-mêmes. Si nous n'avions point de liberté, il n'y aurait ni peines, ni récompenses futures; car sans liberté il n'y a ni bonnes ni mauvaises actions. De sorte que la religion serait une illusion et un fantôme. Mais que les corps aient de la force pour agir, c'est ce qu'on ne voit pas clairement ; c'est ce qui paraît incompréhensible : et c'est aussi ce qu'on nie, lorsqu'on nie l'efficace des causes secondes.
L'esprit même n'agit pas autant qu'on se l'imagine. Je sais que je veux et que je veux librement ; je n'ai aucune raison
1 Nemo habet de suo nisi mendacium et peccatum. Conc. Araus.2. Can. 2-2.
ÉCLAIRCISSEMENTS
d'en douter qui soit plus forte que le sentiment intérieur que j'ai de moi-même. Je ne le nie pas aussi mais je nie que ma volonté soit la cause 1 véritable du mouvement de mon bras, des idées de mon esprit, et des autres choses qui accompagnent mes volontés , car je ne vois aucun rapport entre des choses si différentes. Je vois même très clairement qu'il ne peut'y avoir de rapport entre la volonté que j'ai de remuer le bras, et entre l'agitation des esprits animaux, c'est-à-dire de quelques petits corps, dont je ne sais ni le mouvement ni la [figure, lesquels vont choisir certains canaux des nerfs entre un million d'autres que je ne connais pas, afin de causer en moi le mouvement que je souhaite, par une infinité de mouvements que je ne souhaite point. Je nie que ma volonté produise en moi mes idées; car je ne vois pas même comment elle pourrait les produire, puisque ma volonté ne pouvant agir ou vouloir sans connaissance, elle suppose mes idées et ne les fait pas. Je ne sais même précisément ce que c'est qu'idée. Je ne sais si on les produit de rien, et si elles rentrent dans le néant dès qu'on cesse de les voir. Je parle selon le sentiment de quelques personnes.
Je produis, dira-t-on, mes idées par la faculté que Dieu mra donnée de penser. Je remue mon bras à cause de Yunion que Dieu a mise entre mon esprit et mon corps. Faculté, union, ce sont termes de logique, ce sont des mots vagues et indéterminés. Il n'y a point d'être en particulier, ni de manière d'être qui soit une faculté ou une union; on doit expliquer ces termes. Si l'on dit que l'union de mon esprit avec mon corps, consiste en ce que Dieu veut, que lorsque je voudrai que mon bras soit mû, les esprits animaux se répandent dans les muscles dont il est composé, pour le remuer en la manière que je le souhaite, j'entends clairement cette explication, et je la reçois. Mais c'est dire justement ce que je soutiens ; car ma volonté déterminant la volonté pratique de Dieu, il est évident que mon bras sera mû, non par ma volonté, qui est impuissante en elle-même, mais par celle de Dieu qui ne peut jamais manquer d'avoir son effet.
