‹ De la réduction spontanée de l'invagination intestinale chez le nourrissonChapitre 33 sur 36 · Fréquence · texte numérisé non relu

Fréquence

Pour qui nierait l'existence de la désinvagination spentanée, la lecture de ces observations donnerait à une pareille assertion un démenti formel. Certaines d’entre elles à ce sujet sont probantes. Le tableau clinique de l’invagination (douleurs abdominales, agitation, méléna, vomissements, tumeur en forme de boudin, etc...) était au complet. Mieux chez quelques-unes (observations X, XI, XII, XIID), la laparatomie est venue ajouter des preuves irréfutables : 1° Constatation d’une anse intestinale présentant des traces d’inflammation, d’œdème et au milieu de cette région enflammée, un rétrécissement plus ou moins accusé, montrant qu’à cet endroit J’anse avait subi une certaine compression (observations XI et XIII). La non existence de brides ou d’adhérences en cette région éliminait toute idée d’obstruction intestinale par striction;

2° Aspect du cœcum tout à fait semblable à celui qu’on observe lors de réduction forcée d’une invagination iléo-cœcale à l'intervention chirurgicale à savoir œdème de la paroi et surtout présence d’une petite dépression en forme de cupule (observations X et XI). Cette cupule, comme nous l’avons vu précédemment, est une des modifications caractéristiques du cœcum lorsque ce dernier constitue la tête de l’invagination (invagination iléo-cæcale).

Dans ces cas le doute n’est plus possible, l’invagination intestinale était évidente.

Si à l’heure actuelle la réalité de la réduction spontanée est admise d’une manière générale, il n’en persiste pas moins qu’on la considère comme un fait exceptionnel, une curiosité médicale. 2 du moins l’avis una-

nime des auteurs qui se sont intéressés à la question de l’invagination intestinale. C’était également l’opinion de la grande majorité de ceux qui ont relevé les cas de désinvagination spontanée que nous venons de rapporter.

En consultant les diverses statistiques des intussusceptions publiées jusqu’à ce jour, nous voyons que certaines d’entre elles ne font même pas mention de la réduction spontanée (CLUBB, ERDMANN, BARKER, EVES, GRI- SEL). Les autres en font une exception

WiGGiN note 2 réductions spontanées sur 103 invaginat. HEATON, — 2 — — — 100 — ARCY POWER 2 — — — 65 on

Si on se rapporte à ces statistiques, on est forcé de convenir que la réduction spontanée n’est pas une évolution fréquente de l’invagination intestinale. Elle ne constitue pas cependant une rareté, encore moins une exception. Sa rareté est en réalité plus apparente que réelle. Beaucoup de raisons concourent à cet état de. choses. En premier lieu, nous citerons la connaissance insuffisante de l’invagination intestinale chez de nombreux praticiens. De nombreuses erreurs de diagnostic ont été de ce fait commises, beaucoup d’invaginations intestinales ont été prises pour de simples coliques. Le traitement purement médical était hétéroclite et souvent son effet était néfaste (huile de ricin, calomel), ou bien on se confinait dans l’expectative. Des nourrissons moururent ainsi sans que l’invagination intestinale ne fut une seule fois suspectée. D’autres guérirent et dans ce cas on était bien loin de soupconner l’heureuse évolution dont l'enfant avait bénéficié. Parmi les observations que nous présentons, les observations XVI et XX nous en donnent un aperçu. Il s'agissait d’invaginations récidi-

vantes dont plusieurs crises avaient passé inaperçues, même à des praticiens connaissant l’intussusception. On avait peut-être songé à l’invagination, mais l’amélioraticn dont faisait preuve quelques heures plus tard le nourrisson écartait le diagnostic. On parlait alors d’entérocolite, puis à l’occasion d’une nouvelle crise plus violente, avec une symptomatologie plus accusée, on se décidait à intervenir chirurgicalement. Quelquefois devant l’évidence, cn rapportait la similitude des crises antérieures avec la dernière et on songeait alors à l’hypothèse d’invaginations spontanément réduites.

