‹ De la recherche de la véritéChapitre 36 sur 46 · Cf. Piwit, EnIrelUn «up · texte numérisé non relu

Cf. Piwit, EnIrelUn «up

auteur qui pense beaucoup ; l'a

ÉpicUle et Honlagne. Nicole, Lo-

Ire pense trop subliiement pou

fique de Port-Royal, ii, t.

« Deui écrivaiQS, écrit La [Iru-

jtTt, dans leurs ouvraffes, ont

Vetprii, — Cet auteur qui pen

Wiraé Montagne, que je ne crois

pas, aussi bien qu'eui, eiempt de

H'ilebranehe,

toute sorte de bllme; l'un ne

ï. Oéomènes. roi de SparU

pei>aiitpMU*e> poiu goater»»

■toicieu.

doivent pas persuader des gens raisonnables ; cependant ces Essais ne sont qu*un tissu de traits d'histoire, de petits contes, de bons mots, de distiques et d'apophthegmes.

Il est vrai qu'on ne doit pas regarder Montagne, dans ses Essais, comme un homme qui raisonne, mais comme un homme qui se divertit, qui tâche de plaire, et qui ne pense point à enseigner ; et si ceux qui le lisent ne faisaient que s'en divertir, il faut tomber d'accord que Montagne ne serait pas un si méchant livre pour eux. Mais il est presque impossible de ne pas aimer ce qui plaît, et de ne pas se nourrir des viandes qui flattent le goût. L'esprit ne peut se plaire dans la lecture d'un auteur sans en prendre les sentiments, ou tout au moins sans en recevoir quelque teinture, laquelle, se mêlant avec ses idées, les rende confuses et obscures.

Il n'est pas seulement dangereux de lire Montagne pour se divertir, à cause que le plaisir qu'on y prend engage insensiblement dans ses sentiments, mais encore parce que ce plaisir est plus criminel qu'on ne pense. Car il est certain que ce plaisir nait principalement de la concupiscence, et qu'il ne fait qu'entretenir et que fortifier les passions, la manière d'écrire de cet auteur n'étant agréable que parce qu'elle nous touche et qu'elle réveille nos passions d'une manière imperceptible.

Il serait assez inutile de prouver cela iians le détail, et généralement que tous les divers styles ne nous plaisent ordinairement qu'à cause de la corruption secrète de notre cœur; mais ce n'en est pas ici le lieu, et cela nous mènerait trop loin. Toutefois, si l'on veut faire réflexion sur la liaison des idées et des passions dont j'ai parlé auparavant*, et sur

i. Chap. dei'D. de la l** part, de ce livre. (Note de Malebranche.)

bien ne porter jamais robe longue, mais il ne pouvait pas de même se défaire de ses propres défauts. Il a bien travaillé à se faire Tair cavalier, mais il n'a pas travaillé à se faire Tesprit juste, ou pour le moins il n'y a pas réussi. Ainsi il s'est plutôt fait un pédant à la cavaHère, et d'une espèce toute singulière, qu'il ne s'est rendu raisonnable, judicieux et honnête homme.

Le livre de Montagne contient des preuves si évidentes de la vanité et de la fierté de son auteur, qu'il parait peutêtre assez inutile de s'arrêter à les faire remarquer ; car il faut être bien plein de soi-même. pour s'imaginer, comme lui, que le monde veuille bien hre un assez gros livre, pour avoir quelque connaissance de nos humeurs *. Il fallait nécessairement qu'il se séparât du commun et qu'il se regardât comme un homme tout à fait extraordinaire.

Toutes les créatures ont une obligation essentielle de tourner les esprits de ceux qui les veulent adorer vers celui-là seul qui mérite d'être adoré ; et la religion nous apprend que nous ne devons jamais souffrir que l'esprit et le cœur de l'homme qui n'est fait que pour Dieu s'oc-

. scmBle avoir presque empruntés. ) ment de Maletîranche à ce propos

Il s'était évidemment nourri de celui de Pascal :

ce Montaigne pour lequel il se * Le sot projet qu'il a de se

montre si sévère. peindre, et cela non pas en pas-

1. Que penserait Malebranche ' sant et contre sas maximes, de la littérature contemporaine, ] comme il arrive à tout le monde où la personnalité de l'auteur de faillir, mais par ses propret intervient tant? Les auteurs du maximes et par un dessein pre* XVII* sècle écrivent, autant qu'il j mier. et principal.... » leur est possible, avec la partie I Et celui de Nicole : c C'est ce qui impersonnelle d'eux-mêmes, avec ' fait qu'un des caractères les plus leur raison. Aujourd'hui, au con- indignes d'un honnête homme traire, on cherche surtout à dire est celui que Montaigne a affecté, ou à peindre une impression qui de n'entretenir ses lecteurs que ne soit pas celle de tout le de ses honneurs, de ses inclinamonde, lions, de ses fantaisies, de ses