1 Selon le sens expliqué dans le chap. sur lequel je fais cet éclaircissement. (Note de Malebranche.)
Mais si l'on dit que L'union do mon esprit avec mon corps consiste en ce (pie Dion m'a donné la force1 de remuer mon bras, comme il a donné aussi à mon corps la force de me faire sentir du plaisir el de la douleur, afin de m'appliquer à ce corps et de m'intéresscr dans sa conservation, certainement on suppose ce qui est en question, et Ton fait un cercle. On n'a point d'idée claire de cette force que l'âme a sur le corps, ni de celle que le corps a sur l'âme, on ne sait pas trop bien ce qu'on dit, lorsqu'on l'assure positivement. On est entré dans ce sentiment par préjugé ; on l'a cru ainsi étant enfant, et dès qu'on a été capable de sentir; mais l'esprit, la raison, la réflexion n'y ont point de part. Gela paraît assez par les choses que j'ai dites dans la Recherche de la vérité»
Mais, dira-t-on, je connais par le sentiment intérieur de mon action que j'ai véritablement cette force, ainsi je ne me trompe point de le croire. Je réponds, que lorsqu'on remue son bras, on a sentiment intérieur de la volonté actuelle par laquelle on le remue ; et l'on ne se trompe point de croire qu'on a cette volonté. On a de plus sentiment intérieur d'un certain effort qui accompagne cette volonté, et l'on doit croire aussi qu'on fait cet effort. Enfin je veux 2 qu'on ait sentiment intérieur que le bras est remué dans le moment de cet effort ; et cela supposé, je consens aussi que l'on dise que le mouvement du bras se fait dans l'instant qu'on sent cet effort, ou que Ton a une volonté pratique de le remuer. Mais je nie que cet effort qui n'est qu'une modification, ou un sentiment de l'âme qui nous est donné pour nous faire comprendre notre faiblesse, et nous donner un sentiment obscur et confus de notre force, soit par lui-même capable de donner du mouvement aux esprits
1 J'entends toujours une force véritable et efficace. (Note de Malebranche.)
2 II me paraît évident que l'esprit ne connaît pas même par sentiment intérieur ou par conscience le mouvement du bras qu'il anime. Il ne connaît par conscience que son sentiment, car l'âme n'a conscience que de ses seules pensées. C'est par le sentiment intérieur ou par conscience que l'on connaît le sentiment qu'on a du mouvement de son bras; mais ce n'est point par conscience que l'on est averti du mouvement de son bras, de la douleur qu'on y souffre, non plus que des couleurs que l'on voit sur les objets. Ou si l'on n'en veut pas convenir, je dis que le sentiment intérieur n'est point infaillible, car l'erreur se trouve presque toujours dans ces sentiments, lorsqu'ils sont composés. Je l'ai suffisamment prouvé dans le premier livre de la Recherche de la vérité. (Note de Malebranche.)
animaux, ni les déterminer. Je nie qu'il y ait rapport entre nos pensées et les mouvements de la matière. Je nie que l'âme ait la moindre connaissance des esprits animaux dont elle se sert pour remuer le corps qu'elle anime. Enfin quand même l'âme connaîtrait exactement les esprits animaux, et quand elle serait capable de les mouvoir, ou de déterminer leur mouvement, je nie qu'avec tout cela elle pût choisir les tuyaux des nerfs, dont elle n'a aucune connaissance, afin de pousser en eux les esprits et remuer ainsi le corps avec la promptitude, la justesse et la force que Ton remarque dans ceux-mômes qui connaissent le moins la structure de leur corps.
Car, supposé même que nos volontés soient véritablement la force mouvante des corps, quoique cela paraisse incompréhensible, comment peut-on concevoir que l'âme remue son corps? Le bras, par exemple, ne se remue, que parce que les esprits enflent quelques-uns des muscles qui le composent. Or, afin que le mouvement que l'âme imprime aux esprits qui sont dans le cerveau, se pût communiquer à ceux qui sont dans les nerfs, et ceux-ci aux autres qui sont dans les muscles du bras, il faudrait que les volontés de l'âme se multipliassent, ou changeassent à proportion des rencontres ou des chocs presque infinis qui se feraient dans les petits corps qui composent les esprits; car les corps ne peuvent pas eux-mêmes remuer ceux qu'ils rencontrent, comme je crois l'avoir suffisamment prouvé. Mais cela ne se peut concevoir, si Ton n'admet dans l'âme un nombre infini de volontés au moindre mouvement du corps, puisqu'il est nécessaire pour le remuer, qu'il se fasse un nombre infini de communications de mouvements. Car enfin l'âme étant une cause particulière, et qui ne peut savoir exactement la grosseur ni l'agitation d'un nombre infini de petits corps qui se choquent, lorsque les esprits se répandent dans les muscles, elle ne pourrait ni établir une loi générale de la communication des mouvements de ces esprits, ni la suivre exactement si elle l'avait établie. Ainsi il est évident que l'âme ne pourrait remuer son bras, quand même elle aurait le pouvoir de déterminer le mouvement des esprits animaux qui sont dans le cerveau. Ces choses sont trop claires pour s'y arrêter davantage.
