‹ De la recherche de la véritéChapitre 8 sur 46 · IT INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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nécessaire que Dieu ait les idées de tous les êtres qu'il a créé?. De plus nos esprits lui sont étroitement unis. Ils peuvent donc Toir en lui ce qui en lui représente les objets créés. Et c'est la Toie la plus simple, la plus économique pour donner à l'homme la connaissance des choses matérielles. C'est en même temps •celle qui rend la pensée humaine la plus dépendante de Dieu.

La théorie de la vision en Dieu est exposée sous cette première fonne dans la Recherche et la vérité. Les Éclaircissements ^ les Conversations chrétiennes et les Entretiens la présentent sérieusement modijiée. Âroauld avait accusé Malebranche de mettre en Dieu autant d'objets intelligibles qu'il y a d'objets réels, voire des choses changeantes et corruptibles , voire des chevaux et des moucherons. Malebranche semblait avoir prévu cette objection, et il avait dit dans la Recherche : « Nous croyons qu'on voit en Diieu les choses changeantes et corruptibles pavée qu'il n'est pas nécessaire pour cela de mettre quelque imperfection en Dieu, puisqu'il suffit que Dieu nous fasse voir en lui ce qui a rapport à ces choses ». Ce qui a rapport à ces choses, c'est Yétendue intelligible^ dont le nom se trouvait une seule fois dans la Recherche, Étendue inintelligible, riposte Arnauld, et qui fait un Dieu corporel et un monde pure modification de Dieu. Malebranche s'efforce d'expliquer que cette étendue intelligible, sans être purement idéale, n'est la matière que selon l'être qu'elle a dans le verbe de Dieu, c'est-à-dire moins toutes les imperfections et les limites sensibles. Toute perception est donc double : elle est faite d'une idée pure, l'étendue intelligible, qui e^t en Dieu, et d'une modalité, la modalité de couleur par exemple (c'est de celle-là que parle surtout Malebranche), qui est un sentiment que Dieu produit en nous, à l'occasion des objets présents, pour qu'il se joigne à l'idée que nous voyons en lui. C'est ce qui a fait dire à Sainte-Beuve que chaque être particulier n'est plus qu'une sorte de découpure et d'enluminure que nous faisons d'un quartier de l'étendue infinie.

Si nous voyons les corps en Dieu par le moyen de l'étendue intelligible, nous voyons aussi en lui, mais immédiatement cette fois, les vérités éternelles qui se confondent avec son essence,

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qui sont lui-même. Nalebranche, abandonnant Descartes pour saint Augustin, identifie en effet la raison avec l'essence divine. De cette essence enfin, nous avons, par l'idée de Dieu qui est en nous, une aperception plus pleine. Nous voyons Dieu en Dieu ; et c'est là le dernier mot et la forme suprême de notre onnaissance.

Ce Dieu, vers qui tout nous ramène, a des attributs métaphysiques, des attributs moraux, et certains attributs qui résultent de l'union des premiers, c'est dire qu'il est à la fois le Père, le Fils et l'union du Père et du Fils, ou Saint-Esprit. Il est le créateur du monde, et ce monde a eu un commencement dans le temps, afin que sa dépendance fût par là même marquée. Il a créé ce monde pour sa propre gloire, tout autre motif étant indigne de lui. Et pour faire l'ouvrage le plus glorieux possible, il a créé un monde auquel il devait unir son fils par Tincarnation. Hais les voies par lesquelles il a agi témoignent de sa perfection autant et mieux que l'ouvrage lui-même. Ce sont les voies les plus simples et les plus générales, les voies particulières ou compliquées étant incompatibles avec son immutabilité et sa sagesse. Les miracles eux-mêmes rentrent dans certaines lois générales que nous ne connaissons pas. Et si quelques-uns sont Telfet de volontés particulières, la sagesse de Dieu éclate moins admirablement en elles que dans tes volontés générales. Telle est la théorie que Halebranche, avant Leibniz, a donnée de la Providence divine. i

