‹ De la recherché de la vérité (volume 3)Chapitre 8 sur 108 · PRÉFACE DE MALEBR ANCHE · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE MALEBR ANCHE

Jl est visible, par toutes ces choses, qu'il faut résister sans cesse à l'effort que le corps fait contre l'esprit, et qu'il faut peu à peu s'accoutumer à ne pas croire les rapports que nos sens nous font de tous les corps qui nous environnent, qifils nous représentent toujours comme dignes de notre application et de notre estime ; parce qu'il n'y a rien de sensible à quoi nous devions nous arrêter, ni de quoi nous devions nous occuper. C'est une des vérités que la Sagesse étemelle semble avoir voulu nous apprendre par son Incarnation 1 ; car après avoir élevé une chair sensible à la plus haute dignité qui se puisse concevoir, il nous a fait connaître, par l'avilissement où il a réduit cette même chair, c'est-à-dire par l'avilissement de ce qu'il y a de plus grand entre les choses sensibles, le mépris que nous devons faire de tous les objets de nos sens. C'est peutêtre pour la même raison que saint Paul disait 2 quil ne connaissait pins Jésus-Christ selon la chair; car ce n'est pas à la chair de Jésus-Christ qu'il faut s'arrêter, c'est à l'esprit caché sous la chair 3. Caro vas fuit ; quod habebat attende, non quod erat, dit saint Augustin. Ce qu'il y a de visible ou de sensible dans Jésus-Christ ne mérite nos adorations qu'à cause de l'union avec le Verbe , qui ne peut être l'objet que de l'esprit seul.

Il est absolument nécessaire que ceux qui se veulent rendre sages et heureux soient entièrement convaincus et comme pénétrés de ce que je viens de dire. Il ne suffit pas qu'ils me croient sur ma parole, ni qu'ils en soient persuadés par l'éclat d'une lumière passagère; il est nécessaire qu'ils le sachent par mille expériences et mille démonstrations incontestables. Il faut que ces vérités ne se puissent jamais effacer de leur esprit et qu'elles leur soient présentes dans toutes leurs études et dans toutes les autres occupations de leur vie.

Ceux qui prendront la peine de lire avec quelque application

1 Illa auctoritas divina dicenda est, qua; non solum in sensibilibus signis transcendit omnem hunianam facultatem, sed et ipsum hominem agens, ostendit et quo usque se proptèr ipsum depresserit, et non teneri sensibus quibus videntur illa miranda, sed ad intellectum jubet evoiare, simul demonstrans et quanta hic possit, et cur haec faciat, et quam parvi pendat. Aug. 2. de ord.9.

2 Et si cognovimus secundum earnem Chrirrum, j à ni non setfundùin carnem novimus. i, ad Cor.

3 Tr. in Joan, 27.

l'ouvrage que Ton donne présentement au public entreront, si je ne me trompe, dans cette disposition d'esprit. Car on y démontre, en plusieurs manières, que nos sens, notre imagination et nos passions nous sont entièrement inutiles pour découvrir la vérité et notre bien, qu'ils nous éblouissent au contraire et nous séduisent en toutes rencontres , et généralement que toutes les connaissances que l'esprit reçoit par le corps, ou à cause de quelques mouvements qui se font dans le corps, sont toutes fausses et confuses, par rapport aux objets qu'elles représentent, quoiqu'elles soient très utiles à la conservation du corps et des biens qui ont rapport au corps.

On y combat plusieurs erreurs, et principalement celles qui sont le plus universellement reçues , ou qui sont cause d'un plus grand dérèglement d'esprit ; et Ton fait voir qu'elles sont presque toutes des suites de l'union de l'esprit avec le corps. On prétend, en plusieurs endroits, faire sentir à l'esprit sa servitude et la dépendance où il est de toutes les choses sensibles, afin qu'il se réveille de son assoupissement et qu'il fasse quelques efforts pour sa délivrance.

On ne se contente pas d'y faire une simple exposition de nos égarements ; on explique encore en partie la nature de l'esprit. On ne s'arrête pas, par exemple, à faire un grand dénombrement de toutes les erreurs particulières des sens, ou de l'imagination ; mais on s'arrête principalement aux causes de ces erreurs. On montre tout d'une vue, dans l'explication de ces facultés et des erreurs générales dans lesquelles on tombe, un nombre comme infini de ces erreurs particulières dans lesquelles on peut tomber. Ainsi le sujet de cet ouvrage est l'esprit de l'homme tout entier. On le considère en lui-même, on le considère par rapport aux corps et par rapport à Dieu. On examine la nature de toutes ses facultés ; on marque les usages que l'on en doit faire pour éviter l'erreur. Enfin on explique la plupart des choses que l'on a cru être utiles pour avancer dans la connaissance de l'homme.

La plus belle, la plus agréable et la plus nécessaire de toutes nos connaissances, est sans doute la connaissance de nous-mêmes. De toutes les sciences humaines, la science île l'homme est la plus digne de l'homme. Cependant cette science n'est pas la plus cultivée, ni la. plus achevée que nous ayons;

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