‹ De la recherché de la vérité (volume 3)Chapitre 35 sur 108 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Que l'air qu'on respire cause aussi quelque changement dans les

esprits.

La seconde cause générale des changements qui arrivent dans les esprits animaux, est l'air que nous respirons. Car quoiqu'il ne fasse pas d'abord des impressions si sensibles que le chyle, cependant il fait à la longue ce que les sucs des viandes font en peu de temps. Cet air entre des branches de la trachée artère dans celle de Y artère veineuse1; de là il se mêle et se fermente avec le reste du sang dans le cœur, et selon sa disposition particulière et celle du sang, il produit de très grands changements dans les esprits animaux, et par conséquent dans la faculté d'imaginer.

Je sais qu'il y a quelques personnes qui ne croient pas que l'air se mêle avec le sang dans les poumons et dans le cœur, parce qu'ils ne peuvent découvrir avec leurs yeux dans les branches de la trachée artère, et dans celle de l'artère veineuse, les passages par où cet air se communique. Mais il ne faut pas que l'action de l'esprit s'arrête avec celle des sens ; il peut pénétrer ce qui leur est impénétrable, et s'attacher à des choses qui n'ont point de prise pour eux. Il est indubitable qu'il passe continuellement quelques parties du sang des branches de la veine artérieuse 2 dans celles de la trachée artère ; l'odeur et l'humidité de l'haleine le prouvent assez, et cependant les passages de cette communication sont imperceptibles. Pourquoi donc les parties subtiles 'de l'air ne pourraient-elles pas passer des branches de la trachée artère dans l'artère veineuse, quoique les passages de cette communication ne soient pas visibles. Enfin il se transpire beaucoup plus d'humeurs par les pores imperceptibles des artères et de la peau, qu'il n'en sort par les autres passages du corps, et les métaux même les plus solides n'ont point de pores si étroits, qu'il ne se rencontre encore dans la nature des corps assez petits pour y trouver le passage libre, puisqu'autrement ces pores se fermeraient.

1 C'est la veine du poumon.

2 C'est l'artère du poumon. (Notes de Malebranche.)

DE L'IMAGINATION, 1** Punit;. 143

Il est vrai que les parties grossières et branchues de l'air, ne peuvent point passer par les pores ordinaires des corps, et que l'eau même, quoique fort grossière, peut se glisser par des chemins où cet air est obligé de s'arrêter. Mais on ne parle pas ici de ces parties les plus grossières de l'air ; elles sont, ce semble, assez inutiles pour la fermentation. On ne parle que des plus petites parties, raides, piquantes, et qui n'ont que fort peu de branches qui les puissent arrêter, parce que ce sont apparemment les plus propres pour la fermentation du sang.

Je pourrais cependant assurer, sur le rapport de Sylvius, que Fair même le plus grossier passe de la trachée artère dans le cœur, puisqu'il assure lui-même, qu'il l'y a vu passer par l'adresse de M. de Swammerdam. Car il est [plus raisonnable de croire un homme qui dit avoir vu, qu'un million d'autres qui parlent en l'air. Il est donc certain que les parties les plus subtiles de l'air que nous respirons, entrent dans notre cœur, qu'elles y entretiennent, avec le sang et le chyle, la chaleur qui donne la vie et le mouvement à notre corps ; et que selon leurs différentes qualités elles apportent de grands changements dans la fermentation du sang, et dans les esprits animaux.

On reconnaît tous les jours la vérité de ceci par les diverses humeurs et les différents caractères d'esprit des personnes de différents pays. Les Gascons, par exemple, ont l'imagination bien plus vive que les Normands. Ceux de Rouen et de Dieppe et les Picards différent tous entre eux , et encore bien plus des Bas-Normands, quoiqu'ils soient assez proches les uns des autres. Mais si on considère les hommes qui vivent dans des pays plus éloignés, on y rencontrera des différences encore bien plus étranges, comme entre un Italien et un Flamand ou un Hollandais. Enfin il y a des lieux renommés de tout temps pour la sagesse de leurs habitants, comme Théman 1 et Athènes ; et d'autres pour leur stupidité, comme Thôbes, Abdere et quelques autres.

Athenis tenue cœlum, ex que- acutioies etiain pulnntur Attici, crassuiu Thehis.

(lie. De Falo.

Àbderilanœ pectora plobis habes Martial.

iioBotum in crasso jurares acre natum.

1 Numquid non ultra est mpientia in Tkenian ? .fènuu. Ch. 49. v. 17.

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