Autour de Dieu gravitent encore les autres parties du système. La logique nous donne les moyens de nous unir à Dieu dans la recherche de la vérité; cette union avec Dieu est l'objet propre et la conclusion du livre qui porte ce titre même de Recherche de la vérité^ et que nous étudierons à part. Toute la morale enfin consiste dans le retour à Dieu d'une inclination partie de lui. Le principe en effet de toutes nos inclinations, c'est l'amour du bien en général, que Dieu a mis en nous, et qui n'est en nous que l'amour de Dieu pour lui-même. Mais nous pouvons détourner de son vrai sens cette impulsion primitive. Un bien particulier, si nous quittons un instant des yeux le bien général, suffit à

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nous arrêter et à nous plaire, et dans notre amour la créature se trouve ainsi substituée au Créateur. La raison nous fera sortir de cet égarement ; La raison a un double objet : les rapports de grandeur et les rapports de perfection. Les premiers constituent la vérité; les seconds, Tordre. Dieu aime l'ordre. La conformité de la volonté à cet ordre devient dés lors la vertu proposée à l'homme, et le moyen pour lui de s'unir à Dieu. Nous devons aimer les hommes d'un amowr de bienveillance; mais l'amour qui convient à Dieu cet est amour tTunion et de conformité,

M. Ollé-Laprune, résumant l'impression que lui laisse cette grande philosophie, conclut par une distinction qui eût été chère à Malebranche, et n'est-ce pas la vraie façon de commenter un auteur que de le commenter selon son propre esprit? a C'est là du mysticisme, écrit M. Ollé-Laprune, et le mysticisme outré tend à devenir une sorte de panthéisme. Je n'y contredis pas, mais je maintiens qu'entre le mysticisme proprement dit et le panthéisme véritable il y a une profonde ditférence. Celui-ci identiOe Dieu et le monde en proclamant l'unité de substance; celui-là oublie la créature à force de contempler et d'aimer le Créateur : il a l'air de supprimer le monde, parce qu'il ne regarde que Dieu, il parle sans cesse du néant des étree créés, et se plaît à dire de Dieu qu'il est tout. Hais, au moment où ces expressions dans leur énergie et leur vivacité un peu téméraires, prennen avec les formules panthéistiques la plus frappante ressemblance, alors encore, ou, pour mieux dire, alors surtout, elles en diffèrent par l'esprit. C'est la grandeur et la sagesse du Dieu vivant et personnel que la philosophie mystique prétend exalter. C'est le sentiment de l'omniprésence divine qui inspire cette métaphysique d'autant plus hardie que la piété dont le cœur est plein en cache les périls. Disons donc de Malebranche que tout ce qui est panthéisme, à ne voir que son système, est mysticisme si l'on considère sa philosophie et l'esprit qui l'animt'. ■

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m. — ANALYSE

(Livres i, m, iv, t et vi.)

Sainte-ReaTe remarque que Malebranche a procédé d'une façon insinuante. C'est un livre de logique, de morale tout au plus, qu'il semble écrire, alors que c'est un système du monde qui s'annonce, et que d'autres livres développeront. Quoi qu'il en soit, le but de ce premier ouvrage de Malebranche est de ramener à Dieu l'esprit de l'homme, qui < se trouve, par sa nature, comme situé entre son Créateur et les créatures corporelles ». « On y démontre en plusieurs manières que nos sens, notre imagination et nos passions nous sont entièrement inutiles pour découvrir la vérité et notre bien ; qu'il nous éblouissent au contraire et nous séduisent en toutes rencontres, et généralement que toutes les connaissances que l'esprit reçoit par le corps, ou à cause de quelques mouvements qui se font dans le corps, sont toutes fausses et confuses, par rapport aux objets qu'elles représentent; quoiqu'elles soient très utiles à la conservation du corps, et des biens qui ont rapport aux corps.

c On y combat plusieurs erreurs, et principalement celles qui sont les plus universellement reçues, ou qui sont cause d'un plus grand dérèglement d'esprit; et l'on fait voir qu'elles sont presque toutes des suites de l'union de l'esprit avec le corps

a On ne se contente pas d'y faire une simple exposition de nos égarements, on explique encore en partie la nature de l'esprit. On ne s'arrête pas, par exemple, à faire un grand dénombrement de toutes les erreurs particulières des sens, ou de l'imagination, mais on s'arrête principalement aux causes de ces erreurs. On

