LAC
L'opération à duré une heure et demie ; le poids des parties, tant solides que liquides extraites du ventre est de 30 kilogrammes. La malade, reportée dans son lit, éprouve un frisson violent qui dure environ deux heures, mais le reste de la journée se passe bien et, après quelques jours traversés par des hoquets, des éructations, des douleurs variables dans le flanc droit, de la fièvre, des sueurs, etc., avec des alternatives de calme complet, la malade, qui n’a cessé d’avoir confiance dans le résultat, arrive, sans trop d'incidents, au 20 octobre, époque de l’enlèvement des points de suture ; une suppuration assez abondante des parois ramène un peu de fièvre ; l'intestin fonctionne assez mal pendant quelque temps ; mais, à partir du 19° jour, la convalescence est franchement établie et la malade retourne dans son pays le 25
novembre.
Ile OBSERVATION.
Kyste multiloeulaire ; réduction du pédicule ; mort six jours après l'opération.
M'° X.., âgée de 41 ans, aliénée, traitée à l'Asile de la Providence, à Niort, est atteinte, depuis plusieurs années, d'un kyste très volumineux, dont on ne peut préciser exactement le point de départ; la tumeur, parvenue à un degré excessif de
développement, détermine une gêne constante de la respiration ;
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la pauvre folle ne cesse de répéter que quelqu'un lui marche sur le ventre, elle s’imagine qu’une personne est toujours derrière la porte prête à venir trépigner sur elle, de façon que, bien que l'ovariotomie soit sans précédent sur une folle, elle s'impose à l'esprit de M. le docteur Quinemant, médecin de l’Asile, et de M. Duplouy, appelé en consultation. Il leur semble qu'en débarrassant la malade de sa tumeur, on peut légitimement espérer une amélioration dans l’état mental par la disparition de l'idée fixe qui n'aura plus dès lors de substratum matériel.
L'opération est pratiquée par M. Duplouy, le 23 janvier 1883, à l’Asile, en présence des médecins de Niort et avec l'assistance immédiate de MM. Quinemart, Abelin, Fontorbe, Duplouy fils. Il y avait quelque intérêt à observer les effets de l’anesthésie chez cette malade. Tout se passa chez elle comme chez d’autres aliénés auxquels MM. Quinemant et Pillet avaient eu déjà l’occasion d'administrer le chloroforme ; l’anesthésie fut rapidement obtenue en quelques aspirations, mais le réveil fut aussi facile que l'avait été le sommeil chloroformique et il fallut plusieurs fois la réendormir pendant l'opération ; comme chez les enfants, inconscients du danger, il n'y eut pas d’excitation chloroformique.
Le ventre, une fois ouvert à la méthode ordinaire, on tombe non sur une poche unique, comme aurait pu le faire penser la fluctuation générale de la tumeur, mais sur une masSse de petits kystes inclus les uns dans les autres, à parois tellement minces et friables qu’ils se déchirent sous la moindre pression ; la situa-
tion se complique d’un grand nombre d’adhérences vasculaires
UE
avec l’épiploon, qui exigent beaucoup de ligatures au catgut ; on trouve en outre des adhérences avec le foie, avec l'intestin, et il en est d’assez intimes pour qu’on n’insiste pas sur leur libération ; c'est ainsi qu'à droite l'opérateur a préféré couper la paroi kystique en collerette, au voisinage de l'intestin grêle, dans l'étendue de cinq centimètres et la laisser adhérente après l'avoir enserrée dans un fil de catgut; une manœuvre analogue à été faite pour une bride qui unissait la poche au bord antérieur du foie.
Malgré la difficulté de ces manœuvres et les précautions minutieuses qu’elles imposent, la tumeur est complètement extraite en cinquante minutes et le pédicule apparait, constitué par deux parties d'aspect essentiellement distinct : l’une externe vasculaire et l’autre fibreuse. Chacune d'elles est liée séparément avec un catgut n° 4, puis remise dans le ventre. Il n'y à eu qu'une perte de sang insignifiante et les éponges, portées dans les flancs et dans le cul-de-sac de Douglas, en reviennent à peine teintées; Ja toilette est pour ainsi dire nulle.
Le ventre est hermétiquement fermé par six points de suture profonde ; six points de suture superficielle complètent la réunion, qui est assurée par une couche de collodion riciné ; application du pansement de Lister et d’un cintre en flanelle.
Tout alla bien jusqu'au quatrième jour ; mais la malade, se refusant absolument à toute alimentation, tomba vers le commencement du cinquième jour dans un état extrème d’épuisement et
s’éteignit le sixième jour, sans avoir présenté les symptômes de
Ex isa
la tympanite ou de la péritonite, encore moins ceux d’une hémorrhagie interne.
Il est fort regrettable, au point de vue de l’état du pédicule,
que l'autopsie n’ait pu être faite.
Ille OBSERVATION
Kyste multiloculaire de l'ovaire gauche; abandon d’un pédicule
très volumineux dans le ventre ; guérison.
