Réponse au troUième livre des réflexions théologiques et
philosophiques.
3. Réponse au premter Itvre des réflexions théologique» et poliliquss.
xii INTRODUCTION.
Tout le système philosophique de ce théologien gravite autour de ridée d'un Dieu, qui est à lui seul toute la vérit, la seule vraie cause de la seule vraie fin. Fontenelle disait que ce système était plein de Dieu. Et Malebranche assurait qu'il n'était que le commentaire des paroles de saint Paul : In ipso entm vivimus^ movemur et sumus. Cette tendance à tout perdre et à se perdre soi-même en Dieu était chez Malebranche la marque d'une piété qui n'avait qu'un scrupule» celui de ne pas assez abîmer la créature et de ne pas assez exalter le Créateur. Elle ne lui en était pas moins commune avec Clauberg, Geulincx, et même et surtout avec Spinoza. Biais ce rapprochement avec les docti'ines du célèbre panthéiste avait le don de l'exaspérer, et pour s*en défendre il couvrait de mépris et d'injures le a misérable Spinoza i>.
Dieu, avons-nous dit, est pour Malebranche la seule vraie cause. Reconnaître des causes en dehors de lui est la plus grave des impiétés, parce que c'est la divinisation des forces de la nature. Pour exposer et démontrer sa théorie à ce sujet, Malebranche part de ce principe cartésien qu'il n'y a ici-bas que deux substances, mais deux substances absolument étrangères l'une à . l'autre, l'étendue ou les corps, la pensée ou les esprits. Or si les corps ne sont qu'étendue, il s'ensuit qu'ils ne renferment aucun principe d'activité et de causalité. Le phénomène du choc nous montre une succession et non une production de mouvements. Malebranche, dans cette critique, est le précurseur de David Hume. — Et la causalité n'est pas plus dans les esprits que dans les corps. Car tout leur pouvoir est de détourner et de limiter pour la porter vers des biens particuliers, une inclination venue de Dieu et qui tend vers Dieu. Cette limitation est péché. Et si pouvoir pécher était une puissance, ce serait une puissance que Dieu n'aurait pas. Mieux vaut donc n'y voir que privation et pauvreté. — On peut ajouter à cette démonstration directe de l'impuissance des natures créées, un argument indirect: la modalité est inséparable de la substance : Dieu a créé l'une avec l'autre, ou plutôt il les conserve l'une avec l'autre en les créant continuellement. Toute action étrangère, toute action humaine en particulier, porterait atteinte à l'œuvre et à la puissance divines.
INTRODICTIOIH. xm
Donc c'est de Dieu seul que dépendent toutes les créatures. Les créatures ne remplissent les unes à l'égard des autres que le rôle de causes occasionnelles. L'union de l'âme et du corps n'est qu'une abstraction, une illusion née de l'accord maintenu par Dieu entre leurs modalités. On le voit, être cause, pour Maiebranche, c'est créer, et dès lors Dieu seul en est capable. — Du moins Malebranche a-t-ii accordé aux êtres contingents la substantialité.
Dieu, principe de l'être et des modes de l'être, est en même temps le principe de toute connaissance. Malebranche distingue entre connaîti'e les existences et connaître les essences. Nous connaissons les existences par sentiment, les essences par idées. De notre âme nous avons un sentiment très vif, nous sentons qu'elle existe ; mais nous n'en connaissons pas la nature, parce que si cette connaissance nous eût été donnée, elle nous eût détourné de l'attention nécessaire au corps. Nous n'avons pas d'idée de l'âme, et en ce sens elle ne nous est pas aussi bien connue que le corps, opinion contraire à celle de Descartes. Nous avons en effet des idées des corps, et c'est par l'intermédiaire de ces idées que nous les connaissons. Car il n'est pas vraisemblable que l'âme sorte d'elle-même pour s'unir à eux. Inétendue, elle ne peut s'unir à l'étendue, ni, par conséquent, la connaître directement. Les idées sont, dans noire esprit, les substituts des choses matérielles.
Mais d'où viennent ces idées? — Malebranche réfute l'hypothèse qui en ferait des émanations des corps, » celle qui en ferait des créations de l'âme (l'âme ne pouvant avoir ce pouvoir créateur) ; — il ne croit pas davantage qu'elles aient été mises à l'origine comme en dépôt dans chaque esprit (ce qui serait contraire au principe de la simplicité des voies), — ni que Dieu les produise en nous au fur et à mesure de nos besoins, car il en est que nous voyons sans les voir; de toutes choses mêmenous avons comme une aperception confuse ; — enfin l'esprt ne voit pas les choses en considérant ses propres perfections : car, limité et contingent, il connaît l'infini et le nécessaire.
Reste une suprême hypothèse, celle de la vision en Dieu, Il est'