1. Voir BouiLLiBR) Histoire de la philosophie cartésienne, livre II, chap. lu.

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montre tout d'une vue, dans Texplication de nos facultés, et des erreurs générales dans lesquelles on tombe, un nombre comme infini de ces erreurs particulières dans lesquelles on peut tomber. Ainsi le sujet de cet ouvrage est l'esprit de Thomme tout entier. On le considère en lui-même, on le considère par rapport aux corps, et par rapport à Dieu. On examine la nature de toutes les facultés ; on marque les usages que l'on en doit faire pour éviter l'erreur. »

Dans ces quelques lignes tirées de la Préface de la Recherche, Halebranche expose lui-même le dessein et presque le plan complet de Touvrage. Après cette préface, la Recherche comprend en efl'etsix livres : le premier traite des Setis; le second, del7magination; le troisième, de V Entendement ou esprit pur; le quatrième, des Inclinations ;\e cinquième, des Passions; le sixième, de la Méthode. C'est la pars xdificans après la pars destruens.

Les sens n'ont en nous qu'une raison d'être : la conversation du corps, mais nous les détournons de leur emploi. Nous jugeons d'après eux de ce que les choses sont en elles-mêmes. Sur la foi des yeux, par exemple, nous npprécions la distance des objets. Ce sont encore les sens qui nous montrent dans les objets les qualités sensibles qui n'existent que dans l'âme ellemême, et dont certaine philosophie, trompée par eux, a fait cependant des différences et des essences. Enfin les sens détournent l'âme de l'attention qu'elle doit à ce que l'entendement lui représente. Au lieu d'écouter les raisons d'un homme qui discute, on regarde son air, ses manières, « et il n'y aura pas jusqu'à £on collet et ses manchettes qui ne prouvent quelque chose d.

L'imagination a les défauts des sens, et elle a les siens propres. Mais nous reviendrons sur elle pour en parler plus longuement.

Indépendamment de tout rapport avec le corps, l'esprit est encore entraîné à l'erreur. En dehors des sens et de l'imagination, il a ses causes d'erreur à lui. L*idée de l'être en général est une de ces causes, parce que nous l'appliquons à des apparences ou à des abstractions, créant ainsi ces qualités occultes et ces formes substantielles dont la philosophie a tant abuse.

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Une autre cause d'erreur est que, le néant n'ayant point d'idée qui le représente, nous jugeons que les choses ne sont jioint de ce que nous n'en avons pas d'idée. Notre esprit est limité, mais nous n'en affirmons pas moins avec prévention et précipitation. Nous ne voyons qu'un seul côté d'une chose que nous croyons connaître tout entière. Nous saisissons à la hftte des ressemblances ; et nous partons de là pour nier ou négliger des différences dont nous n'avons point d'idée. Un contemporain dirait que nous faisons des inductions précipitées. « Un religieux d'un certain ordi*e a-t-il commis une faute, cela suffît pour condamner indifféremment tous les particuliers du même ordre. » Ainsi les idées qui sont dans notre esprit et celles qui n'y sont pas serrent également à nous tromper.

Les inclinations sont toutes, nous l'avons dit ailleurs^ des dérivations d'une inclination pour le bien en général. Mais de celle>là même proviennent deux causes d'erreurs : l'mconstance de la volonté toujours inquiète, et ne trouvant rien qui réponde pleinement à son besoin d'aimer, et le goût pour le grand et l'extraordinaire. A plus forte raison notre amour de nous-mêmes est- il luit pour nous tromper. Malebranche divise l'amour de nousmêmes en amour de l'être et amour du bien-être, de la grandeur et du plaisir. De l'amour de la grandeur naissent l'amour de la science, de la vertu, des richesses; et Malebranche est impitoyable pour les travers des personnes de piété aussi bien que pour ceux des personnes d'étude. Quant à l'inclination pour le plaisir, elle détourne l'esprit, comme font les sens, des idées et de la vérité. Enfin l'inclination pour autrui, la sympathie, nous porte à partager les erreurs de ceux que nous aimons.