Il faut reconnaître à la décharge de quelques praticiens que parfois les symtômes de l’invagination sont réduits dans de telles proportions qu’une erreur de diagnostic est chose bien facile. L’hémorragie décrite par CRUVEILHIER, comme l’un des signes pathognomoniques de l’invagination intestinale manque quelquefois. WILMs a trouvé sur 100 invaginations, 20 qui n’avaient pas comporté d'écoulement de sang par l’anus. KIRMiIssox s’est demandé si l’absence de ce symptôme n’était pas en rapport avec le sens de l’invagination. Les invaginations rétrogrades seraient ainsi le plus souvent dépourvues d’hémorragie externe, le sang restant accumulé au-dessus de la portion invaginée : faudrait-il encore que, dans ce cas, la lumière intestinale soit, par suite de la compression hermétiquement obturée. En rapprochant la facilité de réduction spontanée de cette catégorie d’invaginations avec sa symptomatologie présumée atténuée, on se rend compte de la facilité avec laquelle une désinvaginaticn pourrait passer inaperçue et la rareté de ce mode de guérison serait de ce fait sujette à caution. I est toutefois utile de rappeler ici l’opportunité du toucher rectal, permettant à la fois de constater dans le rectum, la

tête d’une invagination qu’on n'aurait pu déceler à la palpation abdominale et, du sang dont on n'avait pas jusque-là noté l'apparition à l'extérieur.

En dehors du défaut d’hémorragie, l’absence de tumeur à la palpation dans J’une des fosses iliaques ou plus rarement dans la ‘région ombilicale peut parfois contribuer à écarter le diagnostic d’invagination. La perceptibilité de cette tumeur, en forme de boudin, est très variable, parfois même négative, L’invagination est en effet susceptible de passer inaperçue à l’examen le plus minutieux par suite de la mobilité de cette masse où de sa position inaccessible.

Une autre cause de la rareté de la réduction spontanée réside dans la multiplicité des invaginations. L’invagination intestinale (nous l’avons vu précédemment) n’est pas toujours unique. L’invagination rétrograde principalement est souvent accompagnée d’autres invaginations d’ordinaire antérogrades. Il peut arriver qu’une de ces invaginations se réduise spontanément sans qu’on " ait le moindre soupçon. La laparatomie dans ce cas permet la constatation au niveau d’une anse intestinale de l'existence antérieure d’une intussusception résolue sans intervention (observation XXI), mais il se peut également que cette réduction passe inaperçue, par suite du peu de vestiges laissés par la compression.

D'après l'exposé de ces diverses causes, il est compréhensible que pour nous la rareté de la réduction spontanée dans l’invagination intestinale, soit quelque peu mise en doute. La réduction spontanée n’est pas une terminaison commune de l’intussusception, mais elle ne justifie

pas non plus la proportion exceptionnelle que lui ont confirmé les statistiques. Nous n’en voulons pour preuve que le fait suivant

Les quatre observations personnelles que nous avons avons produites, proviennent du service de chirurgie infantile de notre Maître, M. le Professeur FRŒLICH, et cela en l’espace de deux années. En y ajoutant les deux cas publiés dans la Revue médicale de l'Est (1926), par M. le Professeur FRŒLICH, nous avons six cas de réductions spontanées; or il n’est passé au service que 18 cas d’invagination en vingt ans.

Si nous tenons compte des statistiques anglo-américaines, ce dernier chiffre est de beaucoup inférieur à ce” qu’il devrait être proportionnellement au nombre de désinvaginations spontanées. Nous estimons en conséquence que, tout en tenant compte du caractère heureux que peut présenter pareille coïncidence, cette évolution naturelle de linvagination intestinale n’est pas aussi rare qu’on le croit communément et ne mérite nullement le peu d'intérêt qu’on lui accorde.

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