On connaît cependant le vers de fioileaa
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement .
IDS nEGHÊnCIlE AE LA VËRITË.
n'étant pas capables d'examiner les choses à fond, se laissent surprendre aux manières et aux apparences.
Lorsque l'erreur porte les livrées de la Térité, elle est souvent pins respectée que la vérité même, et ce faux respect a des suites très dangereuses '. « Pessima res est errorum apollieosis, et pro peste intellectus habenda est, si vanis accédât veneralio, » Ainsi, lorsque certaines personnes, ou par un faui zèle, ou par l'amour qu'ils ont eu pour leurs propres pensées, se sont servis de l'ËcHIure Sainte pour établir de faux principes de physique ou de métaphysique, ils ont été souvent écoulés comme des orades par des gens qui. les ont crus sur leur parole, à cause du respect qu'ils devaient à l'autorité sainte; mats il est aussi arrivé que quelques esprits mal faits ont pris sujet de là de mépriser la religion. De sorte que, par un renversement étrange, l'Écriture Sainte a >^té cause de l'erreur de qnelques-uns, et la vérité a été le motif et l'origine de rimpiété de quelques autres. Il faut donc bien prendra g^de, dit l'auteur que nous venons de citer, de ne pas chercher les choses mortes avec les vivantes, et de ne pas prétendre, par son propre esprit, découvrir dans la Sainte Écriture ce que le Saint-Esprit n'a pas voulu déclarer. « Ex diviuorum et humanorum maie sana admixtione >, continue-t-il, « non tolum cducitur philosopina phantaslica, sed etiam religio hxretica. Itaque salulare admodum est si mente sobria fidei lantum dentur, quie lidei sunt. * Toutes les personnes donc qui ont autorité sur les autres ne doivent rien décider qu'après y avoir d'autant plus pensé que leurs décisions sont plus suivies; et les théologiens principalement doivent bien prendre garde â ne point faire mépriser la religion par un faux zèle, ou pour
'. le chincclier Bacon. {Hole di Halebraache.)
se faire estimer eux-mêmes et donner cours à leurs opinions. Mais, parce que ce n'est pas à moi à leur dire ce qu'ils doivent faire, qu'ils écoutent saint Thomas, leur maître, qui, étant interrogé par son général pour savoir son sentiment sur quelques articles, lui répond par saint Augustin en ces termes :
« 11 est bien dangereux de parler décisivement sur des matières qui ne sont point de la foi, comme si elles en étaient. Saint Augustin nous l'apprend dans le cinquième livre de ses Confessions. Lorsque je vois, dit-il, un chrétien qui ne sait pas le sentiment des philosophes touchant les cieux. les étoiles et les mouvements du soleil et delà lune, et qui prend une chose pour une autre, je le laisse dans ses opinions et dans ses doutes ; car je ne vois pas que l'ignorance où il est de la situation des corps et des différents arrangements de la matière, lui puisse nuire, pourvu qu'il n'ait pas des sentiments indignes de vous, ô Seigneur, qui nous avez tous créés. Alais il se fait tort s'il se persuade que ces choses touchent la religion, et s'il est assez
hardi pour assurer avec opiniâtreté ce qu'il ne sait point. Le même saint explique encore plus clairement sa pensée sur ce sujet, dans le premier livre de l'explication littérale de la Genèse, en ces termes. Un chrétien doit bien prendre garde à ne point parler de ces choses comme si elles étaient de la Sainte Écriture; car un infidèle qui lui entendrait dire des extravagances, qui n'auraient aucune apparence de vérité, ne pourrait pas s'empêcher d'en rire. Ainsi le chrétien n'en recevrait que de la confusion, et l'infidèle en serait mal édifié. Toutefois ce qu'il y a de plus fâcheux dans ces rencontres, n'est pas que l'on voie qu'un homme s'est trompé ; mais c'est que les infidèles que nous tâchons de convertir s'imaginent faussement, et pour leur perte inévitable, que nos auteurs ont des sentiments aussi extra-
indifTéremment. II esl encore bien facile de voir la cause de ces dernières erreurs, et qu'elles dépendent de la liaison des idées, expliquée dans le chapitre Y, et il n'est pas nécessaire de s'arrêter à l'expliquer davantage.
IV. Il semble à propos de dire ici quelque chose des chimistes, et généralement de tous ceux qui emploient leur temps à faire des expériences. Ce sont des gens qui clierchent la vérité; on suit ordinairement leurs opinions sans les examiner. Ainsi leurs erreurs sont d'autant plus dangereuses, qu'ils les communiquent aux autres avec plus de facilité.