On peut rapprocher du juge- maladies, de ses vertus, de ses

cupe de nous et s'arrête à nous admirer et à nous aimer *. Lorsque saint Jean se prosterna devant TÀnge du Seigneur, cet Ange lui défendit de l'adorer : « Je suis serviteur*, dit-il, comme vous et conmie vos frères. Adorez Dieu. » 11 n'y a que les démons et ceux qui participent à l'orgueil des démons qui se plaisent d'être adorés; et c'est vouloir être adoré, non pas d'une adoration extérieure et apparente, mais d'une adoration intérieure et véritable, que de vouloir que les autres hommes s'occupent de nous; c'est vouloir être adoré comme Dieu veut être adoré, c'est-à-dire en esprit et en vérité.

Montagne n'a fait son livre que pour se peindre et pour représenter ses humeurs et ses inclinations : il l'avoue luimême dans l'avertissement au lecteur inséré dans toutes les éditions : (( C'est moi que je peins, dit-il, je suis moimême la matière de mon Uvre' o. Et cela parait assez en le lisant : car il y a très peu de chapitres dans lesquels il ne tasse quelque digression pour parler de lui, et il y a même des chapitres entiers dans lesquels il ne parle que de lui. Mais, s'il a composé son livre pour s'y peindre, il l'a fait imprimer afin qu'on le lût. Il a donc voulu que les hommes

\ices; et qu'il ne naît que d'un i l'entrée, que je ne m'y suis prodéfaut de jugement, aussi bien ' posé aulcune fin, que domestique que d'un violent amour de soi- i et privée : je n'y ay eu nulle même.... » , considération de ton service, ny

1. Ce passage est d'accord avec . de ma gloire ; mes forces ne sont toute la philosophie de Malebran- ' pas capables d'un tel dessein. Je che, et est éclairé par elle. La | l'ay voué à la commodité parlicucrcaturc n'est rien et ne doit être liere de mes parents et amis : rien pour Malebranche. Elle ne à ce que m'ayants perdu (ce qu'ils peut être causé ; elle ne doit pas | ont à faire bientost), ils y puisêtre fin. , sent retrouver quelques traicts

2. Apec, xiz, 10. « Conservus de mes conditions et humeurs, tuus suni. Deum adora. > {Noie de et que par ce moyen ils nourris- Malebranche.) I sent plus entière et plus vifve la

3. « C'est icy un livre de bonne | cognoissance qu'ils ont eue de foy, lecteur. Il t'adverlit dez l moy.... »

1511 RECIIEncUË DE U VËRtTË.

le i-egardassent et s'occupassent de lui, quoiqu'il dise que « ce n'est pas raison qu'on emploie son loisir en un sujet si Tmole et sivaiu ». Ces paroles nefontque le condamner; car, s'il edl cru que ce n'était pas raison qu'on employai h temps à lire sou livre, il ei!lt agi lui-mênie contre le sen^ commun en le Taisant imprimer. Ainsi on est obligé de croire, ou qu'il n'a pas dit ce qu'il pensait, ou qu'il n'a pas lait ce qu'il devait.

C'est encore une plaisante eicuse de sa wnité de dii'c qu'il n'a écrit que pour ses païen» et ami*. Car, si cela eût été ainsi, pourquoi en eût-il fait faire trois impressions! Une seule ne suffisait-elle pas pour ses parents et pour ses amb? D'où vient encore qu'il a augmenté son livre dans les dernières impressions qu'il en a fait faire cl qu'il n'en a jamais rien retranché, si ce n'est que la fortune secondait ses intentions'? « J'ajoute, dit-il, mais je ne corrige pas, parce que celui qui a liypotltéqué au inonde son ouvrage, je trouve apparence qu'il n'y ait plus de droit. Qu'il die s'il peut mieux ailleurs, et ne corrompe ta besogne qu'il a vendue. De telles gens il ne faudrait rien acheter qu'après leur mort, qu'ils y pensent bien avant que de se produire. Qui les hâlc! mon livre est toujours un u, etc. 11 a donc voulu se produire et hypothéquer au monde son ouvrage aussi bien qu'à ses parents et à ses amis. Mais sa vanité serait toujours assez criminelle, quand il n'aurait tourné et arrêté l'esprit et le cœur de ses parents et de ses amis vers son portrait, autant de temps qu'il eu faut pour lire son livre.

Si c'est un défaut de parler souvent de soi, c'est une eflronterie, ou plutôt une espèce de folie que de se louer à tous moments, comme fait Ilontagne; car ce n'est pas seu-

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