CHAPITRE V
Du livre de HonUgne.
Les E»*m» de Montagne nous peuTenl aussi servir de preuve de la force que les imaginations ont les unes sur les autres : car cet auteur a un certain air libre, il donne un lour si naturel et si vif à ses pensées <, qu'il est malaisé de le lire sans se laisser préoccuper. La négligence qu'il affecte lui sied assez bien, et le rend aimable à la plupart du monde sans le faire mépriser; et sa fierté est une certaine fierté d'bonnète homme, si cela se peut dire ainsi, qui le fait respecter sans le faire haïr. L'air du monde et l'air cavalier, soutenus par quelque érudition, font un effet si prodigieux sur l'esprit, qu'on l'admire souvent et qu'on se rend presque toujours à ce qu'il décide, sans oser l'examiner, et quelquefois même sans l'entendre. Ce ne sont nullement ses raisons qui persuadent; il n'en apporte presque jamais des cboses qu'il avance, ou pour le moins il n'en apporte presque jamais qui aient quelque solidité. En effet il n'a point de principes sur lesquels il fonde ses raisonnements, et il n'a point d'ordre pour faiii; les déductions de ses principes. Un trait d'iiisloire ne prouve pas, un petit conte ne démontre pas; deux vers d'Horace, un apophttiegme de Cléomènes' ou de Cë^ar, ne