Malebranche a distingué des inclinations les passions, qui en différent non par le degré, comme dans les définitions courantes, mais en ce qu'elles ont le corps pour fin. Les passions dépendent de l'union de l'&me avec le corps. Malebranche, suivant en cela Descartes, ne classe pas les passions d'après leura objets, parce que ces objets sont en nombre infini, mais d'après le mi*port qu'elles ont avec le sujet. L'amour et l'aversion sont les deux passions mères; le désir, la joie et la tristesse naissent

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BSTRODUCTION.

d'elles; à ce$ cinq passions primitives il faut ajouter Tadmiration. Ajoutons que les ^passions ne sont point indifférentes les unes pour les autres. Toutes celles qui peuvent se souffrir contribuent à leur mutuelle conservation. » Dans ce livre, enti'e autres travers qu'il flétrit, Malebranche revient sur celui des personnes d'étude, et sur « la passion de ceux qui font de leur tête une bibliothèque de dictionnaires ».

Le dessein du dernier livre « est d'essayer de rendre à l'esprit toute la perfection dont il est naturellement capable ». Sens, imagination, abstractions de l'entendement, inclinations et passions ne nous laisseraient voir la vérité que « teinte des fausses couleurs de la concupiscence ». Le remède est dans la connaissance du mal. Il s'agira de chercher cette vérité avec la seule raison et de ne se rendre qu'à l'évidence. Mais, dans notre malheureux état, comme dit Malebranche, nous ne pouvons être sans quelque impression ou quelque passion sensible. Jl faudra donc, par d'habiles et prudents détom's, tirer parti des sens et des passions mêmes, pourvu que l'on prenne garde « de ne pas couvrir les objets qu'on veut considérer de tant de sensibilité que l'esprit en soit plus occupé que de la vérité elle-même ». Après ces conseils généraux, Malebranche expose des règles pour la résolution des questions, qui sont imitées des Regulxde Descaries. Il faut : 1" concevoir: clairement l'état de la question et de ses termes pour en trouver les rapports ; 2" quand on ne peut les découvrir immédiatement, chercher les idées moyennes qui servent de commune mesure; 3» retrancher du sujet toutes les choses qu'il n'est pas nécessaire d'examiner pour découvrir la vérité cherchée; 4» cette réduction faite, diviser le sujet par parties et les considérer toutes, les unes après les autres, selon Tordre naturel ; 5" toutes ces choses étant devenues familières par la méditation, en abréger les idées et les ranger dans son imagination ou les écrire sur le papier, afin qu'elles ne remplissent pas la capacité de l'esprit; &* les comparer suivant toutes les règles des combinaisons et arriver successivement par l'élimination des rapports inutiles à la découverte de la vérité cherchée^

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La physique de Descartes et Thypothëse des tourbillons servent ensuite d'exemple et de commentaire à ces règles. Malebranche les défend contre les objections qu'on leur adressait et les oppose à la physique d'Aristote. Il reproche surtout à la philosophie des anciens d'avoir expliqué les efïets naturels par de petits êtres créés et d'avoir ainsi attribué, avec la causalité, une sorte de divinité à la nature.

lY. — ANALYSE DU LIVRE II

Ce livre, qui traite de l'imagination, est divisé en trois parties : «c Dans la première, dit Malebranche, nous expliquons les causes physiques du dérèglement et des erreurs de l'imagination ; dans la seconde, nous faisons quelques applications de ces causes aux erreurs les plus générales de l'imagination, et nous parlons aussi des causes, que l'on peut appeler morales, de ces erreurs ; dans la troisième, nous parlerons de la communication contagieuse des imaginations fortes. »

