OBSERVATION VII
(DECHERF. — Archives de médecine des enfants, 1907.)
Garçon de 7 mois, nourri au sein.
Le 25 octobre, lé médecin est appelé à onze heures du matin, parce que l’enfant a eu deux selles sanglantes dans la matinée à 7 et à 10 heures. La mère raconte que le 23 octobre dans la soirée l’enfant était grognon, refusait le sein et avait eu deux vomissements, mais il avait eu deux selles aussi belles que d'habitude. Le 24 octobre l'enfant passe une bonne nuit mais il vomit dès qu’il est mis au sein. Les vomissements continuent toute la journée, l'enfant est très grognon, ne laisse passer ni selles, ni gaz. L’état est le même pendant la nuit du 24 et dans la matinée du 25.
A l’examen, l’enfant est de belle apparence; il est très abattu, mais n’a pas le faciès péritonéal. II vomit donc sans cesse depuis la soirée du 23 et n’a pas eu d’autres selles, que les deux évacuations sanglantes de ce matin. Au palper abdominal, on sent une contraction musculaire un peu plus accusée dans l’hypocondre gauche mais sans pouvoir sentir de boudin à ce niveau. Température 36°8. Pouls 116. Le médecin fait le diagnostic d’invagination intestinale et prévient les parents de la nécessité d’une opération le jour même, si le traitement médical essayé ne donne point de résultat. On donne en effet toutes les heures un lavage d’intestin avec un litre d’eau bouillie.
A trois heures du matin, la situation n’a pas changé, l’enfant est toujours abattu, ne se plaint pas et ne va pas à la selle. Toutefois, chose importante à noter, il a gardé une têtée prise depuis la première visite du médecin. A six heures le malade est revu par le médecin, assisté d’un chirurgien. L'état d’abattement est le même, mais l’enfant continue de ne plus vomir et il a une selle contenant de gros glaires, des filets de sang, et quelques matières verdâtres. Température 37°2; pouls 124, On sent encore très nettement à ce moment la résistance musculaire plus accentuée à gauche de la ligne blanche au-dessus de lombilic. On décide d'opérer lenfant à deux heures.
A ce moment, le malade est moins abattu, il s’agite et crie. Il a eu à sept heures une nouvelle selle jaunâtre ne conte-
nant ni sang, ni glaires. En présence de ce changement brusque de son état, l’opération est ajournée et on continue les lavages.
Le 26 octobre l'enfant a bien dormi. Il prend de sein et ne vomit plus. Il a eu deux selles d’un jaune verdâtre, il est redevenu gai et s’agite. Le 27 octobre, il a passé une bonne nuit. Dans-la journée, il a quatre selles jaunes molles et pas de vomissements. Depuis lors, l’enfant a retrouvé une santé parfaite.
OBSERVATION VIIT.
LanprY. — Thèse Paris 1913.
En mai dernier le docteur AUGIER était appelé brusquement en consultation à la campagne auprès d’un petit malade. Il s’agissait d’un garçon de cinq mois qui, la veille dans la nuit, avait été pris bruquement de douleurs abdominales paroxystiques, revenant à intervalles fréquents et s’accompagnant de cris.
Bientôt étaient apparus des vomissement bilieux, puis l’enfant avait refusé de prendre le sein et l’on avait vu survenir dans la nuit des selles séro-sanguinolentes et un écoulement presque continu de sang par l’anus.
Le médecin avait posé immédiatement le diagnostic d’invagination intestinale, et institué un traitement médical sévère., Le docteur AUGIER voit le malade vers trois heures de lPaprès-midi, soit douze à quinze heures après le début des accidents. Durant la matinée, l’état général avait été mauvais, le facies avait pris le caractère abdominal.
À l’examen, on constate qu’il s’agit d’un enfant vigoureux et bien portant, en très bon état de nutrition. Depuis dix heures du matin, les vomissements ont cessé et le facies est devenu meilleur, les crises douloureuses s’espacent et l’écoulement sanguinolent par l’anus est devenu beaucoup plus rare, Température 36°8; pouls bon, non rapide. Le ventre est souple, peu douloureux à la pression. On constate au niveau de l’angle hépatique du côlon l’existence d’une masse dure nette mais dont les limites sont un peu confuses. Cette masse est douloureuse à la palpation. Le toucher rectal ne
donne aucun résultat. On ramène simplement avec le doigt des mucosités teintées de sang.
Tout ayant été préparé pour l'intervention d'urgence, il fallait prendre une décision. Après un examen raisonné des symptômes, devant l’amélioration évidente qui s’était produite depuis quelques heures, surtout devant l’état général qui n’inspirait aucune inquiétude, on décide d’attendre en se tenant prêt à intervenir au premier signal. La diète est instituée et on applique de la glace ainsi que des lavements d’eau et d'huile avec la longue sonde.
Les événements ont montré que dans ce cas on eut raison de ne pas décider une intervention immédiate, en se basant sur ce, fait que l’état général et l’état local ne semblaient pas indiquer la nécessité d’une laparatomie d'urgence. Dans la suite et très rapidement les accidents ont complètement disparu et l’enfant est actuellement en parfaite santé, sans qu’il y ait jamais eu jusqu'ici la moindre menace de réapparition des accidents.