Mie T...., de Saint-Jean d’Angély, âgée de 43 ans, brune, forte, jouissant habituellement d’une très bonne santé, a éprouvé, il y a trois ans, pendant quelques jours, des douleurs sourdes dans le ventre, etelle n'y aurait attaché aucune importance si elle n'avait vu se développer peu à peu une tuméfaction considérable du ventre ; les règles n'ont jamais cessé et elles ont toujours été régulières depuis l'âge de 14 ans.
La mensuration donne, au niveau de l’ombilic, 21 centimètres, et de l’ombilic à l’appendice xiphoïde 43 centimètres ; 104 centimètres de circonférence.
À la palpation, on constate l’existence d’une tumeur ovoide très volumineuse, mate à la percussion, de consistance inégale en ses divers points, fluctuante à droite et en haut, dure et comme mamelonnée dans le flanc et dans la fosse iliaque gauches ; les
parois abdominales, fortement chargées de graisse, ne semblent
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pas adhérer à la tumeur, car on peut leur imprimer un léger mouvement de glissement sans produire de crépitation appréciable ; le col de l'utérus est conique, le cul-de-sac antérieur est libre et bien accusé : en arrière et à gauche, il est, au contraire, effacé et le doigt y trouve une petite masse dure, du volume d'un marron.
M. Duplouy diagnostique un kyste multiloculaire et propose l'opération qui est pratiquée, sous le chloroforme, le 19 avril 1883. L'incision, conduite sur la ligne médiane, traverse une couche épaisse de tissu cellulaire graisseux peu riche en vaisseaux et permet d'arriver sur le péritoine, puis sur le kyste, qu'on évacue avec l'aspirateur Potain ; il est composé d’un nombre infini de poches, dont une dizaine, assez amples, contiennent des liquides variés : la première donne environ deux litres d’un liquide rougeâtre, qui semble contenir un grand nombre d'hématies et beaucoup de cholestérine ; puis s’écoule d’une poche voisine un liquide clair comme de l’eau de roche ; ailleurs, ce sont des produits tantôt poisseux, tantôt gélatineux. L’incision dut être prolongée en haut et à gauche du nombril pour permettre de vider successivement toutes les poches et d'extraire la masse morbide qui tendait à s'engager d’elle-même comme par un véritable accouchement au fur et à mesure que les poches principales se vidaient par l'aspiration ; on ne rencontre pas d’adhérences : le bassin était absolument rempli de masses plus ou moins solides, toutes kystiques ; l’une d'elles, fort appréciable avant l'opération dans le cul-de-sac postérieur, était très dure, mais néanmoins
cavitaire, à parois épaisses ; elle renfermait un liquide poisseux.
Un clamp angulaire fut provisoirement appliqué sur le pied du kyste, au-delà du pédicule, pour se débarrasser de la masse morbide et examiner à loisir l'état des parties : le kyste provenait de l'ovaire gauche ; on y voyait à droite la trompe adhérente et au-dessous d'elle une petite masse ovoide, mamelonnée, très forte- . ment congestionnée, qui n’était autre que l’ovaire droit muni de son ligament. C'était, en somme, une double ovariotomie à pratiquer : le pédicule général était si volumineux qu’on ne voulut pas s'exposer à l’étreindre par une seule ligature ; il fut décomposé en trois faisceaux distincts à l’aide d’une aiguille et d’un très fort catgut n° 4 : l’un comprenant le pédicule proprement dit : le second, le ligament de l'ovaire droit, et le troisième, la trompe du même côté.
Une forte ligature d'ensemble fut appliquée par précaution audessous des fils isolés ; puis le pédicule, coupé à un centimètre des ligatures, et cela à petits coups, pour permettre d'examiner avec soin la surface de section, fut abandonné librement dans le ventre ; suture à l'ordinaire ; pansement listérien.
Les suites de cette opération furent à peine incidentées par quelques coliques, auxquelles mit fin une abondante émission de gaz ; on enleva les fils six jours après l'opération ; il se fit une légère suppuration des parois qui ne compromit en rien la guérison et la malade partit pour Saint-Jean d'Angély, parfaitement guérie, vingt-deux jours après l'opération.
C'est la première opération dans laquelle nous ayons vu faire
l'évacuation du kyste avec un aspirateur ; mon père avait toujours
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employé le trocart, et il avait même présenté à la Société de chirurgie un trocart-fixateur fenêtré, sur lequel on peut lier solidement les poches kystiques. Il à fallu plus d’un quart d'heure avec l'aspiration, et il est vrai de dire que ce temps eût pu être singulièrement abrégé, si on eût eu à sa disposition une canule plus volumineuse ; mais cette lenteur même, si nous avons bien compris la pensée de l’opérateur, ne laisse pas que d’offrir certains avantages : elle permet au kyste de s'exprimer lentement de luimême au dehors, au fur et à mesure de son évacuation, lorsqu'il est exempt d’adhérences et elle prévient, dans une certaine mesure, la syncope que peut entraîner une brusque décompression
des gros vaisseaux, lorsque la déplétion du kyste est trop rapide.