Il en est de môme de la faculté que nous avons de penser. t. n. 26
Nous connaissons par sentiment intérieur, que nous voulons penser à quelque chose, que nous faisons effort pour cela, et que dans le moment de notre désir et de notre effort, l'idée de cette chose se présente à notre esprit. Mais nous ne connaissons point par sentiment intérieur, que notre volonté ou notre efforl produise notre idée. Nous ne voyons point par la raison que cela se puisse faire. C'est par préjugé que nous croyons que notre attention ou nos désirs sont cause de nos idées; c'est que nous éprouvons cent fois le jour qu'elles les suivent ou qu'elles les accompagnent. Comme Dieu et ses opérations n'ont rien de sensible, et que nous ne sentons point d'autre chose qui précède la présence des idées que nos désirs, nous ne pensons point qu'il puisse y avoir d'autre cause de ces idées que nos désirs. Mais prenons-y garde. Nous ne voyons point en nous de force pour les produire, la raison ni le sentiment intérieur, que nous avons de nous-mêmes, ne nous disent rien sur cela.
Je ne crois pas devoir rapporter toutes les autres preuves dont se servent les défenseurs de l'efficace des causes secondes, parce que ces preuves me paraissent si faibles, qu'on pourrait s'imaginer que j'aurais en cela dessein de les rendre ridicules; et je me rendrais moi-môme ridicule si j'y répondais sérieusement. Un auteur, par exemple, dit fort sérieusement, en faveur de son opinion : « Les êtres créés sont de véritables causes matérielles, formelles, finales ; pourquoi ne seraient-ils pas aussi causes efficientes ou efficaces? » Il me semble que je ne contenterais pas fort le monde, si pour satisfaire à la demande de cet auteur, je m'arrêtais à éclaircir un équivoque si grossier, et à faire voir la différence qu'il y a entre la cause efficace et celle qu'il a plu aux philosophes d'appeler matérielle. Ainsi je laisse de semblables preuves pour venir à celles que Ton tire de la sainte Écriture.
VIIe PREUVE
Ceux qui soutiennent l'efficace des causes secondes, apportent d'ordinaire les passages suivants pour appuyer leur sentiment : « Germinet 1 terra herbam virentem : Producant aquœ reptile
* Gen. ch. i.
ÉCLAIRCISSEMENTS
animœ viventis et volatile : Producat terra animam viventem.» Donc la terre et l'eau ont reçu par la parole de Dieu la puissance de produire des plantes et des animaux. Dieu commande ensuite aux oiseaux et aux poissons de multiplier : « Grescite 1 et multiplicamini, et replète aquas maris, avesque multiplicentur super terrain. » Donc il leur a donné la puissance d'engendrer leur semblable.
Jésus-Christ, dans le quatrième chapitre de saint Marc, dit que la semence qui tombe en bonne terre rend jusqu'au centuple, et que la terre produit 2 d'elle-même premièrement l'herbe, ensuite l'épi, puis le blé dans l'épi. Enfin il est aussi écrit dans le livre de la sagesse, que le feu avait comme oublié en faveur du peuple de Dieu la force qu'il a de brûler. Il est donc certain 3 par l'Ancien et . le Nouveau Testament, que les causes secondes ont pour agir une force véritable.
Réponse.
Je réponds que dans l'Écriture sainte il y a aussi plusieurs passages, qui attribuent à Dieu la prétendue efficace des causes secondes. En voici quelques-uns.
« Ego sum Dominus faciens omnia, extendens cœlos solus; stabiliens terram, et nullus mecum. Isaïe chap. 44. 24. Manus tuse fecerunt me et plasmaverunt me totum in circuitu. Job.