‹ De La Réduction Du Pédicule Dans L'OvariotomieChapitre 4 sur 17 · DE EA · texte numérisé non relu

DE EA

(MÉTHODE INTRA-PÉRITONÉALE)

Nous sommes loin du temps où l’ovariotomie inspirait aux chirurgiens français une véritable horreur, à ce point que des hommes qui s’appelaient Velpeau, Cruveilhier, Jobert de Lamballe, la traitaient de véritable boucherie venue d'outre-mer, et qu’à l’Académie de médecine, en 1856, elle ne trouvait qu’un seu] défenseur dans la personne de Cazeaux, dont les chaleureux accents ne purent vaincre la répugnance de ses collègues pour cette belle opération. Vivement frappé des succès obtenus en Angleterre, Nélaton ne se laissa pas abattre par quelques revers, et Kœberlé, qui peut être considéré à juste titre comme le véritable père de l'Ovariotomie en France, l'aborda résolument et ramena de vive force l’attention du monde chirurgical, par la publication de ses premiers succès. Cette opération, entrée dès lors dans la pratique, y a fait un tel chemin qu’il n’y a plus à faire en sa faveur le moindre effort de vulgarisation ; elle n’est plus le monopole de quelques privilégiés, et tout chirurgien peut

et doit être aujourd’hui ovariotomiste ; sans doute, il sera le plus

souvent difficile, pour ne pas dire plus, à un praticien isolé d'aborder cette opération : elle exige un sang-froid et une initiative que l'habitude de la chirurgie peut seule donner, et, quelles que fussent ses qualités, il manquerait presque toujours, sinon de l'outillage matériel, du moins de l'outillage humain : il faut des aides nombreux, aguerris à la pratique des grandes opérations, assouplis aux ‘habitudes de l'opérateur, toujours sur le qui-vive comme le chirurgien lui-même : et de semblables conditions ne sont guère réalisables que dans les villes d'une certaine importance ou dans les centres d'instruction médicale. L’oyariotomie n’est pas fort heureusement une opération d'urgence, et la décentralisation chirurgicale est aujourd'hui, grâce aux progrès de l’art, assez avancée pour qu’on trouve dans un rayon peu éloigné les ressources nécessaires. Les grandes lignes de l’opération ont été nettement tracées ; mais il y a tant d'imprévu, tant d'accidents à craindre, qu'on ne saurait apporter trop de soins dans l'exécution de chacun des temps opératoires ; le succès, on peut le dire, gît dans la perfection des détails : l'emploi des pinces à forci-pressure, le morcellement des tumeurs, l'évacuation des kystes à l’aide d’aspirateurs, le traitement du pédicule, les soins minutieux apportés dans la suture des parois, marquent autant d'étapes accomplies dans la voie du progrès. Chaque perfectionnement s’est traduit par un mouvement ascensionnel de succès. Comparez aux premières statistiques de Koœberlé les magnifiques résultats qu’il obtient aujourd’hui, suivez la pratique de tous ceux

qui ont abordé l’ovariotomie à la suite de l'éminent chirurgien,

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vous verrez partout la moyenne des succès s'élever à mesure que leur éducation va se complétant, non seulement par leur expérience personnelle, mais encore par l’habile application des progrès venus de toutes parts ; la méthode listérienne a fait faire à l'opération un pas immense, en abaissant singulièrement la mortalité, si bien que si on la compare, sous ce rapport, aux grandes opérations, .elle n’est vraiment pas plus compromettante qu'aucune d'elles. Il convient de le dire bien haut pour le public extra-médical, qui veut bien admettre des ponctions trop souvent inutiles, quand elles ne sont pas dangereuses, mais qui lutte avec une énergie féroce contre toute idée d'opération sanglante, et préfère souvent abandonner les malheureuses atteintes de kystes multiloculaires à la marche nécessairement fatale de leur maladie.

Nous avons eu la bonne fortune, avant notre départ de France, de suivre de très près un assez grand nombre d’ovariotomies, et nous attribuions alors les heurenx résultats obtenus chez les deux tiers des opérées, au luxe de précautions dont le chirurgien entourait ces opérations et surtout à l'emploi rigoureux de la méthode antiseptique. Entré dès 1868, dans la voie de l'ovariotomie, dès les premiers succès publiés par Kœærberlé, enhordi par la pratique de Spencer Wells, qu'il suivit pendant quelque temps à Londres, en compagnie du regretté professeur Dolbeau, mon père se servit invariablement, jusqu'en 1881, du clamp de l'ilustre chirurgien de Londres et de son mode de

suture aussi simple que sûr. Pour mieux assurer l'occlusion

Me

absolue du ventre au niveau du pédicule, il avait l'habitude de l'étreindre fortement avec un long fil de catgut ou de soie audessous du clamp et se servait des deux chefs du même fil pour faire à ce niveau un point de suture ; une fois même, il trouva le pédicule si grêle qu’il supprima le clamp et se borna à comprendre le pédicule, lié, au préalable, dans la suture des parois : c'était en quelque sorte un acheminement vers l'abandon complet du pédicule.

Cette méthode fut essayée, en avril 1881, à l'hôpital civil de Rochefort, sur une jeune femme épuisée par la fatigue et par les privations de tout genre. Il s'agissait d’un kyste uniloculaire, qui avait été enrayé dans son développement, dix années auparavant, par des ponctions aspiratrices et par des injections alcooliques, mais qui s'était reproduit de nouveau. L’ovariotomie, faite en présence de mon père, par M. le professeur Bonnafy, n'offrit pas le moindre incident ; mais la malade succomba le lendemain dans un état de collapsus complet. L’autopsie démontra l'existence d’une péritonite d’aphragmatique. La suture était parfaite, ainsi que le fil de catgut qui enserrait le pédicule, et la mort ne pouvait, en aucune façon, être attribuée à l'abandon du pédicule dans le ventre.

Malgré cet insuccès, ou plutôt à cause de l’aspect du pédicule ainsi traité, mon père n'hésita pas à agir de la même manière dans les trois observations que j'ai reproduites à la fin de ce travail. Bien qu’elles ne lui aient donné que deux cas de guéri-

son, c'est-à-dire une proportion égale à celle de ses opérations

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antérieures, il considère la nouvelle méthode comme un progrès très sérieux.

On parlait à peine, avant mon départ, de l'abandon du pédicule, et je trouvais, à mon retour, la plupart des chirurgiens ralliés à la nouvelle méthode. J'ai dû rechercher les causes de cette révolution, étudier la valeur des reproches adressés à l’ancienne méthode du clamp et les avantages du pédicule perdu , me préoccuper enfin des moyens d’en assurer la parfaite exécution.

Bien que l'opinion des chirurgiens soit à peu près faite {sur le mode de traitement du pédicule, l'enquête demeure encore ouverte : je me suis efforcé d’en résumer les éléments, épars dans les statistiques, les mémoires et les thèses qui ont été publiés tant en France qu'à l'étranger, en y joignant les trois observations que j'ai pu suivre et les précieux enseignements que j'ai

reçus. Tel est le sujet de cette dissertation inaugurale.

Rite

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