Il vaut mieux sans doute étudier la nature que les livres; les expériences visibles et sensibles prouvent certainement beaucoup plus que les raisonnements des hommes ; et on ne peut trouver à redire que ceux qui sont engagés par leur condition à l'étude de la physique, tâchent de s'y rendre habiles par des expériences continuelles, pourvu qu'ils s'appliquent encore davantage aux sciences qui leur sont encore plus nécessaires. On ne blâme donc point la philosophie expérimentale, ni ceux qui la cultivent, mais seulement leurs défauts*.
Le premier est que, pour l'ordinaire, ce n'est point la lumière de la raison qui les conduit dans l'ordre de leurs
1. Celte déclaration est précieuse, venant d'un cartésien ; les Cartésiens passent à tort pour avoir fait peu de cas de l'expérience. Descartes et Malebranclie furent des expérimentateurs. « Le R. P. Malebranche m'a fait l'honneur de m'écrire qu'il a présentement un fourneau où il met couver des œufs, et qu'il en a déjà
ouvert quelques-uns dans lesquels il a vu le cœur formé et ballant avec quelques artères. » Leltre du P. Baniely citée par l'abbi Blampignon. On pourrait éuumérer beaucoup d'autres expériences analogues de Malebranche. Les insectes semblent avoir été l'objet de ses observations favorites.
!CIIEIiCHE DE LA VERITË.
e^t que le liasard, ce qui fait qu'ils n'en
plus éclairés, ni plus savants, après y ucoup de temps et de bien.
]u'ils s'arrêtent plutût à des expériences ordinaires, qu'à celles qui sont les plus dant il est visible que, les plus corn- |)lus simples, il faut s'; arrêter d'abord ipliquer à celles qui sont plus composées l'un plus grand nombre de causes.
, qu'ils chercbent avec ardeur e[ avec
expériences qui apportent du profil, et elles qui ne servent qu'à éclairer l'es-
;t qu'ils ne remarquent pas avec asseï s les circonstances particulières, comme ., de la qualité des drogues dont ils se a moindre de ces circonstances soit quelempécher l'effet qu'on espère. Car il laul les termes dont les physiciens se servent it que le mol de vin, par exemple, sihoses difTérenles qu'il y a de difTérenU >ntes saisons, de dilTérenlcs manières de e garder. De sorte qu'où peut même dire 'y en a pas deux tonneaux tout k fait linsi, quanil un physicien dit : Pour faire renez du vin, on ne sait que très confu— ut dire. C'est pourquoi il faut user d'une spection dans les exp?riences, et ne descomposées, que lorsqu'on a bien connu simples et des plus ordinaires, t que d'une seule expérience ils en tirent ces. Il faut au contraire presque toujours s expériences pour bitn conclure une seule chose.
quoiqfu'une seule expérience puisse aider à tirer plusieurs conclusions '.
Enfin la plupart des physiciens et des chimistes ne considèrent que les effets particuliers de la nature; ils ne remontent jamais aux premières notions des choses qui composent les corps. Cependant il est indubitable qu'on ne peut connaître clairement et distinctement les choses particulières de la physique, si on ne possède bien ce tfu'il y a. de plus général, et si on ne s'élève même jusqu'au métaphysique*. Enfîn, ils manquent souvent de courage et de confiance, ils se lassent à cause de la fatigue et de la dépense*. Il y a encore beaucoup d'autres défauts dans les personnes dont nous venons de parler ; mais on ne prétend pas tout dire. ^
Les causes des fautes qu'on a remarquées sont le peu d'apphcation, les propriétés de l'imagination, expliquées dans le chapitre Y de la première partie de ce livre et dans le chapitre 11 de celle-ci, et surtout de ce qu'on ne juge de la différence des corps et du changement qui leur arrive, que par les sensations qu'on en a, selon ce qu'on a expliqué dans le premier livre.
1. Indirectement, Malcbranche donne ici les régies à suivre dans rexpérimentalion.
2. Les expérimentateurs modernes ne suivraient pas Malehranche jusque-là ; car ils poussent moins loin leur analysv*.
Malebranche parle en cartésien, pour qui les derniers éléments des choses sont nos idées simples.
3. Rappelons que l'État ne faisait pas alors les frais des expériences des savants.
lOISIÈME PARTIE
UUMCATION GONTAGIEUSB imtGINlTIOHS FORTES