Les sens et l'imagii^ation ne diffèrent que du plus et du moins. Les images sont, elles aussi, produites dans l'âme à l'occasion du mouvement des esprits animaux dans le cerveau. Les causes qui produisent du changement dans les esprits animaux, et, par conséquent, dans la faculté d'imaginer, sont extérieures et intérieures. Les extérieures sont les viandes dont on se nourrit et l'air que l'on respire ; l'intérieure consiste dans l'agitation involontaire de certains nerfs. Mais ce ne sont pas seulement les esprits animaux, c'est le cerveau lui-même qui peut avoir subi des changements. Car les idées de l'esprit sont liées avec les traces du cerveau, et ces traces sont liées entre elles, ce qui amène l'association des idées qui leur correspondent. De cette théorie, donnée incidemment, résulte également l'explication de la mémoire (qui consiste à penser les mêmes choses, lorsque le cerveau reçoit les mêmes impressions), et de l'habitude (qui consiste dans la faculté qu'ont les esprits animaux de passer dans

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des chemins ouverts et aplanis par leur cours continuel). Cette liaison des idées avec l'état physique du cerveau explique la nature différente de l'imagination de chaque âge et de chaque sexe. Elle explique, par la communication qui est entre le cerveau de la mère et celui de son enfant, des influences héréditaires, et le péché originel lui-même. Sorti du sein de la mère, le cerveau de l'enfant est encore fort malléable. De là l'influence des nourrices ; de là l'importance de l'éducation,

La seconde partie du livre fait, Halebranche uous l'a dit, l'application de ces causes à des erreurs particulières. La délicatesse des fibres du cerveau cliez les femmes et lef enfants les rend incapables de tout effort suivi. Due bagatelle les détourne, un rien les effraye. La dureté des fibres chez les vieillards est c le bceau qui scelle leurs préjugés i». Les différentes manières de vivre influent de même sur nos manières de penser, les différents emplois, par exemple. Entre tous les emplois, celui des personnes d'étude les rend les plus sujettes à l'erreur. On aime mieux suivre l'autorité que de faire usage de son esprit. On s'entête d'un auteur. On veut savoir oe qu'il a cru et non ce qu'il faut croire. Tels sont les commentateurs, et, entre tous les commentateurs, ceux d'Aristote. Les inventeurs de nouveaux systèmes ne sont pas d'ailleurs moins maltraités par Haiebranche : « Lorsqu'ils ont une fois imaginé un système qui a quelque vraisemblance, on ne peut plus les en détromper. Ils retiennent et conservent très chèrement toutes les choses qui p<:uvent servir en quelque manière à le confirmer, et, au contraire, ils n'aperçoivent presque pas toutes les objections qui lui sont opposées, ou bien ils s'^ défont par quelque distinction frivole, i Enfin vient la description des travers des esprits efféminés, — des esprits supei'flcicls, — des personnes d'autorité, et de ceux qui font des expériences.

La troisième partie traite c de la force que certains esprits ont sm* les autres pour les engager dans leurs erreurs ». Nous sommes trompés non seulement par notre imagination, mais par l'imagination des autres, dont nous subissons le contrecoup. Halebranche cite comme exemple la contagion de l'imagination

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du supérieur aux inférieur;^, du prince aux courtisans, des parents aux enfants. Certains écrivains brillent et persuadent surtout par cette forcé d'imagination. Tels Tertullien, qui avait plus de pénétration et d'étendue d'imagination que de pénétration et d'étendue d'esprit; — Sénéque, qui a dé la force et de la beauté dans les pai*oles, mais très peu de force et d'étendue dans ses raisons; — Montaigne, homme de beaucoup de mémoire et de peu de jugement, un pédant, mais d'une espèce particulière, un pédant à la cavalière. — La plupart des sorcelleries s'expliquent ainsi par cette force d'imagination qui en impose.

Ainsi, en résumé, à l'union que nous avons eue avec nos mères dans leur sein, union rompue par la naissance, d'autres unions ont succédé, avec les parents et la nourrice d'abord, avec tous les hommes ensuite, et non seulement entre notre esprit et le leur, mais entre notre imagination et leur air et leurs manières. Ces différentes sortes d'union ont été nécessaires pour la conformation, pour la conservation, pour la vie du corps. Mais c les pensées que nous avons, par dépendance du corps, sont toutes fausses, et d'autant plus dangereuses pour notre lime, qu'elles font plus utiles à notre corps. 9

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